RAMOLLISSEMENT DE LA MOELLE ÉPINIÈRE
Cette maladie présente les mêmes caractères anatomiques que ceux des ramollissements des diverses parties du cerveau.
Le siège est variable, le ramollissement peut être général , c’est le cas le plus rare. Il peut être partiel, c’est le cas le plus commun. Il peut exister à la portion cervicale, dorsale et lombaire, dans l’une de ses moitiés latérales qui se décompose en deux faisceaux.
Chacun de ces faisceaux peut être le siège du ramollissement. Il peut exister sur les faisceaux antérieurs et postérieurs ; il y a des cas, rares à la vérité, dans lesquels l’écorce médullaire reste intacte. C’est alors la substance centrale grise qui est exclusivement ramollie. Elle est diffluente et présente au centre de la moelle un véritable canal.
Symptômes. Intelligence. Dans la plupart des cas elle reste intacte, à moins que le ramollissement ne se présente sous la forme aigue.
Mouvements; presque constamment altérés.
Cependant M. Genson a cité une observation de ramollissement de toute la portion dorsale de la moelle sans que le mouvement ait été altéré. M. Velpeau a cité un autre cas de ramollissement de toute la partie cervicale avec une complète intégrité du mouvement. Nous pensons que cette observation n’a pas été suivie avec assez d’attention et assez près de l’époque de la mort; carie ramollissement
DU RAMOLLISSEMENT DES CENTRES NERVEUX
n’a pu arriver qu’à la dernière période de l’existence.
Dans les autres faits que possède la science , il y a eu toujours altération des mouvements; néanmoins ce trouble n’a pas coïncidé avec le ramollissement des parties que l’on dit présider à tel ou tel mouvement. Dans une observation de M. Rullier, le ramollissement existait à la portion dorsale. L’altération du mouvement eut lieu aux membres supérieurs.
L’altération des mouvements se montre-telle aussi souvent dans le ramollissement des faisceaux antérieurs que dans celui des faisceaux postérieurs? Il y a des cas à peu près égaux en nombre de chaque côté.
Cette altération des mouvements a coïncidé avec le ramollissement de la substance grise ou de la substance blanche qui existe, d’ailleurs, aussi souvent dans l’une que dans l’autre. Cette opinion est contraire à celle des physiologistes qui pensent que la substance grise préside seule aux mouvements.
Cette altération des mouvements est trèsdiverse. 11 y a diminution ou abolition complète selon que le ramollissement est plus ou moins étendu. L’altération peut porter sur deux ou quatre membres. Si le ramollissement n’attaque qu’un point de la moelle, l’altération du mouvement peut se borner à un seul membre. Quelquefois tous les membres se paralysent successivement. Cette paralysie est brusque ou graduelle.
D’autres parties peuvent aussi perdre la faculté de se mouvoir, aussi les muscles du tronc, les muscles inspirateurs peuvent être paralysés, ainsi que les muscles du pharynx, ù’où résulte une difficulté ou une impossibilité complète de la déglutition. Cette paralysie du pharynx peut arriver sans douleur à la gorge , et alors ce symptôme est le premier qui se montre. Les muscles de la vessie et de l’anus peuvent aussi être paralysés.
Il y a des cas où l’on a observé cette même rigidité, cette même contracture, qui se présentent dans le ramollissement des hémisphères cérébraux. Cette contracture peut précéder la paralysie, la suivre ou coïncider avec elle.
Les convulsions se sont aussi montrées quelquefois. Elles peuvent être partielles ou générales, affectant à la fois les membres et le tronc. C’est alors le phénomène prédominant.
On a aussi quelquefois observé le hoquet. Ce hoquet s’est manifesté seul ou coïncidant avec les convulsions.
On a observé des cas où en même temps qu’il y avait des mouvements convulsifs dans le tronc, il y avait immobilité complète des membres.
Lésions du sentiment. La douleur à la colonne vertébrale n’est pas constante. Mais
il y a des cas où les malades ont éprouvé de la douleur dans plusieurs parties du corps , et il est possible d’admettre que les nerfs qui aboutissent à un point de la moelle ramollie puissent être influencés par ce ramolissement.
