‹ Cours de pathologie interneChapitre 209 sur 232 · DE LA NÉVRALGIE · texte numérisé non relu

DE LA NÉVRALGIE

Le mot névralgie exprime une douleur plus ou moins vive , exacerbante ou intermittente, ayant son siège dans un nerf et ses divisions. Dans le plus grand nombre des cas, la névralgie a son point de départ dans le tronc même du nerf, et diminue d’intensité à mesure que le nerf se divise; mais dans d’autres cas, et ces cas sont plus rares, la douleur n’existe que dans les ramifications du nerf. Il en est même qui n’ont leur siège que dans les plus petites ramifications.

Tous les nerfs sont susceptibles de névralgie. Nous allons passer en revue ceux qui en sont le plus souvent le siège.

Névralgies de la face. Il n’y a pas longtemps encore que la plupart des névralgies de la face étaient rapportées au nerf facial. Les travaux des physiologistes modernes, en assignant à la portion dure de la septième paire l’usage spécial de présider aux mouvements, ont mis hors de doute que le siège des névralgies de la face était dans la cinquième paire et ses différentes branches : de là les névralgies suivantes.

1° Névralgie frontale ou sus-orbitaire.

Dans cette névralgie, le point de départ de la douleur est au niveau du trou sus-orbitaire ; de là elle s’irradie vers la paupière supérieure , vers le sourcil, le front et tout le côté correspondant da la face , enfin vers toutes les parties qui reçoivent les ramifications nerveuses ou les anastomoses du nerf orbito-frontal.

Cette névralgie donne lieu à des élancements , à des pulsations énergiques des artères voisines, au gonflement des veines, à l’excrétion des larmes, à la rougeur et à la sensibilité de l’œil , et quelquefois même à l’occlusion des paupières. La névralgie de ce nerf est quelquefois bornée aux rameaux qui se distribuent à la voûte nasale, aux sinus frontaux , ou au globe de l’œil ; alors ces syrnptô- i mes simulent ceux du coryza et de l’ophthalmie, mais leur caractère intermittent fera bientôt reconnaître leur nature.

2° Névralgie sous-orbitaire. Dans celle-ci !

la douleur part du trou sous-orbitaire , et se répand tantôt sur les nerfs des muscles de la face et occupe alors la paupière inférieure , l’angle interne de l’œil, la joue , l’aile du nez ; tantôt sur la branche dentaire et alors se fait sentir dans le sinus maxillaire, dans le palais , la luette, la base de la langue, et souvent dans tout un côté de la face.

Cette névralgie donne lieu quelquefois à des mouvements convulsifs de la paupière inférieure, des joues et de la lèvre supérieure. Elle occasionne des souffrances horribles, et porte le nom vulgaire de tic douloureux.

5° Névralgie maxillaire. Dans celte névralgie, la douleur s’étend du trou mentonnier aux alvéoles, aux dents; sur les côtés de la langue, aux lèvres et au menton. Quelquefois elle se propage sur toute la joue et peut faire éprouver des douleurs très-vives dans le pavillon de l’oreille. Elle peut aussi donner lieu à des convulsions et déterminer le trismus.

4° Névralgie dentaire du maxillaire supérieur. La douleur, dans cette névralgie, est concentrée dans les alvéoles. Elle constitue Yodontalgie. Elle donne lieu à des douleurs intolérables et qui font croire aux malades qu’ils ont des dents cariées. Il arrive aussi quelquefois que cette douleur n’est que symptomatique.

5° Névralgie linguale. Il est à présumer que c’est la branche de la cinquième paire qui se distribue à la langue, qui est le siège de celte névralgie. Les douleurs auxquelles elle donne lieu sont si intenses et persistent si longtemps, que quelquefois on a cru au développement d’un cancer de la langue. Du reste, cette névralgie est assez rare , et elle finit par disparaître.

Voilà les principales névralgies de la face , qui, comme on le voit, n’ont pas leur siège dans le nerf facial.

