‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales. Anatomie microscopique et physiologique des fluides de l'économieChapitre 64 sur 123 · SPERME · texte numérisé non relu

SPERME

Le fluide séminal est comme on sait un liquide complexe, résultant du mélange des liqueurs sécrétées par le testicule, l’épididyme, le canal déférent, les vésicules séminales, la prostate, les glandes de Cowper et les follicules muqueux de l’urètre ; ces divers organes ne concourent pas avec un égal degré d’importance, à la composition du sperme, mais chacun d’eux contribue pour une certaine partie à sa constitution définitive. Tel qu’il est rendu à l’extérieur, le sperme humain est alcalin et offre des caractères bien connus.

L’analyse chimique du sperme est assez insignifiante et ne nous apprend pas grand’chose sur les qualités essentielles de ce liquide; qu’il contienne de l’eau, du mucus, une matière albumineuse, de la soude, du phosphate de chaux, un peu de phosphore, etc., ce n’est pas là ce qui caractérise le sperme d’une manière spéciale.

L’examen microscopique fournit immédiatement une notion plus importante sur ce liquide. En effet, c’est â l’aide du microscope que l’on y découvre les singulières particules animées auxquelles on donne le nom d’animalcules spermatiques , de zoospermes. Ces animalcules, de forme différente dans les différentes classes

d’animaux , et souvent dans les animaux de la mêrae classe, ont des caractères tellement tranchés qu’ils ne peuvent laisser aucun doute sur la nature du liquide lorsqu’on les rencontre. Ils sont en outre très-curieux à observer, et leur histoire est également intéressante au point de vue physiologique et au point de vue pathologique.

L’histoire des zoospermes et-celle des échiiiocoques sont particulièrement propres à montrer les progrès que l’observation microscopique a faits chez nous depuis une dizaine d’années. 11 n’y a pas plus de dix ans , que l’existence des animalcules spermatiques était encore niée par des hommes d’un grand mérite, par des savants de premier ordre. Il est vraiment curieux de voir comment M. de Blainville s’exprimait à ce sujet, en i833, et de relire la leçon sur le sperme de son cours de physiologie, si remarquable d’ailleurs : on le croirait à peine si ce n’était imprimé ; aussi , allons-nous citer ce passage comme document historique , et non en vue de critiquer l’auteur qui ne faisait que reproduire l’opinion générale de cette époque, et qui depuis n’est pas plus resté en arrière sur ce point, que sur tant d’autres questions scientifiques qu’il éclaire de son immensé savoir :

«Quand on place, disait M. de Blainville, sur l’objectif du microscope, le sperme d’un sujet qui jouit de toute l’énergie de sa faculté génératrice, on y voit des corpuscules plus ou moins arrondis et ovalaires, ayant une sorte d’appendice caudiforme. On a fait de ces petits corps des animalcules , parce qu’on a vu qu’ils se mouvaient , et qu’on a cru reconnaître à leurs mouve-

ZOOSPERMES.

mcnts une direction déterminée , caractère qu’on a pensé ne pouvoir appartenir qu’à des êtres animés. Et comme parmi les animaux microscopiques que l’on connaît il y en a qui sont pourvus d’une queue plus ou moins prolongée, et plus ou moins renflée, on leur a assimilé les petits animalcules du sperme, et l’on en a fait des cercaires.

(f Mais vous allez voir que la conformation et les mouvements des corpuscules en question s’expliquent tout naturellement , sans qu’on soit obligé de recourir h l’hypotlièse dont je viens de parler. Il est certain que vous trouverez dans le sperme de petites masses gélatiniformes, plus ou moins arrondies, ovales, et ayant une partie prolongée en forme de queue , semblables en un mot aux dessins que Buffon et beaucoup d’autres observateurs nous ont donnés des prétendus animalcules spermatiques. Ces petites masses nagent dans une matière moins consistante qu’elles , et même fluide. Mais d’abord leur forme ovalaire résulte évidemment de la manière dont elles sont éclairées; et ensuite, comme le fluide dans lequel elles sont suspendues, fluide qui est lui-même plus ou moins visqueux , s’attache fortement à elles, il en résulte que, dans les mouvements microsco-chimiques qui ont Heu dans le sperme, les corpuscules que renferme celui-ci semblent tendre à s’échapper de l’espèce de matière glutineuse qui les contient. Cette matière cherchant , s’il est permis de s’exprimer ainsi, à les retenir, les accompagne par cela seul à l’endroit où ils se trouvent arrêtés , d’un prolongement filamenteux qui présente assez bien l’apparence d’une queue, et même d’une queue flcxueuse, h cause des

mouvements latéraux que fait le petit corps clans sa progression. H n’y a clans tout cela, connue vous le voyez, qu’un phénomène tout mécanique, et dans le mouvement qui y donne lieu, qu’un effet physique du contact de deux matières de densités différentes; contact qui provoque ces matières à se mêler pour n’en former plus qu’une seule , comme cela arrive au bout d’un temps plus ou moins long. Abandonnez le sperme à lui-même , eu ayant soin que sa partie aqueuse ne puisse s’évaporer, et en le plaçant pour cela dans une atmosphère saturée d’humidité, au bout de quelque temps le mélange de ces deux matières sera complet , et vous n’apercevrez plus en lui qu’un fluide homogène; les prétendus animalcules auront disparu.