La sensibilité a été quelquefois entièrement abolie. Tantôt les malades n’éprouvent que des picotements, des fourmillements, des douleurs cutanées; quelquefois la sensibilité de la peau est notablement exaltée. Les douleurs sont quelquefois profondes. Elles peuvent être permanentes ou bien n’apparaître qu'à des intervalles plus ou moins éloignés.
Il arrive quelquefois que ces douleurs précèdent de longtemps le ramollissement, et alors, ainsi isolées , elles peuvent en imposer au médecin , qui les confond avec des névralgies, des rhumathismes, etc., etc. On a quelquefois observé un refroidissement d’un ou de plusieurs membres.
La vie de nutrition peut présenter quelques symptômes. Digestion ordinairement intacte, circulation aussi. Cependant il est des cas où la circulation a été profondément troublée. On a observé tantôt des palpitations, tantôt des syncopes fréquentes. La respiration peut rester intacte. Mais lorsque le ramollissement existe à la partie supérieure de la moelle ou qu’il est aigu , la respiration se trouble. Un phénomène quelquefois observé a été la dyspnée qui a pu être prise pour un asthme.
L’action du ramollissement de la moelle sur les organes génitaux n’a été que de produire l’érection, dans un certain nombre de cas et quelle que fût la partie de la moelle ramollie. Ce phénomène a été surtout observé dans le ramollissement aigu.
Mode selon lequel se groupent les symptô #
mes sous la forme aiguë ou chronique.
Sous la forme aiguë, mort presque subite. La durée est de moins de vingt-quatre heures. État comateux, résolution des membres, convulsions. Quand la maladie dure de vingt-quatre heures à quelques jours, l’état comateux n’est pas le premier symptôme qui apparaisse.
Sous la forme chronique la maladie peut se prolonger depuis quelques mois jusqu’à des années.
Marche. La maladie peut être stationnaire ou peut présenter des alternatives d’exacerbation et de calme, ou bien s’accroître graduellement. Cet accroissement s’étend Tantôt des parties supérieures aux inférieures, tantôt des inférieures aux supérieures.
Il est des cas où la maladie n’a pas présenté de prodrome. Ceux que l’on a observés le plus souvent sont des fourmillements, des douleurs simulant les névralgies, les rhumatismes, etc.
Terminaison. Il est douteux que ce ramol-
lissement puisse se terminer favorablement ; la mort en est le résultat ordinaire. Les malades s’affaiblissent, s’épuisent, la déglutition et la respiration deviennent impossibles.
D. de l’induration des centres nerveux.
L’induration des centres nerveux a été plus rarement observée que le ramollissement.
Elle peut être partielle ou générale. Quand elle est générale, elle affecte la masse encéphalo-crânienne et la moelle épinièr e.
L’induration peut n’être pas portée au même degré dans tous les points.
Quelquefois la consistance des parties a été augmentée au point de pouvoir être comparée à de la cire ou à du fromage du Gruyère ; quelquefois au point de ressembler à un véritable fibro-cartilage, dont elles avaient l’élasticité.
Quand l’induration est partielle , elle peut avoir son siège dans toutes les parties :
Dans les hémisphères cérébraux ;
Un certain nombre de circonvolutions ;
Les parties blanches centrales ;
Rarement les corps striés ou la couche optique ;
Les cornes d’Ammon, tantôt une seule, tantôt deux ;
Le corps calleux ;
Le septum lucidum;
Rarement la voûte à trois piliers ;
Dans le cervelet, soit le lobe médian , soit les lobes latéraux;
Enfin dans la moelle épinière.
L’induration peut exister seule, ou coïncider avec d’autres affections. Elle peut être compliquée d’hypérémie ou d’anémie , d’hypertrophie ou d’atrophie. Autour du point induré on peut rencontrer un ancien foyer hémorragique cicatrisé , des productions accidentelles , etc.
Enfin les méninges peuvent être affectées vers le point où elles correspondent au point induré.
Celle maladie a été observée à tousles âges.
Symptômes de l’induration des hémisphères cérébraux.
