DE LA GRAVELLE
offrent une transparence qui rappelle celle de la topaze.
6° Enfin, dans quelques cas rares, les sels déposés ont été trouvés confondus avec les poils. Dans un cas, les poils étaient recouverts par les matières salines; dans un second, les concrétions étaient velues à leur surface’et d’un volume considérable; dans un troisième, chaque poil était placé au centre de plusieurs noyaux de cristallisation qui s’étaient formés autour de lui.
Sous le rapport de la couleur, celle des graviers peut être fauve, roussàtre jaunâtre d’un rouge fauve, d’un blanc grisâtre, ou d’un gris cendré. On en observe quelquefois de couleur noirâtre.
Sous le rapport de leur volume, il varie depuis la poudre la plus fine jusqu’à la grosseur d’un pois.
Leur nombre est ordinairement en rapport avec leur volume; quand ils ont à peine celui d’un grain de sable, ils sont quelquefois innombrables ; si leur volume est plus considérable, ilssont en moindre quantité. Cependant on rencontre souvent des conditions opposées.
Leur forme est très-variable et quelquefois difficile à déterminer ; ils sont tantôt arrondis, ovalaires, oblongs, comprimés, piriformes, prismatiques, etc.
Leur surface est tantôt.lisse , taillée à facettes, tantôt rugueuse et couverte d’inégalités.
Quant à leur consistance , on en trouve qui s’écrasent facilement sous la pression du doigt et se réduisent en bouillie; d’autres, au contraire, ont une dureté qui égale celle de la pierre la plus dure.
Situation. On en trouve dans les reins, dans les calices, dans les bassinets, dans les uretères, la vessie et dans l’urètre.
Classification. Ils doivent être ainsi classés : graviers d’acide urique, de phosphate de magnésie et d’ammoniaque, de phosphate de chaux, d’oxalate de chaux, etc.
M. Magendie, dans son beau mémoire sur la gravelle, en a établi sept espèces principales : î» gravelle rouge; 2° gravelle blanche; 5° gravelle pileuse; 4° gravelle grise; 5° gravelle jaune ; 6° gravelle transparente ; 7° gravelle multiple.
Dans la description de chacune de ces espèces, nous allons suivre les divisions établies par ce savant professeur.
De la gravelle rouge ou d’acide urique. L’acide urique ne se rencontre que dans l’urine de l’homme et des animaux qui se nourrissent particulièrement d’aliments azotés, et elle y est en proportion des aliments azotés dont les animaux font usage. D’après les expériences chimiques les plus concluantes, cet acide est un des éléments essentiels de l’urine de l’homme en parfaite santé; seulement, dans
l’état sain, il est en dissolution dans l’urine, et dans la gravelle il se dépose dans ijes conduits destinés à charrier le liquide sécrété par le rein. Cet acide est très-peu soluble, puisque l’urine de l’homme, en étal de santé, et à une température d’environ 30°, n’en peut dissoudre que 1,000 de son poids.
Pour M. Magendie, trois causes évidentes peuvent diminuer, d’une manière absolue ou relative , la propriété dissolvante de l’urine par rapport à l’acide urique :
1° L’augmentation de la quantité d’acide urique, la quantité de l’urine restant la même ou n’augmentant pas dansfles proportions de l’acide ;
2° La diminution de la quantité pd’urine, celle de l’acide urique restant la même'ou’ne diminuant pas dans la même proportion que l’urine;
5° La diminution de la température de l’urine, soit que sa quantité ou sa nature restent lesmêmes, soit qu’elles éprouvent les modifications ci-dessus indiquées.
Au premier rang des causes qui augmentent la proportion d’acide urique dans l’urine et qui, par conséquent, produisent souvent la gravelle, il faut placer une nourriture succulente , la bonne chère , une alimentation animale. Si à cette cause se joignent le défaut d’exercice et une vie sédentaire, les chances pour la production de la gravelle sont bien plus nombreuses. En effet, le système musculaire est celui dont la nutrition est la plus rapide et qui consomme le plus de substances nutritives quand son action est souvent mise en jeu ; aussi toutes les personnes qui exercent beaucoup leurs muscles ont-elles besoin de manger davantage et d’user d’aliments azotés, tels que les viandes. Si l’on fait usage des mêmes aliments et en quantité considérable sans faire agir les organes musculaires, ceux-ci ne s’emparent pas de toute la matière nutritive azotée; elle se trouve en excès dans l’économie, se dirige vers les reins, principal émonctoire de l’azote, elle s’y transforme en acide urique , et concourt ainsi à former la gravelle.
