‹ Cours de microscopie complémentaire des études médicales [electronic resource]Chapitre 24 sur 129 · SANG MÉLANGÉ DE PUS · texte numérisé non relu

SANG MÉLANGÉ DE PUS

Est-il possible de reconnaître la présence du pus dans le sang? Cette question est encore une de celles qui sont le plus souvent posées, et nous devons y répondre catégoriquement. Eh bien ! je n'hésite pas à dire que, dans l'état actuel de la microscople, il ne nous est pas donné de constater l'existence du pus dans le sang d'une manière certaine, au moyen des globules de ce produit pathologique ; en d'autres termes, les globules du pus ne peuvent être distingués avec certitude des globules de forme et de structure analogues qui existent naturellement dans le sang, c'est-à-dire des globules blancs; les globules du pus, quoique très-différents, suivant moi , par leur origine et par leur véritable nature, des globules blancs du sang, ont une forme et une structure tellement semblables à ceux-ci, qu'on ne peut affirmer, en les voyant, à laquelle des deux espèces ils appartiennent.

Bien souvent j'ai cru être sur la trace du pus dans le sang, et avoir définitivement constaté la présence des globules purulents. Dans certains cas où l'on présumait que du pus circulait avec le sang, soit par suite d'une résorption, soit par suite de l'inflammation des vaisseaux , le sang m'a offert une si grande quantité de globules blancs , c'est-à-dire de globules sphériques ,

granuleux, Incolores, se comportant avec les réactifs comme les globules purulents, que je croyais avoir affaire à du véritable pus et être en droit d'affirmer que le microscope pouvait réellement servir à reconnaître la présence du pus dans le sang; mais en comparant de nouveau ces nombreux globules aux globules blancs naturellement contenus dans le sang normal, et que " j'ai précédemment décrits avec soin , je retombai dans de nouvelles incertitudes, en retrouvant les mêmes caractères pliysiqucs et chimiques aux uns et aux autres, le même aspect, la même manière de se comporter avec l'eau, avec l'acide acétique , l'ammoniaque, réther,etc. Ne s'agissait-il donc alors que d'une simple augmentation dans la quantité des globules blancs naturels par descauses que nous examinerons tout à l'heure, et non d'une altération par le mélange du pus? C'est ce qui reste encore douteux pour moi.

Qu'on ne se méprenne pas sur la question telle que je la pose; je ne prétends pas dire qu'une collection plus ou moins considérable de pus, amassée dans une veine, que des gouttelettes de ce liquide, conservant au milieu du sang, ou dans le centre d'un caillot, les caractères propres et extérieurs du pus, ne puissent pas se reconnaître avec certitude; dans ce cas, il faudra sans doute apporter un grand soin à l'examen des circonstances et des caractères qui distinguent la matière, mais cet examen se fera par les moyens ordinaires , à l'œil nu , ou si l'on se sert du microscope , ce ne sera que pour confirmer ses soupçons, comme si on voulait distinguer du pus en nature de toute autre substance dans une occasion vulgaire; il n'y aura pas là

de problème microscopique à résoudre; tandis que dans ïe sang purulent , tel que nous l'entendons , le pus est tellement mélangé qu'il ne conserve pas ses caractères extérieurs, qu'il ne s'aperçoit pas, et qu'on ne peut le reconnaître qu'à l'aide de ses éléments intimes, de ses globules nageant avec ceux du sang. C'est donc une question de globules qui se présente, et il s'agit de savoir si un globule de pus, mêlé aux globules du sang, peut se distinguer d'une manière certaine, et sans qu'on risque de le confondre avec un globule blanc? Y a-t-il des caractères nets et tranchés d'après lesquels on puisse affirmer que tel globule appartient au pus, et tel autre aux globules blancs du sang? Nous ne le nions pas absolument , mais nous ne sommes pas parvenu à les constater.

Notre incertitude tient peut-être à ce que nous ne sommes pas encore tombé, dans nos recherches, sur du sang vraiment purulent; mais posée dans ces termes, on comprendra combien cette question est délicate, et combien sont inapplicables les procédés fondés, par exemple, sur la différence de proportion de la matière grasse qui est, dit-on , plus abondante dans le pus, que dans le mucus ou dans les globules blancs; ce serait bien, s'il s'agissait d'une certaine masse de substance, mais comment estimer de semblables différences sur des atomes? Pour moi, je crois beaucoup plus sage et plus prudent, dans l'intérêt de la physiologie , comme dans celui de la microscopie, de s'abstenir, en attendant des progrès de la science la solution d'une semblable (juestion; rien ne nuit plus au développement de nouvelles méthodes que les résultats vagues et

CIRCULATION DU SANG. 135 incomplets qui ne font qu'encombrer la science , y jeter la confusion, et entretenir le cloute dans les esprits.

DE l'altération DES GLOBULES BLANCS.

Il y a donc des cas dans lesquels les globules blancs paraissent en excès dans le sang; j'ai vérifié ce fait un trop grand nombre de fols, il est trop évident chez certains malades, pour que je puisse concevoir le moindre doute h cet égard. En procédant, comme je l'ai Indiqué à propos des globules blancs, on voit apparaître une si grande quantité de ces globules , que les observateurs les moins exercés en sont frappés. Cette circonstance s'est encore récemment offerte à moi chez un malade du service de M. Rayer, à l'hôpital de la Charité; cet homme, dans la force de l'âge, était atteint d'une artérite qui affectait spécialement les vaisseaux des membres Inférieurs ; les deux jambes étaient le siège d'ecchymoses, de phlyctènes gangreneuses, etc. Le sang de ce malade présentait une telle quantité de globules blancs, qu'en raison même de la nature de son affection j'étais porté à croire que le sang était réellement mêlé de pus; mais, en définitive, il ne me fut pas possible de constater une différence tranchée entre ces globules et les globules blancs; et, en effet, on ne trouva, à l'autopsie , aucune trace de pus dans les vaisseaux, ni dans l'intérieur des caillots.

En me rappelant que j'avais fréquemment observe un état analogue dans le sang d'individus chez lesquels on ne pouvait pas soupçonner la présence du pus , je suis plus ])orté à croire aujourd'hui que l'excès des globules blancs tient plutôt au défont de

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