THÉORIE MÉCANIQUE DE LA FORMATION DE LA COUENNE
Cette théorie repose sur le fait suivant : la couenne se forme aux dépens de la fibrine dissoute dans le
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sang, et on ne la voit se produire que lorsque les globules sanguins ont eu le temps de s'abaisser audessous du niveau du liquide, avant la coagulation du sang; en effet, la couenne n'est autre chose que de la fibrine coagulée ( nous ne nous occupons pas de l'albumine et des autres principes qu'elle renferme), dépouillée de globules sanguins et par conséquent décolorée, puisque la matière colorante rouge du sang appartient aux globules; en d'autres termes, la couenne ne diffère de la fibrine du caillot lui-même, qu'en ce qu'elle ne contient pas dans sa trame de matière rouge ou de globules; c'est un caillot blanc et sous le rapport de sa composition , de sa structure, abstraction faite de sa valeur pathologique, elle ne se distingue du caillot proprement dit que par cette circonstance , qu'elle est dépourvue de matière colorante ; or cette circonstance est due à ce que les globules rouges, s'étant abaissés par leur poids au-dessous du niveau de la masse sanguine, avant que la coagulation ait eu lieu, il est resté à la surface du liquide une couche de fluide incolore, contenant de la fibrine en dissolution; celte fibrine venant à se condenser sans entraîner les globules qui donnent au reste du caillot la couleur de sang proprement dite, forme une couche fibrineuse incolore à laquelle on a donné le nom de couenne inflammatoire. Si au contraire le sang se coagule promptement, ou que le poids relatif des globules ne leur permette pas de descendre dans le liquide, il ne peut y avoir de couenne, attendu que les globules occupent toute la masse fibrineuse, qu'ils sont répandus partout au moment où le sang se prend en gelée , et qu'ils colorent les parties
supérieures du caillot aussi bien que les parties inférieures.
II est donc nécessaire, pour se rendre compte de la formation de la couenne dans les diverses circonstances où elle se montre, de ne pas perdre de vue les deux points suivants : i°. la densité du sang; 2°. le temps que met le sang à se coaguler, ou pour abréger, la durée de la coagulation.
Si le poids spécifique du sang est à son maximum ^ les globules nageant dans un liquide très-dense, n'obéissent que difficilement à l'action de la pesanteur, et à moins que la coagulation ne soit excessivement lente, ils ne sont pas encore descendus au-dessous du niveau du liquide, au moment où il se prend en masse, et il n'y a pas de coucbe de fibrine incolore ou de couenne; d'un autre coté , lorsque la densité du sang est faible, et que les globules se meuvent librement dans le fluide, si la coagulation arrive trop promptement , le même résultat aura lieu ; les globules saisis par la coagulation du sang, avant d'avoir eu le temps de gagner le fond du vase, ne laisseront pas de fibrine incolore pour donner naissance à la couenne.
Le premier cas se présente dans certaines maladies inflammatoires aiguës, telles que le rhumatisme et la pneumonie, dans lesquelles la couenne est presque constante, et où on la voit néanmoins manquer quelquefois sur le caillot de la première saignée, tandis qu'elle se produit presque infailliblement sur le sang de la seconde et delà troisième; cette sorte d'anomalie dépend de ce que le sang est d'abord à son maximum de densité, et que cette densité diminue régulièrement à
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mesure que de nouvelles saignées sont pratiquées: c'est ainsi que le sang d'un individu vigoureux, ou d'un malade affecté d'une violente inflammation aiguë, pèse à l'aréomètre de Beaumé de G" à 7" à la première saignée, et n'en pèse plus que 6" 1/2 à la seconde, pratiquée le lendemain ou le sui-lendemain de celle-ci; 6° à la troisième, exécutée après le même espace de temps, 5° 1/2 à la quatrième, et ainsi de suite; la densité du sang, en effet, diminue à peu près de 1/2 degré pour chaque saignée de quatre palettes.
Dans le sang pesant 6° à 7° , il faut que la coagulation tarde au moins douze à quinze minutes, pour que le caillot soit recouvert d'une couche de fibrine décolorée , ou de couenne.
On observe le second cas dans les maladies de longue durée, qui épuisent le malade, ou dans lesquelles l'économie est profondément affectée, la vitalité affaiblie, et où les liquides et le sang en particulier paraissent avoir subi une altération essentielle; le sang alors peut avoir un faible poids spécifique; la densité du liquide n'apporte aucun obstacle au mouvement d'abaissement des globules, mais le fluide ayant, en grande partie, perdu cette propriété qui maintient en dissolution son principe éminemment coagulable, se solidifie rapidement et se prend en masse en quelques minutes; au lieu de dix, quinze et même vingt minutes que met le sang normal, ou le sang d'une maladie franchement inflammatoire à se coaguler , il n'est pas rare de voir le sang d'un malade , affecté d'une fièvre typhoïde grave, se prendre en gelée en trois ou quatre minutes; la couenne dans ce cas, n'a réellement pas le temps de
se fonnt'i". On pnut affirmer qu'au-dessous de dix minutes, dans la durée de la coagulation, il n'y a jamais de couenne. Densité moyenne du liquide, coagulation suffisamment lente, et peut-être aussi pesanteur spécifique relative des globules, telles sont les conditions physiques de la production de la couenne. Cette théorie n'exclut pas le concours de certaines conditions purement physiologiques et pathologiques, dépendant de certaines qualités intimes du sang, et en particulier de l'élément fibrineux ; mais nous laissons de côté ces considérations d'une appréciation difficile et qui ne sont pas de notre sujet.
On a vu, par ce qui précède, que la densité du sang est extrêmement variable, en raison de circonstances dont quelques-unes sont faciles à déterminer; cette densité est Indépendante de la proportion de fibrine en dissolution dans le sang, car elle est la même avant et après la défibrination; elle paraît plutôt relative à la proportion d'albumine contenue dans le sang; on remarque en effet que le sang présente une faible densité chez les malades affectés d'albuminurie, qui perdent par les urines une grande quantité de l'albumine de leur sang.