On a décrit pour le crâne une névralgie du cuir chevelu et une névralgie occipitale; mais l’existence de ces deux affections ne repose pas sur des observations bien rigoureuses.

Névralgies du tronc. — Leur siège est dans les nerfs qui émanent de la moelle épinière.

6° Névralgie intercostale ou thoracique.

Cette névralgie occupe tantôt une partie seulement du nerf intercostal, tantôt le nerf entier. La douleur se fait sentir dans l’espace qui sépare la huitième de la neuvième côte, en suivant le trajet du nerf intercostal depuis son origine au rachis , jusqu’à sa terminaison sous le sternum.

II faut distinguer cette névralgie de celle qui affecte les parois de la poitrine ( névralgie thoracique ) et qui affecte surtout les muscles du thorax. Je me rappelle avoir vu une névralgie de ce genre , qui donnait lieu à des douleurs très-vives. Elle fut guérie par l’administration des narcotiques.

MALADIES DES CORDONS NERVEUX

7° Névralgie des glandes mammaires. On ne sait pas si c’est dans le tissu cellulaire ou dans la glande mammaire qu’est le siège de cette névralgie; aussi l’a-t-on plus rationnellement nommée névralgie mammaire. Celte névralgie, qui donne lieu à de très-vives dou- i leurs , peut quelquefois laisser du doute sur l’existence d’une lésion cancéreuse delà mamelle.

On a observé quelques cas de névralgies abdominales.

On a aussi cité des observations de névralgies lombaires, mais leur existence n’est pas bien constante.

8° Névralgie du cordon spermatique.

Cette névralgie s’étend aussi aux fesses et aux cuisses; de là naissent en même temps différents désordres. Elle détermine notamment la fréquence des urines. Cette névralgie, de même que beaucoup d’autres, peut en imposer et faire croire à l’existence d’autres maladies.

9° La névralgie iléo-scrotale descend de la région lombaire le long du psoas et va gagner le scrotum.

Névralgies des membres supérieurs. — Si vous parcourez chacun des nerfs des membres, vous verrez qu’ils peuvent être le siège de névralgie. Dans le membre supérieur, le nerf qui est le plus souvent frappé de névralgie est le nerf cubital. Elle donne lieu à une douleur qui part de l’aisselle et gagne le bras, la main, l’annulaire, et le petit doigt.

Le nerf circonflexe donne lieu aussi à une névralgie particulière.

Névralgies des membres inférieurs. — Elles ont été observées plus souvent que celles des membres supérieurs. On en distingue trois principales :

10° Névralgie sciatique ou fèm oro-poplitée. Son point de départ est à l’échancrure sciatique, d’où elle s’étend le long de la partie postérieure de la cuisse jusqu’à la région poplitée, d’où quelquefois elle se prolonge jusqu’au pied. Elle est tellement bien caractérisée par le siège qu’elle occupe , que les malades qui n’ont aucune connaissance de la disposition du nerf sciatique , indiquent trèsbien le siège de cette douleur. Cette névralgie offre d’ailleurs de grandes variétés. Rarement elle atteint les deux côtés. Elle est très-commune dans la grossesse.

11° Névralgie fémoro - prétibiale. Cette névralgie commence vers l’arcade crurale, suit la partie interne de la cuisse et va gagner la partie antérieure de la jambe. Elle est beaucoup moins commune que la précédente.

12° Névralgie plantaire. Celle-ci se montre beaucoup plus rarement que les deux précédentes. La douleur qu’elle détermine est bornée au nerf plantaire qui se distribue à la

plante des pieds. Dans un cas observé par Chaussier sur une femme âgée, elle alternait avec une névralgie faciale. La douleur était très-vive et suivait exactement toutes les ramifications du nerf plantaire, i On a décrit un beaucoup plus grand nombre de névralgies ayant leur siège dans différents organes. Nous en avons déjà parlé d’un certain nombre en vous faisant l’histoire des lésions d’innervation des différents appareils que nous avons passés en revue. Nous ne nous occupons ici que des névralgies extérieures, pour ainsi dire; les internes, qu’elles aient leur siège soit dans la pneumo-gastrique, soit dans les nerfs rachidiens, soit dans le grand sympathique, ayant été déjà examinées.

