Quelle est la méthode de Bacon
1. L'esprit de la scolastique était un esprit de déduction. Cet esprit était favorable à la théologie qui l'avait produit ; il l'était encore aux sciences mathématiques (1) ; mais érigé en méthode unique, il était réellement une entrave à tous les développements de l'esprit qui reposent sur d'autres procédés.
2. Au quinzième et au seizième siècle, la philosophie, en se séparant définitivement de la théologie, peu sûre encore de ses forces, s'était placée, momentanément du moins, sous le joug d'une autre autorité, celle des anciens.
3. De Bacon seulement date l'originalité de la science moderne. Ce philosophe appela les savants à l'étude de la réalité, non parles déductions de Tesprit, non par l'autorité des livres, mais par la considération de la réalité ellemême.
4. Sa philosophie fut donc tout à la fois critique et dogmatique : critique à l'égard de la science antérieure, dog-
(1) Toutefois les mathématiques elles-mêmes n'auraient pas pris tout leur essor en se restreignant au procédé déductif. Leibniz , en leur appliquant le procédé inductif , a créé le calcul infinitésimal.
matique à l'égard de la science à venir. De là la guerre qu'il déclara au syllogisme et à l'hypothèse, et de là en même temps les nombreux préceptes qu'il donna, pour la recherche de la vérité.
5. La philosophie, soit critique, soit dogmatique, de Bacon, peut se résumer ainsi : le syllogisme c'est la déduction; la déduction suppose des principes; ces principes, pour être l'expression de la réalité, doivent être formés par induction, et l'induction doit reposer sur l'observation. Si donc vous débutez par la déduction, vous êtes o])ligé d'imaginer les principes et de construire votre science sur l'hypothèse. Si, au contraire, vous ajournez toute déduction jusqu'à ce que vous ayez convenablement fondé les principes eux-mêmes sur l'observation des faits, vous formerez une science certaine, la seule certaine.
6. La philosophie de Bacon pécha par deux exagérations, non entre ses mains, mais entre celles de ses disciples. La première de ces exagérations est la proscription absolue de la forme syllogistique. La seconde fut la concentration des forces de l'esprit humain sur l'étude des réalités matérielles.