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pendant bien reconnu que toutes les diverses conr ceplious essentielles destinées à garantir indéfiniment la ration nalité positive de la biologie statique sont désormais pleinement établies, quant à l’un ou à l’autre des deux aspects généraux propres à cette étude fondamentale. Ainsi, l’esprit humain n’a plus, à cet égard, qu’à suivre avec persévérance et saus hésitation une voie scientifique nettement tracée, où les progrès sont assurés d’avance , et dont la direction ne saurait donner lieu à aucune contestation capitale. Il s’en faut de beaucoup, au contraire, que les mêmes conditions essentielles aient été convenablement remplies jusqu’ici envers la biologie dynamique, qui constitue néanmoins le véritable sujet final de la philosophie organique, et sur laquelle nous devons maintenant fixer une attention directe et exclusive.
La judicieuse comparaison rapportée par Fontenelle , pour caractériser, au commencement du siècle dernier, l’extrême disproportion générale de nos connaissances anatomiques à nos connaissances physiologiques (i), continuerait à être, même aujourd’hui , essentiellement applicable ,
(i) « Nous antres anatomistes, disait alors ingénieusement Méry, » nous ressemblons aux commissionnaires de Paris , qui connaissent » exactement tontes les rnes, jusqu’aux plus petites et aux plus éciT- » lits, mais qui ignorent ce qui se passe dans les maisons. »
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malgré les nombreuses et importantes acquisitions qui ont tant enrichi depuis lors le système des saines études biologiques. Non-seulement les notions positives sur la vraie théorie fondamentale de la vie , réduite même à ses plus simples phénomènes, sont encore fort restreintes et très confuses ; mais , surtout, la véritable méthode philosophique qui doit diriger les recherches purement physiologiques demeure presque entièrement inconnue à la plupart des esprits occupés aujourd’hui d’un tel ordre de spéculations. Le principal attribut de cette méthode consiste, comme nous l’avons si pleinement démontré, dans l’extension fondamen taie et habituelle de la comparaison biologique à l’ensemble des organismes connus. Or, cette condition caractéristique n’est presque jamais suffisamment remplie, aujourd’hui, pour les travaux de physiologie pure, qui, cependant, vu leur complication supérieure, doivent réclamer, plus impérieusement même que les questions de simple anatomie, l’usage régulier et permanent de ce moyen capital (i). Ainsi privé de son plus puissant instrument rationnel, le système des études
(i) La constitution actuelle de l’enseignement biologique, surtout en France, offre une vérification. très sensible d’une telle disposition generale, puisque aucune chaire n’y est encore consacrée à la physiologie comparée. Sauf le cours nfcmorable de M. de Blainvillc , qui ne fut qu'nne infraction formelle et momentanée des usages réguliers, les
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physiologiques ne saurait être regardé aujourd’hui comme vraiment constitué sur les bases défiuitives qui lui sont propres. Malgré l’importance réelle des recherches déjà entreprises, on ne peut voir, dans la plupart d’entre elles , que de simples essais préliminaires, qu’il faudra nécessairement refondre et compléter d’après un plan systématique , avant de pouvoir les convertir en élémens irrévocables de la saine biologie dynamique. ,
Cette incertitude radicale sur le vrai caractère scientifique de la physiologie, est aujourd’hui la cause essentielle, non-seulement de la divergence prononcée des diverses écoles régulières, mais aussi du crédit déplorable qu’obtiennent encore avec tant de facilité les plus monstrueuses aberrations, ordinairement secondées par le charlatanisme le plus grossier , comme on le voit chez les magnétiseurs, les homéopathes, etc. Sauf les études sociales, où, par un motif semblable et encore plus énergique , aucun frein intellectuel n’est imposé jusqu’ici à celte tendance anarchique, nulle autre partie de la philosophie naturelle ne saurait
études physiologiques officielles n’onl jamais cessé jusqu’ici d’y être entièrement bornées à la seule considération de l’homme , tandis que les études anatomiques y ont acquis une extension à pen près suffisante, dn moins dans certains étahlisscmens (*).
(•) Depuis que eette note e été écrite , une chaire de physiologie] comparée a été instituée au Musénm d histoire naturelle de Paris.
BIOLOG1U.
présenter désormais le honteux spectacle d’un tel désordre, qui paraît indiquer le bouleversement momentané des notions les plus élémentaires et les mieux établies. Les esprits livrés aux recherches mathématiques, astronomiques, physiques et chimiques, ne sont point, sans doute, ordinairement d’une trempe plus forte ni d’une nature plus rationnelle que ceuxfqtrî s’occupent de spé“ culations physiologiques ; mais, quelle que puisse être leur disposition spontanée aux aberrations fondamentales, elle se trouve toujours suffisamment contenue aujourd’hui par la constitution irrévocablément définie de la science correspondante, qui circonscrit de plus en plus le champ général delà divagation et du charlatanisme. Cette triste exception propre à la physiologie actuelle, peut être attribuée, il est vrai, à l’édqpation profondément vicieuse de presque tous ceux qui la cultivent maintenant, et qui abordent brusquement l’étude des phénomènes les plus complexes sans avoir aucunement préparé leur intelligence par l’habitude intime des spéculations les plus simples et les plus positives, ainsi que je l’ai expliqué dans la quarantième leçon. Néanmoins, malgré l’incontestable influence d’un régime aussi irrationnel , je persiste à regarder l’indétermination actuelle du véritable esprit général de la science
6l4 PHILOSOPHIE POSITIVE.
physiologique proprement dite comme la principale cause immédiate de cette licence presque illimitée que peuvent y usurper encore les intelligences les plus désordonnées. A vrai dire, les deux considérations rentrent essentiellement l’une dans l’autre; car, cette absurde éducation préalable serait, de toute nécessité, bientôt rectifiée, en dépit des diverses obstacles , si le vrai caractère de la science , nettement établi aux yeux de tous, avait enfin mis en pleine évidence la nature des conditions préliminaires indispensables à sa culture rationnelle.
Sous le peint de vue philosophique, cette constitution encore vague et indécise de la science physiologique devait sans doute paraître inévitable", puisque la biologie statique, première base nécessaire de la biologie dynamique , n’a pu acquérir complètement que de nos jours la véritable organisation systématique qui lui est propre , comme nous l’avons précédemment reconnu.