« Si l’on vous montrait en même temps de véritables animaux microscopiques et les petites masses gélatiniformes qui se meuvent dans le véhicule du sperme, vous trouveriez une grande différence entre les premiers et celles-ci. Je pourrais appuyer mon opinion sur ce sujet de celle de Buffon et de Spallanzani , qui ont nié que les masses dont je parle fussent des animal* cules.

cc Parmi les personnes qui ont admis l’existence de ces êtres, il en est qui ont porté leur prétention jusqu’à les classer en genres et en espèces , en prenant la forme de la queue pour principal caractère zoologique. Quelques micrographes aussi, remarquant des différences dans les corpuscules du sperme, selon qu’on prenait ce liquide dans les testicules, dans les vésicules séminales, ou lors de son éjaculation, sont partis de là pour décrire une série d’évolutions dans le développe-

ZOOSPERMES.

inentdeces soi-disant cercaires. Ils nous ont dit que ces aniinaux n’existent pas encore dans le produit qui nous occupe, RU moment où il vient d’être formé, qu’ils n’apparaissent que dans les vésicules séminales; que dans celles-ci ce ne sont encore que de simples animaux globuleux, qu’à mesure seulement de leur progression ils se développent en produisant leur prolongement caudal. Enfin on a prétendu, sans doute avec le dessein de frapper de ridicule les opinions que nous venons de rapporter; on a, dis-je, prétendu que les infusoires spermatiques devenaient chez nous , par exemple , de véritables homoncules, ayant de petits bras, de petites jambes, etc. Mais c’est assez nous arrêter à une illusion d’optique qui a malheureusement séduit un grand nombre de personnes, depuis Leeuwenhok, l’un de ses premiers fauteurs, jusqu’à MM. Prévost et Dumas, qui, dans ces derniers temps encore, ont soutenu l’existence des animalcules spermatiques. »

Pourrionsmous après cela reprocher aux médecins jeur indifférence et leurs préventions à l’égard du microscope? Nous sommes presque étonné, au contraire, des progrès qu’a faits l’observation microscopique en si peu de temps, et nous nous applaudissons de n’avoir plus besoin aujourd’hui d’entreprendre la réfutation sérieuse de l’opinion qu’on vient de lire; opinion que partageait G. Cuvier, et que ce grand naturaliste avait même contribué à répandre , par la confusion qu’il avait faite entre les organes mâles et les organes femelles des mollusques, faute d’y avoir appliqué l’observation microscopique.

Avant d’entamer l’histoire proprement dite du sperme,

et surtout du sperme humain qui nous intéresse spécialement, répondons à une question qui a été souvent posée : Les femelles des animaux ont-elles du sperme, émettent-elles une liqueur analogue à ce fluide, et qui mérite ce nom ?

On ne peut hésiter à se prononoer pour la négative ; les femelles ne possèdent pas de véritable sperme, c’est-à-dire une liqueur nécessaire à la fécondation et caractérisée par des particules animées, par des animalcules d’une nature spéciale et distincte. Ce que Buffon et d’autres observateurs ont appelé animalcules du vagin, n’existe pas à l’état normal, ou n’est pas autre chose que les débris de l’épithélium que nous avons décrit plus haut.

Quant à savoir si le sperme est noir chez les nègres , je ne le crois pas, mais je ne m’en suis jamais assuré.

D’où proviennent les zoospermes , comment se forment-ils , et comment se fait leur développement

Sans entrer dans de grands détails à cet égard, car nous ne prétendons pas faire ici l’histoire naturelle complète des zoospermes , nous dirons que ces animalcules commencent par être à l’état globulaire; ce n’est que successivement qu’ils acquièrent le développement que nous leur connaissons. En parcourant les différents canaux du testicule, le canal déférent, les vésicules séminales, etc. , ils s’enveloppent quelquefois d’une matière visqueuse constituant l’espèce de sac que M. Milne Edwards a rencontré chez certains mollusques, et qu’il a décrits sous le nom de spermatophores. Chez ces animaux , les zoospermes sont renfermés dans cette enveloppe commune, comme les granules polliniques dans

ZOOSPERMES.

les grains de pollen, et les spennatophores éclatent comme ces derniers pour épancher au dehors la matière fécondante. Les spermatophores avaient été confondus par les observateurs avec les zoospermes euxmêmes.

