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MODIFICATIONS DANS LA QUANTITÉ DE LA BILE. — A. AUGMENTATION

HYFÉRÉMIE BILIEUSE.

Dans plusieurs circonstances, sans qu’il y ait hépatite ou hypérémie du foie, sans qu’il y ait gastro-entérite, comme l’ont bien remari quéles médecins anglais, la seule maladie qui

DE L'HYPÉRÉMIE BILIEUSE.

existe est une augmentation inexplicable dans la sécrétion biliaire, qui se produit soit spontanément chez les individus à tempérament bilieux, soit sous l’influence de l’entrée dans un pays chaud.

Symptômes. Le principal est une diarrhée bilieuse qui n’est pas occasionnée alors par une gastro-entérite, surtout quand il n’y a ni nausées, ni vomissements, ni pesanteur épigastrique , mais seulement abattement, malaise, anorexie, céphalalgie intense, et fièvre continue rémittente ou intermittente.

Le traitement consiste à s’opposer à cette augmentation de sécrétion de la bile, par une alimentation végétale ou la diète, et, si cela ne suffit pas , par l’emploi de vomitifs ou de purgatifs.

M. Littré, après avoir exposé les raisons qui lui font admettre cet état de surabondance de la bile , de polycholie, ajoute : « Il est assez difficile de dire à quelle condition organique il tient. Est-ce à une hépatite légère? Mais , outre qu’on n’a aucune autopsie à apporter en faveur de cette opinion , on remarquera que les vomitifs et les purgatifs sont les remèdes qui guérissent le mieux. Est-ce à une irritation de l’estomac et de l’intestin? Mais il est bien probable que l’irritation de ces réservoirs est due à la présence d’une bile plus abondante qu’à l’ordinaire , puisque les évacuants qui emportent la bile emportent aussi l’irritation. On peut croire que, sous certaines conditions de climat, de chaleur et d’alimentation , il s’établit un flux plus copieux de bile, ainsi qu’on voit l’urine couler en quelques circonstances plus que d’habitude, sans qu’on puisse reconnaître une néphrite.» (Dictionn. de méd., tom. y.)

D’un ai/tre côté, M. Roche a vigoureusement combattu ces opinions : il se demande : « La bile non altérée peut-elle produire des maladies, soit par sa surabondance, soit par sa métastase sur les organes?

c Quandonvoitunindividu ayant la bouche amère, la langue recouverte d’un enduit jaunâtre , du dégoût pour les aliments, des nausées continuelles, etc., être débarrassé de ces symptômes par le vomissement spontané ou provoqué d’une plus ou moins grande quantité de bile jaune , il paraît tout naturel d’en conclure que cet individu avait trop de bile. C’est aussi la conséquence que l’on a tirée, dès la plus haute antiquité, de l’observation de ce fait, dont la pratique de la médecine offre d’assez fréquents exemples. Les gens du monde, et avec eux quelques observateurs superficiels (1) en tirent toujours encore la même con-

(1) Il est bien entendu que nous n’acceptons pas la responsabilité de cette épithète , que M. Roche n’a certainement pas voulu appliquer ni au savant professeur dont nous reproduisons les leçons, ni à un observateur aussi exact que M. Littré. A. L.

clusion. Cependant, en analysant toutes les circonstances de ce fait, le plus favorable peut-être de tous à la théorie delà pléthore bilieuse, on s’aperçoit bientôt que celle conclusion est fausse. En effet, si l’on voit fréquemmentdisparaîtreles symptômes que nous avons indiqués, à la suite d’une évacuation plus ou moins considérable de bile, on les voit tout aussi souvent peut-être persister et même s’accroître après cette évacuation, ou bien céder à quelques j ours de diète et de boissons acidulés ou à des Rémissions sanguines, sans qu’aucune évacuation biliaire ait lieu. Ni dans l’un ni dans l’autre cas, il n’est possible d’admettre que la présence de la bile soit la cause des accidents, puisque, dans le premier, l’expulsion de ce liquide ne les fait pas cesser, et que, dans le second, ils se dissipent, sans quecetleprétendue causesoit enlevée. Or, des symptômes semblables ne sauraient dépendre de causes différentes, et celle qui n’en rend pas raison dans tous les cas n’est pas la véritable ; ce n’est donc pas à la surabondance de la bile qu’il faut les attribuer. La physiologie pathologique vient d’ailleurs nous donner une explication plus large et plus vraie deces phénomènes morbides. Elle nous enseigne que la sécrétion de la bile ne peut être accrue que sous l’influence d’une surexcitation directe ou sympathique du foie, et que c’est par conséquent à cette cause qu’il faut toujours remonter, au lieu de s’arrêter superficiellement à l’un des ses effets. €e n’est pas au rejet d’une certaine quantité de bile que cette surexcitation hépatique cède quelquefois, mais à une sécrétion rapide et abondante de ce liquide , ainsi qu’aux autres sécrétions que les efforts du vomissement provoquent , comme dans d’autres cas elle cède à la sédation directe ou sympathique de l’organe par les antiphlogistiques. Enfin l’anatomie pathologique, en nous montrant les traces de celte surexcitation , lorsque les accidents se sont accrus et ont entraîné la mort, achève de prouver que la bile n’est pour rien dans la production des phénomènes morbides.

