‹ Cours de philosophie élémentaireChapitre 35 sur 271 · Quelle est la seule méthode scientifique · texte numérisé non relu

Quelle est la seule méthode scientifique

7. La méthode d'observation, seule scientifique, est-elle suffisante?

8. L'observation des phénomènes, à elle seule, peut-elle constituer

une science?

9. Comment peut-on observer la réalité spirituelle en philosophie?

DIVISION DE LA PHILOSOPHIE. — ORDRE DANS LEQUEL IL FAUT EN DISPOSER LES PARTIES.

1 . La philosophie, dans le sens où nous prenons ce mot (chap. 1), se divise naturellement en deux sciences partielles. La première est la science de l'âme, et la seconde, la science de Dieu.

2. On a donné à la science de l'âme le nom de psychologie, ^vy^-n, Xoyoç. La science de Dieu aurait dû, par une dérivation semblable, se nommer théologie, Qiôç Xoyo?. Mais

déjà ce mot est destiné à désigner la science qui consiste dans l'exposition, l'interprétation et le commentaire des vérités révélées. On a donné à la science de Dieu, d'après les données que l'esprit humain trouve dans sa nature morale, le nom dethéocUcée, Btôç, 5îxyî, qui indique la partie pratique de cette science, c'est-à-dire la morale divine ou religieuse {\).

3. Si la science de la nature humaine ne conduisait pas à des remarques applicables sur la manière dont nous devons diriger nos pensées et nos actions, ce serait une science stérile. Les sciences mathématiques et physiques donnent leurs conséquences pratiques dans l'industrie, les sciences naturelles dans l'agriculture et l'éducation des animaux, etc. Ainsi la psychologie donne ses conséquences pratiques dans la logique et la morale, c'est-à-dire dans deux sciences qui découlent d'elles, et dont la première traite des règles de la pensée, l'autre des règles de la conduite.

La théodicée a aussi, comme nous l'avons indiqué, sa partie pratique ou morale religieuse, maison n'en fait point une division séparée.

4. La psychologie, suivie de la logique et de la morale, et la théodicée embrassent tout le cercle de la philosophie. Mais il faut faire précéder ces quatre parties d'une Introduction où l'objet de .la philosophie soit indiqué d'une manière précise, oij sa méthode soit tracée, et où enfin le nombre et l'ordre de ses parties soient déterminés.

5. Ce n'est pas encore tout. Les recherches que nous faisons aujourd'hui, d'autres les ont faites avant nous ; dans tout le cours des âges, des hommes de grand génie ont réfléchi sur la nature de l'homme, sur les lois géné-

(1) Peut-être aussi le mot théodicée n'est-il autre que le mot théologie, dans lequel on a remplacé le grec Xôyoç par le latin dicere. Nulle part je n'ai trouvé d'explication sur l'origine de ce mot.

raies des êtres, sur Dieu, etc. Leurs systèmes, quoique souvent empreints d'exagérations et d'imperfections, renferment aussi des observations précieuses. En sorte que ces systèmes, convenablement étudiés, complètent avec avantage les idées qu'on a acquises par ses propres efforts et donnent lieu à des critiques utiles. De là une dernière partie de la philosophie, qui est V Histoire de la Philosophie ^ c'est-à-dire l'exposition et l'appréciation des systèmes philosophiques.

6. La philosophie renferme donc en définitive six parties, qui sont :

1" L'introduction ;

2° La psychologie ;

3° La logique ;

4° La morale;

5° La théodicée ;

6** L'histoire de la philosophie.

II. — Ordre dans lequel il faut disposer les parties de la philosophie.

1. On voit sans autre explication pourquoi Tin^rorfwctoi est la première de ces six parties, pourquoi Vhistoire de la philosophie est la sixième, et pourquoi la logique et la morale doivent suivre la psychologie.

2. Il reste à expliquer pourquoi la théodicée ou science de Dieu ne doit venir qu'après la psychologie, la logique et la morale, c'est-à-dire après la science entière de l'âme.

L'âme nous est connue par la conscience de ce qui se passe en nous ; Dieu nous est connu par l'idée d'un être infini que chacun de nous trouve profondément imprimée dans sa raison; il semblerait donc qu'on peut indiff'éremment placer l'une des deux sciences avant l'autre.

3. Mais il faut réfléchir, en premier lieu, qu'avant d'étudier VÉt?r. infini dont nous avons l'idée, il faut avoir étudié cette idée elle-même comme fait de Vesprit humain. Il faut constater son existence et la distinguer des autres idées avec lesquelles elle est mêlée dans notre esprit. Tout ce que nous saurons de cette idée par une observation attentive, nous l'affirmerons plus tard légitimement de Dieu.

