‹ Cours de philosophie positive (volume 3)Chapitre 7 sur 37 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

Après de telles observations, que chacun peut aisément prolonger, il serait certainement inutile de s’arrêter davantage à constater ici l’impuis* sance radicale d’une doctrine qui, profondément antipathique à la civilisation actuelle, contient d’ailleurs aujourd’hui tant d’élémens directement contraires à ses propres principes fondamentaux, et ne peut pas même rallier, en réalité, ni dans les succès, ni dans les revers, ses divers partisans, quoiqu’elle leur offre, dans le passé, le type le mieux défini, dont l’assidue contemplation semblerait devoir prévenir toute grave divergence. On sait que de Maistre a reproché au grand Bossuet, et , à certains égards , avec raison , surtout en ce qui concerne l’église gallicane, d’avoir sérieuse* ment méconnu la vraie nature politique du catholicisme; il ne serait pas difficile, comme je l’ai ci-dessus indiqué, de signaler aussi, chez le célèbre auteur du Pape , plusieurs inconséquences,

«ion du calholiciime , aient également fermé les yeux sur l'inconséquence évidente d’nne semblable appréciation, comparéeanx principes généraux d’autorité absolue ou de liberté indéfinie dont ils s’efforcaient respectivement d’établir la prépondérance politique. La répartition des opinions littéraires commence à s'effectuer sans doute d’ttne manière plus conforme aux lois ordinaires de l’analogie, en ce aens du moins que l’anarchie politique cesse maintenant de répudier l’anarchie littéraire. Mais le mode primitif, d’ailleurs si récent, n’en laisse pas moins des traces pleinement suffisantes encore pour faire ressortir la réalité de l’observation précédente.

sinon analogues, du moins équivalentes. Et l’on prétendrait réorganiser les sociétés modernes d’après une théorie assez décrépite pour n’être plus, depuis long-temps, suffisamment comprise, même de ses plus illustres interprètes !

En soumettant, à son tour, la politique métaphysique à une pareilleappréciation, il faut, avant , tout, ne jamais perdre de vue que sa doctrine, quoique exclusivement critique, et par suite purement révolutionnaire, n’en a pas moins mérité long-temps la qualification de progressive, comme ayant en efl'el présidé aux principaux progrès politiques accomplis dau6 le cours des trois derniers siècles, et qui devaient être essentiellement négatifs. Cette doctrine pouvait seule irrévocablement détruire un système qui, après avoir dirigé les premiers développement de l’esprit humain et de la société, tendait ensuite, par sa nature, à perpétuer indéfiniment leur enfance. Aussi le triomphe politique de l’école métaphysique devait-il constituer, comme pour tout autre ordre d’idées, une indispensable préparation à l’avénement social de l’école positive, à laquelle est exclusivement réservée la terminaison réelle de l’époque révolutionnaire, par la fondation définitive d’un système aussi progressif que régulier. Si, conçu dans un sens absolu, chacun des dogmes qui compo-

sent la doctrine critique ne peut manifester, en effet, qu’un caractère directement anarchique, la partie historique de ce volume démontrera clairement que, considéré à sou origine, et restreint à l’ancien système, contre lequel il fut toujours évidemment institué, il établit, au contraire, une condition nécessaire, quoique simplement provisoire, d’une nouvelle organisation politique, jus- . qu’à l’apparition de laquelle la dangereuse activité de cet appareil destructif ne peut ni ne doit entièrement cesser.

Par une nécessité, aussi évidente que déplorable, inhérente à notre faible nature, le passage d’un système social à un autre ne peut jamais être direct et continu; il suppose toujours, pendant quelques générations au moins, une sorte d’interrègne plus ou moins anarchique, dont le caractère et la durée dépendent de l’intensité et de l’étendue de la rénovation à opérer : les progrès politiques les plus sensibles se réduisent alors essentiellement à la démolition graduelle de l’ancien système, toujours miné d’avance dans ses divers fondemens principaux. Ce renversement préalable est non-seulement inévitable, par la seule force des antécédens qui l’amènent, mais même strictement indispensable, soit pour permettre aux élémens du système nouveau , qui s’étaient jus—

