SANG BLANC OU LAITEUX
Quant au sang laiteux, on sait maintenant que cette apparence est due à de la matière grasse très-divisée , suspendue dans le sérum. Dans une observation de sang blanc, rapportée parM. Caventou, et si souvent invoquée, on ne fait pas mention de l’examen microscopique auquel on ne songeait pas alors ; nous manquons donc du renseignement le plus important dans un cas semblable , puisque nous ne savons pas ce qu’étaient devenus les globules rouges; mais voici ce que j’ai eu l’occasion d’observer il y a quelques mois :
Une personne , habitant à dix-huit lieues de Paris, fut saignée pour un accès de goutte, dit-on, remontée dans l’estomac; le sang parut tout à fait blanc; on décanta le sérum, qui fut immédiatement envoyé à M. Récamier; ce liquide me fut ensuite adressé; il avait tellement l’aspect du pus, que les médecins qui l’avaient vu ne doutaient presque pas que ce ne fût en effet du pus pour ainsi dire pur.
L’examen microscopique me démontra qu’il n’existait pas un seul globule purulent , mais que toute la liqueur était remplie de globules entièrement semblables, par leur aspect et par leur solubilité dans l’éther, à ceux du chyle.
Le malade, dont on avait désespéré par l’idée du pus circulant en nature dans les vaisseaux sanguins, était en très-bonne santé dès le lendemain de la saignée, et n’éprouvait plus le moindre accident.
N’est-il pas extrêmement probable que dans celte circonstance nous avions encore affaire à une suspension momentanée de transformation du fluide sanguin, et que le cbyle était demeuré, pendant quelque temps, intact, tel qu’il est incessamment déversé dans le torrent circulatoire ?
Il est très-probable aussi que le caillot qu’on a eu le tort de ne pas envoyer avec le sérum , et que je regrette beaucoup de n’avoir pas pu observer, avait à peu près sa composition normale, et contenait des globules rouges, emprisonnés dans les maillets de la fibrine. Depuis cette époque, j’ai eu une nouvelle occasion d’observer un sang analogue dans un cas semblable.
'fe terminerai ce long chapitre sur le sang par quelques mots sur le sang des règles. Ce sang n’est, quoi qu’on en ait dit, dépourvu ni de globules, ni même de fibrine, et il né me paraît différer en rien du sang ordinaire; s’il a quelquefois une réaction acide, au lieu d’être alcalin comme le sang normal, c’est tout simplement parce qu’il se trouve mêlé à une grande quantité de mucus vaginal , qüi est toujours, comme nous le verrons, extrêmement acide. On reconnaît, en effet, parmi les globules de ce sang, de nombreuses lamelles épidermiques de la muqueuse du vagin, qu’il a entraînées dans son passage '.
‘ H est bon de rappeler en terminant cette leçon comment M. Dubois d’Amiens décrit les phénomènes que présente la circulation du sang dans les parties irritées et enflammées ;
Période de congestion. — Le ralentissement du sang devient de
plus en plus manifeste ; puis on observe dans le mouvement circnlatoire une rémittence plus ou moins marquée, au lieu d’une projection uniforme et continue. Il y a des propulsions saccadées, mais pas encore d’arrêt; les colonnes sanguines avancent toujours sans interruption aucune , puis on remarque après chaque propulsion un temps d’arrêt , de repos ; bientôt on peut voir qu’après chaque propulsion il se manifeste un mouvement de recul, qui alterne avec le mouvement de progression ; c’est ce que nous avons désigné sous le nom de va-et-vient, et alors ont lieu les oscillations ultimes. Peu à peu l’amplitude de ces oscillations diminue, tandis que les temps de repos vont en augmentant, de sorte que les oscillations finissent par devenir imperceptibles et cessent totalement; il y a donc, pour dernier terme, suspension complète, cessation absolue de tout mouvement dans cette partie du système capillaire. A mesure que le ralentissement se prononce, les globules se rapprochent les uns des autres; ils se tassent, ils s’empilent. Dans les principaux capillaires artériels, à mesure que l’encombrement se prononce, tout espace entre les colonnes des globules et les parois des capillaires disparaît ; les globules se tassent inégalement, indifféremment ; ils touchent immédiatement les parois, bien plus, ils les pressent latéralement, ils les distendent, les éloignent de l’axe, les amplifient, les déforment, et semblent même parfois les bosseler; ils peuvent ainsi doubler ét tripler leur diamètre.
Période de résolution. — Après un temps très-variable, quelques légers mouvements commencent à se manifester. Dans les premiers moments, on ne peut constater que de faibles oscillations, puis des mouvements de va-et-vient qui vont se prononcer de plus en plus suivant un mode diamétralement opposé à celui-ci, quand ils devaient se prononcer par un arrêt. L’amplitude des oscillations , d’abord à peine perceptible , devient de plus en plus grande , et les temps de repos , les intervalles de plus en plus petits , puis les intervalles n’existènt plus du tout. Alors on observe de nouveau des propulsions sans mouvement de recul, puis des propulsions simplement rémittentes, c’est-à-dire un véritable pouls dans le système capillaire, puis enfin un mouvement continu.
Dü MUCUS.