Mais, quoiqu’il n’y ait pas lieu de s’étonner d’une telle imperfection générale, cet état d’enfance de la physiologie rationnelle nous oblige à modifier ici la nature de nos considérations philosophiques sur l’étude dynamique des corps vivans. Au lieu de procéder directement a l’appréciation analytique de conceptions fondamentales irrévocable-
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ment établies, comme nous avons pu le foire pour la biologie statique , nous devons surtout examiner, quant à la physiologie pure, les seules notions de méthode, c’est-à-dire, le mode général d’organisation des recherches destiné, par la vraie uaturef d’une telle science, à conduire ultérieurement à la connaissance définitive des lois réelles . des phénomènes vitaux, au sujet desquelles ,on n’a guère pu obtenir jusqu’ici que de simples matériaux. Quelque peu satisfaisante que paraisse, en elle-même, une semblable opération philosophique, sa nécessité prépondérante la recommande éminemment aujourd’hui à tous les bous esprits , puisque c’est surtout de là que doit désormais ré- / sulter le développement rapide et régulier des saines doctrines physiologiques. En un mot , c’est l’institution nette et rationnelle des questions physiologiques , bien plus que leur résolution directe et définitive, encore essentiellement prématurée, qui maintenant importe surtout au progrès général de la vraie philosophie biologique. Les conceptions relatives à la méthode auront toujours nécessairement beaucoup plus de prix dans l’étude des lois vitales qu’à l’égard d’aucune branche antérieure de la philosophie naturelle ; en vertu de la complication supérieure des phénomènes, qui doit nous exposer bien davantage à
6l6 PHILOSOPHIE POSITIVE.
une mauvaise direction des travaux : à plus forte raison cette considération doit-elle prédominer tant que la science n’est qu’à l’état naissant. Combien la véritable nature de la science physiologique ne doit-elle point paraître aujourd’hui profondément méconnue quand , à la frivole témérité qui y préside ordinairement aux recherches les plus difficiles, on oppose la scrupuleuse prudence des géomètres et des astronomes à l’égard des études les mieux constituées, circonscrites aux sujets les plus simples, où tout écart peut être si aisément signalé et rectifié !
Quoique tous les phénomènes vitaux soient nécessairement toujours solidaires les uns des autres, il est néanmoins indispensable de décomposer ici leur étude spéculative et abstraite d’après le même principe philosophique qui nous a constamment dirigés dans les autres sciences fondamentales , c’est-à-dire, par la considération naturelle de leur généralité décroissante. Cette considération équivaut essentiellement, dans ce cas , à la distinction capitale irrévocablement établie par Bichat, entre la vie organique ou végétative, fondement commun de l’existence de tous les êtres vivans, et la vie animale proprement dite, particulière aux seuls animaux, et dont les principaux caractères ne sont même très nettement prononcés que dana
la partie supérieure de l’échelle zoologique. Mais, à l’analyse rationnelle de ces deux ordres de phénomènes, il faut désormais ajouter, depuis Gall, comme troisième partie essentielle, l’élude positive des phénomènes intellectuels et moraux, qui se distinguent nécessairement des précédens par une spécialité encore plus prononcée, puisque les organismes les plus rapprochés de l’homme comportent seuls leur exacte exploration. Bien que , suivant les définitions rigoureuses, cette dernière classe de fonctions soit, sans doute, implicitement comprise dans ce qu’on nomme la vie animale, cependant sa généralité évidemment moindre, la positivité à peine ébauchée de son étude systématique, et la nature propre des difficultés supérieures qu’elle présente , nous prescrivent, surtout aujourd’hui, de concevoir directement cette nouvelle théorie scientifique comme une dernière branche fondamentale de la physiologie , afin qu’une intempestive fusion ne dissimule point sa haute importance et n’altère pas son vrai caractère. Tel est donc l’ordre rationnel suivant lequel les trois dernières leçons de ce volume doivent successivement contenir l’examen philosophique des trois parties essentielles de la théorie de la vie, en consacrant d’abord la leçon actuelle à la considération de la vie organique proprement dite. Il
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demeure toutefois bien entendu qu’une telle analyse de la vie, quelque indispensable qu’elle soit à la connaissance positive de ses lois générales, doit toujours être conçue en vue d’une recomposition ultérieure, propre à faire convenablement ressor- , tir cet intime consensus universel qui caractérise si profondément le sujet permanent de la science physiologique.
Avant de considérer directement l’étude générale de la vie végétative, il faut nécessairement signaler ici, d’une manière distincte quoique très sommaire , une théorie préliminaire fort importante, dont le besoin a déjà été indiqué dans la quarantième leçon , la théorie fondamentale des milieux organiques , sans laquelle l’analyse des phénomènes vitaux ne saurait comporter aucune véritable rationnalité.
La mémorable controverse soulevée , au commencement de ce siècle, par l’illustre Lamarck , sur la variation des espèces animales en vertu de > l’influence prolongée des diverses circonstances extérieures, doit être réellement envisagée, d’après la leçon précédente , comme le premier grand travail qui ait irrévocablement introduit dans la philosophie biologique ce nouvel aspect élémentaire , jusqu’alors essentiellement négligé ou mal apprécié. Peut-être même l’exagération, d’ailleurs
inévitable, de la doctrine de Lamarck à ce sujet, était-elle indispensable pour transporter avec efficacité notre faible intelligence à ce nouveau point de vue; car l’histoire de l’esprit humain me paraît manifester toujours un semblable phénomène logique en toute occasion analogue. Aujourd’hui que la biologie tend à s’affranchir entièrement d’une telle exagération, cette impulsion énergique ne laissera bientôt d’autre résultat permanent que le nouvel ordre d’études fondamentales dont la science s’est ainsi à jamais enrichie. Quoi qu’il en. soit, nous devons ici soigneusement éliminer, à cet égard, tout ce qui ne saurait concerner la physiologie proprement dite, réduite à la théorie abstraite de l’organisme vivant. Or, la question, telle que Lamarck l’avait posée, se rapportait surtout à la biologie concrète, c’est-à-dire à l’histoire naturelle des races vivantes; ou, du moins, elle n’intéressait, en biologie abstraite, que la seule philosophie zootaxique, comme je l’ai précédemment expliqué : puisqu’il s’agissait essentiellement d’apprécier la puissance totale de l’ensemble des circonstances extérieures pour modifier le développement graduel de chaque espèce. L’esprit éminemment analytique qui , dans le système de& études biologiques, doit spécialement distinguer la physiologie pure , me semble exiger qu’un tel.
