DEUXIÈME GENRE
MÜCÜS DES MEMBRANES ANALOGUES A LA PEAU, OU DES FAUSSES MEMBRANES MUQUEUSES; ACIDE, A VÉSICULES ÉPIDERMIQUES.
MUCÜS VAGINAL.
Dans l’état normal , la membrane du vagin sécrète une matière blanche, crémeuse, non filante et trèsacide ; ces caractères seuls suffiraient pour distinguer le mucus vaginal du mucus utérin ; mais si on y ajoute les caractères microscopiques, il ne pourra plus rester aucun doute.
L’un, en effet, ne présente que des vésicules épidermiques, en immense quantité, étendues ou repliées sur elles-mêmes , mais toujours reconnaissables , [fig- 3i); l’autre n’offre que des globules muqueux. Rien n’est donc plus facile que de reconnaître le produit muqueux de ces deux organes, et que d’étciblir le diagnostic différentiel de la leucorrhée utérine et de la leucorrhée vaginale.
Le mucus vaginal peut être modifié dans sa quantité, ou altéré par son mélange avec des substances morbides.
La première modification se présente très-fréquemment chez les femmes enceintes, dans les derniers temps de la grossesse; sans être altéré dans sa nature propre, ni mélangé d’aucun produit morbide étranger, le mucus vaginal est alors simplement augmenté d’une manière notable dans sa quantité; il existe, si l’on veut, un léger catarrhe du vagin, une leucorrhée vaginale, une supersécrétion , sans aucune trace d’altération intime. On ne trouve dans ce mucus que les vésicules ordinaires en fort grand nombre, et dans leur état normal; aucune espèce de globules , globules muqueux ou autres , ne s’y montre.
Dans quelque circonstance qu’il se présente, chez une femme enceinte ou non , et quelle que soit l’abondance de cette espèce d’écoulement, ce cas est un de ceux qui, par ses caractères négatifs, permet d’affirmer qu’il n’existe aucune affection spéciale de nature suspecte.
Au milieu des vésicules épidermiques propres au mucus vaginal, l’inspection microscopique fait souvent découvrir de petits filaments , dont l’origine et la nature nie sont tout à fait inconnues ; ces petits filaments, d’une grande ténuité, d’un vingtième de millimètre environ de longueur, existent quelquefois en très-grand nombre ; il est assez difficile d’en donner une idée nette par la description , mais je puis dire qu’ils n’ont nullement l’aspect de poils même très-déliés; ils paraissent raides, ne se plient pas sur eux-mêmes dans les mouvements qu’on leur imprime et se terminent brusquement à leurs extrémités sans s’amincir en pointe ou en biseau { fig. 32 ); je répète que l’existence de ces
Dü MUCDS.
espèces de filaments, souvent très-nombreux, ne se rattache pour moi à aucune altération connue de la sécrétion vaginale, et j’ignore à quelle circonstance ils sont dus.
TBICHO-MOXAS-VAGINAL.
J’ai signalé la présence d’un animalcule particulier de l’ordre des infusoires dans le mucus vaginal de certaines femmes affectées d’un écoulement tantôt de nature suspecte, tantôt résultant d’un état de malpropreté des parties génitales; cet animalcule, que j’ai décrit sous le nom de tricho-monas-vaginale y ne se rencontre jamais dans le mucus vaginal sain et normal ; on ne le voit pas même lorsque la sécrétion est augmentée, sans altération appréciable des principes constituants du fluide, ou, en d’autres termes, tant que le mucus ne présente que des vésicules épidermiques; le tricho-monas n’existe que lorsque des globules muqueux ou purulents sont mêlés aux vésicules normales ; mais il ne suffit pas qu’il y ait des globules de cette nature pour que l’animalcule se produise; sans être rare, le tricho-monas est infiniment moins commun dans le mucus vaginal que ne le sont les globules muqueux.
