‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 10 sur 227 · DE L’ENTÉRITE · texte numérisé non relu

DE L’ENTÉRITE

des follicules muqueux de l’intestin grêle. Ces follicules , destinés à sécréter le fluide connu sous le nom de mucus, sont de petits sacs qui s’ouvrent à la surface de la membrane muqueuse , chacun par un orifice plus étroit que son fond. Ils sont désignés par les noms de follicules , cryptes , glandes mucipares , glandes de Peyer , de Brunner. Dans l’estomac et le duodénum , on les rencontre isolés ( glandes de Brunner ) ; mais à la fin du jéjunum et dans tout l’iléon, ils sont agglomérés au nombre de trente à quarante , et disposés en plaques arrondies ou elliptiques sur le bord libre de l’intestin ( glandes de Peyer). Dans le colon, on les trouve, à son bord adhérent , comme à son bord libre , associés deux à deux , quatre à quatre , ou en plus grand nombre.

Il faut admettre plusieurs degrés dans l’altération de ces organes , selon les époques de îa maladie. Les autopsies les plus rapprochées du début de la maladie qu’on ait eu occasion de faire , sont le cinquième , le septième et le huitième jour. A cette époque les plaques sont tantôt d’un blanc mat , tantôt d’un rouge foncé, ou bien présentent des nuances intermédiaires ; leur largeur est inégale et la saillie qu’elles forment varie d’une à trois lignes ; leurs bords forment au dehors un relief plus ou moins marqué au-dessus de la muqueuse, biles sont ordinairement de forme elliptique , surtout les plus grosses , qui peuvent présenter , dans leur plus grand diamètre , deux ou trois pouces d’étendue. Ces plaques ont reçu le nom de gaufrées , ou de plaques dures ( M. Louis ). a côté d’elles , on trouve de. petites tumeurs de la grosseur d’un grain de chenevis , semblables à des pustules. Elles sont formées par des glandes de Brunner tuméfiées.

MM. Louis et Chomel désignent sous le nom de plaques molles , ou à surface réticulée , celles qui diffèrent des plaques gaufrées , en ce que , le plus ordinairement , elles font peu ou point de saillie dans l’intérieur’ de l’intestin , et que quelquefois même , elles se dessinent en creux. Cet aspect réticulé est rare dans toutes les glandes de Peyer du même intestin ; il est ordinairement accompagné de la forme gaufrée. Il est rare aussi que les glandes de Peyer et de Brunner ne soient pas simultanément affectées.

Le nombre des plaques altérées est fort variable. Tantôt on n’en trouve qu’une, tantôt un nombre considérable. L’altération des follicules isolés , au contraire , atteint toujours un grand nombre de ces follicules.

Le point où commence l’éruption est la fin de l’iléon et la valvule iléo-cœcale. Elle se propage ensuite de bas en haut , de proche en proche , des follicules inférieurs aux supérieurs.

L’ulcération est la terminaison la plus fré-

FOLLÏCULEUSE. n

quente de cette éruption , mais ce n’est pas une terminaison nécessaire. On a dit qu’on ne peut guérir qu’après que les plaques ou les boutons se sont ulcérés , et qu’après que les ulcérations se sont cicatrisées. Cela ne nous paraît pas exact. M. Bretonneau a fort bien reconnu que la guérison pouvait arriver après un simple exanthème des follicules , sans escarre, sans suppuration et sans ulcération.

Quoiqu’il en soit , les ulcérations ne se rencontrent presque toujours qu’à la partie de l’intestin grêle , où se développe l’exanthème. Sur quelques sujets, on trouve , à côté les uns des autres , des plaques intactes , des follicules isolés , également intacts , des plaques et des follicules dont l’ulcération commence , enfin des ulcérations complètes. Elles peuvent conserver la forme elliptique des plaques /ou bien être parfaitement arrondies et d’une régularité telle qu’on les dirait faites avec un emporte-pièce. Elles sont plus ou moins étendues ; leur fond peut être constitué soit par le tissu cellulaire sous-muqueux, soit par la tunique musculaire, soit par la tunique séreuse. Leurs bords sont formés par la membrane muqueuse qui est tantôt rouge avec épaississement , tantôt blanche et mince. La membrane muqueuse , située entre les ulcérations , peut rester saine ou être altérée.