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examen préliminaire y soit désormais institué d’une tout autre manière, qui consiste, en approfondissant davantage ce sujet capital, à considérer séparément chacune des inüuences fondamentales sous lesquelles s’accomplit toujours le phénomène général de la vie. Nous avons , en eflet, suffisamment reconnu que l’état vital suppose, par sa nature , le concours nécessaire et permanent , avec l’action propre de l’organisme, d’un certain ensemble d’actions extérieures convenablement modérées, sans lesquelles il ne saurait être conçu. C’est l’analyse exacte de ces diverses conditions essentielles de l’existence générale des corps vivans, qui constitue le véritable objet précis de celte théorie préliminaire des milieux organiques, en attribuant à ce terme toute l’extension philosophique que je lui ai accordée dans la quarantième leçon. 11 serait superflu de faire expressément ressortir ici la haute importance d’une théorie ainsi caractérisée, puisque elle est directement relative à l’un des élémens nécessaires du dualisme vital, et que, à ce litre, elle doit être aussi indispensable à la vraie physiologie, que l’étude statique de l’organisme. Nous devons seulement signaler, à ce sujet, la subordination profonde et générale qui s’établit par là avec tant d’évidence de la philosophie organique à la philosophie inorganique ; car l’in-
fluence réelle du milieu sur l’organisme ne saurait être rationnellement étudiée, tant que la constitution propre de ce milieu n’est point d’abord, en elle-même, exactement connue.
Ces conditions extérieures de l’existence fondamentale des corps vivans doivent être préalablement distinguées en deux grandes classes, suivant leur nature ou physique ou chimique, c’est-à-dire, en d’autres termes, ou mécanique ou moléculaire. Quoique les unes et les autres soient, sans doute , également indispensables, les premières peuvent néanmoins , en vertu de leur permanence plus rigoureuse et plus sensible , être réellement envisagées comme plus générales, sinon quant aux divers organismes , du moins quant à la durée contique de chacun d’eux.
Parmi les influences purement physiques, il faut placer, au premier rang dans l’ordre de la généralité , l’action de la pesanteur, dont la puissance physiologique ne saurait être ni contestée ni négligée. Malgré l’ascendant trop prolongé qu’exerce encore sur la plupart des physiologistes une vaine philosophie métaphysique, qui représente abstraitement les corps vivans comme soustraits, par leur nature, à l’empire des lois physiques, les esprits les -plus chimériques n’ont jamais pu être assez conséquens pour oser directement
6a* PHILOSOPHIE POSITIVE.
admettre aucune suspension réelle de la pesanteur dans l’état vital. Quel que fût l’entraînement des préoccupations spéculatives, le bon sens universel aurait bientôt rectifié une aberration aussi prononcée, en rappelant que, conformément à (a théorie fondamentale de l’équilibre et du mouvement, le plus entier développement de l’activité vitale ne saurait un seul instant empêcher l’homme lui-même d’obéir strictement, en tant que poids ou projectile, aux mêmes lois mécaniques que toute autre masse équivalente ; ce qui a d’ailleurs été pleinement confirmé par les expériences directes les plus exactes. Aussi la biologie est-elle désormais heureusement dispensée d’examiner spécialement ce principe incontestable de la rigoureuse universalité de la pesanteur, dont la démonstration formelle doit surtout appartenir aux géomètres et aux physiciens. Mais, à raison même de cette universalité nécessaire, il est impossible que l’influence continue de la pesanteur ne participe point, d’une manière notable, à la production générale des phénomènes vitaux , auxquels elle doit être tantôt favorable, tantôt contraire, et presque jamais indifférente; c’est la juste appréciation de cëtte coopération inévitable qui seule constitue un important sujet de recherches biologiques, jusqu’ici à peiue ébauché. L’exécu-
lion précise d’uuc telle analyse présente malheureusement, par sa nature, de très grandes difficultés, puisque, dans la plupart des cas, une semblable influence ne peut être ni complètement suspendue ni notablement modifiée. Toutefois, l’examen attentif des phénomènes a déjà mis en pleine évidence, sous divers rapports importans , l’influence positive de la pesanteur sur l’accomplissement réel des phénomènes physiologiques , soit à l’état normal, soit à l’état pathologique. A cet égard, les différens degrés principaux de la hiérarchie biologique présentent chacun des avantages propres. Dans la partie inférieure de l’échelle, et surtout dans l’organisme végétal, l’action physiologique de la pesanteur est beaucoup moins variée, mais aussi bien plus prépondérante et plus sensible, vu la moindre complication de l’état vital, alors aussi rapproché que possible de l’état inorganique. Les lois ordinaires et les limites générales de l’accroissement des végétaux paraissent essentiellement dépendre de cette influence, comme l’ont si clairement vérifié les ingénieuses expériences de M. Knight, sur la germination modifiée par un mouvement de rotation plus ou moins rapide. Des organismes bien plus élevés sont même assujélis à des conditions analogues , sans lesquelles on ne saurait expliquer, par excm-
pie, pourquoi les plus grandes masses animales vivent constamment dans un fluide assez dense pour supporter presque tout leur poids, et souvent pour le soulever spontanément. Cependant , la partie supérieure de la série animale est nécessairement moins propre à l’exacte appréciation de l’influence physiologique de la pesanteur, qui concourt alors avec un trop grand nombre d’actions hétérogènes. Mais cette influence, quoique moins dominante et plus cachée, peut y être étudiée sous un autre aspect , en vertu de l’.extrêm.e variété des actes vitaux auxquels elle doit participer; car, il n’est presqu’aucune fonction , soit organique, soit animale , et même intellectuelle , où l’on ne puisse signaler avec certitude une indispensable intervention générale de la pesanteur, qui se manifeste spécialement en tout ce qui concerne la stagnation ou le mouvement des fluides. Il est donc très regrettable qu’un sujet aussi étendu et aussi important n’ait pointenCore donné lieu à des recherches directes vraiment rationnelles, largement conçues et méthodiquement poursuivies dans l’ensemble de la hiérarchie biologique. ' •
Après celte étude physiologique delà pesanteur, on doit naturellement placer, comme une sorte de complément nécessaire, l’examen des autres
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Couditious purement mécaniques de l’existence fon-
damentale des corps vivans. La principale d’entre elles se rapporte a la pression générale qu’exerce sur l’organisme le milieu proprement dit, soit gazeux, soit liquide; pression qui n’est qu’une suite indirecte de la pesanteur, envisagée toutefois dans ce milieu et non plus dans l’organisme. Quoique cette seconde influence soit aussi très imparfaitement analysée encore, la facilité avec laquelle elle peut être modifiée par diverses circonstances, naturelles ou artificielles, a déjà permis d’obtenir, sous ce rapport , quelques résultats scientifiques moins insutlisans. L’existence générale de tout animal atmosphérique, sans en excepter l’homme, est nécessairement renfermée entre certaines limites plus ou moins écartées de l’échelle barométrique, hors desquelles on ne saurait la concevoir. Nous ne pouvons vérifier aussi directement une telle loi chez les animaux aquatiques, sans que néanmoins il y ait lieu d’élever à ce sujet aucun doute raisonnable; il est même évident que, vu la densité supérieure du milieu, les limites verticales ainsi assignables au séjour de chaque espèce doivent être certainement beaucoup plus rapprochées. II faut cependant convenir que, pour l’un ou pour 1 autre milieu, nous n’avons jusqu’ici aucune notion vraiment scientifique de l’exacte retome ni.