L’anatomie pathologique est souvent impuissante pour apprécier la lésion que la névralgie laisse après elle. Souvent l’ouverture des corps ne m’a rien démontré, et d’autres fois j’ai trouvé de la rougeur et de l’infiltration autour du nerf, ce qui pouvait faire penser qu’on avait eu affaire à une névrite.

Il y a de fausses névralgies, et ces cas sont loin d’être rares. Une tumeur, par exemple, développée sur le trajet d’un nerf et comprimant ce nerf, produit une douleur semblable à celle de la névralgie. On voit, dans ces cas, la névralgie disparaître avec la tumeur. Il n’est pas rare de voir des femmes accusant une douleur très-vive dans la jambe, être atteintes d’une tumeur dans le bassin, qui comprime le nerf sciatique. La même chose arrive pour les tumeurs de l’ovaire, pour le gonflement du ligament large, etc. J’ai soigné un homme qùi était affecté d’une névralgie atroce partant du trou menlonnier. Cette douleur était produite par une périostose syphilitique. Cette névralgie disparut en même temps que la syphilis contre laquelle fut dirigé le traitement mercuriel. C’est certainement un des plus beaux résultats que j’aie observés.

Dans la névralgie, l’invasion de la douleur est lente ou brusque; dans quelques cas elle arrive rapidement à son summum d’intensité; dans d’autres, elle est précédée de frissons et d’un sentiment d’engourdissement.

La douleur est, au reste, très-variable dans son intensité. Tantôt elle est vive, brûlante, déchirante et s’irradiant jusqu’aux dernières ramifications d’un nerf; tantôt elle est obtuse et sourde. Dans tous les cas, de temps en temps la douleur s’exaspère. Quelques malades éprouvent un sentiment de froid sur la partie douloureuse; mais jamais le thermomètre n’a accusé un abaissement de la température.

Nous avons dit que le plus ordinairement i la douleur s’irradiait du tronc nerveux aux i rameaux; dans quelques cas cependant cette

irradiation a lieu des rameaux aux troncs nerveux, et presque toujours alors la cause de la douleur est la compression exercée sur les rameaux nerveux.

La douleur de la névralgie est diminuée par la pression dans la plupart des cas. Ce fait se constate surtout sur les petits rameaux.

La chaleur augmente la douleur.

Souvent, surtout au commencement de la maladie, la névralgie donne lieu à des convulsions des muscles qu’elle atteint. Mais lorsque la névralgie a duré longtemps, ces convulsions cessent en général, et sont remplacées par la paralysie et par l’atrophie des parties. C’est ce qui arrive, par exemple, dans la sciatique. Quelquefois l’atrophie sur- j vient après une durée assez courte de la maladie et fatf; des progrès rapides; la douleur peut en être la seule cause.

Les névralgies produisent aussi des désordres dans les appareils de la vie organique ; passons-les rapidement en revue.

Observons d’abord que si la douleur est très-vive dans la*partie qui est le siège de la névralgie, la congestion se manifeste. De là, la rougeur qui si souvent accompagne cette maladie.

Les sécrétions sont fréquemment troublées; de là l’écoulement des larmes, de la salive, le flux nasal, qui accompagnent les névralgies de la face; de là aussi les flux bilieux et intestinaux qui se montrent chez quelques malades. En général aussi, les urines sont abondantes, d’une ténuité et d’une limpidité remarquables.