Parmi les circonstances qui augmentent ou diminuent la quantité de l’urine et qui sont favorables ou défavorables au développement de la gravelle rouge, il faut ranger la composition chimique des boissons. L’eau, la bière, le cidre, le petit-vin augmentent la quantité de l’urine, mais les vins généreux, les liqueurs spiritueuses, le thé, le café, le punch, etc., diminuent la sécrétion urinaire. Si donc, dit M. Magendie, un grand mangeur de substances animales boit beaucoup d’eau, de vin léger, de vin mousseux, etc., la quantité de son urine sera plus que suffisante pour dissoudre l’acide urique formé par les reins, et il sera moins exposé à être atteint de la gravelle
280 MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
si, au contraire, il boit peu, ou s’il ne boit pas en raison des alimentsdontiluse, ou bien encore, s’il boit beaucoup, mais que ce soient des liquides chargés d’alcool, tels que les vins des pays chauds, l’eau-de-vie, les liqueurs fortes, etc., son urine sera peu abondante et dissoudra, par conséquent moins d’acide urique; celui-ci tendra donc d’autant plus à se séparer et à former des graviers.
Mais la nourriture animale n’a pas seulement pour effet de produire une plus grande quantité d’acide urique, elle produit encore une diminution de l’action des reins. C’est ce qui résulte des expériences faites sur les animaux etsur l’homme par M. Magendie et par M. Chossat.
La formation de la gravelle est encore favorisée par toutes les causes qui diminuent la quantité de l’urine, telles que la transpiration cutanée abondante, les sueurs, les évacuations liquides accidentelles, etc. Il en est de même du séjour prolongé dansle lit, et del’habitude de conserver longtemps l’urine dans la vessie.
M. Magendie admet aussi que la diminution de la température du sang chez les vieillards, qui entraîne nécessairement celle de l’urine, n’est pas sans influence sur la production de la gravelle.
Les influences des climats sont assez peu connues. On sait bien que la gravelle est trèsfréquente dans les pays tempérés et humides, et rare dans quelques pays chauds; mais on n’a pas tenu peut-être assez compte de l’alimentation qui, comme nous l’avons vu , est une cause si active de la gravelle.
On a souvent attribué cette maladie à des concrétions pierreuses de quelques fruits, à l’usage d’eaux séléniteuses chargées de carbonate de chaux, au sel de cuisine, etc. ; toutes ces prétendues causes ne jouent absolument aucun rôle dans la production de la gravelle, et en résumant tout ce qui a rapport aux causes directes ou indirectes de la gravelle, on peut, avec M. Magendie, les réduire aux suivantes :
1° L’âge mur et la vieillesse;
2° Un régime trop nutritif, principalement composé d’aliments contenant beaucoup d’azote ou de substances susceptibles de former dépôt dans les voies urinaires ;
5° Le défaut d’exercice du corps, le travail de cabinet, le séjour au lit, etc. ;
4° L’usage de boire peu, quelle que soit la nature des boissons;
5° L’usage de vins généreux et des liqueurs fortes.
6° La transpiration, les sueurs abondantes et toutes les évacuations séreuses survenant chez les personnes d’ailleurs disposées à la gravelle.
7° L’habitude de garder longtemps l’urine dans la vessie;
8° Des causes particulières dont il est impossible de méconnaître les effets, mais dont on ne peut expliquer maintenant la manière d’agir.
