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MALADIES DES GLANDES SALIVAIRES

Ire CLASSE. — LÉSIONS DE CIRCULATION.

PHLEGMASIES.

La maladie la plus importante des glandes salivaires est l’inflammation de la glande

MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS

parotide, maladie désignée sous le nom de parotide et de parotidite.

DE LA PAROTIDITE.

Nous ne voulons parler ici que de l'inflammation franche de la parotide , et non de ces tumeurs sympathiques connues sous le nom de parotides j qui se développent quelquefois dans le cours des fièvres graves ( Voyez , art. Dothiénentérie) .

Les enfants, et surtout ceux du sexe masculin , sont assez fréquemment affectés de parotidite , à l’époque du travail de la puberté. Bien rarement elle affecte deux fois le même individu ; rarement aussi , elle survient après l’âge de 25 à 3o ans. Ordinairement , elle envahit successivement les deux parotides. Hamilton , Mongor, etc., ont publié des relations de parolidites aiguës épidémiques.

Elle reconnaît le plus ordinairement pour cause l’action du froid , spécialement celle du froid humide.

L’invasion de la maladie est annoncée par des frissons irréguliers, accompagnés de lassitudes spontanées dans les membres , suivis d’agitations , de fréquence dans le pouls et de chaleur à la peau. Bientôt une douleur fixe, profonde , incommode, se manifeste à la région parotidienne ; la mastication devient difficile, laborieuse , et , quelquefois , absolument impossible. Bientôt , au-dessous de l’une, et quelquefois des deux oreilles, une tuméfaction plus ou moins considérable , ordinairement accompagnée de rougeur , de chaleur aux téguments, et d’une grande sensibilité à la pression , se développe graduellement. Si l’inflammation est considérable, le gonflement se propage aux glandes sous-maxillaires, aux amygdales, aux parois voisines du pharynx, et rend la déglutition excessivement difficile et douloureuse. Alors la tumeur est presque toujours d’un rouge foncé , tendue , et quelquefois si considérable , que lorsque les deux côtés sont atteints en même temps , le visage devient énorme. Le pouls est plein , dur, fréquent , la tête douloureuse , la soif vive, l’appétit nul , et le malade est plongé dans l’assoupissement. 11 est des cas où le gonflement est plutôt œdémateux qu’inflammatoire, et dans lesquels la tumeur n’offre ni rougeur, ni résistance très-marquée , ni douleur vive , ni gêne dans les mouvements de la mâchoire. Les symptômes généraux sont aussi peu marqués.

La maladie se termine le plus fréquemment par la résolution. Cette heureuse terminaison est annoncée chez la plupart des sujets , vers le quatrième ou le cinquième jour de l’apparition de l’engorgement , par une transpiration abondante qui humecte la région parotidienne et les parties voisines du cou, des oreilles et de la tête. Dans quelques cas , c’est

par une sueur générale, qui précède le ramollissement graduel de la tumeur , son affaissement et la diminution de la tension et de la sensibilité.

Si l’inflammation arrive à un très-haut degré , la terminaison par suppuration est à craindre. Celte fâcheuse terminaison est annoncée par la diminution dans la douleur, par l’élévation de la tumeur qui prend une teinte bleuâtre , devient plus molle à son centre , et qui présente de la fluctuation dans une étendue plus ou moins grande.

Mais, dans un assez grand nombre de cas, la parotidite se termine différemment. La tumeur s’affaisse brusquement, tous les symptômes d’irritation qui l’accompagnaient disparaissent presque instantanément , et presque aussitôt le testicule chez l’homme, les parties extérieures de la génération ou les glandes mammaires chez la femme s’engorgent. On a plusieurs fois observé aussi que l’engorgement du testicule peut disparaître et être suivi d’une parotidite nouvelle , laquelle est quelquefois déplacée encore par une seconde métastase.

Ordinairement, la parotidite n’est pas une maladie grave.

Cette maladie réclame un traitement antiphlogistique local proportionné en énergie ù l’intensité de l’inflammation. Si la tumeur est très-développée , très-enflammée et très-douloureuse, on pratiquera une ou plusieurs saignées générales , on fera des applications de sangsues sur la tumeur elle-même, et on recouvrira leurs piqûres de cataplasmes émollients. En même temps, on prescrira ta diète, des boissons délayantes , le repos , et l’on garantira le malade du froid et de l’humidité. Si l’inflammation est médiocre, on se contentera de prescrire des cataplasmes émollients , la diète, le repos et la chaleur.

Si la maladie se termine par suppuration , on fera l’ouverture de l’abcès d’après les règles indiquées par la chirurgie.

Dans les cas de métastase, on emploiera la médication antiphlogistique sur les parties nouvellement affectées , en même temps que l’on recouvrira la région parotidienne de cataplasmes sinapisés chauds , ou de vésicatoires , afin d’y rappeler la fluxion déplacée.

lie CLASSE. — LESIONS DE SÉCRÉTION.

Dans certains cas, sans qu’il y ait tuméfaction , ni douleur des glandes, ni stomatite, une salivation abondante se produit. 11 y a véritablement un flux de salive qu’on ne sait à quoi rapporter. Celte salivation abondante est quelquefois occasionée par un traitement mercuriel; mais il s’en faut que cette cause agisse toujours d’une manière aussi innocente , et des désordres plus ou moins graves de l’appareil buccal l’accompagnent fréquem-

DE LA SALIVATION MERCURIELLE

ment. Voici le tableau qu’en a tracé M. Cullerier :

DE LA SALIVATION MERCURIELLE

Ce n'est point une simple augmentation de la sécrétion salivaire, et le liquide que rendent les malades n’est point de la salive seulement, mais un mélange de salive et des produits fournis par les follicules muqueux de toute Ta cavité buccale.