var

qu’alors lentement développés en silence, de recevoir peu à peu l’institution politique, soit encore afin de stimuler à la réorganisation par l’expérience des inconvéniens de l’anarchie. Outre ces motifs incontestables, faciles à apprécier aujourd’hui, une considération nouvelle, purement intellectuelle , que je dois ici plus précisément indiquer, me semble propre à mettre en une plus parfaite évidence l’obligation directe d’une telle marche, en démontrant que, sans cette destruction préalable, l’esprit humain ne pourrait même s’élever nettement à la conception générale du système à constituer.

La débile portée de notre intelligence, et la brièveté de la vie individuelle comparée à la lenteur du développement social, retiennent notre imagination , surtout à l’égard des idées politiques, vu leur complication supérieure, sous la plus étroite dépendance du milieu effectif dans lequel nous vivons actuellement. Même les plus chimériques utopistes, qui croient s’être entièrement affranchis de toute condition de réalité, subissent, à leur insu, cette insurmontable nécessité, en réflétant toujours fidèlement par leurs rêveries l’état social contemporain. A plus forte raison, la conception d’un véritable système politique, radicalement différent de celui qui nous

entoure, doit-elle excéder les bornes fondamentales de notre faible intelligence. L’état d’enfance et d’einpirisme où la science sociale a jusqu’ici constamment langui, a dû d’ailleurs contribuer sans doute à rendre plus impérieuse et surtout plus étroite cette obligation naturelle. Ainsi, à ne considérer même les révolutions sociales que dans leurs simples conditions intellectuelles, la démolition très avancée du système politique antérieur y constitue évidemment un indispensable préambule, sans lequel ni les plus éminelis esprits ne sauraient apercevoir nettement la vraie nature caractéristique du système nouveau, profondément dissimulée par le spectacle prépondérant de l’ancienne organisation, ni enfin > en supposant surmontée cette première difficulté , la raison publique ne pourrait se familiariser assez avec cette nouvelle conception pour en seconder la réalisation graduelle par sou inévitable participation. La plus forte tête de toute l’antiquité, le grand Aristote, a été lui-même tellement dominé par son siècle qu’il n’a pu seulement concevoir une société qui ne fût point nécessairement fondée sur l’esclavage, dont l’irrévocable abolition a néanmoins commencé quelques siècles après lui. Une vérification aussi décisive doit faire apprécier suffisamment l’empire effectif d’une telle obligation

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générale, que l’histoire des sciences matiitèste d’ailleurs hautement par tant d’exemples irrécusables, même à l’égard d’idées beaucoup plus simples que les idées politiques.

Ces diverses considérations fondamentales sont, par leur nature, éminemment applicables à l’immense révolution sociale au milieu de laquelle nous vivons, et dont l’ensemble des révolutions antérieures n’a réellement constitué qu’un indispensable préliminaire. La rénovation n’ayant jamais pu être jusque alors aussi profonde ni aussi étendue, comment la société aurait-elle échappé ici à cette condition de renversement préalable, qu’elle avait précédemment subie dans des transformations bien moins capitales? Sans doute, il eût été très préférable que la chute de l’ancien système politique se fût retardée jusqu’au moment où le nouveau système aurait été propre à lui succéder immédiatement j en prévenant toute discontinuité organique. Mais celte utopique supposition est trop hautement contradictoire avec les plus évidentes conditions de la nature humaine, pour mériter aucun examen sérieux. Si, malgré la démolition déjà presque entièrement accomplie, les plus éminens esprits n’aperçoivent encore que dans uue vague obscurité le vrai caractère de la réorganisation sociale, qu’était-ce donc quand

l’Hir.OSOPUIE POSITIVE.

l’ancien système en pleine vigueur devait immédiatement interdire tout aperçu quelconque d’un tel avenir! Il est, au contraire, évident qu’une lutte plus intense et plus prolongée contre le régime antérieur, a dû nécessiter un développement plus énergique et une concentration plus systématique de l’action révolutionnaire, directement rattachée enfin , pour la première fois, à une doctrine complète de négation méthodique et continue de tout gouvernement régulier. Telle est la source nécessaire et pleinement légitime de la doctrine critique actuelle; d’où l’on peut apercevoir nettement la véritable explication générale, soit des indispensables services que cette doctrine a rendus jusqu’ici , soit des obstacles essentiels qu’elle oppose maintenant à la réorganisation finale des sociétés modernes.

