GLOBULES BLANCS DU SANG
La plupart des observateurs, qui se sont occupés avec soin de l'observation microscopique du sang, ont remarqué, parmi les globules rouges , quelques rares particules moins régulières, éparses çà et là et d'un aspect différent; à l'époque où tout le monde croyait à l'existence d'un noyau solide dans l'intérieur des globules sanguins, même chez les mammifères, ces particules ont été considérées par plusieurs observateurs comme des enveloppes de globules sanguins proprement dits, privées de leur noyau central. La découverte première de ces particules ne peut donc être attribuée ;i aucun auteur en particulier, mais ce n'est que dans ces derniers temps qu'elles ont été étudiées avec soin ,
COUUS DE AllCaOSCOPlE.
que l'on a cherche à connaître leur nature , et l'on doit citer particulièrement le professeur Miiller et M. Mandl. J'ai également fixé mon attention sur ce point, et j'ai démontré qu'ils existaient en bien plus grand nombre qu'on ne le pensait, au moyen de procédés qui permettent de les isoler. Des discussions se sont élevées sur la nature et sur l'origine de ces globules, mais j'y reviendrai après avoir décrit leur forme et leur structure.
Les globules blancs du sang n'ont aucun rapport avec les globules rouges, par leur couleur d'abord, ainsi que leur nom l'indique, ni par leur forme, ni par leur composition ; ils sont sphériques au lieu d'être circulaires et aplatis comme les premiers ; leur contour est légèrement frangé au lieu d'être net comme celui des globules rouges, et leur surface présente un aspect granuleux ; ils sont un peu plus gros que ceux-ci, leur diamètre ayant environ de millimètre au lieu de -4-
{flg. 20).
Si on pénètre dans leur structure intime, on ne remarque pas des différences moins notables; ils sont, il est vrai, constitués par une enveloppe, par une sorte de vésicule, mais cette enveloppe est chagrinée au lieu d'être lisse et régulière, et l'intérieur est rempli de granulations solides, ordinairement au nombre de trois ou quatre , au lieu de renfermer une substance homogène et semi-fluide comme les globules sanguins des mammifères, ou un seul noyau comme ceux des trois autres classes d'animaux vertébrés.
Enfin, ils se comportent tout autrement avec les agents chimiques; c'est ainsi que l'eau n'altère pas leur forme et no les dissout qu'à la longue , et que l'acide
acétique les conlracte ot les condense au Heu de les dissoudre comme il fait pour les globules sanguins proprement dits; ils ne résistent guère mieux que ceux-ci à l'action de l'ammoniaque.
Si on compare les globules blancs du sang aux globules propres du mucus, on voit qu'ils ont avec eux une telle analogie de forme, de structure et de composition, qu'il est presque impossible de distinguer les uns des autres, quoique leur nature intime et leur origine soient très-différentes.
On parvient à isoler ces globules et à les mettre en évidence en grand nombre par les deux procédés suivants :
Les globules blancs ont la propriété d'adhérer au verre au lieu de glisser à sa surface comme font les globules rouges; cette circonstance permet de les séparer par une sorte de filtration que l'on peut opérer sous le microscope même; si on dépose une gouttelette de sang tirée d'une piqûre, sur une lame de verre, et que l'on approche, jusqu'au contact de cette gouttelette, une autre lame de verre plus petite et superposée à la première, le sang s'introduit rapidement par l'action de la capillarité entre les deux lames; les globules rouges se répandent facilement entre les deux surfaces, tandis que les globules blancs adhérant au verre s'arrêtent bientôt, et s'amassent tout près du point par où le sang pénètre entre les deux lames; ils forment de petites îles parfaitement distinctes au milieu de cette espèce de courant artificiel des globules rouges entraînés par la capillarité {Jî§. 21); puis, quand le mouvement est terminé, si on ajoute un peu d'eau ou d'acide acétique j
îi* COURS DE xMICnOSCOl'lE.
ces liquides ciitraînont et dissolvent les giobuU's rouges en laissant en place une partie des globules blancs, sur lesquels l'eau et l'acide agissent de la manière que nous avons dit; ce moyen permet d'observer très-distinctement l'espèce de globules dont il est question.
