COURS BE MICROSCOPIE
que l’on intercalerait des cours nouveaux ; ce n’est donc qu’avec beaucoup de réserve que l’on doit songer à élargir le cadre, déjà fort rempli, de cet enseignement.
Mais, d’un autre côté, les sciences prenant chaque jour de l’accroissement et se subdivisant par suite de leur extension même, il devient nécessaire d’étendre l’enseignement, sous peine de le laisser incomplet et audessous des besoins de l’époque; de cette double considération résulte, suivant moi, la nécessité de diviser l’enseignement, au moins en ce qui concerne les facultés de médecine, en deux degrés; l’un, supérieur, réservé aux branches les plus importantes et les plus générales de la science; l’autre, secondaire, pour les rameaux de second ordre, servant de complément au premier; à l’un appartiendraient les chaires proprement dites, à l’autre l’enseignement intermédiaire sous forme de conférences et de répétitions, dans lesquelles les élèves seraient préparés à renseignement supérieur, exercés aux expériences qui ne peuvent être qu’indiquées ou montrées de loin dans les grands amphithéâtres, et même interrogés avant d’arriver à l’examen du professeur.
Ce n’est ici ni le lieu ni le moment de développer le plan complet d’organisation, tel que je le conçois pour l’enseignement des facultés de médecine ; il me suffit d’en poser la base pour montrer la part que je croirais bon de donner à la microscopie; personne, je pense, lie contesterait Futilité de démonstrations ayant pour but de répéter devant les élèves toutes les expériences indiquées dans les différents cours de la faculté ; de faire devant eux lés applications du microscope à l’étude de
INTRODUCTIOxV.
la structure intime des substances qui font la matière des cours de chimie, d’anatomie, de physiologie, de botanique, de médecine légale ou de pathologie; tel est le rôle auquel devrait se borner actuellement la microscopie dans les facultés de médecine, et il n’est pas douteux quelle ne le remplît au profit des études et de la science; nous ne demandons pour elle que ce qui se fait déjà pour quelques autres branches de renseignement, et le système que nous proposons n’est lui-même qu’une extension de ce qui existe aujourd’hui.
Voici maintenant, en résumé, quel sera le plan de cet ouvrage; il est, ainsi que je l’ai dit, consacré à l’étude des fluides, en laissant de côté l’organisation des solides ou des tissus de l’économie; je passerai successivement en revue le sang et les différentes humeurs des sécrétions , les phénomènes physiologiques qu’elles présentent, et leurs produits morbides; mais la limite entre les fluides et les solides n’est pas tellement tranchée qu’il ne m’arrive quelquefois de franchir la ligne de démarcation conventionnelle que j’indique ici; je ne tiens pas à rester strictement enfermé dans une définition systématique.
Un Atlas d’anatomie microscopique sera joint à l’ouvrage, mais cet Atlas paraîtra séparément, un peu plus tard que le texte lui-même ; la raison de ce retard mérite d’être expliquée.
Cet x4tlas offrira une innovation que je crois intéressante et utile; il compi’endra des figures de deux ordres; les unes seront exécutées d’après les idées que je me fais de la structure intime des objets microscopiques dont il sera question ; ces figures systématiques eont
destinées à faire bien comprendre les descriptions du
texte et à les compléter.
Mais à côté de ces figures , où l’on tiendra moins compte de l’apparence extérieure des corps que de ce que l’on croit être leur structure intime et leur composition, dans lesquelles la nature sera souvent exagérée, afin de rendre les détails plus sensibles, on placera d’autres figures représentant exactement les objets tels qu’ils apparaissent, et indépendamment de toute interprétation; pour arriver à ce résultat, je n’ai voulu liie fier ni à ma propre main , ni même à celle d’un dessinateur, toujours plus ou moins influencé par les idées théoriques de l’auteur ; profitant de la merveilleuse invention du daguerréotype, les objets seront reproduits avec une fidélité rigoureuse, inconnue jusqu’ici, au moyen des procédés photographiques.
On se souvient peut-être des premiers essais que j’ai faits pour appliquer la méthode daguerrienne à la reproduction des objets microscopiques : le 24 février 1840, j’ai eu l’honneur de présenter à l’Académie des sciences un microscope-daguerréotype au moyen duquel j’avais obtenu l’image de plusieurs objets d’histoire naturelle et de quelques tissus, tels que le tissu osseux et le tissu dentaire; depuis lors, ces essais ont été repris avec le plus grand succès par un amateur distingué de photographie , qui a apporté dans ces expériences le talent et l’habileté dont il a fait preuve dans toutes les images daguerriennes sorties de ses mains. Les résultats obtenus par M. Léon Foucault avec le microscope -daguerréotype, non -seulement sur les objets solides , mais sur les particules inti-
INTRODUCTION. 37
mes des fluides, telles que les globules sanguins des diverses classes d’animaux, les globules du lait, du mucus, du pus, les zoospermes, etc., sont véritablement des plus remarquables, et donneront une valeur particulière à l’Atlas que nous publierons ; c’est une précieuse conquête pour la science, et l’application la plus importante peut-être que l’on ait faite de la photographie à la reproduction des objets de la nature; jamais l’art ne peut arriver à reproduire d’une manière aussi frappante l’aspect du champ microscopique avec ses moindres détails et toutes les circonstances qui accompagnent les objets, leurs variétés de forme, déposition, etc. Notre collection de dessins n’est pas encore complète, et c’est ce qui retarde la publication de l’Atlas; mais ce que nous possédons déjà nous permet d’annoncer aux micrographes des résultats tout à fait dignes de leur ^^ttention et de leur intérêt. Nous trouverons dans cette application des procédés photographiques à la reproduction des objets microscopiques, outre l’avantage inappréciable de donner des figures d’une exactitude absolue, le moyen de convaincre les esprits les plus réfractaires à l’observation microscopique; comment, en effet, se refuser à admettre la réalité des images fournies par le microscope , lorsqu’un objet vu sous telle forme, avec un grossissement de cinquante fois , se présente encore avec les mêmes formes, amplifié par des grossissements de trois cents ou de cinq cents fois; lorsque cet objet vient se peindre de lui-même, se fixer sur la planche sans le secours de l’art , sans que la main de l’homme y mette rien du sien, par le seul effet de la lumière, et tou-
38 COURS DE MICROSCOPIE. — INTRODUCTION, jours identique clans ses moindres détails, à Timage perçue par l’observateur dans le microscope? Le daguerréotype n’est-il pas arrivé à propos pour donner la dernière preuve , la démonstration la plus complète en faveur des observations microscopiques, et détruire ce qui pourrait rester de prévention contre les prétendues illusions de l’instrument?
COÜES DE 5IICROSCOPÎE. — * LE SANG.