DE LA MANIE
La manie ne débute pas toujours de la même manière. Dans quelques cas , les individus sont pris d’un délire subit et intense, durant plus ou moins longtemps , avec ou sans fièvre. D’autres fois, la manie débute par une altération graduelle de l’attention. Ce début est quelquefois caractérisé par des idées bizarres , des penchants insolites, des goûts viciés. Ces divers symptômes vont en augmentant , et enfin la folie éclate. Ces prodromes peuvent être très-longs.
Une fois que la manie est déclarée, elle peut avoir plusieurs degrés d’intensité.
1er Degré. — Exaltation simple de l’intelligence.
2e Degré. — Désordre plus profond des facultés intellectuelles ; idées désordonnées. Au milieu de ce désordre , la raison peut se retrouver en fixant fortement l’attention des malades, quelquefois en les faisant lire. Il n’est pas rare de voir des malades qui extravaguent sur tous les points, écrire des lettres si raisonnables , si sensées , que les personnes à qui elles sont adressées ne peuvent pas penser que celles quiles ont écrites soientaliénées.
3e Degré. — Caractérisé par la déraison complète sur tous les sujets. Les éclairs de raison ont disparu.
Marche. Celle maladie présente des alternatives bien fréquentes d’exaspération et de rémission. On voit des malades qui ont quelques instants lucides. Quelquefois, dans l’exaspération de la maladie , certaines facultés de l’intelligence prennent un haut degré de développement. C’est tantôt la mémoire, tantôt l’imagination ; c’est quelquefois une aptitude extraordinaire pour la poésie. Enfin , la maladie peut revêtir le type d’intermittence régulière.
Terminaison. La maladie peut se terminer par la mort , soit que cette terminaison soit occasionée par une congestion cérébrale, ou par une hémorrhagie, soit que la démence ayant succédé à la manie, la mort arrive par l’altération aiguë ou chronique de quelque organe.
Elle peut aussi se terminer par la guérison ; mais celte guérison ne peut guère être espérée que dans les premiers temps de la maladie. M. Esquirol possède 1,223 cas de guérison. Sur ce nombre , 604 ont été obtenus dans la première année, 5o2dans la deuxième, 76 dans la troisième, 41 de la quatrième à la neuvième année. Il y a quelques cas très-rares de guérison à une époque plus avancée de la maladie ; mais on peut dire qu’en général , il y a très-peu de chances de guérison après deux ans de maladie.
On cite quelques cas de guérison, survenue par quelque circonstance morbide. M. Foville a vu un individu aliéné depuis longtemps , et qui fut guéri à l’apparition d’une tumeur aux parotides. Il y a un cas de guérison à la suite d’un ptyalisme, d’autres à la suite d’une abondante diarrhée. M. Esquirol a cité le cas d’une femme aliénée chez laquelle se développa un cancer au sein. L’ablation de la tumeur cancéreuse guérit l’aliénation. Enfin plus d’une fois cette maladie a cessé à la réapparition des menstrues.
Le retour à la raison est subit ou graduel. La raison peut souvent ne revenir que momentanément ; car la récidive est fréquente
dans cette maladie. A Bedlara, on a trouvé que c’était la moitié qui récidivait ; Pinel l’évalue à un sixième , M. Esquirol à un dixième.