lation générale entre l’intervalle de ces limites et le degré d’organisation, nos idées à cet égard étant meme tout-à-fait confuses quant aux organismes inférieurs , et surtout à l’organisme végétal. On s’est d’ailleurs presque exclusivement occupé des effets physiologiques dus à des changenrens brusques de pression; l’influence plus iutéressanle, et peut-être fort distincte, des variations graduelles a été à peine examinée. Enfin, dans le cas atmosphérique, seul susceptible d’une exploration très étendue, il est très difficile, et néanmoins indispensable, en altérant la pression extérieure, de dégager soigneusement, de la perturbation vitale due à cette cause mécanique, la modification toujours simultanée que ce nouvel état du milieu doit imprimer à l’ensemble des fonctions nutritives par suite de la raréfaction ou de la condensation du milieu, qui peut être souvent le vrai motif principal des phénomènes observés. Mais, quoique, par ces diverses complications, la science soit encore, sous ce rapport, à l’état naissant, plusieurs recherches déjà ébauchées, comme les tentatives de quelques physiologistes pour constater l’influence de la pression atmosphérique sur la circulation veineuse, les ingénieuses indications récemment signalées au sujet de sa coopération directe au mécanisme général de la station et même
de la locomotion , etc., témoignent évidemment , chez les biologistes actuels, une heureuse tendance à étudier rationnellement cet ordre important de questions préliminaires.
Outre ces deux conditions fondamentales de pesanteur et de pression , une analyse exacte et complète de l’ensemble des influences mécaniques indispensables à l’état vital, exigerait aussi l’appréciation directe, et même préalable, de l’action physiologique générale du mouvement et du repos, considérés soit dans la masse vivante, soit dans ses divers organes essentiels. Quoique jusqu’ici à peine ébauchée, cette étude présente néanmoins une incontestable importance; puisque le mouvement contribue souvent d’une manière capitale au mécanisme des principales fonctions.
C’est ainsi, par exemple, que les physiologistes les plus positifs expliquent aujourd’hui, par la subite immobilité de l’estomac, la perturbation profonde qu’éprouve la digestion aussitôt après la section ou la compression des nerfs gastriques, comme quand le défaut d’agitation du récipient fait cesser une action chimique. Malgré la confusion et 1 l’obscurité qui subsistent encore sur de tels sujets, il y a déjà , ce me semble, tout lieu de penser, en principe, qu’aucun organisme , même parmi les plus simples, ne saurait vivre dans un état de com-
plète immobilité. Le double mouvement de la terre , et surtout sa rotation, n’étaient peut-être
pas moins directement nécessaires pour y permettre le développement de la vie, que par leur influence indispensable sur la répartition périodique de la chaleur et de la lumière. 11 est, du reste, évident que si, comme il arrive le plus souvent, le mouvement est produit par l’organisme lui-même, on devra soigneusement éviter de confondre l’influence de cette opération vitale avec les eflèts directement propres à ce mouvement. C’est pourquoi, afin d’éluder cette distinction diflicile, l’exploration du mouvement communiqué sera . presque toujours préférable , dans l’élaboration judicieuse d’une telle doctrine, à l’analyse du mouvement spontané. D’après les lois fondamentales de la mécanique universelle , c’est surtout du mouvement de rotation qu’il importe de déterminer exactement l’influence physiologique, puisque , par sa nature , toute rotation tend directement à désorganiser un système quelconque, et, à plus forte raison, à troubler ses phénomènes intérieurs. Il serait donc d’un haut intérêt, pour la biologie positive, de poursuivre, dans l’ensemble de la hiérarchie organique, et spécialement dans sa partie supérieure, une étude comparative des modifications que peuvent éprouver les principa-
lés fonctions en imprimant à l’organisme une rotation graduellement variée, entre les limites de vitesse compatibles avec l’état normal , et qui devraient être préalablement déterminées. Or, cette étude n’a été jusqu’ici le sujet de quelques tentatives vraiment scientifiques , qu’à l’égard dés seuls végétaux, dans les expériences ci-dessus signalées , qui avaient même pour principal objet l’influence de la pesanteur. Le cas des animaux , et surtout de l’homme, qui présente, à cet égard, une importance bien supérieure, soit par la délicatesse de l’organisme, soit par la variété de ses phénomènes, n’offre encore, sous ce rapport, que quelques observations incomplètes et incohérentes, qui vont à peine au-delà des notions les plus vuL gaires (i). . ..b
- Parmi les conditions purement- physiques «de - l’existence des corps vivans, dont le caractère n’est point simplement mécauique , en ce qu’elles tendent directement à modifier la structure in-
time, la plus fondamentale est sans doute l’action thermologique du milieu ambiant. C’est aussi la
(i) Le simple mouvement , indépendamment de tont changement de lieu , a été quelquefois employé, avec beaucoup’ de succès, comme moyen thérapeutique, non-seulement dans les maladies de la vie animale , mais dans celles même qui se rapportent essentiellement à la vie organique, et surtout dans les hydropisiés odominales , ce qui vérifio «lgiiement la hante importance réelle d’une telle influence physiologique.
