DU CANCER DU FOIE
Caractères anatomiques . C’est une lésion commune et très-grave. Il se présente sous forme disséminée et constitue des masses sphéroïdales , marronées , saillantes à la surface du foie , et remarquables alors par une dépression centrale en godet , vers laquelle convergent des rides rayonnées parlant de tous les poiuts de la circonférence , qui forme un relief plus ou moins marqué.
Les masses cancéreuses disséminées dans le foie sont très-variables quant à leur volume , et , depuis la forme miliaire, peuvent offrir toutes les grosseurs jusqu’à celle d’un œuf de dinde, du poing , des deux poings réunis , et même celle de la tête d’un fœtus à terme. Le nombre est, en général , en raison inverse du volume des tumeurs.
M. Cruveilhier rapporte ces masses cancéreuses à deux variétés principales qui ne s’excluent pas l’une l’autre, et que beaucoup d’observateurs regardent comme deux degrés de la même altération, savoir : la variété dure ou le squirrhe, la variété molle ou encéphaloïde.
La première variété diffère essentiellement de la seconde , i<> par la trame , qui est celluleuse et lâche dans celle-ci, dense et fibreuse dans celle-là; 20 par la vascularité; 3° par la marche et le développement lent, en général, dans les tumeurs dures , rapide dans les tumeurs molles.
Ces différences , qui séparent les deux variétés du cancer du foie, ne sont pas, du reste, toujours aisément saisissables; toutes deux peuvent, en effet, être le siège d’un travail désorganisatéiir qui les confond dans un même aspect ; souvent aussi le sang qui s’échappe au sein de ces tumeurs , subissant diverses transformations , peut en masquer complètement les caractères. M. Cruveilhier a encore observé une sorte de tumeur analogue au tissu érectile, dont les aréoles étaient remplies par un liquide semblable à de la lie de vin, et qui se trouvait au milieu de tumeurs cancéreuses disséminées; le foie, autour de ces masses cancéreuses, est sain, altéré, ou ramolli ; le plus ordinairement son volume est accru par l’hypertrophie de la substance jointe à l'intumescence qu’occasione la présence de la production anormale ; cependant on a vu le foie atrophié , soit en totalité , soit partiellement. Le cancer peut occuper tous les points de l’épaisseur du parenchyme : cependant son
siège le plus fréquent est la surface, et surtout la convexité.
Causes. Outre toutes celles assignées à la production du cancer en général , on doit reconnaître que les coups , les chutes , les pressions sur la région du foie , les excès de régime , l’abus des purgatifs violents , sont des circonstances qui peuvent favoriser la production du cancer du foie.
Symptômes et diagnostic. Le cancer du foie peut exister sans déterminer aucune douleur et sans troubler notamment la sécrétion biliaire ; il peut aussi ne déterminer aucune augmentation sensible de volume; mais ces cas sont rares, et le plus ordinairement on peut soupçonner le cancer du foie par l’existence de l’ictère, l’énorme tuméfaction j de l’organe qui dépasse de plusieurs pouces le rebord des fausses côtes et occupe une grande portion de la région épigastrique , parla présence à sa surface de bosselures et d’inégalités plus ou moins multipliées, par la pression qui est douloureuse, par l’amaigrissement considérable , et le teint jaune paille.
Comme presque toutes les maladies du foie, le cancer détermine l’ascite, mais pas aussi constamment que l’hypertrophie.
Il est évident, d’après tout ce que nous avons dit déjà sur les maladies du foie, que les symptômes que nous venons d’indiquer ne sont point caractéristiques. L’ictère, en effet, n’est pas un signe propre au cancer du foie , et d’ailleurs il s’en faut qu’il existe constamment. L’augmentation du volume du foie coïncide avec une infinité d’autres lésions que le cancer. La douleur se rencontre aussi dans toute autre lésion,, et l’on sait que l’ascite accompagne les maladies les plus diverses du foie.
Traitement. Parvenu à un certain degré, le cancer du foie est tout-à-fait au-dessus des ressources de l’art , et malgré l’appareil de médicaments longtemps connus sous le nom d’apéritifs , de fondants , de désobstruants , les malades succombent. Les Anglais administrent largement les purgatifs et diverses préparations dites fondantes, parmi lesquelles le calomel tient le premier rang.