La nutrition se trouble aussi profondément che/ les névralgiques. Ils maigrissent considérablement et rapidement. La digestion et la respiration présentent des troubles variés, sous l’influence d’une douleur vive et longtemps continuée. On voit surgir aussi des phénomènes sympathiques très-divers, et dont la description nous entraînerait trop loin.

La névralgie peut se montrer sous deux formes, mais pas avec la même fréquence. Ainsi la forme continue est la plus rare, et c’est la forme intermittente qui est la plus commune. Elle affecte le même type que les fièvres intermittentes, et l’on voit, par exemple , des névralgies quotidiennes , tierces, quartes, etc.

Les récidives dans les névralgies sont trèsfréquentes , et elles reparaissent subitement au moment où on s’y attend le moins. j

La durée de la névralgie est variable : elle peut se terminer en très-peu d’instants, en quelques heures, quelques jours, commeaussi elle peut durer pendant des mois et des années. On cite des observations de malades ] ayant été atteints de névralgies pendant dix J

> DE LA VIE DE RELATION

et douze ans, après lesquels la guérison s’était effectuée. Vous voyez combien il est difficile de pouvoir assigner un terme approximatif à ces sortes de maladies.

Avec un peu d’attention il est facile de distinguer la névrite de la névralgie. Si dans la première la douleur est intense , son type continu, l’exaspération que lui font éprouver le mouvement, la pression ou la friction , la* distingueront de celle que produit la névralgie ; la névrite d’ailleurs donne lieu à des signes extérieurs d’inflammation qui ne laissent aucun doute.

Berlinghieri, sur quarante cas de névralgie faciale, n’a cité que deux cas de la névralgie de la septième paire, et à notre avis ces deux j cas doivent être regardés comme de fausses névralgies.

; Dans ces quarante cas , la névralgie franche a toujours eu lieu du côté gauche. Dans la névralgie sus-orbitaire il a remarqué que la paralysie était du côté droit.

Causes. D’après les observations publiées il paraîtrait que les deux sexes sont également sujets aux névralgies de la face. Il n’en est pas de même pour la névralgie du nerf sciatique, qui est plus fréquente chez les hommes que chez les femmes.

D’après les relevés publiés par le docteur Chaponnière de Genève, on voit que sur 253 individus affectés de névralgie de la face, il y a eu 124 femmes et 129 hommes.

Berlinghieri a trouvé les nombres suivants pour la névralgie de la face , 21 hommes et 19 femmes.

La névralgie faciale est très-rare chez les enfants. On a dit cependant l’avoir observée sur un enfant de 9 ans et sur un autre de 15 ans.

Elle est rare aussi chez les vieillards : on l’a observée sur un vieillard de so ans. Elle est également rare depuis 15 jusqu’à 25 ans.

Suivant les rélevés de M. Chaponnière , le plus grand nombre de névralgies arriverait, chez les femmes, depuis l’âge de vingt ans jusqu’à celui de trente , et chez les hommes , depuis l’àge de trente ans jusqu’à celui de quarante.

Chez l’un et l’autre sexe, les différences de tempérament ne paraissent pas avoir une grande influence sur la production de la névralgie.

Il n’est pas constaté que la névralgie soit héréditaire. Cependant on a cité des familles entières chez lesquelles différents membres | ont été pris tour à tour de névralgie.

L’influence des saisons doit entrer en ligne de compte sur le développement plus ou moins grand des névralgies. Aussi leur production est-elle favorisée par une variation brusque de température et par un temps humide et J froid. On a observé que les névralgies sont

MALADIES DES CORDONS NERVEUX

plus fréquentes au printemps et en automne, j 11 est généralement admis que les pays froids I et humides sont plus favorables au développement des névralgies, quelles que soient les régions du corps dans lesquelles elles apparaissent. Je sais, pour ma part, que les pays qui jouissent d’une douce température et qui ne sont pas aussi humides que le climat de Paris, ont une influence marquée sur la guérison des névralgies. J’ai, en effet, donné mes soins à des malades qui ne se trouvant pas soulagés par les moyens que je prescrivais, se sont très-bien trouvés d’un voyage en Italie où je les envoyais.