Jusqu’ici nous avons raisonné dans l’hypothèse que labile surabondante et non altérée existait dans l’estomac, et nous avons prouvé, ce nous semble, que sa présence dans cet organe ne peut pas produire les accidents qu’on lui attribue. Mais on nous objectera que les partisans éclairés des théories bilieuses con- | çoivent aujourd’hui la surabondance de la bile, la pléthore bilieuse, la polycholie , comme ils l’appellent, d’une autre manière que nous venons de l’indiquerj ils pensent que les éléments de la bile préexistentdans le sang à la sécrétion du foie, et que la polycholie consiste dans la surabondance de ces éléments. Sylvius (de Le Boë) est l’auteur de cette théorie, reproduite par Stoll. un siècle

MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS

plus tard , avec quelques modifications. Cette opinion soutient encore moins l’examen que la précédente. Elle repose d’abord sur une supposition gratuite ; car aucune analyse chimique , digne de quelque confiance , n’a pu signaler encore, dans le sang, la présence des éléments de la bile : mais on les y rencontrerait, que cela ne prouveraitrien encore. Il faudrait démontrer que cette bile n’a pas été préparée par le foie , puis absorbée , comme dans l’ictère, et transportée de la sorte dans le torrent circulatoire. Or, il n’est aucun moyen de prouver une pareille assertion; car, quel que soit l’instant qu’on choisisse pour tirer du sang et l’analyser, cet instant a toujours été précédé par un travail de sécrétion de la part du foie , et il sera toujours plus naturel d’admettre que la bile préparée par cet organe a été absorbée et mêlée au liquide circulatoire, que de supposer, contre toutes les lois de la physiologie, que ce liquide ou ses éléments , car c’est tout un, puissent préexister au travail de l’organe chargé de sa préparation. Voit-on la salive, le lait, l’urine, etc., préexister à l’action des parotides, des mamelles et des reins? A-t-on jamais trouvé leurs éléments circulant avec le sang, dans des circonstances où il soit impossible d’admettre qu’ils aient été absorbés? Mais allons plus loin. Supposons qu’après avoir démontré, par des analyses chimiques irrécusables, l’existence des éléments de la bile dans le sang, on parvînt à prouver que ces éléments se sont formés au sein de ce liquide, indépendamment de tout travail sécrétoire de la part du foie, il resterait encore à établir que c’est à leur présence dans le torrent circulatoire que sont dus les symptômes dont on les accuse. Mais comment le prouver en présence des faits nombreux qui démontrent le contraire? Ne voit-on pas tous les jours, dans l’ictère, la bile absorbée, charriée partout avec le sang, imprégnant de sa couleurtous les organes et tous les liquides excrétés et cependant ne donner lieu , par sa présence, à aucun phénomène morbide?

Comment croire, dès lors, que les éléments de ce liquide, en si petite quanti té qu’ils échappent aux analyses les plus savantes, puissent provoquer des accidents morbides, que le liquidelui-même,ew nature , ne fait pas naître? Une pareille supposition n’est pas admissible. Ainsi donc, en faisant aux partisans de la théorie de la pléthore bilieuse les plus larges concessions, elle ne s’en écroule pas moins devant les faits les plus simples d’une observation journalière. Et, quand on songe que, pour la soutenir, il faut supposer l’existence des éléments de la bile dans le sang, supposer la préexistence de ces éléments à l’action de l’organe chargé de leur préparation, supposer encore que leur présence produit réellement

les symptômes qu’on leur attribue , et cela , en l’absence de toute donnée chimique un peu précise , en opposition avec les lois les plus positives de la physiologie , malgré le démenti formel de l’observation , on s’étonne qu’une pareille théorie trouve encore aujourd’hui des défenseurs , précisément parmi les hommes qui affichent un dédain profond pour toute explication théorique, et se disent exclusivement fidèles aux faits et à la saine observation.

« Concluons donc que la bile non altérée ne peut produire aucune maladie par sa surabondance; ajoutons ni par sa métastase, car l’ictère nous en fournit tous les jours la preuve incontestable. » ( Dictionnaire en 15 votumes, tome îv. )

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