DE LA GASTRORRHÉE OU FLUX' MUQUEUX DE
l’estomac.
La muqueuse gastrique est quelquefois le siège d’une' sécrétion surabondante, c’est cette altération que l’on a désignée sous le nomi de gastrorrhée.
Dans ces derniers temps, cette affection a été confondue avec la gastrite, mais elle doit en être distinguée, et on doit lui assigner une place à part. Son existence est démontrée :
1° Par l’inspection cadavérique ; on trouve assez souvent, à l’ouverture des cadavres, la muqueuse gastrique tapissée par une couche épaisse de mucus exhalée à sa surface, sans que cette muqueuse présente aucun des caractères anatomiques de l’état inflammatoire ;
2° Par les symptômes que nous allons exposer ;
5° Par le traitement entièrement opposé à celui de la gastrite.
L’existence de la gastrorrhée est aussi réelle que celle de toutes les maladies de l’estomac dont je vous ai tracé l’histoire. Après bien des méditations sur ce point de pathologie, je ne puis me refuser d’admettre cette affection dans lescadresnosologiques.Jepuis affirmer qu’elle peut se montrer indépendamment de tout tra-
vail phlegmasique. Il ne faut pas oublier toutefois qu’elle est, dans certaines circonstances, consécutive à l’inflammation ; et sous ce rapport, la muqueuse gastrique est soumise à cette loi pathologique, en vertu de laquelle toute inflammation de muqueuse, arrivée à une certaine période peut ne plus consister que dans un simpleflux. C’est ce qu’on observe pour les muqueuses oculaire, bronchique, vaginal ; de là les bronchorrhées et les leucorrhées qui ne sont que la terminaison de la bronchite et de la vaginite. Dans quelques cas aussi, l’augmentation de sécrétion de la muqueuse gastrique coïncide avec une phlegmasie de l’estomac , et n’en est qu’un des symptômes. Tous ces cas peuvent se présenter. Il faut les distinguer avec soin, car le traitement qui convient à l’un peut être nuisible aux autres.
Causes. On doit les rechercher, soit dans le monde extérieur, soit dans l’individu luimême. Parmi les causes externes, nous noterons les influences atmosphériques qui jouent un rôle immense dans la production des flux muqueux des voies digestives. C’est ainsi que sous l’influence d’un air humide, on les voit régner endémiquement dans certains pays, et épidémiquement en d’autres. C’est surtout dans les pays et dans les saisons humides qu’on observe cette affection. Les aliments indigestes, les aliments trop doux, les boissons mucilagineuses favorisent sa production. Ce sont surtout les individus qui présentent les traits du tempérament lymphatique et de la constitution scrofuleuse qui y sont plus prédisposés.
De ce que cette maladie n’est pas une inflammation, n’en concluons pas qu’elle est liée à un état asthénique., La dichotomie brownienne n’a rien à faire ici. Il y a un trouble particulier des fonctions digestives. Ce désordre fonctionnel,commeles autres, peutamener à sa suite l’inflammation, le cancer, comme les palpitations nerveuses peuvent amener l’hypertrophie du cœur; mais il ne doit pas être pour cela, confondu avec la gastrite, et avec le cancer de l’estomac.
Symptômes. Les individus atteints de gastrorrhée éprouvent un sentiment de pesanteur à la région épigastrique, qui augmente suivant la nature des aliments ingérés dans l’estomac ; sous l’influence des aliments mueilagineux, lesdigeslions languissent; les aliments excitants en favorisent le travail. Ordinairement l’appétit se perd, la soif est peu vive ; la bouche est fade, pâteuse, quelquefois amère ; il existe souvent des nausées, soit spontanées, soit provoquées par l’ingestion des boissons et des aliments; on observe aussi des vomissements qui sont constitués par des matières alimentaires, ou bien par des mucosités filantes et demi-transparentes, que les malades
désignent sous le nom de pituite. La langue reste large et humide, elle est couverte d’un enduit blanchâtre, et n’offre de rougeur ni au pourtour , ni à la pointe ; quand la maladie est bornée à l’estomac, il y a Constipation.
Les phénomènes généraux qui accompagnent cette affection, peuventse montrer avec ou sans fièvre ; dans le dernier cas, les malades éprouvent un malaise général, et accusent un sentiment de faiblesse ; dans l’autre cas, la fièvre se montre continue et maligne, et les malades présentent cet ensemble de symptômes qui constitue la fièvre muqueuse des auteurs. On voit aussi quelquefois, la sécrétion des bronches, de la bouche, du pharynx, de l’intestin, de la vessie, augmenter d’une manière notable, et c’est dans ces circonstances qu’on observe une véritable diathèse muqueuse, qu’il n’est pas rare de rencontrer dans les pays et dans les saisons humides.