On a établi que des violences extérieures pouvaient donner lieu au développement des névralgies. Je crois, pour mon compte, que les prétendues névralgies survenues après une violence extérieure, étaient des névrites. A cette occasion je vous citerai succinctement le fait suivant que j’ai observé sur un individu du midi de la France auquel j’ai donné mes soins. Cet homme était fonctionnaire public.

A la suite de la révolution de juillet il fut maltraité dans une émeute, et éprouva des violences telles, qu’à leur suite il voulut venir se faire traiter à Paris. Sous l’influence de ces violences extérieures, cet individu était tombé en paralysie; puis successivement il avait perdu la sensibilité, l’odorat et le goût.

On a vu la névralgie survenir par l’introduction de quelque corps étranger dans l’économie.

De fortes émotions peuvent aussi produire la névralgie.

Certaines maladies paraissent avoir Une influence marquée sur la réapparition des névralgies ; telles sont, par exemple, les maladies d’estomac, les douleurs de dents, les règles mal établies , etc.

Nous empruntons les passages suivants sur la nature de la névralgie à l’excellent article de M.Jolly, sur cette matière, dans le Dict. de Mèd. , en 15 vol.

« Maintenant quelle est la nature d’une affection si obscure dans son étiologie, si uniforme et si persistante dans ses symptômes; et souvent si opiniâtre et si réfractaire aux ressources de l’art? Jusqu’à ce jour, il faut le dire, la physiologie pathologique, smssi bien que l’esprit de système, se sont évertués en vain à résoudre une pareille question. Les vices cancéreux, arthritique, syphilitique, etc., de même que l’acrimonie humorale, l’éréthisme nerveux, etc., après avoir eu tour à tour leurs partisans et leurs antagonistes, ont subi depuis longtemps le sort des doctrines sur lesquelles ils s’appuyaient; par conséquent nous n’avons pas à en discuter ici la valenr.

« La théorie de l’inflammation , proclamée par quelques auteurs comme la plus satisfaisante, est aussi loin de soutenir l’épreuve de

la plus simple observation. Quelle est, en effet, cette inflammation qui paraît et disparaît avec la rapidité de l’éclair? qui revient régulièrement à la même heure et tout exprès pour la production de la douleur, sans être provoquée par aucune cause connue d’inflammation? qui ne se justifie par aucun signe sensible, par aucun des autres éléments de l’inflammation? que les anti-phlogisliques augmentent le plus souvent, que les stimulants guérissent le plus ordinairement?

« Nous demanderons encore aux partisans de cette théorie, pourquoi la douleur cesse erdinairementquand l’inflamma tion devient manifeste , comme il arrive souvent dans le cas de fluxion succédant à l’odontalgie? Nous leur demanderons aussi pourquoi l’inflammation aiguë d’un organe quelconque demeure si souvent exempte de phénomènes nerveux ou sympathiques, tandis que la simple titillation des extrémités nerveuses par des vers intestinaux, donne lieu aux plus grands désordres de l’innervation ?

« Que si nous consultons l’anatomie pathologique , elle ne nous donnera encore que des réponses souvent négatives, toujours équivoques, jamais décisives. El, en effet, dans beaucoup de cas, les résultats ont été nuis, même par la dissection la plus minutieuse. D’autres fois elle a bien signalé diverses altérations dont les nerfs sont susceptibles , tels que des tubercules, des tumeurs variqueuses, inflammatoires , squirrheuses , cancéreuses , etc.

