MUCUS EN GÉNÉRAL
Il y a très-peu d’années que l’on considérait encore la matière sécrétée par les membranes dites muqueuses, comme une substance homogène, amorphe et identique dans tous les points où elle existe; il suffit de consulter les ouvrages modernes de physiologie et de chimie qui traitent de cet objet, et en particulier celui de M. Berzélius, pour se convaincre qu’on n’attachait aucune idée d’organisation ni de diversité de composition au produit de sécrétion des différentes membranes muqueuses; il n’en est plus de même aujourd’hui, et les travaux des micrographes ont appris à distinguer dans la matière qui lubrifie la surface des membranes ,
des parties hétérogènes, les unes sous la forme de liquides plus ou moins visqueux, les autres sous la forme de particules solides régulièrement constituées et présentant tous les caractères de Torganisation , c’est-àdire une structure complexe et uniforme.
L’élément liquide est, si l’on veut, la partie essentielle du mucus; les particules solides qui nagent dans ce fluide n'étant bien souvent qu’un élément accessoire produit par la desquamation de l’épithélium de la muqueuse ; ces particules sont à certains mücus ce que les squames de l’épiderme de la peau sont à la sueur à laquelle elles se trouvent mêlées.
Les particules flottant dans le mucus different notablement d’un mucus à l’autre, et pourraient déjà servir à établir plusieurs espèces de matières muqueuses; mais le fluide propre du mucus n’est pas moins dissemblable par sa composition, et ses caractères chimiques sont en rapport avec la nature des particules qu’il contient; le mucus est tantôt acide et tantôt alcalin; au mucus alcalin appartient telle espèce de particules, et au mucus acide telle autre; la réaction chimique d’un mucus indique l’espèce de particule qu’il renferme; la partie fluide et la partie solide des mucosités sont donc l’une et l’autre en relation avec la nature de la membrane qui les fournit; et, en effet, nous trouverons la même diversité fondamentale, la même différence anatomique et physiologique entre les membranes sécrétant des mucus distincts qu’entre ces mucus eux-mêmes sous le rapport chimique et microscopique ; il sera facile, il sera même nécessaire d’établir, d’après ces caractères, une classification dans les
membranes comprises et coafondues jusqu’ici sous le nom général de membranes muqueuses.
L’observation microscopique du mucus devant nécessairement porter sur les particules solides qui nagent dans le fluide muqueux, c’est sur les propriétés physiques de ces particules que sont fondés les caractères des différents mucus.
J’établis trois classes de membranes muqueuses, d’après les caractères microscopiques et la réaction chimique du mucus, et d’après la structure de l’épithélium : 1°. les membranes analogues à la peau, c’est-à-dire qui sécrètent comme elle un fluide acide ^ contenant, sous forme de pellicules, de squames, le produit de la desquamation de leur épiderme ; ces membranes ne sont, à vrai dire, que des replis de la peau extérieure, participant à toutes les propriétés anatomiques et physiologiques de cet organe, et elles ne méritent nullement le nom de membranes muqueuses ; nous les appellerons fausses membranes muqueuses, et nous citerons pour exemple le vagin ; la membrane vaginale n’est véritablement qu’un repli de la peau , et jouit des principales propriétés de la membrane extérieure dont elle dérive ; elle sécrète un mucus constamment acide, rougissant fortement le papier bleu de tournesol et rempli de lamelles ou plutôt de cellules molles et aplaties , absolument semblables aux vésicules épidermiques de la peau; sous le rapport de ses propriétés physiologiques, cette membrane est douée, comme la peau, d’une exquise sensibilité; elle n’est presque jamais le siège d’hémorragie; elle s’ulcère moins facilement que les muqueuses proprement dites.
Jamais non plus les membranes à mucus acide , à vésicules épidermiques ne présentent les cils vibratils que nous décrirons plus loin.
Les vraies membranes muqueuses ; celles-ci diffèrent de la peau à tous égards, et par la nature de leur épithélium et par la réaction chimique de leur sécrétion, qui est toujours alcaline; le mucus fourni par ces membranes ramène au bleu le papier rouge de tournesol; il est visqueux, et, au lieu d’offrir au microscope les lamelles ou cellules épidermiques dont nous parlions tout à l’heure , on n’y trouve que des globules muqueux dont la structure , les propriétés et l’origine sont entièrement différentes; ces membranes, dont la muqueuse bronchique nous, servira de type, s’ulcèrent facilement; elles sont le siège des hémorragies, et ne jouissent pas de la sensibilité tactile comme la peau; c’est à elles qu’appartiennent les organes vibratils.