Symptômes. De quelque naturequ’ils soient, les graviers se présentent dans l’urine le plus ordinairement sous la forme de petits cristaux anguleux, qui touchent au fond du vase où est contenu ce liquide. Ils sont ou évacués avec l’urine, c’est-à-dire qu’ils sont alors formés dans les reins ou la vessie; ou bien leur formation n’a lieu qu’après l’excrétion de l’urine, et leur précipitation devient de plus en plus abondante avec le refroidissement graduel de ce liquide. Dans ce dernier cas, les individus qu’elle atteint éprouvent ordinairement peu ou point de douleur, et leur santé n’est nullement altérée. Mais les malades chez lesquels les graviers sont rendus tout formés avec les urines, offrent souvent au contraire, une série de symptômes très-graves. La gravelle qui a pour siège les reins ou les uretères donne lieu à un sentiment de fatigue, de pesanteur dans la région des reins; cette douleur revient quelquefois par accès, peut devenir très-vive et être comparée à celle que produirait un déchirement profond. Si surtout les graviers sont dans les uretères, ces douleurs deviennent très-vives, et les malades éprouvent quelquefois la sensation d’un corps qui descend en suivant le trajet de ces conduits. L’urine devient rare, chargée de mucosités, et quelquefois sanguinolente; il survient en même temps de fréquentes envies d’uriner; un sentiment de chatouillement se fait sentir à l’extrémité de la verge, letesticule se porte fortement sous l’anneau; des crampes se manifestent aux extrémités; enfin, la fièvre ne tarde pas à se déclarer, et la douleur devient continue. Comme la plupart des autres maladies des voies urinaires , la gravelle détermine des affections sympathiques de l’estomac, savoir des flatulences, des éructations et quelquefois des nausées et des vomissements; la gravelle est d’ailleurs souvent liée à la phlegmasie des reins ou de l’uretère.
La douleur déterminée par les graviers est ordinairement moins vive dans la vessie ; elle se fait sentir dans tout le petit bassin et jusqu’à l’extrémité de la verge.
Les symptômes varient dans l’urètre suivant la grosseur des graviers ; petits, ils parcourent facilement le canal et ne déterminent alors aucun accident; plus considérables, ce n’est qu’avec difficulté qu’ils sont portés au dehors; ils peuvent même s’arrêter dans un point du canal et déterminer une rétention d’urine.
Durée et pronostic. La gravelle a , pour l’ordinaire, une longue durée, qui doit être attribuée autant à l’impuissance de l’art qu’à | la négligence que souvent les malades appor-
DU DIABÉTÈS.
lent dans l’usage des moyens thérapeutiques qui leur sont indiqués. Quand les douleurs se renouvellent, ils voudraient tout employer; mais, dès qu’ils ont obtenu de l’allégement, ils renoncent aux soins les plus faciles. Au reste, le pronostic sera d’autant plus grave que les graviers seront plus nombreux et plus irréguliers, car les accidents qu’ils déterminent sont en raison de leur volume, de leur nombre et des aspérités qui recouvrent leur surface. La gravelle, qui se présente sous la forme d’une poudre fine, donne rarement lieu à la production des calculs. Il n’en est pas de même des graviers plus volumineux ; ils sont fréquemment le noyau de calculs urinaires.
Traitement. 1° Gravelle rouge. II y a plusieurs médications à remplir. A. Diminuer la quantité d’acide urique que forment les reins. Pour remplir cette indication, il faut diminuer la quantité des aliments propres à le produire, quelquefois en supprimer entièrement l’usage et les remplacer par des substances alimentaires contenant peu ou point d’azote. Ainsi une alimentation entièrement végétale, l’abstinence complète de liqueurs fortes et de vin pur sont les premiers moyens à employer. B. Augmenter la sécrétion de l’urine. Les graveleux doivent prendre abondamment des boissons aqueuses et légèrement diurétiques. C. Saturer l’acide urique. L’emploi des carbonates alcalins, où les bases sont en excès, et qui se combinent facilement avec l’acide urique, est très-avantageux. Ainsi il faut prescrire les carbonates de soude et de potasse, soit en dissolution dans une grande quantité de véhicule, soit en dissolution concentrée, soit sous forme solide. Ces sels, dont on fait le plus fréquemment usage , doivent être administrés à une dose qui ne dépasse pas 24 ou 56 grains en vingt-quatre heures. L’eau de Vichy a aussi une très-grande efficacité pour remplir l’indication dont nous parlons.
2° Gravelle composée de phosphate de chaux. Avec le régime prescrit pour la gravelle rouge, les malades devront faire usage des boissons chargées d’acide carbonique, telles que l’eau de Sellz, de Contrexeviile, de Bains, etc.
5° Gravelle composée de carbonate de chaux. Les mêmes boissons devront être administrées.
4° Gravelle pileuse. L’emploi de carbonates alcalins a été très-avantageux.
K0 Gravelle de phosphate ammoniaco- magnésien. Même régime et même traitement que pour la gravelle rouge.
