ALTÉRATION PAR LE PUS
D'abord , ayant observé le pus provenant d'abcès du sein chez plusieurs femmes, je le trouvai mêlé d'une certaine quantité de lait qu'il était très-facile de reconnaître à la forme parfaitement spliérique de ses globules se détachant par leurs bords noirs et leur surface unie et transparente au milieu des globules purulents; en outre, les solutions alcalines dissolvent, après un contact de quelques instants , tous les globules purulents, et laissent intacts les globules laiteux, tandis qu'au contraire ceux-ci sont entièrement dissous par l'éther, qui n'a aucune action sur le pus; il n'y a donc pas moyen de confondre les deux espèces de globules, même lorsqu'ils paraissent intimement mélangés ensemble.
On conçoit très-bien que les éléments du lait se mêlent au pus d'un abcès développé dans le tissu de la
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glande iiiamniairc, et sortant avec ce fluide par les ouvertures fistuleuscs ou par les incisions pratiquées pour lui donner issue ; mais il était bien plus intéressant de savoir si le pus lui-même pouvait se mêler au lait dans les vaisseaux galactophores et suinter avec lui par les orifices du mamelon , sans que l'on soit averti de sa présence, afin de préserver l'enfant d'une nourriture aussi malsaine et d'un fluide aussi profondément altéré; ce fait était d'autant plus important à constater, que l'on est généralement dans l'usage, comme l'on sait, de faire téter le plus possible à l'enfant le sein de sa nourrice qui vient à s'engorger; les faits suivants sont , je crois, bien propres à détourner de cette pratique , et l'on préférera sans doute soulager la mère par quelque moyen artificiel , que de la débarrasser d'un lait altéré, aux dépens de son enfant; voici, en effet, ce que l'observation m'a appris à cet égard :
Une malade nouvellement accouchée, placée dans le service de M. J. Cloquet, avait un abcès du sein ouvert et d'où s'écoulait une grande quantité de pus contenant du lait comme le pus dont je viens déparier précédemment ; mais en outre le lait que l'on faisait sortir par le bout du sein était lui-même mélangé de pus; ce pus était reconnaissable aux caractères indiqués plus haut; les globules dont il se composait se distinguaient d'abord parfaitement de ceux du lait, et de plus ils n'étaient nullement attaqués par l'éther, tandis qu'ils se dissolvaient dans la soude, ce qui est le contraire pour les globules laiteux. Je sais bien que, dans un cas semblable, on n'aurait pas l'idée de faire téter le sein où existerait l'abcès , et par conséquent il y a
ALTÉRATIONS DU LAIT. 133 peu d'intérêt, au moins pour l'enfant, à s'assurer si le lait contient ou ne contient pas de pus; mais voici un autre exemple dans lequel on va voir du pus couler avec le lait, longtemps avant que l'on soupçonnât la présence d'un abcès dans le sein :
La femme Bachelier, âgée de trente ans, couchée au n° 7 de la clinique d'accouchement , est à son quatrième enfant ; les trois premiers sont morts en bas âge , le dernier a maintenant vingt jours : la mère porte dans le sein droit un vaste abcès qui s'est manifesté depuis une dizaine de jours ; elle n'allaite pas de ce coté; l'autre sein paraît en bon état et l'enfant continue de le téter; cet enfant est assez chétif, et depuis quelques jours il a de la diarrhée; en examinant le lait de cette femme au microscope, en le traitant par l'éther et les alcalis , je le trouvai mêlé d'une notable quantité de globules dont la nature était évidemment purulente; j'annonçai ce résultat de mon analyse à M. P. Dubois et aux personnes qui suivent la clinique de ce savant professeur; on put difficilement interpréter un pareil fait, et l'on se demanda si le pus du vaste foyer formé dans l'autre sein pouvait rentrer dans la circulation et se trouver de nouveau sécrété parla glande opposée; mais l'état de la femme ne permettait pas d'admettre une circonstance aussi grave qu'une résorption purulente; la plupart des témoins doutèrent de l'exactitude de mes expériences, ou restèrent convaincus que le pus provenait d'une légère excoriation située à la base du mamelon; mais après avoir bien essuyé cette partie, après avoir même fait téter l'enfant, de manière à ce que le bout du sein fût parfaitement nettoyé, je recueillis de
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nouveau une certaine quantité de lait que je trouvai , comme la première fois, mêlée d'une portion notable de pus. Ma conviction fut dès lors établie , et je continuai d'observer la malade en silence; trois jours après , M. Dubois, en examinant attentivement le sein de cette femme, découvrit au-dessous de celui que l'on croyait en bon état , dans un sillon cacbé par la mamelle ellemême, une petite tumeur où la fluctuation était déjà évidente; une incision pratiquée sur ce point donna en effet issue à la matière purulente, et dès lors le problème que j'avais signalé fut résolu '.