Le mercure, de quelque manière qu’il s’introduise dans l’économie, lorsqu’il est poussé à une certaine dose, variable suivant les dispositions individuelles et les circonstances environnantes , produit une série de phénomènes constants et qu’on peut appeler spécifiques , qu’on a fréquemment occasion d’observer chez les ouvriers qui le manient, et chez ceux qui sont soumis à son emploi thérapeutique.

La quantité de mercure employée influe peu sur la production de la salivation, mais bien seulement celle qui est absorbée , portée dans les voies circulatoires et retenue dans l’économie. Un demi-gros d’onguent mercuriel en frictions , deux pilules d’un grain suffisent pour déterminer ce résultat. L’observation montre que l’impression du froid sur la peau, en supprimant la transpiration , favorise particulièrement l’apparition de la stomatite mercurielle; de même que, de deux malades usant de mercure en proportions égales, celui qui est affecté de constipation est pris de celte phlegmasie avant l’autre. Souvent on a vu, dans les deux siècles qui précèdent , les personnes chargées d’administrer les frictions saliver avant celles qui les recevaient. Ces deux conditions sont d’une grande importance, et doivent servir de guide dans la direction du traitement mercuriel, suivant qu’on a le dessein de produire ou d’éviter la salivation. En outre , on doit tenir compte de l’âge, du sexe, du tempérament et de la disposition individuelle de la peau.

Les phénomènes précurseurs de cette affection , lorsqu’elle n’arrive qu’à la longue , ce qui n’est pas le cas le plus ordinaire, sont un goût désagréable et comme cuivreux dans la bouche, accompagné d’un endolorissement de la membrane muqueuse qui revêt cette cavité, comme aussi des dents qui semblent molles et moins solidement fixées dans leurs alvéoles. Bientôt , lorsque surtout on continue l’usage du mercure , un gonflement rapide s’empare de toutes les gencives , de la face interne des joues , de la langue et du palais, qui deviennent chauds et douloureux , et qui, par leur augmentation de volume , reçoivent l’empreinte des dents avec lesquelles ils se trouvent en contact. La rougeur n’est pas considérable ; il semble, au contraire , que les parties sont plus pâles qu’à l’ordinaire ; mais cet

aspect tient à ce que la muqueuse est recouverte d’une exsudation blanchâtre au-dessous de laquelle elle se trouve d’un rouge assez vif. Les parties qui sont le plus tuméfiées et le plus exposées à la comp; ission ne tardent pas à s’ulcérer , et les ulcères qu’on voit alors s’élargissent beaucoup et présentent une surface grisâtre, mollasse et fongueuse , d’où le sang s’écoule avec facilité. Tout le tissu cellulaire ambiant s’engorge à son tour, aussi bien que les ganglions lymphatiques auxquels se rendent les vaisseaux de cette région , et il n’est pas rare de voir les malades dans l’impossibilité absolue d’écarter les mâchoires et presque d’avaler , à raison de la tuméfaction générale qui peut rendre la suffocation imminente. La fétidité de l’haleine , qui se montre ordinairement dès le début de l’affection, devient alors extrême et presque caractéristique.

Mais le symptôme qui a dû fixer l’attention des observateurs , et qui a , en dépit de la raison , imposé son nom à tout le groupe d’accidents morbides , c’est le flux plus ou moins abondant de salive. Au début, et la salive et les fluides sécrétés par l’appareil folliculaire de la bouche arrivent plus rapidement dans cette cavité , d’où le malade est obligé de les expulser par une sputation fréquente ; au bout de quelque temps, l’affluence du liquide augmente et devient telle , qu’on a vu des malades en rendre , dans vingt-quatre heures , l’énorme quantité de huit livres : et cela durait plusieurs jours. C’est ce que rapportent naïvement, et sans aucune réflexion , les auteurs contemporains de l’emploi exagéré du mercure.

Il y a longtemps qu’on n’a vu de faits semblables , au moins en grand nombre, et qu’on n’a pu, par conséquent, observer la salivation poussée à l’extrême ; cependant quelques praticiens, il n’y a pas vingtans, faisaient encore saliver les malades affectés de syphilis, c’est à dire qu’après avoir provoqué la stomatite mercurielle , ils l’entretenaient et l’accroissaient par de nouvelles doses de médicament. Il faut lire la description des accidents qui venaient en pareil cas : on y voit qu’aux symptômes locaux que nous avons décrits , et parmi lesquels il faut ranger encore l’extension considérable des ulcères , les escarres gangréneuses et la chute des dents, la nécrose des os maxillaires, le prolapsus delà langue qui sortait de la bouche , sans pouvoir y rentrer , de façon qu’on était obligé d’introduire une sonde dans l’œsophage pour nourrir les malades, se joignaient des phénomènes généraux bien faciles à supposer, savoir : une irritation plus ou moins considérable des voies digestives, et quelquefois d’autres phlegmasies ; plus , une fièvre qui pouvait devenir très-intense, à raison de l’insomnie et de la douleur extrême à

laquelle étaient en proie de malheureux malades. L’amaigrissement qui s’ensuivait est facile à imaginer.