Moyens empiriques. La plupart des graveleux se trouvent bien de l’usage des moyens propres à combattre la dispepsie qui accompagne souvent leur maladie, et parmi ces moyens la magnésie à petite dose , la rhu-
barbe, le quinquina, les eaux sulfureuses prises à l’intérieur, réussissent fréquemment. Les purgatifs répétés et administrés de manière à produire des évacuations considérables ont eu des résultats très-heureux. On a aussi observé plusieurs fois les bons effets des bains froids, des bains sulfureux, des frictions et même des fumigations de vapeurs d’eau ou de soufre. Enfin on a vu la guérison subite de la gravelle s’opérer par le séjour à la campagne, par un changement dans les habitudes, les occupations, les affections morales, etc.
DU DIABÈTES.
C’est une maladie dont le principal symptôme consiste en un écoulement d’urine beaucoup plus considérable que dans l’état normal, et suivant que l’urine contient ou non une certaine quantité de matière sucrée : on a divisé le diabètes en diabétès sucré et en diabétès non sucré.
Siège , caractères anatomiques et nature du diabétès. Évidemment, la sécrétion urinaire ayant les reins pour instruments, et le diabétès étant une lésion de la sécrétion urinaire, c’est dans ces organes qu’il faut placer le siège de la maladie. De toutes les lésions que les reins ont présentées chez les individus diabétiques dont on a fait l’ouverture, l’hypertrophie est la plus commune. Voici comment je me suis exprimé dans mon Précis d’Anatomie pathologique : « J’ai observé une hypérémie très-considérable des reins, sans autre altération de leur texture, sur un individu mort pendant le cours du diabétès. Dans un autre cas où la mort survint également pendant le cours du diabétès, les reins n’étaient pas hypérémiés, mais ils ne présentaient pas non plus cet état de pâleur et d 'anémie qu’on a longtemps regardé comme constituant la principale altération qui se rencontre chez les diabétiques. Parmi les observations relatives à des ouvertures de cadavres de diabétiques qui ont été publiées depuis une dizaine d’années, il n’en est aucune, à ma connaissance, dans laquelle les reins aient présenté cet état d’anémie dont on a tant parlé. L’hypertrophie des reins est une des lésions les plus communes qu’on ait rencontrées dans les cas de diabétès. »
D’après ces faits, M. Dezeiméris s’est cru autorisé à émettre l’opinion suivante sur la nature de cette maladie : « La cause prochaine ou l’essence du diabétès consiste dans l’irritation des reins. Cette irritation est rarement primitive ; elle n’est, le plus ordinairement, qu’une des suites de la gastrite, surtout chronique. Dans le cours de cette dernière maladie, il survient une soif excessive; le malade boit beaucoup et urine en proportion. Cet état se prolonge; l’activité des reins s’accroît
MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS
tous les jours aux dépens de celle des autres \ organes excréteurs ; ils enlèvent à l’économie des fluides qu’il faut incessamment réparer, et contribuent ainsi à augmenter encore la soif. On voit le cercle dans lequel tourne le malade. »
Quelque séduisante que soit cette théorie, il faut avouer que l’observation ne permet pas de l’admettre; car, d’une part, on ne rencontre point de gastrite à l’ouverture de la plupart des diabétiques, et, d’autre part, le plus grand nombre des individus atteints de gastrite, soit aiguë, soit chronique, n’ont jamais présenté le moindre symptôme de diabétès.