mieux connue , ou, plutôt celle dont l’analyse générale présente aujourd’hui le moins d’imperfections capitales. Rien de plus manifeste, en effet, que cette irrésistible nécessité qui, dans l’ensemble de la hiérarchie organique, restreint le développement de la vie entre certaines limites déterminées de l’échelle thermométrique extérieure, et qui resserre spécialement ces limites à l’égard de chaque famille et même de chaque race vivante; quoique, d’ailleurs, toute idée de nombres précis et constans soit ici aussi déplacée que dans aucun autre genre de considérations biologiques. Les variations thermométriques compatibles avec l’état vital paraissent même encore moins étendues que les variations barométriques. C’est d’un tel ordre de conditions que dépend surtout, en histoire naturelle, la répartition permanente des divers organismes sur la surface de notre planète, selon des zones assez spécialement définies pour fournir quelquefois, aux physiciens, de véritables indications therraomélriques, certaines quoique grossières. Mais, malgré la multitude de faits recueillis maintenant à cet égard, ce sujet fondamental n’est réellement qu’à peine ébauché jusqu’ici, aux yeux de tous ceux qui s’attachent principalement à la coordination de ces phénomènes en une doctrine générale et rationnelle. Presque tous les points es-
sentiels d’une telle doctrine sont encore obscurs et incertains. La science manque même aujourd’hui d’une série suffisante de bonnes observations comparatives silr les divers intervalles thermométriques correspondans aux différens états organiques, et, à plus forte raison, d’une loi quelconque relative à cette harmonie, qui n’a jamais été vraiment rattachée à aucun autre caractère biologique essentiel. Cette immense lacune n’existe pas seulement pour l’échelle générale des espèces vivantes, mais aussi pour les états successifs de chaque organisme considéré à ses diilërens âges. Sous l’un et l’autre aspect, ce sont surtout les moindres degrés d’organisation dont l’étude, à cet égard, exige le plus une révision complète et systématique : car, à l’état d’œuf, ou dans les organismes très inférieurs, les limites thermométriques de la vie paraissent devenir beaucoup plus écartées, quelque obscurité que présente encore un tel sujet ; plusieurs biologistes philosophes ont même pensé que la vie avait peut-être été toujours possible , à un certain degré, sur notre planète, malgré les divers systèmes de température par lesquels sa surface a dû successivement passer. On peut dire, à la vérité, que l’ensemble des documens analysés jusqu’ici converge vers cette loi générale : l’état vital est tellement subordonne, par sa nature, à
un intervalle thermomélrique déterminé, que cet intervalle décroît sans cesse à mesure que la vie se prononce davantage, soit en remontant la hiérarchie biologique, soit en considérant chaque développement individuel. Mais, quelque plausible que doive déjà paraître une telle loi, il s’en faut encore de beaucoup que nous puissions la regarder aujourd’hui comme scientifiquement établie, les nombreuses anomalies qu’elle présente n’étant point jusqu’ici résolues d’une manière vraiment satisfaisante. Unesemblable imperfection dans l’étude fondamentale des limites thermométriques propres à chaque état vital, doit fàire aisément présumer une plus profonde ignorance quant à l’analyse plus délicate des modifications produites dans l’organisme par les variatious de la chaleur extérieure, lorsque ces changemens sont renfermés entre des limites pleinement compatibles avec le mode d’esistence correspondant. Dans le petit nombre d’observations systématiques que la science possède à cet égard, on a même confondu presque toujours l’influence des changemens brusques avec celle très différente qui résulte des variations graduelles ; quoique , indépendamment de la saine philosophie biologique, d’irrécusables expériences directes des physiologistes anglais aient constaté depuis long-temps , dans l’espèce hu-
DIOI.OGIK.
maiue, l’aplitude à supporter impunément, pendant un certain temps, par suite d’habitudes graduellement contractées, des accroissemens de température extérieure très supérieurs à ceux que semblait seule permettre la considération deS perturbations violentes. Enfin, ce qui montre le plus clairement combien l’ensemble de ce sujet a été jusqu’ici mal étudié, c’est que nous pouvons, sans aucune exagération, regarder la question comme n’ayant pas même été nettement posée, attendu la confusion vicieuse qui a toujours plus ou moins dominé dans ces recherches , entre l’influence physiologique de la chaleur extérieure et la production organique de la chaleur vitale. Ces deux ordres d’études , que la notion commune de chaleur peut seule vaguement rapprocher, constituent évidemment, par leur nature, deux branches radicalement distinctes de la théorie biologique , puisque l’un se rapporte aux principes mêmes de la vie, tandis que l’autre est relatif, au contraire, à ses résultats généraux. Des recherches assez irrationnellement instituées pour avoir constamment mêlé deux problèmes aussi diflerens, pouvaient-elles, aux yeux de tout philosophe, comporter aucune véritable efficacité scientifique?
Les mêmes remarques philosophiques s’appliquent, avec plus de force encore, à l’étude des autres
conditions physiques extérieures de la vie générale, telles que la lumière, et surtout l’électricité, soit statique , soit dynamique. Sous ces deux rapports,
encore plus que sous le précédent, la plupart des travaux entrepris jusqu’ici ne peuvent réellement être envisagés, dans la construction rationnelle de la doctrine physiologique, que comme ayant irrécusablement constaté l’indispensable nécessité scientifique d’une telle étude préliminaire , en mettant hors de doute le besoin fondamental d’une certaine influence permanente, lumineuse et électrique , du milieu ambiant pour la production et l’entretien de la vie, dans tous les modes et à tous les degrés qu’elle comporte. Mais, à cela près, nos connaissances réelles à ce sujet sont certainement plus imparfaites aujourd’hui que relativement à la chaleur elle-même, les observations élémentaires y étant à la fois beaucoup plus rares et plus grossières, en sorte que ces deux théories ne présentent encore aucun aspect qui ne paraisse très vague et très obscur, quelque incontestable que soit néanmoins la réalité d’une pareille étude. Sous le point de vue électrique essentiellement, la confusion fondamentale que je viens de signaler pour la chaleur, se reproduit, d’une manière plus prononcée encore, entre l’influence physiologique de l’électrisation extérieure, et l’électrisation spon-
tanée produite par l’ensemble des actes vitaux ,
c’est-à-dire toujours entre les principes elles résultats; d’où provient également la stérilité nécessaire de recherches ainsi dirigées, fussent-elles même beaucoup plus étendues. Mais il faut remarquer, en outre, conformément à l’esprit des règles générales de hiérarchie scientifique établies dans ce Traité , que cette partie de la théorie préliminaire des milieux organiques, se rapportant à une branche de la physique bien plus imparfaite , par sa nature, que ne l’est la barologie et même la tliermologie, elle doit nécessairement être spécialement affectée par celte plus grande infériorité de la doctrine qui lui sert de base indispensable. Tout philosophe peut, en effet, reconnaître aisément, dans l’ébauche actuelle d’une telle portion de la physiologie positive, l’influence désastreuse qu’exercent si profondément les vaines hypothèses anti-scientifiques qui vicient encore aujourd’hui la plupart des recherches d’optique et d’électrologie , comme je l’ai soigneusement établi en considérant la physique. Ces conceptions chimériques sur les fluides ou les éthers, lumineux et électriques, que les physiciens les moins arriérés n’osent plus préconiser qu’à titre de simple artifice logique, sont, au contraire, habituellement envisagées, en physiologie, comme caractérisant
l'HILOSOPniK POSITIVE.