Etudié à son origine historique, chacun de ses divers dogmes principaux ne constitue réellement, comme je l’établirai plus tard , que le résultat transitoire de la décadence correspondante de l’ancien ordre social, dont cette systématisation abstraite a dû, par une réaction naturelle, accélérer beaucoup la décomposition spontanée, dès-lors irrévocablement formulée. Malheureusement, le caractère essentiel d’une tèlle opération philosophique, et surtout l’esprit métaphysique qui a w

ilù présider à son accomplissement , devaient graduellement conduire à concevoir comme absolue, une doctrine que sa destination nécessaire rendait si évidemment relative au seul système qu’elle avait à détruire. Si ce grand travail critique pouvait recommencer aujourd’hui , peut-être ne seraitil point impossible, en l’entreprenant du point de vue positif, de construire en effet la doctrine révolutionnaire, en lui conservant avec soin toute son énergique efficacité contre l’ancien ordre social , sans l’ériger en obstacle systématique à toute organisation quelconque : j’espère, du moins, parvenir à démontrer que celte doctrine peut être ainsi conçue et utilisée désormais, dans une intention organique, et néanmoins sans aucune inconséquence, pendant toute la période d’activité plus ou moins indispensable qui devra lui rester encore jusqu’à la formation suffisamment ébauchée du nouveau système politique. Mais, laissons aux esprits vulgaires la puérile satisfaction de blâmer injustement la conduite politique de nos pères, tout en profitant des progrès indispensables que nous devons à leur énergique persévérance, et qui seuls peuvent nous permettre aujourd’hui de concevoir plus rationnellement l’ensemble de la politique moderne. Un esprit métaphysique, et, par suite, absolu, devait néces-

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sairement diriger la formation effective de la doctrine révolutionnaire ou anti-théologique, puisque, sans la prépondérance préalable de cette doctrine, notre intelligence n’eût jamais pu s’établir réellement au point de vue positif, suivant ma théorie fondamentale du vrai développement général de la raison humaine. Enfin, par une considération plus spéciale et plus directe , ce caractère inévitablement absolu, imprimé d’abord aux dogmes critiques, pouvait seul développer assez leur énergie fondamentale pour les rendre susceptibles d’atteindre pleinement leur destination propre, en luttant avec succès contre la puissance alors si imposante qui restait encore à l’ancien système politique. Car, si l’on eût tenté jusqu’ici de subordonner à des conditions quelconques l’application réelle des principes critiques, comme ces conditions ne pouvaient être empruntées au nouvel ordre social, dont la vraie nature générale demeure, même aujourd’hui , essentiellement indéterminée chez les plus hautes intelligences, il est évident que de semblables restrictions , dèslors uniquement dérivées de l’ordre existant, auraient inévitablement produit l’annulation politique de la doctrine révolutionnaire. Tel est, en aperçu, le mode fondamental suivant lequel l’indispensable négation du régime théologique et

féodal a dû se convertir spontanément en négation systématique de tout ordre vraiment régulier. Mais, quelque satisfaisante que soit logiquement mie pareille explication , cette déplorable nécessité iiuale n’en détermine pas moins aujourd’hui les plus pernicieuses conséquences, qui, dissimulées naturellement tant que la lutte contre l’ancien système a dû constituer le principal objet de la politique active, se manifestent, avec une gravité toujours croissante, depuis que ce système est assez détruit pour permettre et même pour exiger l’élaboration directe du système nouveau. C’est ainsi que, par une exagération, abusive quoique inévitable, la métaphysique révolutionnaire, après avoir rempli, pour la démolition du régime théologique et féodal, un indispensable office préliminaire dans le développement général des sociétés modernes , tend désormais de plus en plus, en vertu de.l’essor qu’elle a dû imprimer à l’esprit d’anarchie, à entraver radicalement l’institution finale de ce même ordre politique dont sa protection nécessaire a tant préparé jusqu’ici le salutaire avènement. Quand le cours naturel des événemens a conduit aussi spontanément une doctrine quelconque à devenir directement hostile à sa destination primordiale, une telle subversion constitue , sans doute , le symptôme le moins équivoque

