MUCUS NASAL, MUCUS BRONCHIQUE
Le mucus nasal et le mucus bronchique sont les types de ce genre; ils possèdent toutes les propriétés et tous les caractères que l'on attribue au mucus proprement dit, à cette matière visqueuse, semitransparente , réagissant à la manière des alcalis , présentant au microscope des globules empâtés dans cette substance où ils sont agglomérés par petites masses, sans pouvoir se séparer les uns des autres, ni circuler librement, comme cela arrive sous l'influence de la capillarité , pour les particules suspendues dans un fluide plus clair, que l'on met entre deux lames de verre. J'ai déjà indiqué les principaux caractères de ces globules; ils se distinguent des autres espèces de globules de l'économie, excepté de ceux du pus et des globules blancs du sang, par les caractères suivants : ils sont sphériques, granuleux, frangés sur les bords, grisâtres, demi - transparents , et semblent composés d'un noyau formé de- trois ou quatre petites granulations (globulins) renfermées dans une enveloppe molle, et comme un peu plissée ; ces petites boules ont environ jymJ millimètre de diamètre, mais il y a qiielques irrégularités dans leur dimension; quelques-unes sont plus petites, d'autres sont un peu plus grosses {fig. 26). Ces caractères physiques distinguent déjà suffisamment les globules muqueux de tous les autres globules organiques, excepté encore une fois de ceux du pus, qui possèdent exactement , ainsi que nous le verrons plus loin , les mêmes propriétés de structure et de composition; ce point sera discuté avec soin. Quant à
la manière dont les globules miiqueux se comportent avec les agents extérieurs, il suffira d'énoncer, qu'ils résistent pendant longtemps à l'action de l'eau, qu'ils sont insolubles dans l'éther, et qu'ils se dissolvent facilement dans l'ammoniaque; l'acide acétique les contracte et rend plus distincts leurs globulins internes
{fig- 29)-
A l'aide de ces caractères, il est impossible de confondre les globules rnuqueux avec quelques autres espèces de globules de l'économie; par leur forme- spbérique et granuleuse, ils se distinguent des globules sanguins qui sont lisses et aplatis; des globules du lait qui sont nets et transparents; et de plus, les globules du sang sont, comme nous l'avons vu, solublcs dans l'eau et dans l'acide acétique, et ceux du lait insolubles dans l'ammoniaque et solubles dans l'éther, etc.
Le mucus nasal est plus ou moins visqueux , plus ou moins opaque, suivant certaines circonstances physiologiques et pathologiques; il est quelquefois presqu'aussi clair que de l'eau dans le coryza, et alors il contient très-peu de globules ; dans d'autres cas , au contraire , il est extrêmement épais , opaque comme le pus, et se distinguerait difficilement de ce dernier, même en masse et par ses caractères extérieurs; c'est, encore une fois, et nous somme forcés de le l'épéter souvent, que le passage du mucus à l'état de matière purulente est impossible à déterminer, et il est un point oi^i les deux substances se confondent l'une avec l'autre. Ceci s'applique au mucus bronchique, aussi bien qu'au mucus nasal. Nous n'entreprendrons donc pas de résoudre une question dont on s'est souvent
préoccupé, et qui est insoluble ; elle n'a du reste aucun intérêt réel, quoiqu'elle ait été pendant longtemps considérée comme très-importante; je veux parler de la présence du pus dans les crachats.
A l'époque oii l'on pensait qu'il ne pouvait pas y avoir de suppuration sans ulcération , on attachait une grande importance à constater l'existence de la moindre trace de pus dans les crachats; mais depuis qu'il est bien reconnu que les membranes muqueuses, simplement enflammées, peuvent sécréter une matière tout à fait semblable au pus, on tient moins à définir si des crachats contiennent quelques particules purulentes. Le point important est véritablement ici dans la quantité de matière purulente qui est excrétée avec les crachats, et ce n'est pas une question de microscope: il s'agit de savoir si les crachats sont purulents, dans le sens clinique du mot, et non de rechercher s'il existe quelques globules de pus mêlés aux globules muqueux, difficulté insoluble dans l'état actuel de la science.