Ces ulcérations peuvent présenter deux sortes de terminaison : par cicatrisation , par perforation. La cicatrisation des ulcérations a été observée un assez grand nombre de fois , pour qu’on ne puisse plus la révoquer en doute ; elle peut s’opérer avec ou sans le secours d’une nouvelle membrane muqueuse.

La terminaison des ulcérations par perforation est aussi un fait constaté. Elle peut avoir lieu cependant sur des plaques simplement exanthémateuses , ou sur des ulcérations différentes de celles des plaques.

La gangrène peut, dans quelques cas, être la terminaison de l’exanthème des follicules. Dans ce cas, une ou deux plaques se détachent comme de véritables escarres , et à leur place * on trouve des ulcérations.

Enfin , il peut se terminer aussi , comme nous l’avons déjà observé , par résolution ; alors les plaques s’affaissent peu à peu , et à leur place on trouve des bandes oblongues , pointillées de gris ou de noir.

L’exanthème intestinal a-t-il une marche fixe , des périodes bien tranchées , de telle sorte que , connaissant la durée de la maladie , on puisse annoncer l’état dans lequel on trouvera les follicules? On l’a prétendu, mais je ne partage pas cette confiance. On trouve des follicules ulcérés chez des individus qui sont morts peu de jours après l’invasion delà maladie; dans quelques cas, on ne trouve qu’un simple exanthème , chez des individus qui n’ont succombé que fort tard.

MALADIES DU TUBE DIGESTIF

Telle est la lésion anatomique qui caractérise la fièvre typhoïde. Existe-t-elle toujours? La trouve-t-on dans d’autres maladies que celle qui nous occupe ? C’est ce que nous allons examiner. Pour la première question , les faits répondent négativement. J’ai cité, dans ma Clinique médicale, des observations d’individus qui ont succombé à tous les symptômes de la fièvre typhoïde , et sur lesquels on n’a pu constater , non-seulement l’exanthème intestinal, mais même aucune altération du tube digestif qui pût expliquer la mort. Dès observateurs distingués, comme MM. Louis et Bouillaud , ont relaté des faits analogues. Cependant les cas où l’investigation cadavérique ne démontre l’existence d’aucune lésion sont des cas exceptionnels , et on peut établir que quatre-vingt-dix-huit fois sur cent, on trouvera des altérations anatomiques. Quant à la seconde question , on n’a jamais trouvé l’exanthème intestinal dans d’autres maladies que la fièvre typhoïde, sil’on en excepte toutefois la phthisie pulmonaire , dans laquelle les follicules agminés de Peyer peuvent s’affecter d’une manière analogue. Les glandes de Brunner présentent aussi , dans quelques maladies, comme la scarlatine , le choléra-morbus, un développement anormal.

Examinons rapidement les altérations diverses, autres que l’exanthème intestinal, que l’on rencontre soit dans le tube digestif, soit dans les autres appareils d’organes.

Dans le tube digestif. On a fréquemment constaté des ulcérations sur la muqueuse du pharynx et de l’œsophage. L’estomac peut rester sain , ou présenter tantôt des injections partielles ou générales, tantôt des colorations plus foncées, de véritables ecchymoses. Quelquefois on l’a trouvé ramolli ; mais toutes ces altérations n’ont rien de spécial et se rencontrent dans plusieurs autres maladies. Le duodénum et les quatre cinquièmes supérieurs de l’intestin grêle, offrent rarement des traces d’altération- Dans le gros intestin, on peut rencontrer un simpleérythème,un développement anormal des follicules, des ulcérations, ou bien on peut le trouver exempt de toute lésion.

Dans l’appareil circulatoire. Les lésions que l’on rencontre dans cet appareil sont nombreuses. Elles consistent dans une diminution de consistance du cœur, dans la décoloration de la substance charnue , dans la rougeur de la surface interne du cœur et des artères, dans l’épaississement, la rougeur et les ulcérations de la membrane interne des veines. Ces lésions sont-elles spéciales à la maladie qui nous occupe? Je ne le pense pas, car on les trouve dans d’autres affections, et, dans la plupart des cas, on doit les considérer comme un phénomène cadavérique ’.