Causes. M. Bouillaud, qui a bien résumé l’état de la science sur cette maladie, s’exprime ainsi :
« La plupart des auteurs se sont accordés jusqu’ici à placer l’influence d’une humidité habituelle parmi les principales causes du diabétès. On expliquait par là pourquoi celte maladie sévissait avec une fâcheuse prédilection sur les habitants des pays humides, brumeux et froids, tels que la Hollande et l’Angleterre. Cette opinion paraît assez vraisemblable; cependant M. Dezeiméris affirme que, dans le grand nombre d’observations qu’il a pu lire, aucune ne lui a montré que le diabétès fût le résultat du froid humide. Nonobstant cette remarque, il est permis de croire que l’influence dont il s’agit, par cela seul qu’elle s’oppose à la libre transpiration de la peau et qu’elle active la sécrétion urinaire, ne doit pas être tout à fait retranchée de la liste des causes du diabétès. Une autre cause de diabétès signalée par tous les auteurs, et sur laquelle M. Dezeiméris a insisté d’une manière toute particulière, c’est l’intempérance dans le vin et les liqueurs alcooliques, et l’abus des boissons excitantes en général, telles que le thé, par exemple ; l’usage des diurétiques, des préparations dans lesquelles il entre des cantharides, etc., mérite également une place parmi les causes du diabétès; jusqu’ici on n’a pas fait, à notre avis, de recherches suffisantes relativement à l’influence que peut exercer certaine classe d’aliments sur la production du diabétès. Il est cependant assez probable que cette maladie, ainsi, que la gravelle, a quelquefois des rapports avec la qualité des aliments dont on fait usage; un jour viendra peut-être où, comme M. Magendie l’a fait pour la gravelle, quelque habile observateur précisera le genre d’alimentation qui favorise le développement du diabétès. Quant à la part que prennent le vin et les boissons fermentées à ce développement, nous pensons qu’elle ne sera contestée par aucun de ceux qui liront avec soin les observations de diabétès rapportées par les auteurs. Comme ce genre de modification produit souvent, en
même temps que le diabétès, une irritation gastro-intestinale, M. Dezeiméris, prenant ce qui n’était qu’une simple coïncidence pour une véritable cause , a cru pouvoir avancer que le diabétès, ou, ce qui est pour lui la même chose, l’irritation des reins, n’est, le plus ordinairement, qu’une des suites de la gastrite. Il eût, ce semble, mieux valu dire simplement que ces deux maladies sont quelquefois le double effet d’une seule et même cause.
Quant à l’influence des affections morales tristes , des hémorragies abondantes , des grandes suppurations, des maladies chroniques en général , etc. , sur le vrai diabétès, nous croyons qu’elle n’est pas établie sur des faits suffisamment authentiques.
Symptômes. Le principal symptôme du diabétès, celui d’où il tire son nom, c’est une excrétion immodérée des urines, de telle sorte qu’en général la masse de ces dernières surpasse d’une quantité plus ou moins considérable celle des boissons prises par les malades, quelque abondantes que soient d’ailleurs ces dernières. On cite des cas où les urines ont été tellement copieuses qu’on se refuse presque à croire des effets de ce genre : c’est ainsi que Fonseca dit avoir vu un malade qui rendait deux cents litres d’urine par vingt-quatre heures. Les malades, tourmentés par un besoin continuel d’uriner et de boire, trouvent à peine quelques instants de repos et de sommeil. L’urine est ordinairement limpide, sans odeur ni couleur; elle offre le plus souvent une saveur sucrée.
Les analyses auxquelles l’urine des diabétiques a été soumise ont donné les résultats suivants : d’après Nicolas et Gueudeville, qui publièrent leurs recherches en iso3, cette urine ne contient pas notablement d’urée ni d’acide urique. Les réactifs les plus sensibles y font à peine découvrir des traces de sulfate et de phosphate ; on ne peut y constater d’acide libre; tandis qu’on y trouve (constamment suivant Nicolas et Gueudeville ; et dans une espèce seule de diabétès, suivant d’autres) du sucre en plus ou moins grande quantité, et plus ou moins de muriate de soude. La ma-; tière sucrée que contient l’urine des diabétiques avait été jusqu’ici considérée comme semblable au sucre de raisin ; cependant , récemment M. Chevalier lui a trouvé de l’analogie avec le sucre de canne. Chez un diabétique soumis à leur observation, MM. Thénard et Dupuytren, en i806, constatèrent les faits principaux déjà signalés par Nicolas et Gueudeville. Des recherches récentes de M. Barruel tendent à prouver qu’une certaine quantité d’urée existe dans les urines diabétiques; chez quelques diabétiques, au contraire, on n’a pu constater aucun atome d’acide urique, en sorte que le caractère chimi-
DU DIABETES.
que du diabélès paraîtrait consister plus constamment dans l’absence de cet acide que dans celle de l’urée.
