DE L’HÉMOPTYSIE
Cette affection a son siège dans la membrane muqueuse des bronches; elle peut exister seule, être essentielle , ou bien accompagner une autre affection dont elle est un symptôme.
S’il est vrai de dire que l’hémoptysie est souvent un signe qui annonce ou révèle la présence de tubercules pulmonaires, hâtons-nous de reconnaître que dans un très-grand nombre de cas, il n’en est pas ainsi, et que l’on a singulièrement exagéré le nombre de ceux où cette hémorrhagie a précédé le développement de la phthisie pulmonaire. Plus souvent l’hémoptysie existe seule par elle-même, et le seul désordre qui l’accompagne et la constitue est l’exhalation du sang à la surface des bronches.
Causes. Rare chez les enfants et les vieillards, cette maladie est fréquente dans la jeunesse et dans l’âge adulte depuis i5 à 20 ans jusqu’à 3o et 35. Les femmes y sont plus sujettes que les hommes. Les tempéraments ner. veux et sanguins y prédisposent. Les individus nés de parents phthisiques ou hémoptoïques , ceux qui par leur constitution sont menacés de phthisie pulmonaire, et par conséquent ceux qui ont déjà des tubercules, sont pour la plupart voués à cette hémorrhagie. Certaines professions comme celles de tailleur, de cordonnier, qui obligent à tenir le tronc dans une forte flexion en avant , prédisposent à l’hémoptysie.
L’air froid agissant d’une manière continue, les brusques variations de température surtout , sont des causes efficaces d’hémoptysie ; aussi les crachements de sang sont-ils plus fréquents au printemps et en automne, saisons dans lesquelles les journées sont chaudes et les matinées et les soirées très-fraîches. Cependant une chaleur sèche et élevée n’empêche pas l’hémoptysie ; ainsi on voit des individus cracher le sang après avoir été exposés longtemps à un soleil brûlant. Celte hémorrhagie est fréquente au bord de la mer ou règne continuellement un courant d’air froid. On a dit que la diminution de la pression atmosphérique déterminait l’hémoptysie, et que les personnes qui s’élevaient sur les hautes montagnes en étaient affectées. Cependant MM. de Saussure , de Humbold et Gay-Lussac qui ont atteint les régions les plus élevées de l’atmosphère n’ont pas observé ce phénomène. Ce qu’il y a de certain cependant, c’est que les individus faibles et prédisposés à cette affection éprouvent facilement des hémoptysies sur les lieux élevés, mais remarquons que sur les hautes montagnes l’air est très-froid , et que cette circonstance est très-efficace pour la production de l’hémorrhagie bronchique et
qu’on peut aussi raisonnablement l’attribuer à cette cause qu’à la diminution de la pression atmosphérique. Un fait curieux rapporté par le capitaine Parry, semblerait confirmer cette opinion. En traversant le canal de Mozambique il vit le baromètre baisser subitement de plusieurs degrés sans que personne de son équipage fut pris d’hémoptysie.
L’hémoptysie peut survenir après un traitement mercuriel prolongé , comme après un long usage des préparations d’iode. L’inspiration de substances irritantes gazeuses , liquides ou solides la déterminent aussi. De fortes émotions morales , des veilles prolongées favorisent son développement. On la voit survenir après des excès dans le coït. Parmi les maladies du poumon les tubercules en sont la cause la plus efficace. Elle survient après un exercice trop prolongé de cet organe dans le chant ou dans la parole. Les blessures du poumon , une chute sur la poitrine ou un coup violent sur cette partie la déterminent fréquemment. Son développement est favorjsé par un état de gêne imprimée à la circulation par une cause mécanique , comme la compression de la poitrine par le fatal usage des corsets. C’est sans doute à cette cause qu’est due la fréquence de la phthisie pulmonaire chez les femmes. L’hémoptysie est une conséquence de certains vices de conformation de la poitrine. Elle survient après des efforts répétés et violents , après des courses rapides ; on l’observe aussi à la suite des quintes de toux déterminées par le catarrhe pulmonaire.
Elle peut être causée par des palpitations du cœur longtemps continuées; on l’observe fréquemment dans l’hypertrophie de cet organe et dans la dilatation de ses cavités.
La pléthore favorise sa production ; elle apparaît quelquefois après la suppression d’une hémorrhagie habituelle , comme le flux hemorrhoïdal, la menstruation, etc. Certaines femmes sont prises d’hémoptysie à chaque époque menstruelle , et quelquefois celte hémorrhagie devient périodique et remplace l’écoulement menstruel. Elle n’est pas rare chez les femmes enceintes, par suite de la pléthore que détermine la grossesse. Certaines altérations du sang peuvent être considérées comme causes d’hémoptysie; aussi l’observe-t-on quelquefois dans le scorbut et dans la chlorose.
L’excitation de certains sens peut produire l’hémoptysie ; ainsi l’impression de la musique fait cracher du sang à beaucoup de phthisiques. Un jeune homme crachait du sang toutes les fois qu’on lui appliquait les sangsues à la poitrine. On la voit quelquefois survenir sous l’influence d’un sinapisme ou d’un vésicatoire ; dans d’autres cas au contraire , ces moyens l’arrêteront. Franck rapporte qu’un individu ne pouvait dormir pendant le jour sans cracher du sang; il dit en avoir vu.