Nous trouverons ces deux ordres de membranes rapprochés et presque confondus , quoique conservant toujours leurs caractères distincts, dans le vagin, que nous avons déjà cité, et le col utérin; l’un sécrétant un mucus crémeux, non filant, toujours acide, et présentant au microscope de larges cellules épidermiques; l’autre fournissant un mucus glaireux, filant, constamment alcalin , et contenant des globules muqueux, beaucoup plus petits que les cellules épidermiques , d’une structure et d’une composition entièrement différentes.
3°. La troisième classe comprend une espèce intermédiaire entre ces deux ordres de membranes, constituée par les parties qui participent à la fois de l’organisa-
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tion et des propriétés de la peau et des muqueuses, par les surfaces qui n’ont pas encore entièrement perdu les qualités de la membrane externe, et qui possèdent déjà quelques-unes de celles des membranes internes ou muqueuses vraies; on voit que nous voulons parler des orifices du corps où la peau ne se termine pas brusquement, mais se transforme peu à peu en muqueuse, comme à la bouche, au nez, à l’anus, etc*; et, en effet, ces parties sécrètent un mucus que j’appelle mixte, dans lequel se trouvent mélangés les caractères des deux précédents, avec prédominance des uns ou des autres , suivant que les propriétés de la peau dominent encore, ou bien, au contraire, celles des muqueuses. Le mucus buccal offre un exemple de cette espèce intermédiaire, ainsi que nous le verrons plus bas.
De là trois espèces principales de mucus , qui se distinguent de la manière suivante :
I®. Mucus provenant de véritables membranes muqueuses, visqueux, alcalin, à globules muqueux , c’està-dire offrant au microscope de petites particules sphériques, granuleuses, semi-transparentes , légèrement frangées à leur contour, de millimètre environ de diamètre, insolubles au premier abord dans l’eau, solubles dans l’ammoniaque et se contractant sous l’influence de l’acide acétique; ces particules paraissent être formées d’une vésicule ou enveloppe granuleuse contenant dans son intérieur un noyau composé de trois ou quatre grains ou globulins 26);
2°. Mucus provenant de membranes analogues à la peau ou fausses muqueuses, plus ou moins épais, mais
non filant, acide, à lamelles ou cellules épidermiques, c’est-à-dire présentant au microscope des squames irrégulières, le plus souvent elliptiques, ayant ^ millimètre dans leur grand diamètre, présentant une sorte de noyau au centre, insolubles dans l’eau, insolubles dans les acides et dans les alcalis (à moins d’un long séjour dans ces derniers); ces cellules, quatre ou cinq fois plus grandes que les globules muqueux, n’ayant avec eux. aucun rapport de structure et de composition, sont probablement formées d’une vésicule aplatie , contenant un noyau dans son intérieur {fig. 27); en d’autres termes, tout mucus à cellules épidermiques est* acide, et réciproquement , et provient d’une membrane analogue à la peau par sa nature et par ses propriétés physiologiques , toujours dépourvue de cils vibratils, etc. : exemple, le mucus vaginal.
Tout mucus à globules muqueux est alcalin, et réciproquement, et provient d’une véritable membrane muqueuse, distincte de la peau par sa nature et par ses propriétés , souvent pourvue d’organes vibratils, etc. : exemple, le mucus bronchique, le mucus nasal, le mucus utérin, etc.
3°. Enfin un mucus mixte, tenant des deux autres, tantôt acide, tantôt alcalin , tantôt neutre, et contenant un mélange de cellules épidermiques et de globules muqueux, existe dans les cavités rapprochées des orifices du corps, où la membrane externe, la peau, vient se fondre et se transformer en membrane muqueuse interne : exemple, le mucus buccal {fig. 28).
Les cellules du mucus acide ne sont que le produit de la desquamation incessante de l’épithélium, de
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même qu’à la peau les cellules de l’épiderme se détachent et donnent naissance aux petites écailles blanches que l’on voit s’amasser sur certains points de la surface du corps; dans le mucus, les cellules pénétrées par le fluide que sécrète la membrane, à l’abri du contact de l’air, sont humides et molles; à la peau, elles sont desséchées et farineuses.
Les globules muqueux, au contraire, sont, suivant nous, un véritable produit de sécrétion actuelle, et non le résultat du détritus d’un épiderme qui s’exfolie à mesure qu’il se renouvelle; ils sont formés dans l’acte même de la sécrétion, comme les globules du pus, que nous verrons plus loin, et avec lesquels ils ont tant de rapport, comme les globules du lait, etc.