de sa prochaine décadence inévitable, ou elle an* nonce, du moins, que son activité doit bientôt cesser d’être prépôndérante. Nous savons déjà que la politique théologique ou rétrograde, qui n’a de prétentions qu’à l’ordre, est devenue, à vrai dire> aussi essentiellement perturbatrice aujourd’hui, quoique d’une autre manière, que la politique métaphysique ou révolutionnaire. Si donc celleci, dont la seule qualité fondamentale n’a pu être que de servir jusqu’ici d’instrument général au progrès politique, constitue maintenant uu obstacle direct au principal développement social, cette double démonstration sera certainement la plus propre à mettre en pleine évidence la nécessité fondamentale de remplacer désormais, par une doctrine vraiment nouvelle, deux doctrines plus ou moins surannées, dont chacune témoigne ainsi son impuissance finale à atteindre réellement le but même qu’elle s’était trop exclusivement proposé. Cet examen étant surtout fort grave envers la politique métaphysique, la seule qui mérite aujourd’hui une discussion sérieuse, comme ayant seule tendu à produire une apparence de système nouveau, je crois devoir ici arrêter spécialement l’attention du lecteur sur ce point capital, dont l’éclaircissement doit jeter une lumière si indispensable, quoique simplement provisoire, sur le

vrai caractère fondamental de la société actuelle.

Sous quelque aspect qu’on l’envisage, l’esprit général de la mélhaphysique révolutionnaire consiste toujours à criger systématiquement en état normal et permanent la situation nécessairement exceptionnelle et transitoire qui devait se développer chez les nations les plus avancées, depuis que l’impuissance de l’ancien ordre politique à diriger désormais le mouvement social avait commencé à y devenir irrécusable, jusqu’à la manifestation suffisamment caractérisée d’un ordre nouveau. Considérée dans son ensemble, cette doctrine, par une subversion directe et totale des notions politiques les plus fondamentales, représente le gouvernement comme étant, par sa nature, l’ennemi nécessaire de la société, contre lequel celle-ci doit se constituer soigneusement en état continu de suspicion et de surveillance, disposée sans cesse à restreindre de plus en plus sa sphère d’activité , afin d’empêcher ses entpiètemens, en tendant finalement à ne lui laisser d’autres attributions réelles que les simples fonctions de police générale , sans aucune participation essentielle à la suprême direction de l’action collective et du développement social. Mais, malgré l’exactitude évidente d’une telle appréciation, la doctrine critique serait trop imparfaitement

jugée si cette négation systématique de tout véritable gouvernement , après avoir été regardée comme une suite inévitable de la décadence du régimeancien , n’était point envisagéeaussi comme une condition temporairement indispensable à la pleine efficacité de la lutte qui devait préparer l’avénement du régime nouveau, ainsi que je l’expliquerai spécialement en analysant plus tard cette dernière phase historique de l’évolution so»ciale. Il est, sans doute , très déplorable que, pour remplir suffisamment cette condition préliminaire, l’esprit humain ait été forcé de concevoir comme absolue et indéfinie une doctrine qui , depuis qu’elle n’est plus exclusivement employée à la démolition de l’ancien ordre politique, tend ainsi de plus en plus à devenir un obstacle direct à toute vraie réorganisation. Néanmoins, ce grave inconvénient doit sembler, du point de vue philosophique, malheureusement inséparable de notre. faible nature. Non -seulement un tel caractère a dû spontanément résulter de l’état nécessairement métaphysique où notre intelligence était alors renfermée ;mais, en outre, une opération sociale, dont l’accomplissement devait exiger deux ou trois siècles , aurait-elle pu , même dans l’état le plus avancé de la raison publique, ne point passer pour absolue et définitive, aux yeux