les principes réels de deux ordres d’actions ext&-
rieures indispensables à l’état vital. Dans l’étude de l’influence électrique, cette mauvaise manière de pliilosopher se fait plus spécialement ressentir, à cause de l’espèce de solidarité que la plupart des biologistes ont naturellement imaginée entre les prétendus fluides électriques et les prétendus fluides nerveux ou vitaux , en vertu de laquelle ces deux classes d’hypothèses illusoires s’y fortifient mutuellement. Tout ce système de spéculations physiologiques ne consiste le plus souvent aujourd’hui qu’à se représenter , plus ou moins confusément, le jeu fantastique de ces êtres imaginaires , auxquels l’organisme ne sert guère que de théâtre , et dont l’inintelligible contemplation absorbe nécessairement la considération, dès-lors très secondaire , du petit nombre de phénomènes réels qui constituaient primitivement le vrai sujet des recherches scientifiques. A cette cause essentielle d’une stérilité plus spéciale, il n’est peutêtre pas inutile d'ajouter ici , comme obstacle accessoire mais général, suivant une remarque déjà signalée à l’égard de la philosophie chimique, la subtilité exagérée que la plupart des électriciens actuels ont introduite dans l’analyse des moindres sources d’électrisation , et qui les a fréquemment conduits à attribuer une influence
évidemment démesurée à des phénomènes presque imperceptibles. C’est ainsi , par exemple , que souvent on explique, par de très faibles variations de l’électricité atmosphérique, des phénomènes pathologiques très considérables, sans être aucunement arrêté par l’absurde disproportion entre l’intensité des résultats effectifs et celle des principes prétendus. Toutefois, il faut reconnaître qu’une telle cause d’aberrations affecte bien plus aujourd’hui la théorie dudévèloppement spontané de l’électrisation animale que celle relative à l’influence physiologique desélectrisations extérieures. Sous l’un et l’autre aspect , ce sont d’aussi vicieuses exagérations qui fournissent un fondement spécieux à l’argumentation sophistique des physiologistes métaphysiciens contre toute action électrique dans l’organisme.
Telles sont les diverses lacunes fondamentales que présente la biologie actuelle relativement aux différentes conditions purement physiques indispensables au développement des phénomènes physiologiques, considérées surtout en ce qu’elles ont de commun à l’ensemble total des corps vivans, et étudiées suivant l’ordre hiérarchique établi, dans cet ouvrage , entre les principales branches de la physique générale. Mais l’analyse exacte des conditions d’existence qui offrent les caractères
chimiques constitue, en outre, dans la théorie préliminaire des milieux organiques, une seconde division essentielle, dont l’importance n’est certainement pas moindre, et dont les progrès ne sont jusqu’ici guère plus satisfaisans.
Réduite à ce qui est strictement général, cette dernière étude a pour objet propre la détermination rationnelle de l’influence physiologique fondamentale exercée par l’air et par l’eau , dont le mélange, à divers degrés, compose directement le milieu commun nécessaire à tous les êtres vivans, en prenant ce terme dans son acception habituelle la plus circonscrite. Les philosophes allemands qui . de nos jours , ont érigé ce milieu en une sorte de règne intermédiaire entre les deux mondes inorganique et organique , comme je l’ai déjà indiqué en traitant de la philosophie chimique, n’ont fait que rendre, sous une forme vicieuse, un sentiment aussi juste que profond de la haute importance physiologique d’une telle notion.
La première considération scientifique à ce sujet consiste à reconnaître, d’après le lumineux aperçu de M. de Blainville, que l’air et l’eau ne doivent point , sous ce rapport , être étudiés séparément, à la manière des physiciens et des chimistes, mais que leur intime mélange, dont
les proportions seules varient, est constamment indispensable à tout état vital. Il serait naturel de le penser, en se bornant même à envisager la composition chimique des corps vivans, dont les divers élémens essentiels ne peuvent se retrouver que dans l’ensemble de ces deux fluides. Mais ce principe devient surtout directement sensible sous le point de vue physiologique ; puisque , en discutant avec soin les différentes observations, il est maintenant facile de constater que l’air dépourvu de toute humidité et l’eau nullement aérée sont également contraires à l’existence des êtres vivans , sans aucune distinction d’espèces. A cet égard, entre les êtres atmosphériques et les êtres aquatiques, animaux ou végétaux, les mieux caractérisés, il n’existe d’autre différence réelle que l’inégale proportion des deux fluides, soit que, chez les uns, l’air, devenu prépondérant, serve de véhicule à l’eau vaporisée, ou que l’eau, dominant à son tour, apporte aux autres l’air liquéfié. Dans les deux cas, l’eau fournit toujours la première base indispensable de tous les liquides organiques, et l’air les élémens essentiels de la nutrition fondamentale. On sait aujourd’hui que les mammifères les plus élevés, et l’homme lui-même, périssent nécessairement par la seule influence d’un dessèchement convenable de l’air ambiant, aussi
bien que les poissons placés dans une eau que la distillation a suffisamment privée d’air. Entre ces deux termes extrêmes, l’ensemble de la hiérarchie biologique, analysée sous le rapport du séjour, présente sans doute une multitude d’intermédiaires, dont les plus tranchés sont seuls un peu connus, où l’air devenu de plus en plus humide et l’eau de plus en plus aérée constituent une suite presque graduelle de milieux physiologiques, dont chacun correspond à un organisme déterminé. La seule considération des divers états d’un organisme unique confirme même, par d’irrécusables indications, l’harmonie générale que dévoile directement, à cet égard, la comparaison de l’ensemble des organismes ; puisque , chez l’homme par exemple, les simples variations hygrométriques de l’atmosphère suffisent pour modifier notablement la marche des phénomènes physiologiques , sans dépasser la partie de l’échelle hygrométrique compatible avec l’état vital.