Mais où trouver, dans ce cas même , la relation de causalité qui existe entre une altération organique permanente et des phénomènes pathologiques intermittentes? Et quels rapports établir entre une névralgie proprement dite, qui est ordinairement périodique, et la douleur nécessairement continue que cause la piqûre d’un nerf, son inflammation, sa distension. l’exislenced’un ganglion ou d’un tubercule développé dans son épaisseur? Et pourquoi, alors même qu’il y a coexistence d’une névralgie et d’une altération organique, parvient-on souvent à combattre la névralgie, tout en laissant subsister l’altération que l'on accuse d’en être la cause? Il n’y a donc pas lieu d’assimiler et de rapporter la névralgie à l’inflammation? L’inflammation peut être la cause , comme elle peut être l’effet d’une névralgie ; mais elle ne constitue certainement pas la nature de la névralgie.

« Une théorie plus spécieuse, et qui se prête peut-être plus facilement à l’explication des principaux phénomènes des névralgies , se fonde sur l’hypothèse d’un fluide circulant dans le trajet des cordons nerveux, et s’accumulant dans une partie qui est devenue le siège de l’irritation ; c’est celle de beaucoup d’autres anciens , de Cabanis ; de Cuvier et autres naturalistes modernes; c’est aussi celle

des mesmériens, des magnétiseurs, celle enfin de quelques pathologistes contemporains, notamment celle de M. Roche qui, sous le titre d’ irritation nerveuse , a cru pouvoir embrasser la généralité des faits qui se rattachent aux névroses , soumettre à des lois communes, assimiler entre elles l'irritation nerveuse qt l'irritation vasculaire ou inflammatoire.

Sans attacher à cette théorie plus de valeur que M. Roche lui-même ne lui en accorde et que ne peut lui en donner la nature même des faits sur lesquels elle s’appuie, et tout en reconnaissant que ce ne peut être que par une analogie forcée qu’on a pu la faire rentrer dans celte grande loi de l’irritation, ubi stimulus, ibi affluxus , il n’est pas permis de douter que la névralgie ne soit entièrement soumise à l’innervation. Or, le principe de l’innervation, quelle que soit sa nature ou sa source, qu’il soit spécial ou identique aux fluides électrique, magnétique, etc., se partage nécessairement entre les trois grandes séries de phénomènes physiologiques : sentiment , mouvement et entendement. C’est le mode de répartition de ce principe entre les instruments spéciaux des actes physiologiques qui en règle l’harmonie ou en trouble l’accord. C’est ce principe qui exagère ou diminue les facultés sensitive, locomotive et intellective, suivant le degré d’énergie dont il dote ces mêmes facultés; de sorte que ses effets sont dans des rapports constamment inverses entre les actes sensitifs, locomoteurs et intellectuels. Il est certain, par exemple, que la douleur fait cesser la convulsion, comme la convulsion fait taire la douleur; que la douleur et la convulsion cessent par le délire, par l’ivresse, par une forte contention d’esprit, par une vive impression morale. On sait même que, par une sorte d’instinct, l’individu qui est en proie aux tourments de la douleur, s’agite en mouvements continuels, comme pour appeler sur l’appareil musculaire l’excès d’innervation employée à la production de la douleur. On sait encore que la douleur vive et déchirante qui précède de tétanos, cesse par le fait du tétanos; que l’épilepsie, qui est le summum de l’acte convulsif, rend l’organisme absolument muet à la douleur. Dirons-nous aussi par anticipation que peut-être les médications antispasmodiques, diffusibles, etc., tiennent leurs effets thérapeutiques de la propriété qu’elles ont de déplacer, d’éparpiller le principe de l’innervation sur l’un ou l’autre des appareils affectés aux facultés sensitives, locomotives et intelleclives. Il est certain du moins que les alcooliques, qui excitent le cerveau au point de produit l’ivresse, calment la douleur. »

Nous n’avons pas craint d’arrêter l’esprit de nos lecteurs sur ces considérations physio- |

logiques, parce qu’elles sont toutes pratiques, et peuvent avoir d’importants résultats sur la thérapeutique des névroses en général, et des névralgies en particulier.