On ne saurait, sans l’avoir vu, se faire une exacte idée de cette affection , qui , même après sa guérison , laissait de longs et tristes souvenirs. En effet , malgré sa gravité , elle était rarement funeste ; peu à peu , les phénomènes morbides se mitigeaient , lorsqu’on cessait l’emploi du médicament qui en était la cause évidente et unique, et, après une durée de plusieurs semaines, la convalescence arrivait.

De nos jours , il est rare que la salivation atteigne ce degré de développement , parce que , dès qu’on la voit se manifester , on suspend l’emploi des préparations mercurielles , et qu’on tâche de prévenir les progrès du mal. Néanmoins, on voit des cas , où , en dépit de ces précautions , l’inflammation continue à marcher sans presque qu’on puisse l’enrayer, et nous avons vu des malades fort gravement affectés, malgré tous les soins qu’on avait pu prendre. Il est ù peu près inutile de noircir encore le tableau des désordres produits sur la bouche par le mercure , pour détournerde l’emploi exagéré de ce remède , auquel on a renoncé aussi légèrement, au moins pour quelques praticiens, qu’on l’avait jadis adopté d’une manière exclusive et absolue.

N’est-il pas singulier qu’on ait songé à rapporter la salivation au virus vénérien fixé , comme on disait , sur les glandes salivaires (Fabre), lorsqu’on avaitdevantlesyeux l’exemple de cette maladie chez des sujets exempts de toute syphilis , et qui se trouvaient habituellement exposés à une atmosphère mercurielle, lorsqu’enfin on ne voyait jamais survenir la salivation chez les vénériens non soumis au traitement mercuriel ? 11 n’est pourtant que trop vrai que cette opinion a longtemps dominé, et que les efforts du traitement eurent alors pour objet de déloger ce virus en provoquant et en entretenant un flux prolongé de la salive. Maintenant il n’est pas un médecin , peut-être , pour lequel la salivation mercurielle ne soit une.maladie qu’on doit, autant que possible, prévenir à temps et guérir lorsqu’elle s’est développée.

Les moyens propres à prévenir la salivation «ont les agents qui favorisent les excrétions alvines et la transpiration cutanée, et qui préviennent, par conséquent, l’accumulation du mercure dans l’économie. Il va sans dire que ces précautions ne sauraient avoir d’effet, si, en même temps qu’on y a recours , on emploie à dose exagérée les préparations mercurielles. C’est ce que n’ont pas compris les auteurs qui ont écrit sur cette matière , et qui ont voulu chercher , d’après les théories chimiques, la guérison ou la prophylaxie de la salivation mercurielle. Ainsi donc , adminis-

trer le mercure à doses modérées , quel que soit le mode d’administration qu’on ait choisi ; ralentir ou suspendre son emploi dès qu’il se manifeste un goût cuivreux et une légère douleur des gencives , et qu’on y aperçoit un gonflement commençant; enfin , tenir le malade dans des conditiohs telles que la transpiration cutanée soit habituellement un peu activée. et que la liberté du ventre soit complète, tels sont les principes que le praticien doit avoir constamment en vue, et dont nous n’avons pas la prétention de lui imposer les développements. L’expérience démontre l'inefficacité des combinaisons et additions par lesquelles on voulait ôter au mercure ses propriétés nuisibles. Le camphre, l’ammoniaque, le soufre , les sulfures , les chlorures, etc. , sont absolument inefficaces , quoi qu’en aient çu dire les inventeurs de remèdes.

Lorsqu’on est appelé à combattre une salivation accidentellement développée , il faut se souvenir d’abord qu’il est impossible de guérir tout d’un coup cette affection , pour peu qu’elle ait d’intensité ; ensuite que, quant à présent , au moins , il n’existe aucun moyen direct de neutraliser le mercure, comme on l’avait autrefois prétendu. Il faut donc se conduire dans ce cas , précisément comme on le fait dans les empoisonnements contre lesquels il n’y a pas d’antidote certain , c’est à dire faire judicieusement la médecine du symptôme. Supposons la maladie portée à son plus haut degré de gravité, et accompagnée d’une violente réaction ; à coup sûr, le premier moyen à employer , c’est la saignée , tant générale que locale, qui n’a pas été recommandée autant qu’elle mérite de l’être , et qui amène un soulagement notable et immédiat, ainsi que nous avons eu souvent l’occasion de le constater. Il est souvent utile d’appliquer les sangsues directement sur les parties enflammées. Après la saignée, dans les cas graves, et tout d’abord , lorsqu’on n’a pas à traiter une salivation des plus inflammatoires , se présentent les adoucissants tant directs qu’indirects, savoir: les gargarismes et les collutoires émollients avec le lait, les décoctions de guimauve, auxquels on peut joindre quelques narcotiques , les figues grasses, la pâte de guimauve ou de jujubes placée entre les dents et les joues ; les vapeurs émollientes dirigées dans la bouche, puis les cataplasmes du même genre appliqués au-dessus de la mâchoire et sur les côtés du visage, et fréquemment renouvelés. Les topiques réfrigérants ont paru aussi avoir des effets favorables en pareille occurrence.