' M. Louis a constaté plusieurs fois le ramollissement

État du sang. Des recherches nombreuses sur le sang ont été faites dans cette maladie. Il n’en est résulté aucune conclusion positive. Lajiquéfaction sur laquelle on a tant insisté , se rencontre très-rarement; elle n’est pas d’ailleurs spéciale à cette maladie. M. Louis , observateur si exact, n’en a pas fait mention; M. Bouillaud , qui semble l’admettre , n’en a cité que peu d’exemples , et mes observations propres m’ont démontré que le sang était, dans la plupart des cas, sans altération appréciable. Quant à celui qui est tiré par la veine , il présente le plus ordinairement un caillot ferme dépourvu de couenne. Dans un petit nombre de cas, il a présenté une couenne peu épaisse, et il a été trouvé diffluent et caillebotlé.

La rate , que l’on peut considérer comme une dépendance probable de l’appareil circulatoire, est, en général, augmentée de volume et ramollie. Je l’ai rencontrée aussi très-petite et très-dense ; dans quelques cas elle est dans son état normal. Les altérations de la rate se forment dès les premiers temps de la maladie. Elles ne sont pas d’ailleurs particulières à la fièvre typhoïde ; je les ai rencontrées dans les maladies les plus diverses.

Dans l’appareil de la circulation lymphatique. L’altération la plus fréquente de cet appareil consiste dans une lésion très-grave des ganglions mésentériques. On les trouve beaucoup plus volumineux que de coutume , leur tissu est rouge ou brunâtre, et quelquefois ils sont remplis de pus. Les altérations les plus graves se rencontrent sur les ganglions qui correspondent aux portions d’intestin qui sont le plus malades. L’intensité de la lésion intestinale est toujours en rapport avec celle de la lésion des glandes.

Dans l’appareil respiratoire, les bronches ne présentent rien qu’une rougeur plus ou moins vive, comme celle qu’on remarque après plusieurs autres maladies. Le larynx est quel quefois le siège d’ulcérations. Le poumon est altéré dans* la grande majorité des cas. On le trouve engoué , hépatisé à différents degrés , réduit en une masse compacte, comme carnifié. Une fois j’ai rencontré la gangrène, mais je la considère comme une complication purement accidentelle. La lésion du poumon qui se rencontre plus spécialement dans les fièvres graves , est un état de cet organe où il présente un tissu d’un rouge livide, imperméable à l’air, et s’écrasant sous le doigt a.

du ventricule gauche du cœur , et a cru pouvoir rattacher à cette altération l'affaiblissement du pouls qui se remarque pendant la durée de certaines fièvres typhoïdes. A. L.

2 On trouvera une bonne description des alterations pathologiques du poumon dans les fievres graves , dans la thèse de M. Bazin : Recherches sur les lésions du poumon , considérées dans les affections morbides dites Jîèrres essentielles (août 1 834) • A.L.

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Dans les appareils des sécrétions , le tissu cellulaire n’est que fort rarement altéré. Il en est de même des membranes séreuses. Le foie est à peu près constamment sain. M. Louis l’a trouvé quelquefois ramolli. Je ne connais pas d’observation de lésion de la vésicule du fiel. La bile peut être modifiée dans sa quantité et dans sa qualité. Quelquefois les reins sont le siège d’altérations diverses. Les parotides et le tissu cellulaire qui les entoure sont assez souvent altérés , et c’est dans cette maladie qu’apparaissent fréquemment ces tumeurs connues sous le nom de parotides.

Dans les appareils de la vie de relation. Si l’on devait conclure des désordres fonctionnels aux lésions anatomiques , aucune maladie ne devrait offrir plus d’altérations dans les centres nerveux que la fièvre typhoïde , car aucune ne donne lieu à autant de symptômes du côté de ces appareils. Il en est tout autrement, et l’on peut poser en principe, que dans cette maladie , il n’y a pas de symptôme nerveux qui ne puisse se manifester sans altération appréciable du cerveau et de ses dépendances. Quand on trouve des lésions anatomiques des tenlres nerveux , elles sont si peu graves et si peu constantes qu’on n’en peut tirer aucune conséquence raisonnable.