Qu’il y ait congestion, ou qu’il n’y ait pas de complica tion , les symptômes sont les mêmes dans l’un et l’autre cas ; ce sont ceux des fièvres dites ataxiques : mouvements convulsifs, trouble de l’intelligence, délire auquel succèdent l’affaiblissement , la résolution des membres, le coma, la mort.
Cette induration de la totalité des hémisphères cérébraux est rarement chronique.
La science en possède trois cas ( Archives générales de Médecine , tome xiii, p. 419; Journal des Progrès, tome xvn, p. 257). Dans un de ces cas, idiotisme complet ; dans les deux autres, hébétude ; dans deux , épi-
lepsie ; dans un , faiblesse des quatre membres, qui finit par une paralysie complète, interrompue par des convulsions ; dans tous, sensibilité obtuse. Dans un des cas, atrophie complète d’un des hémisphères cérébraux. Un cas où l’âge et la durée de la maladie ne sont pas indiqués; dans un autre, symptômes durant toute la vie; mort à vingt-deux ans. — 3e cas. Premiers symptômes à quarante et un ans, mort à quarante-huit.
Dans l’induration partielle des hémisphères cérébraux , qui n’a été vue qu’à l’état chronique, le symptôme le plus constant a été l’altération des mouvements, la paralysie s’étendant graduellement simple ou avec contracture, convulsions partielles ou générales.
Les désordres de l’intelligence ont été moins constants. On a vu coïncider les symptômes épileptiques avec l’induration des cornes d’Ammon.
M. Lallemand cite un cas d’induration de la substance blanche du lobule moyen, sans qu’il y ail eu le moindre trouble dans l’intelligence et les mouvements. Le malade seulement ne pouvait pas parler.
On a vu l’induration, dans les deux côtés des hémisphères, ne point donner lieu à l’altération des mouvements.
Nous avons eu occasion de voir une petite fille de vingt mois , dont les fonctions de la vie de nutrition étaient parfaitement intactes, et qui ne présentait d’autre altération dans les mouvements, qu’un balancement invincible de la tête, de droite à gauche. Trois semaines après son entrée à l’hôpital, elle tomba dans le marasme et mourut. A l’autopsie , on trouva les circonvolutions des deux hémisphères tellement indurées, qu’elles offraient la densité et l’élasticité d’un fibro-cartilage. Elles présentaient la couleur de l’ivoire, et la substance grise et blanche avait la même couleur. A la partie inférieure d’un lobe latéral du cervelet, on voyait une poche enkystée, dans le liquide de laquelle nageaient des granulations semblables à des esquilles d’un os fracturé.
L’induration du corps calleux n’a jamais été trouvée seule.
Le septum lucidum a été trouvé induré, comme un fibro-cartilage.
L’induration du cervelet peut exister avec ou sans symptômes.
( Voyez Serres, Anatomie du cerveau, 1. 11; Gall, Fonctions du cerveau , tom. m; Ros- | tan, Ramollissement, pag. 169.)
1 L’induration de la moelle épinière peut être générale ou partielle. Elle peut acquérir une telle consistance, qu’on lui fait subir des tractions, qu’on lui fait supporter des poids, sans qu’elle se rompe. #
j Le symptôme remarqué a été la paralysie augmentant graduellement.
LÉSIONS DE SÉCRÉTION
Pour toutes ces indurations diverses, il est impossible d’établir un traitement général.
IIIe CLASSE. — LÉSIONS DE SÉCRÉTION DES CENTRES NERVEUX.
Dans tous les organes qui sont tapissés ou bornés par une membrane muqueuse ou séreuse, les altérations de sécrétion jouent un grand rôle. Nous avons vu combien leur étude est importante dans les maladies des appareils de la vie de nutrition. Dans les appareils de la vie de relation, ces altérations sont encore peu connues, et quelques «observateurs seulement ont fixé leur attention sur ce point. Nous allons exposer l’état de la science sur ce sujet.
Dans tout organe il existe une certaine proportion de sérum. Dans certaines circonstances cette proportion de sérum peut augmenter beaucoup ; ces circonstances peuvent exister pour les centres nerveux.