En même temps , il est utile autant que rationnel,de favoriser, par tous les moyens possibles, la sortie du poison, par toutes les voies d’exhalation et de sécrétion. Aussi n’estce point assez de favoriser la transpiration cutanée par le séjour au lit et par une tempé-

DE LA SALIVATION MERCURIELLE

rature douce et uniforme, il faut l’activer davantage, et les boissons chaudes et abondantes rempliront, mieux que les sudorifiques proprement dits, celte indication à laquelle satisferont mieux encore les bains d’étuve sèche ou humide, dont l’action est si énergique et si prompte. On ne devra pas craindre d’insister sur cet ordre d’agents thérapeutiques.

Si la constipation est une des causes déterminantes les mieux connues de la salivation , les laxatifs elles purgatifs eux-mêmes doivent être comptés parmi les principaux auxiliaires de son traitement ; et , ici , point de préférence motivée pour tel ou tel purgatif. Produisez des évacuations par une excitation douce, mais surtout continue , du canal intestinal : c’est ce qui est important. Buresle, employez les laxatifs à forte dose, ou les drastiques à doses fractionnées; le résultat légitime et l’emploi des moyens indiquent la mesure dans laquelle on doit se tenir. Mais rien ne saurait être prescrit à la lettre , dans cette maladie , pas plus que dans toute autre , et nous ne pourrions dire , comme quelques auteurs , si l’on doit donner un purgatif tous les deux , trois ou quatre jours.

Les révulsifs appliqués sur la peau peuvent être théoriquement conseillés ; mais leurs effets ne sont pas à beaucoup près assez certains pour qu’on puisse risquer de recourir à ceux qui sont douloureux. Il sera donc utile de se borner aux bains de pieds simples ou animés avec la moutarde, la cendre, le sel, etc. Quant aux vésicatoires vantés par des auteurs qui ont peu pratiqué, ils seraient peu efficaces quand l’inflammation de la bouche est fort aiguë ; et quand elle a beaucoup diminué , ils peuvent être considérés comme à peu près inutiles.

Nous n’avons à parler ici des médicaments divers qu’on a tonr-à-tour conseillés comme exerçant sur le mercure une action chimique, que pour les blâmer tous comme inutiles , et plusieurs d’entre eux , comme dangereux. On n’a pas de danger à craindre de l’or à l’état métallique , avec lequel le mercure devait , d’après la théorie, s’amalgamer promptement. Il en est de même , à peu près , du soufre sublimé réduit en pilules et administré à la dose d’un gros ou de deux gros par jour. Ce dernier médicament, au moins , a l’avantage d’agir comme un laxatif faible , et sous ce rapport il n’est pas complètement inutile. Niais les sul fures de chaux et de magnésie , l’acide sulfurique , l’acétate de plomb et autres substances analogues , non seulement ne jouissent d’aucune efficacité particulière , mais encore peuvent , lorsqu’ils sont administrés en trop fortes proportions , susciter des inflammations intestinales plus ou moins graves , et provoquer de véritables empoisonnements, loin de contribuer à la guérison.

L’opium et le camphre n’ont pas plus de puissance pour combattre la salivation qu’ils n’en ont pour la prévenir, malgré les assertions contraires d’observateurs prévenus. L’o pium peut être utilement associé aux agents thérapeutiques que nous avons indiqués plus haut.

Les astringents en application locale ne sont nullement convenables dans l’état aigu de la maladie. Tout au plus, pourraient-ils trouver place dans le traitement rationnel , dans les cas où l’inflammation, soit primitivement, soit à la suite des moyens employés , a peu d’intensité. Encore ne serviront-ils qu’à accélérer un peu la terminaison favorable de la maladie, ce qui, d’ailleurs, n’est pas à dédaigner ; mais, employéscomme répercussifs, et dans l’intention d’empêcher le développement de l’inflammation, ils pourront avoir du succès, pourvu qu’ils soient mis en œuvre à temps et avec assez de persévérance, et pourvu aussi que l’on supprime assez tôt le mercure, cause première et évidente de tout le désordre; autrement, la salivation n’en aura pas moins lieu , et les astringents alors ne feraient qu’ajouter à l’irritation commencée.

C’est par cette action astringente et répercussive que peuvent être expliqués naturellement les bons effets de l’espèce de cautérisation superficielle , au moyen de l’acide hydrochlorique , que dans ces derniers temps on a voulu préconiser comme une sorte de spécifique. Si nous ajoutions quelque importance à une explication , nous ferions remarquer d’abord que , dans la plupart des traitements mercuriels exécutés de nos jours , le médicament est administré à trop faibles doses, et le médecin trop attentif aux résultats, pour qu’il ne suffise pas de le suspendre , sans employer même aucun autre moyen , pour faire disparaître les accidents ; en second lieu , que les cautérisations superficielles pratiquées avec un caustique quelconque auraient le même succès : seulement , on devrait peut-être préférer le nitrate d’argent fondu qui est solide, et dont par conséquent, on peut parfaitement borner l’action, aux acides et aux autres caustiques liquides qui s’étendent jusqu’aux defits, malgré les précautions qu’on peut prendre, et qui leur font subir des altérations plus ou moins graves , et cela , sans aucune nécessité. Cependant, nous sommes loin de rejeter l’emploi de l’acide hydrochlorique, que nous avons bien des fois , et depuis longtemps, employé avec succès.

La cautérisation superficielle , judicieusement pratiquée, offre une ressource précieuse pour garantir les ulcérations opiniâtres qui succèdent aux salivations prolongées. Ici , comme ailleurs , la cautérisation a pour objet de couvrir l’ulcère d'un appareil inamovible , qui le garantira de l’impression des

224 MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS

corps extérieurs, et de permettre à la cicatrice de s’établir solidement. Aussi , comprendra-t-on qu’il faut renouveler la cautérisation aussitôt que l’escarre est tombée; de même que l’on replacerait sur un ulcère du bras le plumasseau de charpie ou le morceau de sparadrap destiné à le couvrir, s’il venait à se déplacer.

