‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 206 sur 227 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

MALADIES DES CORDONS NERVEUX

LÉSIONS DE CIRCULATION

L '‘hyperémie des nerfs est peu connue.

PHLEGMAS1E DES NERFS, OU NÉVRITE.

Caractères anatomiques. Un nerf atteint d’inflammation perd sa couleur blanche. II devient rouge si l’inflammation est à l’état aigu ; il devient jaune si elle est à l’état chronique. Ces deux circonstances ont été mises hors de doute par les expériences de Béclard et de M. Gendrin. Le nerf peut être trouvé gonflé , augmenté de volume , induré ou ramolli. Dans quelques cas, le névrilerame seul est atteint d’inflammation, la pulpe nerveuse étant saine. Dans d’autres cas , le nerf est complètement malade, ayant perdu sa consistance et son élasticité , et ressemblant alors à I une petite masse charnue. Dans ces circon-

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stances , on peut trouver une certaine quan tité de sérum épanché entre les fibrilles. On peut aussi rencontrer du pus à l’état d’infiltration. Enfin on a trouvé des nerfs présentant, de distance en distance , des grains durs , fibro-celluleux, espacés à la manière d’un chapelet.

Causes. La névrite est ordinairement la suite de causes traumatiques. Ainsi on l’a vue succéder à des contusions , à des piqûres , à la ligature dans une opération chirurgicale, etc. Mais la névrite peut se produire aussi sans violences extérieures. Ainsi on peut voir la névrite se développersur un nerf communiquant avec une partie enflammée. M. le docteur Gendrin a cité des observations d’ulcères variqueux, au pourtour desquels se trouvaient des nerfs enflammés. Nous devons cependant considérer ces cas comme exceptionnels; car dans l’immense majorité des phlegmasies, les nerfs qui aboutissent aux centres enflammés restent hors des atteintes de l’inflammation.

Symptômes. La névrite a des symptômes qui lui sont propres. Le premier fc*est la douleur , et cette douleur est caractéristique ; ainsi elle augmente par la pression. Dans la névrite, la douleur a une marche continue. Dans la névralgie , au contraire , elle offre des exacerbations très-prononcées.

Lorsqu’un nerf superficiel est enflammé, on peut suivre son trajet sous la peau au moyen d’une légère pression dans le sens du trajet de ce cordon enflammé.

L’inflammation d’un nerf trouble la région à laquelle ce nerf se distribue. Si , par exemple , c’est dans les muscles qu’a lieu cette distribution , des mouvements convulsifs peuvent suivre, qui ont une certaine durée. Dans d’autres circonstances , au lieu de mouvements convulsifs, ce sont des paralysies partielles qui peuvent suivre. Enfin, dans quelques cas, les désordres musculaires peuvent devenir généraux.

Lorsque la névrite est intense , il peut survenir un mouvement fébrile.

Les divers organes auxquels des nerfs enflammés se distribuent et aux fonctions desquels ils président, présentent souvent des désordres notables. Ainsi on a vu la cécité causée par l’inflammation des nerfs optiques, la surdité produite par l’inflammation de la portion molle de la septième paire ; l’inflammation de la portion dure de cette septième paire a donné lieu à la paralysie de la face.. Les expériences de C. Bell et de M. Magendie Viennent encore à l’appui de ce que j’avance. Vous trouverez dans le tome II de Y Anatomie comparée du cerveau de M. Serres, un fait remarquable qui prouve l’influence des lésions des nerfs sur les fonctions auxquelles ils se distribuent.

On a fait jouer un grand rôle à l’inflamma-

tiori du nerf pneumo-gaslrique , dans la production, soit de la coqueluche, soit de la gastrite aiguë. Mais ces opinions ne sont pas encore l’expression d’une observation bien rigoureuse.

L’influence du nerf gr and sympathique a été invoquée comme produisant des troubles dans divers organes. Mais est-il certain qu’on ait jamais rigoureusement constaté l’influence de l’inflammation de quelques portions de ce nerf grand sympathique ? Lobslein , il est vrai, a publié des recherches qui tendraient à prouver que certains troubles sont dus à cette cause. Mais je dois déclarer que la plupart des personnes qui ont fait les mêmes recherches , n’ont rien trouvé ; moi- même je n’ai jamais rien vu de semblable. Sur un pareil sujet, pour être en droit d’être cru , il faut avoir fait ses preuves en anatomie pathologique. Rien , en effet, n’est plus variable que les douleurs dont le grand sympathique peut être le siège, comme l’état dans lequel on trouve le plexus solaire. Ces considérations sont nécessaires pour vous mettre en garde contre l’influence exagérée du grand sympathique et les désordres qui en découlent. C’est donc avec réserve que vous accueillerez les faits suivants.

Lobstein cite le cas d’un individu qui présentait un vomissement opiniâtre que rien ne pouvait arrêter. Cet individu mourut ; à l’autopsie il ne trouva rien dans l’estomac , et il rencontra une phlegmasie du ganglion semilunaire. Dans un cas de coqueluche , compliqué de vomissement , le même observateur trouva l’estomac sain et les ganglions semilunaires rouges. M. Aronshon de Strasbourg , dans un cas de vomissement , accompagné de diarrhée, n’a rien trouvé dans le tube intestinal ; mais il a trouvé de la rougeur dans les ganglions semi-lunaires. Dans tous ces cas on peut se demander comment l’intestin qui reçoit des nerfs de la huitième paire , et qui en reçoit très-peu du grand sympathique , a pu être influencé par ce dernier. Dans ces derniers temps, Delpech de Montpellier avait aussi voulu établir que le grand sympathique était altéré dans le choléra. L’immense majorité des médecins français n’a rien vu de semblable. L’altération du grand sympathique a encore été accusée du trouble d’autres organes. Aussi Lobstein cite l’observation d’un enfant qui fut pris de dyspnée après une affection biliaire. D’après cet observateur, cette dyspnée était occasionée par une affection du nerf grand sympathique. Toutes ces opinions ont besoin de nouvelles preuves et d’observations nombreuses et bien recueillies.

Durée. La névrite peut être aiguë ou chronique. Elle peut persister, se dissiper et être remplacée par une névralgie.

Traitement . Il faut combattre la névrite aiguë par les émissions sanguines , ou appli-

quer des sangsues sur le trajet des nerfs, et on se conduira pour le reste comme dans toutes les inflammations. Dans la névrite chronique , on fera des frictions avec la pommade slibiée ou avec l’huile de croton tiglium.

On ne connaît point d 'hémorrhagie dans les nerfs.

LÉSIONS DE NUTRITION DES NERFS, LÉSIONS DES SÉCRÉTIONS ET PRODUCTIONS MOR- BIDES.

( Voyez Précis d’Anat. pathologique , t. II, 2e partie.)

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