Le second procédé agit plus en grand et d'une manière plus palpable; il exige que l'on défibrine le sang sortant de la veine; quand le sang est ainsi privé de sa partie coagulable, il reste liquide, et si on l'abandonne en repos dans une éprouvette, il ne tarde pas à se séparer, comme nous l'avons vu précédemment, en deux couches principales , l'une rouge, considérable et occupant le fond du vase, l'autre incoloi'e ou jaunâtre, formée par le sérum, et placée au-dessus de la première.
Mais entre ces deux couches, il en existe une troisième, extrêmement mince, qui n'a pas été remarquée jusqu'ici, et que l'on n'aperçoit en effet qu'en y apportant une attention^ particulière; cette troisième couche forme une sorte de pellicule grisâtre très-mince, qui repose à la surface de la couche rouge. Quelle est la nature de cette couche?
On peut s'assurer qu'elle est composée des globules blancs du sang; le poids spécifique de ces globules étant précisément intermédiaire à celui du sérum et à celui des globules rouges, ils se réunissent dans le point que je viens d'indiquer; il est facile de les saisir pour les placer sous le microscope , en enlevant la couche de sérum au moyen d'une pipette, jusqu'à ce que l'on arrive à la couche grise sans la troubler; une gouttelette prise dans cette couche, et observéeau microscope, présente une multitude de globules blancs melésd'un grand
nombre de globules rouges, que l'on ne peut guère s'empêcher d'enlever avec eux.
Si on laisse coaguler le sang, on ne retrouve plus les globules blancs, attendu qu'ils sont entièrement amalgamés avec le caillot. On a contesté l'existence des globules blancs dans le sang, et l'on a prétendu qu'ils étaient un produit de nouvelle formation , qu'ils résultaient du dépôt de la fibrine sous cette forme globuleuse; mais cette opinion est réfutée de la manière la plus complète par les deux faits suivants : d'une part on les trouve, comme on voit, dans le sang dont on a enlevé la fibrine, et de l'autre on aperçoit ces globules blancs dans les vaisseaux sanguins eux-mêmes, quand on observe la circulation du sang chez les animaux ; ils existent aussi bien dans le sang des oiseaux et des grenouilles que dans celui des mammifères.
J'ai dû m'arrêter un certain temps sur ces globules et les décrire avec soin, parce qu'ils jouent un grand rôle dans l'histoire du sang, ainsi qu'on le verra par la suite.
GLOBtILINS.
La troisième espèce de particules, existant dans le sang, ne mérite pas le nom de globules proprement dits; ce ne sont en effet que de petites granulations, appartenant au chyle, qui sont incessamment déversées dans le fluide sanguin; le même procédé, qui met en évidence les globules blancs, sert à distinguer les globulins du chyle dans le sang; ils se pi-ésenlent sous forme de petites particules blanches, de petits grains arrondis, isolés ou agglomérés irrégulièrement, et
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n'ayant pas plus de -55^ de millimètre environ. Ils ont une véritable importance, puisqu'ils sont les premiers éléments des globules sanguins {fig. 21 ).
Après avoir minutieusement étudié les différentes espèces de particules qui nagent dans le sang, et avoir considéré ce liquide en dehors de l'organisme, et mort, ce serait peut-être le moment de l'observer vivant, circulant et fonctionnant dans l'intérieur des vaisseaux et des organes; mais pour ne pas interrompre l'histoire des molécules sanguines, nous allons les considérer dans leur origine et dans leur développement; ce que nous avons vu de leur structure, de leur composition et de leur nature intime, nous met en mesure d'aborder et de discuter l'importante question physiologique de la formation du sang.