‹ Cours de pathologie interne professé a la Faculté de Médecine de ParisChapitre 21 sur 227 · DE LA CONSTIPATION · texte numérisé non relu

DE LA CONSTIPATION

Il y a constipation, quand chez un individu les évacuations alvines sont rares , et les matières fécales dures et difficilement rendues.

Deux cas se présentent à examiner : il peut y avoir constipation sans qu’aucun obstacle au cours des matières existe ; il peut y avoir obstacle , soit que les matières elles-mêmes obturent l’intestin , soit que l’obstacle provienne d’un corps extérieur.

1er Cas. Il constitue un état habituel chez certains individus , une véritable maladie liée le plus souvent à une phlegmasie chronique de l’intestin.

On a pensé que cette constipation était produite chez les vieillards par la diminution de contractilité des fibres musculaires , par la diminution des sécrétions muqueuse et biliaire. Le tempérament bilieux , les travaux de cabinet , les chagrins sont autant de causes de constipation.

L’emploi modéré de quelques laxatifs et un régime convenable la font assez facilement disparaître.

2e Cas. Obstacle au cours des matières causé par elles-mêmes. On doit s’appuyer , pour reconnaître ce cas, sur quatre moyens d’investigation.

Par le palper , on sent que le ventre est développé ; si l’on promène la main sur l’abdomen , on constate bientôt que le colon est rempli, on en dessine le trajet qui se dessine parfaitement à travers la peau , et cet examen peut faire constater la présence de tumeurs plus ou moins considérables , fugaces , mobiles , échappant sous les doigts et occupant différents points del’étendue du colon. Fréquemment, par suite des tiraillements qu’elles

exercent , on voit le colon transverse ne plus occuper sa place habituelle.

Elles se forment lentement ou rapidement. Leur diagnostic 11’est pas toujours aussi facile que nous venons de le dire. On les a prises pour des tumeurs de diverses natures.

Ces tumeurs peuvent être formées en partie par des corps étrangers qui en occupent le centre, comme des substances salines, des calculs sortis des voies biliaires , des noyaux, des fragments d’os, etc. On conçoit que ces obstacles seront d’autant plus efficaces qu’ils rencontreront d’anciennes brides, des étranglements, etc.

Par la vue, on reconnaît la plupart des signes fournis par le palper.

Par la percussion, on perçoit un son mat dans quelques points de l’abdomen, principalement sur les tumeurs , et même sur tout le trajet du colon ; dans d’autres points une sonoréité remarquable due à la présence des gaz qui ne peuvent s’échapper.

Par le toucher qu’on pratique au rectum seulement , on touche les matières fécales qui forment bouchon à cet endroit.

Symptômes. Le premier accident causé par ces tumeurs stercorales est l’absence des selles pendant un temps plus ou moins long. La constipation peut entraîner des symptômes de péritonite, annoncée par une douleur que la pression augmente. Cette douleur peut d’abord être sourde et ne consister qu’en une simple gêne, bientôt elle s’exaspère et elle peut prendre tout-à-coup le caractère le plus aigu.

L’accumulation de ces matières fécales donne lieu aux accidents ordinaires de l’étranglement interne ou externe ; ce sont des nausées , des vomissements , le météorisme , la gangrène et la rupture des intestins.

Elle peut déterminer un mouvement fébrile intense, et quand l’oblitération est complète et de longue durée, des accidents cérébraux ne tardent pas à paraître.

Tels sont les symptômes les plus ordinaires ; on en ,a observé de plus rares , tels que des douleurs sciatiques comme le rapporte M. Fleury, de l’œdème dans les membres inférieurs par suite de la compression des gros troncs veineux, des hémorrhoïdes , etc.

Ces accidents peuvent être de courte durée, soit que la guérison, soit que la mort en soient la terminaison. On les a vus se prolonger pendant deux ans.

Traitement. Il doit être entièrement dirigé dans le but de favoriser la sortie des matières. Dans les cas simples , on commencera par l’eau de Sedlitz , l’huile de ricin ; dans les cas graves , on administrera tous les jours une ou deux gouttes d’huile de croton tiglium. On emploie très-souvent la marmelade de Tronchin à la dose de une à deux cuillerées par jour. On prescrit avec avantage l’eau magné-

MALADIES DU TUBE DIGESTIF

sienne saturée , les pilules d’aloës, celles d’Anderson , les douches ascendantes. Enfin , il faut avoir recours à la curette ou plus simplement à l’introduction du doigt.

Les obstacles au cours des matières peuvent aussi provenir d’une anse d’intestin invaginée dans un pli de l’épiploon, et ce cas est mortel. Ils peuvent dépendre d’une bride accidentelle, d’une disposition anormale de l’intestin, d’un diverticule entortillant l’intestin, d’invagination , etc. , cas dans lesquels les secours de l’art sont presque toujours infructueux.

2e Ordre. — Altérations des sécrétions gazeuses.

DE LA TYMPANITE

La sécrétion des gaz qui s’opère normalement dans les intestins peut, dans certaines circonstances , éprouver une augmentation considérable. Nous avons déjà vu que dans la fièvre typhoïde le météorisme était un accident très-fréquent. La sécrétion d’une grande quantité de gaz n’est pas toujours liée à une altération intestinale. Plusieurs fois on ne l’a pas observée dans les ulcérations de l’intestin, et plusieurs fois aussi elle a existé sans ulcérations. Les émotions morales ont quelquefois pour effet une sécrétion abondante de gaz; certaines maladies nerveuses, l’hystérie, par exemple, produisent le même résultat. La réaction chimique de certaines substances alimentaires est une cause de tympanite. Elle est très-fréquente chez les herbivores qui se nourrissent de luzerne fraîche. Certains légumes, comme les haricots, les lentilles , etc., déterminent aussi chez l’homme une quantité considérable de gaz. Enfin la tympanite survient aussi sans qu’on puisse lui assigner aucune cause , si ce n’est un défaut de tonicité dans la muqueuse intestinale.

C’est surtout dans le colon que s’accumulent les gaz. La distension qu’ils occasionent est souvent assez forte pour refouler en haut le diaphragme et produire une dyspnée que l’on pourrait confondre avec celle qui résulted’une inflammation du poumon. Quelquefois la douleur qu’ils causent est assez vive pour qu’on puisse croire à une irritation des intestins ou du péritoine. Cependant le volume de l’abdomen , la sonoréité qu’il présente à la percussion suffiront , dans la plupart des cas , pour éclairer le diagnostic.

Cette affection ne peut pas être combattue toujours par les mêmes moyens. On conçoit que donner de prétendus carminatifs dans tous les cas , serait une chose absurde. Quand on ne peut rapporter la production de gaz à aucune altération du tube intestinal , on administre des stimulants aromatiques , comme l’infusion d’anis , de coriandre , de menthe , d’angélique ou de camomille. Si elle recon-

naît pour cause un défaut de tonicité de la muqueuse intestinale , on lui opposera les toniques et un régime approprié. Si elle est liée à quelque maladie nerveuse , ou si elle est survenue après une émotion morale, les antiphlogistiques seront utiles. Les lavements d’eau de chaux , ou d’eau très-froide, les frictions sur l’abdomen produisent quelquefois d’heureux résultats. Enfin, dans certaines circonstances , on s’est bien trouvé de l'emploi des purgatifs salins ou de l’huile de ricin.

3e Ordre. — Matières étrangères existant

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