A DEUX S(EURS
l'une de 16' ans , r autre de 18 , qui me redemandoienl des vers qu'elles avoient perdus.
Adélaïde, à votre âge Perdre des vers , c'est un mauvais présage , Qui peut avoir des suites quelque jour ; Kt je vous gronderois pour vous rendre plus sage , Si l'on pouvoit gronder l'Amour, Mais écoutez ce que l'expérience Peut-être vous confirmera.
Qui n'aime pas encor , quelque jour aimera : Or pour aimer 11 faut de la prudence , Il faut garder avec soin ces écrits , Ces tendres riens , qui sont d'un si grand prix Dans l'âge heureux qui suit l'adolescence , Age charmant , où le bonheur commence , Age où , guidé par les Jeux et les Ris , Le cœur naif écrit tout ce qu'il pense Sous la dictée et les yeux de Cypris.
Que si l'Amour , toujours prompt à mal faire > De la poclie vient à soustraire Quelqu'un de ces jolis poulets , Et va le montrer à la mère ; Voyez quelle méchante affaire !
Adieu tous les plaisirs secrets , Adieu les enfans du mystère ; Adieu les doux épancliemens Si précieux aux belles âmes ; Adieu tant de baisers de flammes Si chéris des jeunes amans ; Adieu ces larcins pleins de charmes , Qu'on pardonne en rendant les armes ; Adieu les amoureux soupirs , Adieu.... adieu tous les plaisirs.
Qu'on s'en veut alors à sol-même !
Que de regrets , que d'amères douleur» ,
Bien différentes de ces pleurs Que l'on versoit au sein de ce qu'on aime ! Et puis , si la maman venoit , l'oeil en courroux
Vous sermonner sur ce chapitre , Adélaïde , alors que deviendriez-rous ?
Vous voyez donc qu'à plus d'un titre La prudence vaut bien la peine d'y peuser.
Pratiquez-la. Pour'commencer , Soigneusement conservez cette épître ; Elle est d'uu vieillard de vingt ans.
Je ne sais pas trop si cet âge Plairoit aux yeux de bien des gens.
Pour moi , je crois que l'on peut être sage Aux plus beaux jours de son printemps ; Et , n'en déplaise à la sagesse , On suivroit beaucoup mieux ses loix Si laissant là les traits de la viedlesse , Elle prenoit votre minois.
Quant à vous , aimable Sophie , Je vous ai déjà pardonné.
Vous êtes , dit-on , fort jolie :
Et bien ! gardez mieux , je vous prie , Ce que Véuus vous a donné, Que ce qu'Apollon vous confie.