EXPERIENCES DF. CRISTALLISATION
On trouvera d'ailleurs, dans l'ouvrage déjà cité de .MM. Pouqué et Michel- Lé vy, les détails les plus complets sur les essais dont chaque espèce minérale a été jusqu'ici L'objet. Nons nous bornerons à mentionner quelques-uns des principaux résultats obtenus.
Expériences diverses par voie sèche. — Le procédé de cristallisation par voie sèche a été employé avec succès, par divers savants, à la reproduction artificielle des minéraux cristallisés; mais généralement on a dû faire intervenir des vapeurs capables de réagir les unes sur les autres à une haute température. Ainsi Daubrée a préparé les oxydes d'étain et de titane par la réaction de la vapeur d'eau sur les vapeurs des perchlorures de ces deux corps. En substituant les fluorures aux chlorures, M. Hautefeuille a obtenu, à des températures croissantes, l'Analase, puis la Brookite, enlin le Rutile.
Antérieurement, Durocher avait préparé des sulfures métalliques par la réaction il.' L'hydrogène sulfuré sur des chlorures métalliques gazeux et Daubrée avait obtenu un bon nombre de minéraux par L'action de vapeurs, par exemple la vapeur de chlorure de silicium, sur des bases fixes, chaux, magnésie, etc. Le sesquioxyde de fer cristallisé' a été produit par Henri Sainte-Claire Deville à l'aide d'un courant d'acide chlorhydrique agissant sur du peroxvde de fer, et le même savant a obtenu le sulfure de zinc hexagonal par le passage de l'hydrogène gazeux sur le sulfure de zinc amorphe.
Les cristaux qu'on obtient par ces procédés sont en général très petits; mais on peut en augmenter le volume en prolongeant les réactions. En effet, on a remarqué que, dans les fumerolles volcaniques, le chlorure de fer qui se dégage, en même temps que la vapeur d'eau, laisse déposer, à droite et à gauche de la Assure, une poussière rouge de peroxyde de fer amorphe. Mais, dans la fissure même, le passage répété des vapeurs, sur le peroxyde produit, nourrit en quelque sorte les cristaux et il s'y développe de véritables lamelles de Fer oligiste.
Fusion ignée. — Tout le inonde connaît la cristallisation du bismuth et celle du soufre par fusion. Le second de ces deux corps donne, en se refroidissant, des aiguilles monocliniques, implantées sur les parois du récipient. Mais ces aiguilles sont instables et se transforment rapidement à l'air en octaèdres rhouibiques. Cette dernière forme est d'ailleurs la seule sous laquelle le soufre soit connu à l'état natif.
La cristallisation par fusion et refroidissement lent a été surtout étudiée dans les expériences de MM. Fouqué et Michel-Lévy. Mais, en général, ces expériences n'ont pas été appliquées à des espèces minérales simples; elles ont porté sur des mélanges offrant la composition des roches éruptives, dont les auteurs se proposaient l'imitation artificielle. Elles ont fait ressortir ce fait intéressant, que la nature et le développement des cristaux qui se produisent sont considérablement influencés par les circonstances du refroidissement. Si ce dernier est conduit de manière à offrir plusieurs périodes, caractérisées
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chacune par le maintien prolongé d'une température déterminie, à chacun de - stades correspondent des cristaux spéciaux.
Emploi des dissolvants à haute température. Expériences diverses.
Une méthode employée avec succès par Ebelmen est celle qui consiste à
dissoudre la substance cristallisable dans un réactif susceptible de s'évaporera
une haute température. Des cristaux d'Olivine et de Perowskite ont été obtenus par la fusion, dans un four à porcelaine, d'un mélange comprenant les éléments chimiques de ces minéraux, dissous dans l'acide borique. Forchhammcr, en employant le chlorure de sodium comme dissolvant, a pu préparer des cristaux d'Àpatite. Entre les mains de M. Hautefeuille, l'emploi du tungstate de soude a permis d'obtenir l'Orthose, l'Albite, le Quartz, la Tridymite.
Le grand intérêt de ces dernières recherches est qu'elles semblent se rapprocher beaucoup des conditions de la cristallisation naturelle. En effet, de ce qu'un minéral a été obtenu, dans un laboratoire, par tel ou tel procédé, il n'y a encore rien à conclure quant à la manière dont la même espèce a pu se formai* dans l'écorce du globe. Pour qu'une induction soit légitime, il faut que l'expérience ait réalisé des circonstances analogues à celles que laisse présumer l'examen des gisements. Un minéral ne se présente pas seul; il est associé à d'autres espèces qui souvent ont dû cristalliser au même moment, et dont la composition permet de se rendre compte de la nature du milieu au sein duquel la cristallisation s'est accomplie. Lorsque, par exemple, on voit les cristaux de Cassitérite et ceux d'Eineraudc se pénétrer mutuellement, on est en droit d'admettre qu'ils se sont formés ensemble et, comme l'observation montre que le cortège normal du minerai d'étain se compose en grande partie de minéraux fluorés, on en doit conclure que les composés du fluor ont vraisemblablement joué, dans la cristallisation de la Cassitérite comme dans celle de l'Eméraude, le rôle de dissolvants. Un essai de reproduction où l'on ferait intervenir le fluor ne serait donc pas seulement une expérience de laboratoire. Ce serait aussi une tentative de reconstitution d'un ensemble remarquable de circonstances naturelles.
Ajoutons que la pression a probablement joué un rôle important dans la formation des cristaux. Celle induction semble confirmée par diverses expériences de laboratoire. Ainsi Sénarmont avait obtenu du Quartz cristallisé en chauffant sous pression, à 35o degrés, un mélange de silice gélatineuse et d'eau chargée d'acide chlorhydrique. De même, en opérant dans des tubes de verre hermétiquement clos, renfermés dans des tubes en fer et chauffés à .',<><> degrés, Daubrée a constaté que l'eau attaquait le silicate du verre et qu'il se produisait de^ cristaux microscopiques de Quartz. C'est encore sous pression et à la température de ioo degrés que, par l'action d'un mélange d'alumine ei de potasse avec un grand excès de silice gélatineuse, MM. Friedel et Sarasin ont obtenu du Quartz en petite cristaux bipyramidés.
Production de cristaux par des actions lentes. — Mais ni la pression