4. En second lieu. Vidée de l'infini est assujettie en nous à une loi constante, qui est de n'apparaître qu'avec Vidée du finiy de ne se développer et de ne s'étendre que par elle. L'âme humaine est conçue, ainsi que la nature, comme l'œuvre de Dieu ; mais sans l'œuvre nous ignorerions l'auteur. Nous ne savons rien de l'auteur que d'après ce que nous voyons dans ses œuvres, en sorte que la connaissance de l'auteur varie, s'altère ou se perfectionne précisément avec la connaissance de ses œuvres. II en est ici absolument comme de la connaissance que nous avons des poètes, des peintres, des philosophes. L'existence des Géorgiques et de l'Enéide me révèle l'existence de Virgile, l'étude de ces poèmes me révèle le genre de talent du poète, et pour qui ne les a jamais lus, le nom de Virgile est absolument vide de sens.

Il suit de là que chaque science, quel que soit son objet, conduit à une connaissance plus ou moins élevée de la nature divine; mais nulle plus que la science de Tâme, puisque de toutes les œuvres de Dieu que nous pouvons connaître, l'âme de l'homme est la plus excellente.

5. L*homme, créé h l'image de Dieu, suivant renseignement de la tradition, et suivant les conclusions ultérieures de la philosophie, présente sur un plan fini les attributs que nous concevons ensuite en Dieu comme infinis. Or, qui ne voit que tout attribut ne peut être conçu comme

infini, s'il n'est d'abord connu à un degré fini? nous ne conrevrions point l'espace infini si nous ne voyions d'abord autour de nous des étendues l)ornées ; de même ces expressions pensée infinie, puissance infinie, sagesse infinie, ne nous offrent quelque sens qu'à la condition que nous ayons d'al^ord l'idée de la pensée, de la puissance, de la sagesse à un certain degré, et dans les limites de notre nature. Et sans doute mieux nous aurons étudié ces attributs en nous, mieux nous comprendrons les inductions sublimes que nous en ferons ensuite à Dieu.

6. L'ancienne division de la philosophie présentait trois parties, la logique, la métaphysique et la morale. La psychologie n'y est point nommée; mais ce n'est point à dire qu'elle n'y existât en aucune façon. Elle s'y trouvait mêlée à la logique ; les deux parties marchaient ensemble, et l'on décrivait les facultés de l'esprit humain à mesure qu'il s'agissait d'en donner les règles. Mais comme on ne s'était pas encore rendu compte de la véritable méthode qui a fait l'objet d'une question toute moderne, il arrivait que tantôt les faits étaient décrits d'après l'observation, tantôt au hasard et par des hypothèses, tantôt même ils étaient entièrement omis. A mesure que la règle de l'observation, comme condition de la vraie méthode, a pénétré, on s'est convaincu que toute règle de logique devait reposer sur la connaissance préalable des facultés qu'il s'agissait de régler, et la logique entière sur la science de Tesprit humain; voilà pourquoi la logique et la psychologie ont été séparées, bien qu'au fond on piît les laisser réunies.

7. La métaphysique ancienne embrassait avec la théodi^ cée actuelle, la partie de la psychologie qui traite de la nature de l'àme et de ses attributs essentiels. La morale ne venait qu'après la métaphysique, afin que la morale religieuse et la morale proprement dite ne fussent point séparées.

â8 QUESTIONNAIRE DU TROISIÈME CHAPITRE.

8. Quant à l'histoire de la philosophie, elle se trouvait seulement à l'état de fragments disséminés dans les autres parties.

9. Il y a donc au fond identité dans les deux divisions, mais l'esprit de méthode a fait attacher plus d'importance à la psychologie comme base de tout le reste, et à l'histoire de la philosophie, comme répertoire d'observations toutes faites, ou d'erreurs que la méthode bien appliquée fait utilement discerner et détruire.

iO. La correspondance des deux divisions peut être exprimée ainsi :

!La partie de la psychologie qui traite des facultés de l'àme.

Logique.

l La partie de la psychologie qui traite de la ua- Métaphysique • • • '. ture de l'âme. ( Théodicée.

I Morale individuelle el de l'homme envers l'homme.

Morale religieuse.

Notions historiques ) ^^. , . , , , ., , . disséminées . .\ ^''^''''^ ^^ ^^ philosophie.

QUESTIONNAIRE

Division de la philosophie.

4. Quelles sont les deux divisions naturelles de la philosophie?

Page 1