Traitement. Le traitement doit être local;, suivant le siège de la névralgie. On pourra pratiquer des émissions sanguines, principalement dans les régions mêmes qui sont le siège de la névralgie. Elles sont surtout efficaces dans les sciatiques, dans les névralgies de la tempe et du cou. Ayez cependant toujours en grande considération la prédominance du tempérament nerveux. Si, sur des sujets, en effet, chez lesquels prédomine le tempérament nerveux, vous pratiquez des émissions sanguines , loin de soulager, vous ne ferez qu’augmenter les souffrances. Je ne dis pas que ceci arrive chez tous les malades d’un tempérament nerveux; mais je dis qu’en général on ne saurait, dans ce cas, porter une trop grande attention sur les accidents qu’entraînent les émissions sanguines. Ainsi, par exemple, il est des malades chez lesquels on observe l’exaspération d’une névralgie à l’instant même où les sangsues commencent à mordre. J’ai été, il y a quelques jours, témoin d’un fait semblable. Je prescrivis à une dame atteinte de névralgie, l’application d’un certain nombre de sangsues. Soit négligence, soit toute autre cause, les sangsues ne furent appliquées qu’au bout de huit jours. Pendant ces huit jours la douleur avait complètement disparu, et cependant cette dame, dans la crainted’une récidive, sefit appliqueras sangsues que j’avais ordonnées. A l’instant même de la picjûre, la douleur reparut avec une grande intensité. Ce fait est assurément fort curieux.

Les topiques calmants sont employés avec avantage, tels sont ceux faits avec l’opium et ses préparations, l’huile dejusquiame, la belladone, sous différentes formes, en lotions ou en pommade. La formule suivante est commode et avantageuse :

2[-. Extrait de belladone; 3j.

Axonge; $j.

On a proposé les feuilles de datura stramonium réduites en poudre et appliquées en cataplasme. C’est un moyen qui est mis particulièrement eu usage en Allemagne.

Examinons successivement les nombreux moyens qui ont été essayés contre cette maladie.

M. Trousseau a employé le cya nure de potassium à l’extérieur., sous forme de frictions, à la dose de 2 grains jusqu'à io grains, dissous dans une once d’eau.

On a proposé l’application de vésicatoires volants sur le trajet du nerf, dans les cas de sciatique et de névralgie de la face.

On a fait des frictions avec l’huile de crolon

MALADIE DES CORDONS NERVEUX

tiglium. Si on a affaire à une névralgie de la j face, on emploie 12 à 15 gouttes de ce médi- t cament; mais si on veut faire des frictions sur d’autres parties du corps, il faut l’employer à de plus fortes doses.

L’application des moxas sur le trajet des nerfs a été aussi beaucoup vantée; il en est de même des frictions avec l’éther nitrique.

Les bains liquides chauds ou froids, les bains de vapeur, les bains sulfureux, ont eu aussi leurs partisans. Il faut remarquer qu’ils ne peuvent pas être employés dans les névralgies faciales. Les bains sulfureux ne peuvent être suportés par quelques personnes.

L’électricité, le galvanisme, l’éleclro-galvanisme, ont été beaucoup préconisés, et quelques succès paraissent avoir été obtenus par leur emploi.

Quant au traitement intérieur, on a administré des calmants, soit par l’estomac, soit par la méthode endermique. Pour ce dernier mode d’administration on applique un vésicatoire à la tempe, et on le saupoudre d’un sel de morphine. Il faut donner la préférence à l’hydrochlorate de morphine , comme étant plus soluble que le sulfate et l’acétate. On commence par un quart de grain pour arriver au grain entier.

On peut aussi administrer les narcotiques par le rectum.

L’opium et la jusquiame jouissent d’une grande réputation dans le traitement des névralgies.

Les pilules de Méglin sont aussi fréquemment employées. Voici leur composition :

2]- Oxyde de zinc ;

Extrait de valériane; j

— de furneterre; jana 3ft.

