DE LA VUE
Nous allons mettre sur la voie des réflexions à faire sur ce sujet; elles sont très propres à remplir l'esprit d'étonnement et d'admiration.
4. Un aveugle-né, qui tout d'un coup acquerrait le sens de la vue, verrait-il ce que nous voyons ? Il s'en faut, pour ainsi dire, du tout au tout. Il éprouverait certaines sensations, il percevrait une certaine impression de l'organe, et certaines figures planes qu'il chercherait à saisir de la main sur le globe même de son œil, puis par tâtonnement à des distances indécises.
5. Le travail de la localisation convenable des figures apparentes est donc considérable dans l'origine; il ne se fait que par le secours du toucher. Plus tard, le toucher n'est plus nécessaire et la vue finit même par donner des évaluations beaucoup plus précises que celles de l'autre sens son instituteur.
6. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les sensations de couleur et les figures apparentes varient extrêmement suivant la position du corps, la manière dont il est éclairé, etc., quoiqu'évidemment la qualité que nous appelons couleur dans le corps ne change pas, du moins d'instant en instant, et encore moins sa figure réelle. Pour voir un carré absolument carré, il faudrait le voir d'un œil et que Taxe de cet œil passât par le centre du carré et perpendiculairement à son plan : c'est là une condition maihématique qu'on peut regarder comme n^étant jamais réalisée. Dans tout autre état de chose, nous ne voyons pas un carré, mais un quadrilatère plus ou moins irrégulier. Sur des figures plus compliquées, la diff'érence est plus grande encore.
7. De plus, avec les distances, la figure apparente diminue. Un objet à un mètre, le même objet à dix mètres,