Il eJt rare que la salivation passe à l’état chronique; mais, en pareille circonstance, ce serait surtout sur le traitement local qu’il conviendrait d’insister, et que la cautérisation superficielle et réitérée trouverait une application des plus, salutaires. C’est pour avoir méconnu cette vérité pratique , que certains médecins ont vu la salivation durer indéfiniment, et produire ces accidents fâcheux qui sont presque sans exemple de nos jours.

Après avoir décrit la salivation mercurielle comme phénomène morbide, et après avoir indiqué les moyens de la prévenir et de la combattre, il nous reste à l’apprécier comme fait thérapeutique dans la syphilis , seule maladie où elle ait été considérée comme ayant une influence curative.

En effet , dès que le mercure fut administré à forte dose dans le traitement de la syphilis , la salivation dut être observée, et il était impossible que ce grave phénomène ne fixât pas l’attention. D’abord , et pendant longtemps , elle fut considérée comme une évacuation salutaire , comme la crise de la fièvre que suscitait le mercure , et comme entraînant le virus qui se fixait sur les glandes salivaires : mais les accidents très-fâcheux qui se manifestèrent si fréquemment , finirent par ouvrir les yeux des praticiens , qui commencèrent à se demander sL ce n’était pas acheter bien cher une guérison d’ailleurs encore incertaine, que de soumettre les malades aux pénibles chances de la salivation. Les souffrances des malheureux exténués par le mercure furent représentées avec les couleurs les plus sombres , et c’est de cette époque même que date l'introduction des sudorifiques dans le traitement de la maladie vénérienne. Il paraît, d’ailleurs, par ce que nous avons vu nous-même , que le tableau pouvait n’être pas exagéré. D’un autre côté, on vit des malades chez lesquels le mercure n’avait pas produit de salivation , guérir néanmoins , et l’on essaya la méthode par extinction , comme on l’appelle , c’est à dire celle dans laquelle la salivation est considérée comme inutile et même comme nuisible et soigneusement évitée. Comme les guérisons ne furent ni moins nombreuses ni moins solides , et que la salivation avait laissé de tristes souvenirs, on accueillit avec empressement la nouvelle méthode qui a conservé son crédit jusqu’à nos jours.

Ce n’est pas, néanmoins, que des praticiens respectables n’aient employé et n’emploient

quelquefois encore la salivation comme assurant le succès du traitement, dans les maladies syphilitiques graves et rebelles, ou comme moyen d’enrayer immédiatement les progrès de celles qui marchent avec trop de rapidité. Mais de l’examen attentif et du dépouillement de nombreuses observations , résulte pour nous cette opinion, que si , dans le premier cas , il est bon que le mercure porte aux gencives pour être assuré qu’il est absorbé et qu’il agit ; et que , si , dans le second , la salivation rapidement provoquée peut être doublement salutaire , et par la révulsion , et par la médication spécifique, il est inutile et même nuisible de l’entretenir et de la prolonger : on doit , au contraire , et c’est ainsi que nous pratiquons habituellement , la combattre et continuer le traitement par extinction.

D’ailleurs nous avons envisagé la salivation sans prévention, et si nous la signalons comme inutile et comme nuisible en général, ce n’est pas du tout par la frayeur panique qu’elle nous aurait inspirée , comme elle l’inspire à beaucoup de personnes. En effet, cette affection accidentelle peut être maintenue dans des limites telles qu’elle soit supportable, et il faudrait avoir bien peu observé et bien mal lu , pour croire qu’elle amène toujours la carie des dents et des os maxillaires, ainsi que la gangrène des joues. Nous nous résumons donc en disant que, dans l’état actuel de la science et de la pratique, la salivation est regardée comme un accident du traitement mercuriel , même par les médecins qui admettent la spécificité du mercure ; qu’elle peut avoir quelque utilité dans des cas particuliers et assez rares ; qu’en tout cas elle ne doit pas être entretenue comme on le faisait jadis (Dictionnaire en i5 vol., tom XIV).

Parmi les lésions de nutrition , le cancer peut affecter les glandes salivaires et surtout la parotide.

Le CLASSE. — LÉSIONS DE CIRCULATION.

Vhypèrémie simple du pancréas a été quelquefois constaté sur les cadavres.

PHLEGMAS1ES.

PANCREATITE AIGUE.

Les maladies du pancréas ont été peu étudiées. Il n’existait sur ce point de la science aucune monographie complète , avant que M. le docteur Mondière s’occupât de ses recherches pour servir à l’histoire pathologique des maladies du pancréas , mémoire qui a été couronné pa*r la Société médicale d’émulation de Paris. Nous ferons de nombreux emprunts à ce travail , qui résume l’état de nos connaissances actuelles sur ce point de pathologie.

M. Mondière ne doute pas que l’inflamma-

DE LA PANCRÉATITE CHRONIQUE

lion aigue du pancréas ne soit plus commune qu’on ne le croit généralement.

Cette maladie est idiopathique , ou la suite d’une phlegmasie de l’estomac, du duodénum ou du foie ; d’autres fois, elle est le résultat sympathique de l’inflammation des glandes salivaires.