La gaslrorrhée peut ne durer que quelques jours, elle peut aussi se prolonger plus longtemps; elle peut se terminer par le retour à la santé, et se transformer en une autre maladie; elle peut se montrer sous forme aigue et sous forme chronique. Il y a des individus qui, pendant plusieurs mois, et même pendant des années, rejettent, chaque jour, une certaine quantiléderaucosités, et n’éprouvent pas d’autre trouble des fonctions digestives. Cette affection offre en outre une grande tendance à la récidive; ainsi on voit des individus en être atteints à chaque changement de saison.
Le diagnostic est quelquefois difficile ; toutefois ûn examen attentif ne permettra pas de confondre le simple flux de la muqueuse gastrique avec la phlegmasie de cet organe. S’il existe des doutes, c’est au traitement à les dissiper ; c’est là la véritable pierre de touche.
Traitement. Les émissions sanguines, les bains, les boissons mucilagineuses que nous avons recommandés dans le traitement de la gastrite, doivent être sévèrement proscrits ; s’il y a anorexie, on soumettra les malades à la diète; dans le cas contraire, on leur permettra l’usage des bouillons nourrissants, et spécialement des bouillons gras, qui doivent être préférés au lait. Il est des malades à qui l’on accordera quelques aliments solides. On prescrira en même temps des boissons aromatiques, acides ou amères,' telles que les infusions de camomille, de centaurée, de germandrée, la limonade végétale, la décoction de chicorée sauvage. Si ces moyens ne suffisent pas, on aura recours aux vomitifs, qui produisent, en pareil cas, de merveilleux effets. J’ai vu bien des fois disparaître, en vingt-quatre heures, sous l’influence d’un vomitif, des gasirorrhées qui persistaient depuis quinze ou vingt jours.
Si les amers et les vomitifs réussissent, la maladie est jugée. Mais, il est quelquefois né-
j cessaire, pour achever la guérison, d’admi- ! nistrer un ou deux purgatifs, à deux jours j d’intervalle. Lespurgalifssalins, tels que l’eau de Sedlitz, le sulfate de soude, sont ceux auxquels il faut donner la préférence. Il faut se garder de prescrire, en pareil cas, les purgatifs huileux. La rhubarbe, soit comme amer, soit comme laxatif, est employée avec avantage. Tel est l’ensemble des moyens thérapeutiques, propres à combattre efficacement' la gaslrorrhée.
J’ai eu bien souvent l’occasion d’en constater le succès, et dernièrement encore chez un malade couché dans les salles de la Pitié, chez lequel un vomitif a fait disparaître, en yingtquatçe heures, cet ensemble de symptômes qui caractérisent Ici maladie dont je viens de parler.
DE L’ENTERORRHÉE.
La définition de la gaslrorrhée peut être appliquée à l’enterorrhée. Le siège seul de la maladie diffère; elle peut très-bien exister avec elle, comme aussi exister seule.
Nous lui distinguerons deux variétés ; dans la première il n’y a pas d’écoulement notable de liquides; dans la seconde cet écoulement est considérable.
Les causes sont les mêmes que celles de la précédente.
lre Variété. Le ventre est développé, bouffi ; les gargouillements sont fréquents, et on les fait naître en pressant les parois abdominales; la douleur ne se manifeste qu’à la pression de l’abdomen. Les selles sont rares ou irrégulières. La diarrhée qui signale le début de cette affection peut être remplacée parla constipation. La langue est dans l’état normal, et les symptômes généraux ne sont pas plus prononcés que dans la gastrorrhée.
On opposera à cette forme de la maladie les amers , quelques purgatifs et des excitants cutanés.,
2« Variété. Le symptôme prédominant est ici un écoulement abondant de mucosités par l’anus. Ce flux est souvent constitué par du sérum qui semble être la matière elle-même de la perspiration de la muqueuse augmentée de * quantité; c’est de l’albumine dissoute dans une certaine quantité d’eau ; ce pourrra être du mucus sécrété par les follicules, et alors les selles seront plutôt muqueuses. Ces deux sortes de matières, mucus et sérum, constitueront essentiellement les selles; elles pourront être accompagnées par une notable quantité de bile.
L’autopsie montre que la muqueuse intestinale est exempte d’altération sous le rapport delà couleur et de la consistance; loin d’être rouge elle est, au contraire, pâle, de sorte que celte augmentation de sécrétion coïncide avec l’anémie de la muqueuse.