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tlu vulgaire? Enfin , ce qu’il faut surtout considérer, c’est que, sans un tel attribut, la métaphysique révolutionnaire eut été nécessairement impuissante à remplir convenablement son oflice essentiel contre l’ancien système politique. Car, la véritable nature du système nouveau étant profondément inconnue, si toute puissance direclrice n’avait pas été, par une sorte de dogme formel, radicalement déniée au gouvernement, elle eût été, en réalité, inévitablement conservée on rendueaux pouvoirs mêmes qu’il s’agissait de détruire, puisqu’ils prétendaient seuls à une semblable attribution , sans qu’ou pût encore concevoir au- ' cune meilleure manière de l’exercer.

En considérant maintenant la doctrine critique sous un pointde vue plus spécial, d'est évident que le droit absolu du libre examen, ou le dogme de la liberté illimitée de conscience, constitue son principe le plus étendu et le plus fondamental, surtout en n’en séparant point ses conséquences les plus immédiates, relatives à la liberté de la presse , de l’enseignement , ou de tout autre mode quelconque d’expression et de communication des opinions humaines. C’est essentiellement par là que toutes les intelligences, quelles que soient leurs vaines intentions spéculatives, ont aujourd’hui réellement adhéré, d’une manière plus ou

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moins explicite, à l’esprit général delà doctrine révolutionnaire, dont elles font ainsi, les unes sciemment, les autres en contradiction avec leurs propres théories , un usage spontané et continu. Le droit individuel d’examen souverain sur toutes les questions sociales devait trop flatter l’orgueilleuse faiblesse de notre intelligence, pour que les conservateurs les plus systématiques de l’ancien régime social pussent eux-mêmes résister «à un tel appât , et se résignassent à demeurer seuls humbles et soumis, au milieu d’esprits pleinement livrés à l’irrésistible élan de leur complète émancipation. Aussi , la contagion révolutionnaire est-elle devenue, sous ce rapport fondamental, véritablement universelle, et constitue- t elle un des principaux caractères des mœurs sociales propres au siècle actuel. Dans la vie journalière, les plus zélés partisans de la politique théologique ne se montrent, d’ordinaire, guère moins disposés maintenant que leurs adversaires à juger exclusivement d’après leurs lumières personnelles, en tranchant, avec non moins de hardiesse et de légèreté, les débats les plus difficiles, et sans témoigner plus de déférence réelle envers leurs vrais supérieurs intellectuels. Ceux même qui, par leurs écrits, se constituent les défenseur philosophiques du gouvernement spirituel , ne

reconnaissent , au fond , comme les révolutionnaires qu’ils attaquent, d’autre véritable autorité suprême que celle de leur propre raison, dont l’irritable infaillibilité est toujours prête à s’insurger contre toute contradiction, dût-elle émaner des pouvoirs qu’ils préconisent le plus. Je signale de préférence chez le parti rétrograde cette invasion générale £de l’esprit critique , qui caractérise la doctrine révolutionnaire proprement dite, afin de faire mieux ressortir l’étendue et la gravité d’une telle situation des intelligences!

Historiquement envisagé, le dogme du droit universel , absolu , et indéfini d’examen, n’est réellement , comme je l’établirai en son lieu , que la consécration , sous la forme vicieusement abstraite commune à toutes les conceptions métaphysiques, de l’état passager de liberté illimitée où l’esprit humain a été spontanément placé , par une suite nécessaire de l’irrévocable décadence de la philosophie théologique, et qui doit naturellement durer jusqu’à l’avénement social de la philosophie positive (i). En formulant cette ab-

(i) Qu’il me soit permis, à ce sujet, de rappeler ici sommairement, comme pouvant encore être utile, la manière dont j'appréciais ce dogme, en t8aa , dans l’introduction de mon Système de politique positive : <t II n’y a point de liberté de conscience en astronomie, en physique, » en chimie, en physiologie même, en ce seos que chacnn trou’ <it u absurde de ne pas croire de confiance aux principes établis d. .s ces

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