Dans les faits publiés jusqu’à ce jour , on a trouvé à l’autopsie le pancréas rouge et tuméfié , hypertrophié , induré , «plug - mou , plus vasculeux que dans l’état normal ; pliis consistant , laissant écouler après l’incision de sa substance, de nombreuses gouttelettes de sang. On a trouvé son canal excréteur très-dilaté.

Les symptômes qui traduisent cette affection sont la diarrhée , qui , composée d’abord d’un mélange de matières aqueuses et bilieuses , ressemble plus tard à la salive ; douleur épigastrique , d’abord obtuse , puis pongitive et accompagnée de toux et d’orthopnée. Cette douleur est fixe , profonde , augmentant par la plénitude de l’estomac et par les fortes inspirations , empêchant quelquefois le malade de se coucher sur le dos et sur un côté. Un état fébrile plus ou moins prononcé accompagne ces symptômes.

La pancréatite aiguë peut se terminer par résolution , par gangrène et par suppuration.

PANCRÉATITE CHRONIQUE.

D’après M. Mondière , l’inflammation chronique du pancréas a été souvent observée, soit comme terminaison de la pancréatite aiguë , soit qu’elle s’établisse primitivement. Le professeur Heinecken , de Brême , dit avoir vu plusieurs fois , dans des cas de cette espèce , que chaque matin avait lieu un vomissement d’un liquide analogue à la salive et mêlé de mucosités. Immédiatement après , et même lorsque le vomissement manquait, survenait une évacuation d’une liqueur limpide, chaude, quelquefois acide, et qui ne s’arrêtait qu’après l’ingestion d’une boisson un peu chaude. Un autre symptôme plus constant encore était la constipation , qui ne cédait que quand le mal était déraciné. M. Mondière a observé pareils phénomènes chez un individu mort à l’âge de 4a ans, et qui , chaque matin , avait des vomissements semblables. Il lui a souvent répété que, le matin, aussitôt après son lever, il éprouvait au fond du gosier un chatouillement incommode qui le forçait de faire de violents efforts pour rejeter quelques mucosités et àeseauxen assez grande abondance; qu’aussitôt après , il fumait pour chasser plus facilement ce qu’il appelait sa pituite, dont il rejetait alors par régurgitation , et sans beaucoup d’efforts , une pinte et plus ; qu’après avoir fumé , il buvait un petit verre d’eau-de vie qui semblait arrêter les vomissements , et que la gêne et l’embarras qu’il éprouvait à son réveil au creux de l’estomac disparais-

saient en grande partie. Cet homme , dont la peau et les yeux ont constamment offert, dans les derniers temps de son existence, une teinte jaunâtre, a bien évidemment succombé à une altération chronique des organes situés dans la région épigastrique , et M. Mondière pense que , chez lui , le pancréas était l’organe le plus profondément affecté. Malheureusement, à l’époque où il l’observait, M. Mondière n’avait pas dirigé ses recherches sur les altérations de cet organe.

Voici une observation empruntée au journal d’Hufeland , avril 1822, bien propre à faire connaître les symptômes et la marche de la pancréatite aiguë.

Une villageoise , forte et bien portante jusqu’à l’époque de son mariage , avait eu , dans l’espace de six ans , cinq enfants et les avait perdus. Dans le mois de mars 1820, elle mit au monde un sixième enfant. Immédiatement après la délivrance, elle fut saisie d’une fièvre violente. Celte fièvre était encore assez forte dix semaines après les couches ; la malade était pâle, émaciée, exténuée par des sueurs abondantes et une continuelle salivation, avec éructation d’une liqueur filante , jaunâtre , sans odeur ni saveur. La quantité de ce liquide sécrété dans les vingt-quatre heures dépassait deux livres ; la bouche et le gosier présentaient un aspect naturel ; tantôt il y avait constipation , tantôt diarrhée , et les selles alors étaient semblables aux mucosités rendues par la bouche. Anorexie , grande soif qu’on ne parvenait à calmer qu’en humectant souvent la bouche , car la plus petite quantité de boisson occasionait des spasmes de l’estomac. Le soir , exacerbation de la fièvre. En outre, douleurs pongitives et transitoires dans le côté gauche de la poitrine , toux sèche, fréquentes palpitations , syncopes au moindre mouvement. La malade éprouvait dans le dos des douleurs qui se propageaient jusque dans l’épaule et le bras droits ; sentiment de pression à la région précordiale, et d’anxiété alternant avec les spasmes de l’estomac. Les urines déposaient un sédiment briquelé. Cet ensemble de symptômes fit juger au docteur Eyting que c’était dans le pancréas que siégeait la maladie , et non dans le poumon, comme l’avait pensé un médecin consulté avant lui. Ce n’est, en effet , qu’à l’altération du premier de ces organes qu’appartient l’évacuation d’un suc salivaire par le haut et par le bas, alter> nânt avec la constipation. M. Eyting prescrivit la potion suivante , à prendre par cuillerées :

Acide muriatique oxygéné. . . . ^j.

Mucil. gomm. arab ij.

Aq. cinnam. [sine vino). . . . ^ v.

Tinct. Thebaïc 9

Sacch. alb. q suff. ad. grat. sap.

MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS

Au bout de huit jours , l’état de la maladie s’était déjà sensiblement amélioré ; l’évacuation du liquide salivaire , les sueurs, ainsique les éructations avaient un peu diminué. Le même remède fut continué en renforçant les doses; on y joignit des frictions avec le baume du Pérou dissous dans l’alcool , et en peu de temps disparurent la constipation, les sueurs, la salivation et la diarrhée. Enfin, les anodins et les toniques , surtout les martiaux , continués pendant trois mois, ramenèrent la malade à un état de santé qu’elle n’avait plus connu depuis son mariage. Elle vaquait aux soins de son ménage, et se trouvait, à la fin de sa septième grossesse , sans en être nullement fatiguée.

Dans un autre cas de pancréatite chronique, suite d’une tumeur rétro-péritonéale , produite elle-même par un squirrhe du testicule, M. Schmackpfeffer a pu confirmer son diagnostic par l’ouverture du corps. Cette phlegmasie s’était manifestée par une sialorrhée et par des selles très-abondantes ; plus tard , par la constipation , et enfin par une tumeur dans la région épigastrique. A l’autopsie , on trouva la tumeur rétro-péritonéale , et à la partie supérieure, le pancréas rouge, gonflé, ramolli à la consistance d’une éponge ; son canal était très-dilaté , séparé de la tumeur rétro péritonéale ; il pesait sept onces. Les mêmes symptômes ont encore été notés parle docteur Jallat, dans un cas qui , mieux observé et mieux décrit , eût eu beaucoup d’intérêt.

IIe CLASSE. — LÉSIONS DE SÉCRÉTION.

Nous nous bornerons à exposer ici les opinions émises par M. Mondière , dans le mémoire cité , opinion dont , néanmoins , nous n’acceptons pas toujours la solidarité.

La sécrétion pancréatique peut subir une augmentation considérable , et produire ces déjections abondantes auxquelles les auteurs donnaient le nom générique de flux , que M. Roche a tout récemment désignées par le nom générique d'hyperdiacrisie.C' est de cette sécrétion trop abondante que Portai faisait naître la plupart des diarrhées , Wedeking le flux cœliaque ; et Dupuytren , guidé en cela par la salivation , avait pensé que le pancréas pouvait bien fournir la matière évacuée par les personnes affectées de choléra. N’est-ce point encore à un flux pancréatique qu’il faut rapporter les observations de ces individus cités par Marcellus Donalus et Polcrius , qui rendaient en un jour , et sans douleur, plusieurs livres de sérosité? Tout nous porte à croire que cette opinion esit fondée , et il nous semble même que l’expérience est déjà venue la confirmer. Citons des faits.

Huon -de- Maxey rapporte qu’en i?56,il donna ses soins à un jeune homme atteint

d’une ascite qui avait éludé l’action d’un grand nombre de médicaments. Le malade ne voulant pas se laisser pratiquer la paracentèse , l’auteur lui conseilla l’usage fréquent de la pipe La première dose de tabac qu’il fuma opéra l’effet qu’il produit ordinairement chez tous ceux qui n’y sont pas habitués, c’est à dire des nausées , des vomissements, une salivation abondante et une sorte d’ivresse. Dès ce moment, la respiration devint plus libre. Le troisième jour , le malade commença à avoir une salivation si abondante , qu’à chaque pipe de tabac qu’il fumait , il salivait environ une chopine d’une eau très-claire. Celle salivation se soutint , dans la même vigueur , l’espace d’un mois, et pendant ce temps le ventre se vida presque entièrement; puis elle se tarit peu à peu, à proportion que les eaux se trouvaient* épuisées par cette seule évacuation qui rétablit le malade dans sa santé primitive, en moins de deux mois et demi. Dupéron, Monro, Fabre, etc., ont vu des cas semblables.

Si , dans les observations que nous venons de citer , il n’est pas permis de douter que ce ne soient les glandes salivaires qui ont fourni ce liquide abondant dont l’évacuation a servi de crise à l’épanchement abdominal, nous pouvons aussi, sans trop forcer leslois de l’analogie , rapporter à une sécrétion pancréatique augmentée certaines évacuations abondantes qui ont jugé plusieurs hydropisies. Ainsi M. Perrier , médecin à Moulins , a recueilli l’observation d’un homme atteint d’anasarque, et qui n’en fut complètement débarrassé qu’après avoir eu dés vomissements abondants et répétés d’une eau claire, onctueuse, d’un goût salé et désagréable. Les vomissements étaient ordinairement précédés d’anxiétés, et d’un sentiment de plénitude et de gonflement à l’épigastre. Ainsi, Faudacq, médecin à Dieppe, a vu survenir presque spontanément , chez un ascitique désespéré, des vomissements aqueux et des déjections alvines de même nature , qui , se soutenant pendant quelques jours, le débarrassèrent complètement de son hydropisie. Le même médecin avait déjà précédemment observé le même phénomène sur un soldat ascitique qui, après avoir été longtemps cahoté dans un mauvais chariot, fut pris de vomissements aqueux qui le guérirent complètement. On trouve encore deux cas analogues aux précédents dans l’ancien Journal de médecine.