Mais, §i un judicieux examen sommaire d’un tel sujet a rendu désormais incontestable la réalité et l’importance de cette élude fondamentale, il est malheureusement trop facile de reconnaître, quand on veut entreprendre une analyse vraiment scientifique, que la biologie est aujourd’hui , à cet égard comme sons les rapports précédemment signalés,
dans une véritable enfance, puisque la question peut tout au plus être ainsi regardée comine posée ; et encore ne l’est-elle habituellement que d’une manière vague et obscure. Outre que les limites physiologiques des variations relatives à la proportion des deux fluides sont jusqu’ici très mal déterminées pour la plupart des cas, nous n’avons encore que des notions extrêmement confuses sur le mode de participation de chaque fluide à l’entretien de la vie générale. Un mélange aussi peu iu time que celui des élémens de l’air, doit sans doute produire surtout de véritables efl'ets chimiques; mais l’oxigène est le seul de ces élémens dont l’influence physiologique ait été jusqu’ici scientifiquement étudiée , quoique d’une manière fina- -« lement peu satisfaisante; quant aux autres, et principalement quant à l’azote, des physiologistes également compétens continuent à s’en former les idées les plus contradictoires. A l’égard de l’eau, l’obscurité et l’incertitude sont nécessairement encore plus grandes, vu l’extrême difficulté qu’on éprouve à concevoir qu’un appareil chimique aussi peu énergique que l’est tout corps vivant puisse réellement décomposer une substance aussi complètement neutre, comme le upposent cependant aujourd’hui tant de physiologistes. Toutefois l’importante théorie des by- . tome ni. 4*
drates, si heureusement introduite par les progrès récens de la chimie, doit sans doute fournir, à ce sujet, de lumineuses indications, en agrandissant nos idées fondamentales sur les divers genres d’action chimique dont l’eau est susceptible; mais jusqu’à présent cette théorie n’a pas été prise en sérieuse considération dans les spéculations biologiques, quoique on commence à y avoir égard sous le point de vue purement anatomique. Ainsi, la notion positive de l’influence physiologique du milieu général demeure encore profondément indéterminée. On ne saurait donc être surpris, à plus forte raison , qu’il n’existe jusqu’à présent aucune loi scientifique sur l’appréciation comparative, nécessairement bien plus délicate, des divers modes et degrés de cette influence dans les principales divisions de la hiérarchie biologique, où nous ne voyons pas même nettement si une telle condition d’existence devient plus ou moins inévitable à mesure que l’organisme s’élève.
Quoique la théorie fondamentale des milieux organiques ne doive sans doute strictement comprendre que les agens extérieurs dont l’action physiologique est rigoureusement générale , et par suite seule indispensable, cependant, pour compléter celte théorie, et même pour l’éclaircir, on sera naturellement conduit , ce me semble, à y incor-
porer bientôt, du moins à titre d’appendice essentiel, l’analyse rationnelle des modifications spéciales les plus prononcées qu’impriment à certains organismes certaines sobstances correspondantes ; car un tel sujet rentre nécessairement aussi dans la grande étude de l’harmonie primordiale entre le monde organique et le monde inorganique. Une meilleure philosophie médicale tend fort heureusement de nos jours à diminuer de plus en plus le nombre des spécifiques proprement dits, si abusivement multipliés par l’empirisme métaphysique des temps antérieurs. Mais ce serait tomber dans une exagération non moins irrationnelle et non moins nuisible, que de méconnaître, au contraire, en principe, l’incontestable influence exercée par plusieurs substances spéciales sur divers organismes déterminés, et même sur divers tissus élémentaires. Il serait évidemment absurde de concevoir qu’une spécialité aussi caractérisée dans l’état normal, comme on le voit à l’ésard des alimens et des poisons , cessât brusquement dans l’état pathologique à l’égard des médicamens, puisque ces deux ordres de substarices extérieures ne diffèrent pas plus radicalement l’un de l’autre que ces deux états de l’organisme. Aussi le dogmatisté le plus préoccupé ne niera-t-il jamais sérieusement l’action spécifique de l’alcool, de
l’opium, etc., soit au degré physiologique, soit au degré pathologique. Or, la réalité d’un tel genre d’effets étant une fois mise hors de toute discussion, il importe beaucoup, non-seulement pour les progrès de la saine thérapeutique , mais aussi pour le perfectionnement de la simple biologie abstraite, qui doit seule ici nous intéresser, de les soumettre systématiquement à de véritables études scientifiques, à cause de la lumière générale qui doit nécessairement en rejaillir sur l’analyse des conditions plus fondamentales de l’existence des corps vivans. Par cela même que de semblables actions sont spéciales et discontinues, et par suite non indispensables , la méthode expérimentale peut s’appliquer, d’une manière bien plus certaine et mieux circonscrite, en même temps que plus variée, à leur exacte exploration. Leur étude doit donc rationnellement compléter la doctrine biologique préliminaire que j’ai qualifiée de théorie des milieux organiques, à laquelle elle fournit, par sa nature, des ressources essentielles qui lui sont propres et qui ne sauraient résulter d’aucune autre voie. Malheureusement ce complément nécessaire est aujourd’hui encore moins avancé que le sujet principal, malgré la multitude d’observations, incohérentes ou même inachevées, déjà recueillies à cet égard.
