DESCRIPTION DU MICROSCOPE-DAGUERRÉOTYPE
ET DES PROCÉDÉS PHOTOGRAPHIQUES EMPLOïÉS DANS LEXÉCDTION DE CET ATLAS.
C’est donc, comme nous l’avons dit, à la belle découverte de M. Daguerre qu’on a eu recours pour obtenir les dessins originaux d’après lesquels ont été copiées fidèlement les planches qui composent cet Atlas. Mais une application aussi spéciale demandait quelque chose de plus que les méthodes qui suffisent chaque jour entre des mains exercées à produire les plus belles épreuves. Il fallait, pour remplir notre cadre, des moyens photographiques presque sûrs, et donnant des résultats assez prompts pour que les objets délicats soumis à l’expérience n’eussent pas le temps de s’altérer, ni même de se déplacer. Il fallait, en outre, un appareil optique, susceptible de donner de belles images d’un grossissement déterminé, depuis 20 jusqu’à 4oo fois.
Au point où est parvenue la photographie, en fait de système on n’a vraiment que l’embarras du choix. Pour fixer le nôtre, nous nous sommes attachés à bannir autant que possible l’incertitude et le tâtonnement. Nous nous sommes efforcés de réunir un ensemble de procédés qui nous permit de profiter du beau temps dès qu’il se montrait. Après avoir fait quelques essais sur des objets faciles et préparés
INTRODUCTION
d’avance, nous nous sommes mis à l’œuvre, en procédant de la manière suivante :
La plaque, placée sur quelques doubles de papier, est polie à la ponce et à l’essence de lavande au moyen d’un fort tampon de coton ^ quand, apres quelques instants, la for" mation d’un eambouis noir indique que l’action a été suffisamment prolongée, on change le tampon et le papier^ puis avec de nouvelle ponce on fait reparaître le brillant de la plaque*, il suffit alors de continuer à polir légèrement à sec, et toujours en rond, en remettant quelque peu de ponce, pour amener la plaque à un état parfait en moins de cinq minutes.
De là, cette plaque, montée sur sa planchette, est portée sur la boîte à l’iode, et menée jusqu’à la teinte jaune légèrement rosée.
C’est alors qu’il faut appliquer la substanee dite accélératrice. Malgré tout ce qu’on a proposé, nous nous en sommes tenus au brome et au brome seul, c’est-à-dire simplement dissous dans l’eau, à la dose d’un dix millième. Avec cette substance on peut facilement, et dans la pratique ordinaire, centupler la sensibilité de la plaque iodée. Il suffit pour cela d’employer l’appareil que nous avons décrit (i) sous le nom de boite à brome^ et de pousser l’absorption jusqu’au maximum de sensibilité.
Quand on est arrivé à préparer et la plaque et l’objet que l’on veut reproduire, il faut mettre l’instrument au point
(1) yo^^Nomelles instructions sur l’usage du Daguerréotype, par Charles Chevalier, suivies d’un Mémoire sur l’application du brome.
INTRODUCTION
avec précision, en faisant la part de la différence existant presque toujours entre les foyers des radiations lumineuses et chimiques*, puis on substitue à la glace dépolie la plaque nouvellement préparée, et on laisse agir la lumière pendant un temps qui, dans nos expériences, s’est trouvé compris entre 4 et 20 secondes.
Après cela, il ne reste plus qu’à mettre la plaque au mercure*, et dans le cas où l’expérience a réussi, à la laver et à la fixer par le procédé si connu du chlorure d oi*.
L’appareil optique n’est, à vrai dire, qu’un microscope solaire à court foyer.
Le miroir plan réflecteur, la lentille destinée a faire converger les rayons sur l’objet et la platine du microscope, sont tous trois portés sur une colonne verticale, sur laquelle ils peuvent occuper des distances variables. Ces différentes pièces se meuvent suivant l’axe commun des lentilles objectives, montées au-dessus d’elles d’une manière fixe. D’après cela, l’image semblerait devoir se faire dans un plan horizontal*, mais, aussitôt après leur sortie des lentilles objectives, les rayons éprouvent une réflexion totale à l’intérieur d’un prisme rectangle, comme dans le microscope de IVÏ. Amici, et continuent leur marche horizontalement, pour aller former leur image au fond d’une chambre obscure ordinaire, à la distance variable de deux à quatre décimètres.
Trois jeux de lentilles de rechange servent à varier le grossissement*, en outre, une lentille achromatique concave, située à une petite distance des premières, sert, en augmentant la divergence des faisceaux lumineux, à accroître le grossis-
INTRODUCTION
sement, et à remédier aux aberrations. La distance de cette lentille influe sur le pouvoir amplifiant, aussi bien que celle à laquelle on reçoit l’image^ et la possibilité de les varier toutes deux, combinée avec le changement des jeux de lentilles, permet toujours d’obtenir avec précision un grossissement quelconque, et un champ d’une étendue convenable.
Au reste, avant d’arriver sur le miroir propre du microscope, la lumière solaire est déjà réfléchie dans une direction
constante par un héliostat^ et dans les beaux jours d’été, malgré ces deux réflexions, la chaleur qui accompagne la lumière est parfois assez vive pour désorganiser les particules placées au foyer, ou tout au moins pour exciter des mouve¬
ments dans les liquides où elles sont plongées. Pour parer à cet inconvénient, nous avons été forcés de placer sur le chemin de ces rayons un écran en verre bleu foncé, qui arrête avec la chaleur rayonnante une portion de lumière peu active , et laisse passer le bleu et le violet, qui possèdent presqu’à eux seuls le pouvoir photographique.
D’après ce mode d’observation, il est évident que les résultats obtenus de la sorte sont doués d’un grossissement absolu, et que, si l’objet a des dimensions connues, la comparaison de ces dimensions avec celles de son image donne le pouvoir amplifiant de l’instrument. C’est pourquoi nous avons fait, avec deux des grossissements les plus employés dans le cours de cet ouvrage, les épreuves de deux micromètres; et en nous arrangeant de manière à ce que telle division dans 1 image occupât un espace de =.00 ou 4oo fois plus grand que celui qu’occupe réellement la même division du
IINTRODÜCTION.
micromètre, il est clair que les épreuves obtenues dans les mêmes circonstances représentent aussi l’objet grossi soo ou 4 oo fois. Par suite, connaissant le grossissement de ces images, on comprend avec quelle facilité on en déduit les dimensions réelles des objets qu’elles représentent.
Au lieu de la lumière solaire, on peut aussi se servir, pour obtenir les images daguerriennes au microscope, d’une lumière artificielle très-vive, telle que celle qui résulte de l’incandescence du charbon , sous l’influence d’un courant électrique. INous avons produit des images de cette manière que nous donnerons comme échantillons, à l’aide d’un appareil analogue à celui dont nous nous servons pour certaines démonstrations dans nos cours de Microscopie.
La description de ce nouvel instrument, que nous avons présenté à l’Académie des Sciences sous le nom de Microscope Photo-électrique, se trouve dans l’édition qui vient de paraître du Traité de physique de M. le professeur Pouillet.