Sans doute , il est difficile de donner une explication satisfaisante de ces faits ; mais ils n’en méritent pas moins de fixer l’attention des médecins , et il sera peut-être possible quelquefois de s’en servir dans la pratique . alors que la sécrétion ordinaire ne pourra être sollicitée par aucun moyen. Au reste, ce n’est pas seulement dans les cas de celte espèce que la sécrétion du pancréas et des glan-

DE LA PANCRÉATITE CHRONIQUE

des salivaires a pu remplacer celle des reins. On a vu des glandes sécréter un liquide semblable à l’urine , alors que les reins ne pouvaient remplir leurs fonctions, et nous croyons devoir consigner ici un fait de cette nature , commesusceptible de jeter quelque jour sur la question qui nous occupe. Yallisnieri rapporte qu’une demoiselle de 18 ans fut prise tout-àcoup d’une suppression d’urine. Au bout de dix jours, il survint des vomissements d’un liquide séreux qui avait la couleur, la saveur et l’odeur de l’urine , qualités que présentait aussi la salive. Nysten a rassemblé un certain nombre d’observations analogues.

Ainsi donc, la sécrétion pancréatique peut être modifiée par rapport à la quantité. Mais il est rare, et cela s’observe journellement pour les glandes dont le produit est accessible à nos sens, qu’une sécrétion soit augmentée, sans que son produit ne soit en même temps modifié dans sa nature et n’acquière des qualités irritantes. Le docteur überto Bettoli cite l’observation d’un homme qui était tourmenté par le ténia , et qui avait des nausées accompagnées d’une sécrétion abondante de salive piquante; des vomissements de matière glutineuse aigre avaient lieu en même temps. Ces symptômes disparurent avec leur cause. Nos annales renferment beaucoup de faits plus ou moins analogues,, qui ne permettent pas de douter que , dans bien des cas , le produit de la sécrétion pancréatique ne subissait des altérations remarquables, d’où production d’accidents divers qu’on n’a pas rapportés à leur véritable cause. Et, sans vouloir prétendre d’une manière absolue que l’ensemble des symptômes auxquels on a donné le nom de pyrosis dépend toujours d’une sécrétion pancréatique viciée, nous croyons cependant que, plus tard, cette étiologie sera reconnue, au moins dans quelques cas. Nous devons à la vérité de dire que , dans les cas de pyrosis dont l’ouverture des corps est venue compléter l’histoire , le pancréas n’a offert aucune altération appréciable. Mais , de cette absence de lésion de tissu, faut-il conclure, contre notre manière de voir, que le pancréas n’est pour rien dans la production des phénomènes que présentent les malades atteints de pyrosis ? nous ne le pensons pas. Combien de fois encore n’a -t- on pas trouvé, chez les diabétiques , les reins dans leur état physiologique ?

Ce qui vient encore rendre plus probable pour nous que le pyrosis pourrait bien dépendre quelquefois d’une altération particulière du liquide pancréatique , c’est cette remarque de M. Gyersent , que le développement trop abondant des acides n’a pas toujours lieu dans l’estomac ou le canal intestinal, et qu’il est quelquefois le résultat de l’altération même de la salive. Cet observateur judicieux est porté

à croire qu’il en est presque toujours ainsi chez les malades qui ont les dents détruites par l’effet des acides. Or, l’analogie de texture et de fonctions permet bien de supposer que le pancréas aussi peut, dans certaines circonstances , modifier de la même manière le liquide qu’il sécrète. Tout récemment (février 1 836 ) , nous avons été consulté par un homme de la commune d’Aulnay, le nommé Urbain Ruault , dont l’observation est précieuse pour nous en ce moment. Cet homme, grand , maigre , âgé de 38 ans, éprouve , depuis l’âge de 20 ans, et principalement tous les malins, des vomissements d’un liquide spumeux , âcre , et dont le rejet est accompagné d’une vive sensation de chaleur brûlante depuis le cardia jusqu’à la bouche. Il lui semble qu’une flamme de feu parcourt toute la portion supérieure du tube digestif. Ces vomissements se suspendent quelquefois spontanément , et alors ils sont remplacés par une salivation abondante , surtout le matin. Le liquide salivaire sécrété est également âcre , caustique même ; les gencives sont gonflées , mollasses , les dents vacillantes , usées dans toute leur circonférence, de manière à laisser entre elles un intervalle qui s’àccroit lentement, comme si , chaque jour, la salive, en s’écoulant, dissolvait une légère couche de leur tissu. Son père éprouva , à 20 ans , les mêmes accidents qui ont cessé d’eux-mêmes à sa cinquantième année ; il jouit aujourd’hui d’une parfaite santé. Nous publierons , plus tard et avec plus de détails , cette observation intéressante, si le malade, que nous n’avons encore vu que deux fois, continue , comme il nous l’a promis , à venir réclamer nos conseils. La magnésie unie au sucre , les infusions de sauge et de menthe prises le matin à jeun , ont déjà procuré un peu de soulagement.

Enfin , pour réunir le plus de preuves possible en faveur de notre opinion , rappelons en peu de mots les symptômes principaux que l’on observe dans le pyrosis : éructations avec rejet d’un liquide limpide que quelques malades ont comparé à la salive ; courbure du corps en avant pour apaiser la douleur; paroi antérieure de l’abdomen rétractée vers la colonne vertébrale; constipation 5 salivation; enfin , et c’est un signe sans lequel la maladie n’existe jamais, émission d’une plus ou moins grande quantité d’un liquide qui a assez fréquemment l’apparence de la salive , et qui toujours jouit de la propriété d’être âcre et excitant, approchant même de la causticité. Eh bien ! cette symptomatologie que nous empruntons à une bonne dissertation soutenue à l’école de Paris , nous la retrouverons dans les articles de ce travail relatifs à l’inflammation et aux diverses lésions organiques du pancréas.

MALADIES DES APPAREILS DES SÉCRÉTIONS

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