Quelques chimistes avaient avancé que la présence d’une matière sucrée dans l’urine supposait l’existence d’une semblable matière dans le sang. M. Wollaston est de ce nombre; il dit cependant n’avoir pas trouvé dans le sang un trentième de sucre qu’il a reconnu dans l’urine , à quantité égale de liquide. On est porté maintenant à croire que, quelle que soit la quantité de sucre qui se trouve dans l’urine , le sang n’en contient pas ; c’est , du moins, ce que tendent à prouver des expériences de Vauquelin et de M. Ségalas, qui ne purent parvenir à reconnaître l’existence d’aucun atome de sucre dans le sang d’une femme diabétique , dont l’urine contenait , sur sept parties, une partie de sucre. Ce point de chimie animale pathologique réclame toutefois de nouvelles recherches; au surplus, le mécanisme qui préside à la formation accidentelle du sucre dans l’urine est un de ces mystères physiologiques qu’on n’est pas encore parvenu à nous révéler d’une manière bien évidente. Vauquelin pensait que, chez les diabétiques , le principe sucré des aliments et des boissons passe en partie indécomposé dans l’urine. S’il en était ainsi, il semblerait que la chimie devrait constamment démontrer la présence de cette substance dans le sang, à moins que, s’évacuant incessamment par les urines , elle n’existe , dans la masse sanguine, en quantité tellement minime, qu’elle échappe aux réactifs; dans le diabétès non sucré, l’urine n’est presque exclusivement composée que d’eau et d’une très-petite quantité de matière animale.
Quoi qu’il en soit , après avoir fait connaître les changements de quantité et de qualité qui constituent les phénomènes prédominants et essentiels du diabétès , il importe de signaler quelques autres symptômes de cette maÿ ladie. Nous avons déjà fait remarquer qu’une soif ardente coïncidait avec le besoin presque continuel de rendre les urines. En même temps la bouche est sèche ; il en est de même de la peau; il existe fréquemment un sentiment de chaleur intérieure, de la pesanteur à l’épigastre ; quelquefois ce sentiment de pesanteur, ou même une véritable douleur , se manifeste dans la région des lombes. Chez un bon nombre de diabétiques (et M. Dezeiméris a récemment insisté sur ce fait) on observe les symptômes d’une véritable phlegmasie chronique des voies digestives. Toutefois, ce n’est là qu’une complication , et non un caractère constant, essentiel du diabétès.
Lorsque le diabétès se prolonge pendant un temps considérable , il compromet l’existence même des malades; épuisés par les pertes énormes qui se font par les urines ,
ces malheureux maigrissent, se fondent, pour ainsi dire ; le sentiment d’ardeur intérieure qui les consume se complique parfois d’un mouvement fébrile analogue à celui de la fièvre hectique; plongés dans la tristesse et l’abattement, dans le dernier degré du marasme, ils finissent par s’éteindre , dévorés, jusqu’au dernier moment , de deux besoins qu’ils sont condamnés à ne pouvoir jamais satisfaire , savoir, le besoin de boire et celui d’uriner.
La marche du diabétès est le plus ordinairement lente et progressive. Si, comme le prétendent quelques auteurs, les symptômes qui caractérisent la maladie se présentent dans toute leur intensité d’une manière en quelque sorte instantanée , ce n’est du moins que dans des cas fort rares. Ainsi donc, en général , les accidents diabétiques se développent avec lenteur, et bien souvent ce n’est qu’après plusieurs années qu’ils atteignent leur maximum de gravité. 11 est des cas , trop rares à la vérité, où , restant comme stationnaire, le diabélès persiste pendant toute la vie des malades , sans paraître en avoir abrégé sensiblement la durée. Dans les autres cas, la mort arrive de la manière que nous l’avons indiqué tout à l’heure. Arétée et Cuîlen, de même qu’une foule d’autres observateurs, ont signalé cette funeste terminaison, inévitable dans la majorité des cas , si les efforts de l’art ou les secours de la nature ne parviennent pas à vaincre la maladie.
Traitement. Les médications les plus contradictoires ont été employées contre le diabétès , et presque toujours, il faut l’avouer, sans succès. Le régime gras, l’alimentation animale, l’usage de vins généreux, ont été considérés comme le remède par excellence contre cette maladie. On a administré l’urée, l’opium, le calomel, la scammonée , l’émétique , la magnésie calcinée, le phosphate de soude, les saignées , etc. Après l’énumération de ces médications diverses, M. Bouillaud ajoute , et nous sommes complètement de son avis , « la conclusion définitive de cet article , c’est qu’il reste encore beaucoup à faire et sur la nature et sur le traitement de la maladie qui en fait le sujet, « (Dictionnaire en 15 vol., tom. vi.)