L'inspection microscopique appliquée aux matières de l'expectoration , est pourtant loin d'être inutile dans certains cas pour le diagnostic de quelques affections de poitrine, si ce n'est d'une manière directe et positive, au moins d'une manière indirecte et négative; si on ne peut pas distinguer les globules purulents au milieu des globules muqueux , si même on ne peut pas assigner » suivant moi , quoi qu'en aient dit quelques observateurs,
des caractères précis à la matière tuberculeuse, s'il est impossible de reconnaître le produit de la fonte d'un tubercule dans un crachat suspect , il est au moins très-
facile d'affirmer, dans certains cas, que telle matière n'est pas tuberculeuse et ne provient nullement de cette source morbide ; c'est ce qui arrive pour les crachats pelotonnés, d'aspect extérieur éminemment tuberculeux, que quelques personnes rendent le matin et qui ont inspiré quelquefois des inquiétudes sérieuses; ces crachats, que j'appelle épidermiques,ne sont autre chose que le produit de la desquamation de l'épithélium de l'arrière-bouche , dont les cellules s'agglomèrent et se pelotonnent de manière à donner naissance à ces crachats d'apparence suspecte; en lacérant et en délayant la matière de ces crachats dans un peu d'eau, on n'y trouve au microscope qu'un amas de cellules épidermiques indiquant suffisamment leur origine , et cette matière n'a aucun rapport avec la substance tuberculeuse ramollie; celle-ci ne se compose que de granulations très-fines, amorphes, d'un aspect à peu près semblable à celui des globulins du mucus ou du pus , que l'on trouve dans ces matières, lorsque par suite d'un séjour plus ou moins prolongé dans une cavité close ou en communication avec l'air, les globules se sont désagrégés. L'observation microscopique m'a mis à même, dans plusieurs circonstances, de rassurer complètement des personnes du monde, et même des médecins, auxquels des crachats de cette nature avaient inspiré des craintes pour l'avenir.
Quelques cellules épidermiques peuvent toujours se trouver dans le mucus du nez et de la poitrine, par suite de son mélange avec les mucosités de la gorge ou de la bouche, mais elles y sont généralement en petit nombre eu comparaison des globules muqueux.
152 CODIIS DE MICROSCOPIE.
La plus polite quantité de sang n'échapperait pas dans les crachats au moyen de l'examen microscopique; si ce caractère offrait de l'intérêt dans une circonstance quelconque, rien ne serait plus facile que de constater la présence des globules sanguins dans la matière de l'expectoration , lorsque ces globules sont ert trop petit nombre pour communiquer aux crachats une couleur capable de traliir à l'extérieur l'existence du sang. Nous n'avons pas besoin de rappeler ici ce que nous avons dit avec de grands détails, des propriétés distinctives des globules sanguins. Mais ce qu'il ne faut jamais oublier, à propos des globules de mucus, et nous en dirons autant de ceux du pus, c'est que dans bien des cas on chercherait inutilement à retrouver les globules avec leurs caractères et leur forme, tels que nous venons de les décrire ; dans certaines espèces de mucus , particulièrement dans celui qui fait la matière des crachats, au lieu de particules sphériques d'une dimension déterminée et assez considéi-able (-5-^ millimètre) d'une structure complexe, représentant, ainsi que nous l'avons dit, de petites vésicules arrondies, granuleuses, on ne trouve quelquefois que des petits grains, de grosseur irrégulière, et remplissant le champ du microscope. S'il existe ç.à et là quelques vrais globules muqueux, ils sont irréguliers, mal circonscrits et comme prêts à se dissoudre {fig- 3o); c'est qu'en effet on a sous les yeux, non plus des globules muqueux intacts, tels qu'ils se montrent dans le mucus frais et récemment excrété, mais les débris de ces globules; les globules sont désagrégés et réduits à leurs éléments constituants, cà leurs globulins échappés de l'enveloppe dé-
durée ou dissoute. C'est ce qui arrive toutes les fois que le mucus a séjourné pendant trop longtemps avant d'être excrété, et ce qui explique l'erreur de quelques observateurs qui n'ont pas tenu compte de cette circonstance dans leurs descriptions des globules muqueux ou purulents.
La difficulté de distinguer la matière ramollie des tubercules dans les crachats tient encore à cette circonstance, attendu que cette matière , ainsi que je l'ai dit, se compose elle-mêmg de grani.lations très-fines, à peu près semblables par l'aspect h celles qui résultent du mucus et du pus altéré et désagrégé. Nous verrons également que dans l'urine alcaline les globules muqueux ne peuvent pas subsister h l'état de globules, et qu'il ne faut pas les cbercber dans le mucus de certains catarrhes de la vessie- La muqueuse nasale et la muqueuse bronchique ont un épithélium muni de cils vibratils, mais nous nous occuperons plus loin d'une manière spéciale de ces singuliers organes.