‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Anatomie microscopique et physiologique des fluides de l'économieChapitre 62 sur 123 · LAIT · texte numérisé non relu

LAIT

Existe-t-il des urines réellement laiteuses ? A en croire les observations rapportées par les auteurs, nonseulement il existerait des urines de cette espèce, mais les exemples seraient loin d’en être rares. Certes , si on entend par urine laiteuse des urines de couleur blanche rappelant la nuance du lait, rien n’est plus commun; si même il suffit de la présence d’une matière grasse en excès , donnant par sa condensation un aspect blanchâtre et laiteux au liquide , pour établir le fait d’une urine laiteuse, on en rencontrera encore assez facilement des exemples; mais si par urine laiteuse on veut désigner, comme on doit le faire , une urine contenant les éléments essentiels du lait , c’est-à-dire la matière grasse, la matière caséeuse et le sucre de lait, non-seulement les cas d’urine laiteuse deviennent très-rares, mais il est même douteux qu’il en existe. Quant à moi , je n’en ai jamais rencontré que par suite de supercheries de malades qui ont été découvertes, et M. Rayer est dans le même cas. Nous avons cru, l’un et l’autre, avoir un jour trouvé une véritable urine laiteuse chez une jeune

femme qui rendait effectivement une urine blanche, dans laquelle l’examen microscopique faisait découvrir des globules butyreux , et qui précipitait du caséum par l’acide acétique; mais la circonstance de globules gras, absolument semblables à ceux du lait, calibrés comme eux, fut précisément ce qui me donna des soupçons. J’admets bien , en effet, que par une aberration extraordinaire de sécrétion, les éléments du lait puissent passer dans l’urine, comme y passent la bile, l’albumine, etc,; mais que ces éléments s’y trouvent sous la forme qu’ils ont dans la mamelle, que les globules .laiteux soient exactement calibrés par le tissu du rein comme par les vaisseaux galactophores, c’est ce qui n’est nullement pi’obable. Nous crûmes donc devoir redoubler de précaution auprès de la malade qui rendait l’urine en question , quoique cette femme n’eût en apparence aucun intérêt à nous tromper, qu’on l’eût soumise à une grande surveillance , et même à quelques épreuves assez rudes ; nous nous décidâmes à la sonder, et nous obtînmes une urine parfaitement claire et normale !

Nous étions donc dupes de l’une de ces inexplicables supercheries que l’on rencontre assez souvent dans les hôpitaux, par lesquelles certains malades simulent des affections rares, sans autre but que de tromper ou d’occuper d’eux. La femme dont nous parlons convint qu’elle avait eu l’adresse, chaque fois qu’on lui avait demandé de son urine., d’y introduire quelques gouttes de lait, à l’aide d’un petit flacon qu’elle tenait caché dans son lit.

On ne saurait donc se tenir trop en garde à l’égard des urines laiteuses, puisque ni M. Rayer, ni moi, ni

d’autres observateurs, ne rencontrons plus, depuis que l’on y regarde de près , d’urine laiteuse que l’on disait autrefois si peu rare.

Toutefois, j’ai eu récemment à ma disposition une urine remarquable, qui pourrait peut-être bien être considérée comme véritablement laiteuse ; elle m’a été remise par M. Depaul , chef de clinique de M. le professeur P. Dubois, et elle provenait d’une femme atteinte de metfo-péritonite à la suite de couches. Cette urine, claire et limpide au moment de l’émission , se troublait et prenait un aspect laiteux par le refroidissement; la chaleur lui rendait sa transparence première.

Je crus d’abord avoir affaire à une de ces urines si communes, dans lesquelles un excès d’urate d’ammoniaque venant à se précipiter, trouble momentanément le liquide et lui donne un aspect blanc-laiteux; mais l’urine ne s’éclaircissant pas au moyen des acides, je fis un examen plus attentif, et je m’assurai que la substance eu suspension n’était autre chose que de la matière grasse soluble dans l’éther; cette urine précipitait en outre une matière floconneuse avec l’acide nitrique ; elle contenait donc de l’albumine, mais de plus elle se troublait légèrement par l’acide acétique.

Cette urine fut remise à M. Bouchardat qui constata les mêmes propriétés que moi ; cet habile chimiste fut d’avis que cette urine contenait une matière organique, si ce n’est identique , au moins très-analogue à la caséine. Je regrette de n’avoir pas prié M, Péligot d’y rechercher le sucre de lait , dont la présence eût définitivement tranché la question. Peut-être n’avons-nous eu encore là qu’une urine graisseuse , contenant à la

fois de l’albumine comme on en rencontre de temps en temps, et comme M. Rayer en cite des exemples dans son grand et bel ouvrage sur les maladies des reins ^

J’ai parlé des globules de ferment à propos des urines diabétiques, je n’ai pas à y revenir ici.

On a signalé la présence de poils dans l’iirine, mais je n’ai pas eu l’occasion d’observer ce fait ; j’ai vu de petits filaments analog^ues à ceux que l’on rencontre si fréquemment dans le mucus vaginal et dont on ignore la nature.

M. Leroy d’ÉtiolIes a fait mention d’animalcules , de vibrions existant dans l’urine récente, chez des individus affectés de certaines maladies de la prostate ; je n’ai pas non plus été à même de vérifier l’observation de cet habile et ingénieux expérimentateur.

L’urine peut contenir encore beaucoup d’autres co/pj étrangers^ de produits morbides, tels que de la matière tuberculeuse , cancéreuse, des vers, des acéphalocystes provenant des reins, de l’intestin, ou de foyers en communication avec les voies urinaires; des matières fécales à la suite de fistules intestine- vésicales ou de communications anormales de l’intestin avec la vessie ou l’urètre; des débris de fœtus; diverses matières injectées ou introduites dans la vessie ; des poisons ou des médicaments ayant traversé le torrent de la circulation ; mais on conçoit que notre but n’est pas de prévoir tous les cas qui pourraient se présenter et que nous devons nous renfermer dans les circonstances physiologiques et pathologiques les plus communes.

' Traite’ des Maladies des Reins et des Altérations de la Sécrétion urinaire, Paris, 1839-1841» 5 vol. in-S et Atlas, in-fol. col.

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