Chez la grenouille, la liqueur spermatique exprimée des testicules, en hiver, ne contient que des globules , ainsi que l’a démontré M. Peltier ; ces globules se transforment en anneaux qui se coupent bientôt en un point de leur circonférence , et les espèces de croissants qui en résultent donnent lieu, en se déployant, à un filament qui n’a pas encore de partie renflée ou de tête; plus tard enfin l’une des extrémités se recourbe en boucle qui forme la tête de l’animalcule, et le zoosperme est parfait.

En se séparant de la paroi des canaux du testicule qui les fournissent , les zoospermes ne sont pas isolés et détachés les uns des autres ; ils ne forment pas des individus libres de leurs mouvements; Us .sont au contraire réunis en groupes , en paquets , à peu près comme les brins de blé dans une gerbe, ou mieux comme les fils d’un écheveau (Jig. 6o) : dans cet état, leurs mouvements sont très-bornés, et on ne remarque qu’une sorte de frémissement dans toute la masse. Pour acquérir la liberté de leurs mouvements et s’isoler les uns des autres, ils ont besoin, ainsi que l’a remarqué Wagner, du contact d’une partie plus fluide, plus aqueuse, et ce n’est qu’après avoir été mêlés au mucus des vésicules séminales, et surtout à la liqueur prostatique, ou bien après avoir été artificiellement étendus d’eau, qu’ils nagent librement ; jusque-là ils sont comme empâtés

282 CODRS DE MICROSCOPIE,

dans un fluide visquetis;, et il est probable que les différentes humeurs qu’ils rencontrent dans les canaux et dans les glandes qu’ils traversent, ont pour but de délayer ces espèces de grumeaux spermatiques.

On a beaucoup discuté pour savoir si les zoospermes étaient de véritables animaux, analogues aux animaux infusoires, et s’ils devaient être considérés comme des êtres réellement doués d’une vie propre. Si on n’entend par animal, et si on ne veut donner ce nom qu’aux êtres provenant d’un germe, et d’un père et d’une mère semblables à eux, il est évident que les zoospermes ne sont pas de véritables animaux; on voit en effet d’après leur mode de génération que ce sont plutôt des partir, cules animées, séparées d’un organe vivant que des animaux proprement dits ; ils ne procèdent pas d’un germe, d’un oeuf, ni d’un père et d’une mère, et ils ne se reproduisent pas ; ils sont le résultat d’une sécrétion, d’une desquamation de l’épithélium interne des canaux du testicule, comme les animalcules que nous avons décrits précédemment, auxquels donnent lieu la séparation et le fractionnement de l’épithélium vibràtil des membranes muqueuses.

Mais ces animalcules possèdent à un si haut degré l’iine des propriétés essentielles de la vie, le mouvement spontané, cessant sous l’influence des agents qui détruisent la vie, que, dans l’ignorance oh nous sommes sur ce que c’est que la vie elle-même, nous pensons que l’on doit les considérer comme des animaux, à aussi juste titre qu’un grand nombre d’autres êtres animés inférieurs, auxquels ou a donné un rang dans l’échelle zoologique.

ZOOSPERMES.

M. Lallemand a très-bien établi, suivant nous, et par de hautes considérations de philosophie scientifique, que les zoospermes ne doivent pas être placés parmi les parasites; l’influence remarquable que produisent sur l’économie en général leur accumulation dans les organes où ils séjournent, les effets déterminés par la perte qu’en fait l’organisme, soit chez les animaux aux époques du rut, soit chez l’homme par suite d’excès ou de maladies, sont autant de phénomènes dignes de l’attention du philosophe et qui excluent toute idée de parasitisme.

Voyons maintenant quelles sont les formes, la ma-? nière d’être, et les variétés des zoospermes chez l’homme et chez quelques-uns des animaux près de lui, ou bien au contraire placés à une grande distance dans l’échelle,

La forme des zoospermes humains a été souvent comparée à celle, du têtard de la grenouille ; et en ef»^ fet ils se composent d’une partie renflée ou d’une tête et d’un long prolongement filiforme , allant en s’amincissant et constituant une queue {fig, 6i ); leur longueur totale est d’environ ^millimètre; le disque ou la tête a -j-Iq millimètre dans son grand diamètre, et gl^en

largeur; le filament peut avoir d’épais¬

seur à sa base auprès de la tête , et f ôooo ® extré^ mité effilée.