C’est à la coïncidence des globules muqueux avec le tricho-monas qu’est surtout due la difficulté de trouver l’animalcule dont il est question ; il offre tant d’analogie avec un globule muqueux, par sa dimension, par sa forme, par sa structure, qu’on ne le distingue pas facilement des globules muqueux ou purulents qui l’accompagnent; d’autant plus que, ordi-
nairement, il se déplace très-peu, n’exécute que de faibles mouveineuts, et qu’il forme des groupes de plusieurs individus à peu près comme les petites agglomérations des globules eux-mêmes. Aussi quelques observateurs n’ont-ils pas encore réussi à voir le trichomonas -'vaginale A&^\x\s que je l’ai fait connaître, et il est probable que moi-même, avant de le découvrir, j’ai souvent considéré du mucus vaginal pourvu d’animalcules semblables, sans les remarquer ; mais voici des caractères extérieurs qui serviront d’avertissement, en indiquant immédiatement si le mucus vaginal contient ou non des tricho-mônas : toutes les fois que cet animalcule existe , le mucus vaginal renferme des bulles d’air qui lui donnent un aspect écumeux, tandis que j dans l’état normal , la matière qui le compose est homogène et n’est pas mélangée de bulles gazeuses; ce caractère est constant, et il ne s’est jamais présenté à moi sans être accompagné du triclio-monas ; en cherchant donc cet animalcule avec soin , on ne manquera pas de le trouver en pareille circonstance^ et on le reconnaîtra à la description que je vais en faire.
En considérant attentivement la matière étendue entre deux lames de verre sous le microscope , avec un pouvoir amplifiant de trois ou quatre cents fois, on ne tardera pas à remarquer, au milieu des vésicules épidermiques et des globules muqueux , de petits corps que leur premier aspect fait d’abord confondre avec des globules, mais qui s’en distinguent bientôt par des mouvements propres, indépendants des mouvements de courant et de totalité que la capillarité et l’évaporation déterminent quelquefois dans toute la matière; et
il ne restera plus aucun doute , lorsqu’on se sera assuré que ces mouvements propres sont produits par l’agitation de petits organes, de petits filaments dont l’animal se sert soit pour se déplacer, soit pour appréhender sa nourriture.
La forme et la structure du corps des tricho-monas different encore par d’autres points de la forme et de la structure des globules muqueux ; ils ont, à la vérité, la même grosseur, le même diamètre à peu près, et leur corps présente des granulations analogues à celles qui semblent hérisser la surface des globules ; mais ils sont un peu allongés à l’une de lèurs extrémités, quelquefois tout à fait elliptiques, et c’est de la pointe antérieure de leur corps que part le filament délié, l’appendice flagelliforme excessivement ténu qu’ils agitent sans cesse à la manière d’une mèche de fouet.
Au-dessous de ce filament, plus mince que la queue des zoospermes, et dont la longueur est assez considérable, est probablement située l’ouverture antérieure de leur corps ou la bouche; cette ouverture est garnie de quatre ou cinq petits cils , très-fins , difficiles à apercevoir, tant à cause de leur ténuité qu’en raison de leur mouvement continuel ; et pourtant c’est surtout le mouvement de ces parties qui permet de les reconnaître et de découvrir l’animal; dans certains moments favorables , et lorsque l’agitation n’est pas trop grande, on aperçoit quelquefois très-distinctement les filaments dont je viens de parler, tandis que l’animalcule une fois mort, il est à peu près impossible de le distinguer d’un globule muqueux; non-seulement les appendices déliés que je viens de décrire se confondent avec les
débris organiques flottant dans la matière, mais les éléments constituants de ces animalcules, d’une structure si légère , ne tardent pas à se dissocier. Il est donc nécessaire d’examiner le mucus vaginal promptement après l’avoir recueilli , et si c’est en hiver, il est bon de chauffer un peu la platine du microscope, car le froid ne tarde pas à les tuer. Si la matière est trop épaisse, on pourra, sans inconvénient, .l’étendre et la délayer avec yn peu d’eau que l’on introduira par capillarité entre les deux lames de verre.
Dans quelques cas, l’observation du tricho-monas n’offre aucune difficulté ; ces animalcules existent en si grand nombre , et ils sont doués de mouvements de locomotion si prononcés, qu’on ne peut hésiter un instant à les reconnaître; j’en ai vu quelquefois s’allonger pour se déplacer, à la manière des sangsues, et ils semblaient se fixer à la lame de verre par leur partie postérieure , non pas à l’aide d’une ventouse , mais au moyen d’une matière visqueuse qui laissait une trace à leur suite et simulait une espèce de queue.
