LAIT DKS FEMMES SYPHILITIQUES
J'ai fait des tentatives répétées pour découvrir dans le lait des femmes ayant des symptômes vénériens, tels que chancres, pustules muqueuses, taches cuivrées, etc., des caractères propres à éclairer sur un point qui intéresse à un si haut degré la sécurité des familles; mais je dois avouer que mes recherches à cet égard ont été infructueuses et qu'il m'a été impossible d'apercevoir aucune différence entre le lait des nourrices affectées de syphilis et celui des nourrices parfaitement saines, quand les premières étaient bien portantes d'ailleurs.
En réfléchissant à ce fait, on le trouve très-naturel : on ne voit pas, en effet, pourquoi le lait des femmes vénériennes serait moins pur que celui des autres femmes, et quel rapport il pourrait y avoir entre l'existence d'un chancre et même de symptômes secondaires, tels que des pustules muqueuses, des ulcères à la gorge, etc., et la sécrétion lactée. Des symptômes syphilitiques variés peuvent sans aucun doute exister,
sans que la sécrétion des organes tels que les glandes mammaires, le foie, le testicule, soit modifiée, et il faudrait probablement que l'infection fût bien profonde et bien générale pour que les organes dont nous parlons et leurs produits s'en ressentissent. Aussi n'est-il nullement démontré que ce soit par le lait que la syphilis passe de la nourrice à l'enfant; il est, au contraire, extrêmement probable que ce fluide n'est, le plus souvent, pour rien dans la contagion; la transmission de cette maladie s'opère sans doute par des voies plus directes, comme par un contact immédiat entre la nourrice et l'enfant.
C'est donc l'état des organes extérieurs qu'il faut examiner chez les femmes soupçonnées de syphilis , plutôt que la composition du lait; cet examen doit toujours accompagner celui du lait lui-même, et ce n'est qu'après avoir fait l'un et l'autre que l'on aura toutes les garanties désirables.
Au reste, si l'élément syphilitique peut passer dans le lait, c'est bien certainement à l'état de virus qu'il s'y trouve, c'est-à-dire sous une forme jusqu'à présent inappréciable pour nous; car je n'ai pas la prétention de saisir les virus et de les analyser; c'est quelque chose d'encore trop inconnu dans l'état actuel de la science, pour entreprendre une pareille recherche. Mon but, je le répète, est de constater les caractères du bon et du mauvais lait, considéré principalement comme aliment et non comme renfermant des principes spécifiques , trop sublils pour nos moyens actuels d'investigation. Je me borne donc pour le moment à indiquer sous quelle forme se présente le lait dans l'étRt
''^'''^ COOIIS DE MICROSCOPIE.
parfait, de quelle manière se comportent ses éléments avec certains agents, quelles modifications ils peuvent subir, soit dans leur disposition, soit par leur mélange avec des substances étrangères ou des produits pathologiques; en un mot, j'ai tâché de distinguer par voie de comparaison le lait de bonne nature du lait mal élaboré ou vicié; je crois avoir obtenu ce résultat important, puisque les faits recueillis chez les femmes saines ou malades et chez les animaux, dans les mêmes circonstances, s'accordent à démontrer que le lait de bonne nature ne varie pas dans sa constitution , dans sa pureté, qu'il se présente toujours avec les mêmes caractères, tandis que le lait fourni par des organes malades et à une époque où il est mal élaboré, offre également des caractères particuliers et des mélanges de principes éti'angers.