— de jusquiame; J

On fait 36 pilules, et on en donne de une à quatre par jour successivement . Elles ont souvent réussi dans les névralgies faciales.

La belladone a aussi beaucoup été employée. La préparation la plus usitée est la potion suivante :

Extrait de belladone ; gr. iij.

Eau distillée de laurier-cerise; 3 ij.

On en donne de 5 à 10 gouttes et plus, progressivement.

Le datura stramonium est vanté par quelques praticiens. Le docteur Kirkof a beaucoup employé la décoction de feuilles de cette plante; mais il dit que pour réussir il faut en porter la dose jusqu’à provoquer un commencement d’empoisonnement.

Le sous-carbonate de fer a été aussi beaucoup vanté dans le traitement de la névralgie. 11 en est de même de l’hydrocyanate de fer, dont la formule suivante est très-employée en Allemagne :

2[- Hydrocyanate de fer,

Sucre blanc; ana gr. xviij.

Divisez en trois paquets qu’on administre dans la journée.

Le sous-carbonate de cuivre a été administré; mais je ne pense pas qu’on en ait obtenu de bons résultats.

11 n’en est pas de même du zinc, qui a été employé sous deux formes. A l’état d’oxyde il entre dans les pilules de Méglin, auxquelles beaucoup de praticiens accordent une grande confiance. A l’état de cyanure il ne jouit pas d’une aussi grande réputation.

Le mercure a été vanté par un certain nombre de médecins, comme jouissant d’une propriété spéciale dans le traitement des névralgies ; mais je pense que son administration ne peut être utile que dans les cas où la névralgie est due à des périostoses ou à des exostoses syphilitiques.

Le camphre a été donné à la dose de 1 et 2 scrupules dans l’espace de vingt-quatre heures.

On a administré l’acétate d’ammoniaque à la dose de 35 gouttes, répétée trois fois par jour. Je ne puis rien dire sur ce médicament dont je n’ai pas eu lieu d’observer les effets.

L’huile essentielle de térébenthine a été administrée à l’extérieur et à l’intérieur. A l’intérieur, on la donne à la dose de 1 à 2 gros dans les vingt-quatre heures. Cette substance agit à la manière des purgatifs, et je pense qu’elle n’a pas d’avantage sur les autres.

Le quinquina et ses préparations jouissent d’une grande efficacité quand le type intermittent de la névralgie est bien caractérisé. Leur administration est basée sur les mêmes règles que pour les fièvres intermittentes.

Enfin, on a proposé un traitement chirurgical. On a pratiqué la section de différents nerfs. Dans le cas où on se décide à faire cette opération, il faut que le point de départ de la névralgie soit bien constaté. Ce moyen d’ailleurs ne met pas à l’abri d’une récidive; ainsi 011 a vu la névralgie reparaître après la section de différents nerfs. Aussi a-t-on proposé d’enlever complètement le nerf qui était le siège de la névralgie.

On a aussi fait usage de la cautérisation ; mais tous ces moyens sont extrêmement douloureux et répugnent aux malades; Us ne me paraissent d’ailleurs jouir d’aucune efficacité; aussi sont-ils très-rarement employés. Vous devez certainement, dans le traitement de la névralgie, préférer les premiers moyens dont je vous ai donné une assez longue liste. Si un moyen ne vous réussit pas, ne vous découragez pas, essayez d’un autre. Combien de fois ai-je eu à me louer, dans ma pratique, de ma persévérance à essayer de moyens, qui, mauvais chez certains malades, réussissaient parfaitement chez d’autres. Cela arrive journel-

ïement à tous les praticiens, et ils savent combien cette proposition est juste.

Je ne vous parlerai pas d’un dernier moyen chirurgical très-grave, consigné dans let.vi, 2e série, des Archives de Médecine , et qui consiste dans la section du nerf sciatique, car il n’est pas dit, dans l’observation pour laquelle elle fut pratiquée, si le malade a guéri.

Nous allons maintenant nous occuper des

Page 1