J’ai dit que les tricho-monas sont quelquefois réunis et groupés ; ils forment alors de petites masses composées de cinq ou six individus, plus ou moins, dans lesquelles on ne distingue que quelques appendices flagelliformes en mouvement , les autres étant cachés par les corps des animalcules voisins ; il n’est pas rare que le liquide dans lequel nagent ces animalcules soit troublé par une multitude de granulations et de globulins qui obscurcissent la matière , et donnent aux trichos-mouas, en s’attachant à leurs corps, un aspect vague et tomenteux qui gêne l’observation.
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En résumé, que l’on se représente une particule de la grosseur environ d’un globule de pus, à peu près sphérique, légèrement terminée en pointe d’un côté, d’un aspect grisâtre, demi-transparente et granuleuse, pourvue d’un filament flagelliforme en avant, et au-dessous de quelques cils courts à peine visibles, et l’on aura une idée de la forme du tricho-monas-'vaginale {fig- 33); cet animalcule paraît bien réellement propre au vagin, car, parmi la multitude d’animaux infusoires observés par les micrographes les plus habiles et les plus versés dans cette étude, il n’en est pas d’entièrement semblables à celui-ci.
La présence des tricho-monas dans le mucus vaginal a-t-elle quelque rapport avec la nature morbide de la sécrétion, et la cause spécifique de certains écoulements a-t-elle quelque influence sur le développement de cet animalcule? En d’autres termes, cet infusoire peut- il servir à distinguer les écoulements syphilitiques des écoulements déterminés par une simple congestion de la membrane muqueuse?
Après avoir eu quelques doutes sur ce point , je suis maintenant convaincu que la production du trichomonas n’a aucune relation avec le principe vénérien, et qu’on le voit naître indifféremment chez des femmes saines sous ce rapport, et chez des femmes infectées; à la vérité, il ne se développe que dans le mucus vaginal qui contient des globules purulents; mais la présence de ces globules n’implique nullement une origine suspecte, et il suffît d’une inflammation un peu vive de la membrane, d’une irritation mécanique produite par un pessaire ou par toute autre cause , pour
donner naissance à une sécrétion purulente et à de nombreux globules de pus.
Nous aurons plus d’une fois l’occasion d’insister sur la facilité avec laquelle les membranes sécrètent, même sans être ulcérées, des globules absolument semblables aux globules de pus, et nous nous rapprocherons de plus en plus de l’opinion qui tend à considérer les globules dits muqueux, comme entièrement identiques avec les globules de pus; je ne suis pas même éloigné d’adopter les idées que le docteur Lebert de Bex a bien voulu m’exposer à ce sujet pendant son dernier séjour à Paris; d’après cet observateur, le mucus proprement dit, dans son état de pureté et d’intégrité parfaite, serait dépourvu de globules, et il n’existerait réellement pas de globules muqueux ; dès que ceux-ci se montrent, c’est qu’il est survenu un premier degré d’inflammation qui tend à produire du pus. Les globules muqueux et les globules purulents auraient donc la même origine, la même nature : ils seraient identiques, en un mot, soit dans le mucus où la plus légère trace d’irritation les développerait , soit dans le fluide pathologique désigné sous le nom de pus. Sans doute, il n’en faudra pas moins continuer à distinguer, au point de vue clinique, le mucus altéré par le mélange de quelques globules, du pus véritablement morbide; le mucus nasal contient à peu'près habituellement, et chez tout le monde, des globules; et si ces globules sont véritablement les mêmes que ceux du pus pblegmoneux, il n’en serait pas moins absurde de considérer le mucus sécrété par la muqueuse du nez dans l’état ordinaire comme étant du pus ; cette iden-
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tité d’origine et de nature entre les globules, dans les deux cas , ferait néanmoins très-bien comprendre avec quelle facilité les membranes muqueuses peuvent donner naissance aux globules muqueux ou purulents.