Au moment où le sperme vient d’être «jaculé, les zoospermes se meuvent avec tant de rapidité que l’on a peine à les suivre chacun en particulier, et que l’on ne peut pas exactement constater leur forme; ils s’agitent en tous sens, nagent dans le liquide à la manière des

anguilles, en ondulant leur queue, surmontant les obstacles que leur présente le courant du liquide, s’évitant les uns les autres, en un mot jouissant au plus haut degré de la faculté locomotive ; peu à peu le mouvement se ralentit, et ce ralentissement a lieu par deux causes, 1®. par suite de l’affaiblissement de la vitalité dans ces petits êtres; a®, par l’épaississement du liquide dans lequel ils sont plongés et qui s’évapore ; leur progression devient plus difficile, bientôt ils ne font plus qu’osciller, et il semblerait qu’ils sont retenus par l’extrémité de leur queue qui s’empâte dans un fluide visqueux, et enfin ils cessent complètement de remuer : ils meurent.

Dans du sperme frais et produit par un individu vigoureux, en pleine possession de ses facultés génératrices, on peut observer le mouvement des animalcules spermatiques pendant plusieurs heures; je l’ai va durer une journée tout entière , et même jusqu’au lendemain, en prenant soin de garantir le liquide d’une évaporation trop prompte et du froid.

Rien ne donne à un plus haut degré l’idée de la vie que le spectacle du sperme dans lequel se meuvent et s’agitent ces myriades de petits êtres avec une activité, une énergie vraiment surprenante ^

Chez les grands mammifères voisins de l’homme, tels que le cheval, l’âne, le chien, le sperme est d’une part beaucoup plus fluide que dans l’espèce humai nè, et de l’autre le mouvement des animalcules est moins vif et moins durable. Les zoospermes ont du reste chez ces animaux domestiques, ainsi que chez le lapin, à très-peu

* Aussi je ne manque jamais de montrer dans mon cours des zoospermes d’âne vivants.

ZOOSPERMES. 285

(le chose près, la même forme eL les mêmes apparences que chez l’homme.

Les zoospermes présentent quelquefois une variété de forme consistant en une sorte d’appendice situé au-dessous de la tête , qui leur donne l’aspect- de la 62). , .

On a signalé des formes plus ou moins singulières et bizarres dans le sperme d’un grand nombre d’animaux; nous nous contenterons de citer comme exemple, le sperme du cochon d’Inde, dont les animalcules rappellent jusqu’à un certain point l’aspect d’un champignon 63); les zoospermes de souris terminés eh crosse à l’une de leurs extrémités i^fig- 64); ceux de la salamandre' dont le corps en filament renflé au milieu, est entouré d’un fil d’une excessive ténuité formant une hélice dans un état de continuelle rotation; cette structure, découverte par M. Dujardin, est une des plus curieuses à observer {fig- 65). Tæ sperme du limaçon offre de longs filaments entortillés, terminés par une boucle, et doués de mouvements très-lents

Nous avons parlé plus haut de la conformation des spermatophores reconnue par Mil ne Edwards dans le sperme des mollusques.

On a demandé si les zoospermes se trouvaient quel- (piefois dans le sang et circulaient avec lui? Rien de semblable n’a été observé jusqu’ici, et d’après ce que nous avons dit de l’origine des animalcules spermatiques , on conçoit qu’ils ne doivent jamais se rencontrer dans le sang; ce qui a donné lieu à cette supposition , c’est que certains observateurs ont comparé

les zoospermes globuleux de quelques animaux, ceux de la carpe en particulier, aux globules sanguins; mais les zoospermes globulaires qui constituent la laitance paraissent munis d’un prolongement filiforme, lorsqu’on les examine avec un puissant grossissement.

Étudions maintenant l’action de certaines substances et celle des différents fluides de l’économie sur les zoospermes; ce dernier point nous offrira des faits qui ne manquent pas d’intérêt pour la physiologie, etqui peuvent avoir des applications importantes à la pathologie et à la médecine légale.

ACTION DE l’eau SUR LES ZOOSPERMÈS.

L’eau n’a aucune action délétère sur les animalcules spermatiques, elle n’attaque ni leurs propriétés physiques ni leur vitalité ; elle favorise au contraire leurs mouvements en certaines circonstances, ainsi que nous l’avons vu ; lorsque les zoospermes ont perdu leur motilité, qu’ils sont morts , l’eau n’altère pas leurs formes, mais elle n’a pas la faculté de les préserver des altérations putrides, de les conserver; au bout de quelques jours, plus ou moins suivant la température et les circonstances extérieures, le sperme se pourrit et les animalcules disparaissent, comme lorsqu’on abandonne cette liqueur à elle-même, sans addition d’eau.

Page 1