De tout ce que nous venons d’exposer , il résulte que l’altération des glandes de Peyer et de Brunner est la seule altération constante; que c’est elle qui caractérise la maladie , et que c’est à elle que doivent être rapportés les divers désordres fonctionnels qu’elle présente.

Cames. Tout est obscur dans l’étude des causes de la fièvre typhoïde. Les recherches nombreuses qui ont été faites à ce sujet, dans ces derniers temps, n’ont amené que ce résultat , savoir : que la fièvre typhoïde n’est pas commune à tous les âges. C’est de vingt à trente ans qu on l’observe le plus fréquemment. Après trente-cinq ans , elle devient de plus en plus rare, et pendant la vieillesse, elle disparaît complètement. Il faut bien distinguer l’état adynamique auquel succombent souvent les vieillards , de la fièvre typhoïde. Vous ne trouverez jamais l’altération des glandes de Peyer à l’ouverture des vieillards qui auront succombé à la fièvre adynamique. On ne l’a jamais observée, non plus, audessous de l’âge de douze ans. On peut donc conclure que la dothiénentérie est une maladie de la jeunesse.

On a attribué une grande influence à la mauvaise nourriture ou à l’alimentation insuffisante, comme cause de la dothiénentérie. Cette influence n’a été reconnue que dans un petit nombre de cas ; dans une infinité d’autres, la maladie a sévi sur des sujets qui se nourrissaient bien. Les écarts de régime , les passions tristes, le séjour dans les amphithéâ-

tres de dissection ont été accusés aussi de la production de cette maladie. Je n’ai jamais pu constater l’efficacité de ces causes , et j’ai observé la maladie sur des individus d’une conduite fort régulière, et qui n’avaient jamais disséqué. Ces causes, quand elles existent, ne doivent être considérées que comme secondaires ; elles ont cependant de l’importance , quant au pronostic, qu’elles rendent toujours favorables.

La cause la plus efficace, pour la production de la fièvre typhoïde, est l’arrivée nouvelle à Paris. Le plus grand nombre d’observations de malades affectés de celte maladie , porte sur des individus qui n’étaient à Paris que depuis quelques semaines ou quelques mois. Tous les observateurs sont unanimes sur ce point.

Cette affection atteint les individus de tous les tempéraments et de toutes les constitutions. Une constitution robuste n’en met pas à l’abri ; elle sévit , au contraire , avec plus de violence et se termine d’une manière plus souvent funeste chez les individus qui se trouvent dans ces circonstances.

Cette maladie est-elle contagieuse? MM. Bretonneau et Gendron , et quelques autres médecins ont soutenu la contagion de la dothiénentérie. Us ont cité des faits nombreux à l’appui de cette opinion. Sans les contester, je puis affirmer , et je suis ici fortifié , par l’opinion de tous les médecins de Paris , que je n’ai jamais rien vu qui puisse me faire croire à la contagion de celte maladie. Tout , au contraire , me force à admettre que , si la fièvre typhoïde est contagieuse à Tours et dans d’autres localités , elle ne l’est certainement pas à Paris.

La dothiénentérie règne quelquefois épidémiquement; elle peut revêtir toutes les formes et exercer de grands ravages.

Symptômes. Nous devons étudier ceux fournis par les voies digestives et ceux que présentent les autres organes.

1° Symptômes fournis par les voies digestives. La muqueuse buccale présente les mêmes modifications que dans la gastro-entérite aiguë. Dans le plus grand nombre des cas, elle est rouge, quelquefois recouverte d’un enduit muqueux; d’autres fois, d’une matière comme crémeuse. Dans quelques cas , elle présente une exhalation de sang, qui tend à se coaguler et qui produit alors des croûtes jaunes ou noires. Cet enduit ne paraît que vers la fin de la maladie. Ce symptôme n’est pas d’ailleurs lié d’une manière spéciale à l’affection qui nous occupe. On le rencontre dans toutes les maladies gastro-intestinales et il dépend des conditions dans lesquelles les fonctions de l’innervation et de l’hématose s’exécutent chez les malades.

Ici encore , comme pour la gastro-entérite

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