L’imperfection fondamentale que nous venons de constater, sous tous les rapports importans, dans celte partie préliminaire de la physiologie positive, à peine ébauchée jusqu’ici, et qui constitue cependant une introduction aussi évidemment indispensable à l’étude rationnelle des lois réelles de la vie , suffit pour faire aisément concevoir à priori combien cette étude, que nous avous désormais à considérer directement, doit être aujourd’hui dans l’enfance, non-seulement comme peu avancée encore, mais même comme instituée d’une manière insuffisante. Quiconque, en effet, appréciera judicieusement l’ensemble des spéculations actuelles sur ce grand sujet, sans se laisser éblouir par l’imposant appareil de la multitude de matériaux particuliers dont la science est maintenant enrichie , et, à beaucoup d’égards, encombrée, reconnaîtra clairement que la physiologie proprement dite n’a commencé que de nos jours, et seulement encore chez un petit nombre d’intelligences d’élite, à atteindre son véritable état positif ; et que, chez la plupart de ceux qui la cultivent, elle n’est point sortie aujourd’hui , sous divers aspects essentiels, de l’état métaphysique : comme l’expliquera d’ailleurs très bien l’histoire générale de l’esprit humain dans le volume suivant. 1 *
Cet état présent de Ja science ne peut être nettement conçu que d’après la considération philo-* sophique de ses antécédens les plus immédiats depuis environ im siècle. Le mouvement fondamental imprimé par notre grand Descartes à l’ensemble de la raison humaine , et tendant à positiver directement tontes nos spéculations essentielles, a produit, en physiologie, l’illustre école de Boerrbaave , qui , entreprenant une opération philosophique alors prématurée, fut entraîné par un sentiment exagéré et même vicieux de la subordination nécessaire de la biologie envers les parties antérieures et plus simples de la philosophie naturelle, à ne concevoir d’autre moyen de repdre enfin positive l’étude de la vie que par sa fusion , à titre de simple appendice , dans le système général de la physique inorganique., Une inévitable réaction , déterminée par les conséquences absurdesauxquelles devait nécessairement conduire le développement effectif d’une telle aberration philosophique, aboutit à la théorie de Stalil , qu’on peut regarder comme la formule la plus scientifique de l’état métaphysique de la physiologie, Depuis çette époque, il n’y a eu réellement , et il n’y a encore chez le vulgaire des biplogistes, de lutte directe et ostensible qu’entre ce* deux écoles antagonistes , qui, en France, setrou-
veut, eo quelque sorte, personnifiées par les deux célèbres Facultés de Paris et de Montpellier. £□ considérant avec attention l’histoire générale de cette grande lutte, on reconnaît aisément que le caractère organique y a toujours essentiellement appartenu à l’école métaphysique, qui remplissait au moins la principale condition de concevoir la physiologie comme science distincte : l’école physico-chimique n’a eu d’efficacité réelle que par une action purement critique, de plus en plus secoudée par les progrès effectifs de la science , qui dévoilaient, avec une évidence croissante, la dépendance fondamentale des lois organiques à l’égard des lois inorganiques. Cette action a produit, dans les conceptions essentielles de la physiologie métaphysique, des modifications graduelles, tendant continuellement à les rapprocher davantage de l’état positif, et dont il suffit ici de signaler les deux principales, formulées l’uue par la théorie de Barthez, et l’autre parcelle de Bichat, comparées toutes demi à la théorie primitive de
Stabi. >0*911
La conception de Barthez ne semble d’abord différer de celle de Stahl que dans l’expression seulement, en ce qu’il nomme principe vital la même entité métaphysique que son illustre prédécesseur avait appelée urne, et Van-Helmont
archée. Mais, pour un ordre d’idées aussi chimérique , un tel changement d’énoncé indique toujours nécessairement une modification effective de la pensée principale. Aussi peut-on affirmer, sans hésitation , que la formule de Barthez représente un état métaphysique de la physiologie plus éloigné de l’état théologique que ne le supposait la formule employée par Stahl, de même que celles ci avait, à son tour, une supériorité exactement analogue envers la formule de Van-Helmont. Il suffirait, pour s’en convaincre, déconsidérer l’admirable discours préliminaire dans lequel Barthez établit, d’une manière si nette et si ferme, les caractères essentiels de la saine méthode philosophique, après avoir si victorieusement démontré l’inanité nécessaire de toute tentative sur les causes primordiales et la nature intime des phénomènes d’un ordre quelconque, et réduit hautement toute science réelle à la découverte de leurs lois effectives. On ne saurait donc douter que l’intention dominante de Barthez ne fût de dégager enfin irrévocablement la science biologique de la vaine tutelle métaphysique dans laquelle il la trouvait si profondément entravée,' et telle n’était point évidemment la tendance de Stahl , qui , ainsi que je l’ai ci-dessus caractérisée, ne constituait en effet qu’une énergique réaction oontre les exagérations
physico- chimiques de Boerrhaave. Mais, comme je l’ai déjà indiqué au volume précédent, faute d’avoir étudié la méthode positive à sa véritable source, le système des sciences mathématiques, Barthez ne la connaissait point d’uue manière assez complète ni assez familière pour que la grande réforme qu’il avait si bien projetée n’avorlâl point nécesairement et radicalement dans l’exécution d’une entreprise que l’état de l’esprit humain rendait certainement prématurée. C’est ainsi que, entraîné à son insu par la tendance même qu’il combattait, après avoir d’abord introduit son principe vital à titre de simple formule scientifique , uniquement consacrée à désigner abstraitement la cause inconnue des phénomènes vitaux, il fut inévitablement conduit à investir ensuite ce prétendu principe d’une existence réelle et très compliquée, quoique profondément inintelligible, que son école a, de nos jours, si amplement développée. Mais, quelle qu’ait dû être l’inefficacité d’une entreprise aussi mal préparée , on ne saurait méconnaître l’intention évidemment progressive qui en avait dicté la pensée première.
Cet esprit progressif est beaucoup plus prononcé dans la théorie physiologique de Bichat , aujourd’hui généralement admise, quoiqu’elle présente aussi, en réalité, le caractère essentiel des con-
ceptions métaphysiques, c’est-à-dire l’emploi des entités. La nature de ces entités s’y trouve, en effet , notablement perfectionnée . et tend bien davantage à rapprocher la science de l’état pleinement positif, puisqu’un siège déterminé et visible leur est nécessairement imposé, au lieu du siège éminemment vague et mystérieux des entités imaginées par Stahl et même par Barthez. Mais, quelque réel et important que soit un tel progrès pour accélérer la transition finale de la biologie dynamique vers sou entière positivité, on ne peut véritablement y voir qu’une dernière transformation de la physiologie métaphysique, telle que Stahl l’avait formulée. Car, en examinant le rôle que Bichat prescrit à ses diverses forces vitales, il est clair qu’elles interviennent dans les phénomènes à la manière des anciennes entités spécifiques introduites en physique et en chimie, pendant la période métaphysique de ces deux sciences fondamentales, sous le nom de facultés ou vertus occultes, que Descartes a si énergiquement poursuivies , et que Molière a si heureusement ridiculisées. Un tel caractère est surtout irrécusable à l’égard de cette prétendue sensibilité organique , vraiment réduite, par sa définition inintelligible et contradictoire, à une simple existence nominale, et dont les affections diverses paraissent néanmoins
BIOLOU1K.
suffire à Bicliat pour expliquer les phénomènes physiologiques, tandis qu’on ne lait ainsi que reproduire leur énoncé sous une forme abusivement abstraite : comme, par exemple, quand Bicliat croit avoir rendu raisou du passage successif de divers liquides dans, un même canal expréteur , en se bornant à dire que la sensibilité organique de ce conduit est successivement en harmonie avec chacun d’eux et antipathique à tous les autres.
On peut néanmoins conjecturer, d’une manière très plausible, que si une mort, à jamais déplorable, n’avait point brusquement tranché le développement original de la théorie de Bicliat , cet admirable génie , qui naissait eu un temps suffisamment opportun, serait parvenu > P»1' s®* efforts spontanés, à rompre entièrement les entraves métaphysiques que son éducation lui imposait, et dont il venait déjà d’atténuer aussi utilement iç prépondérance. Chacun reconnaîtra aisément, en effi?t, que, sous cet aspect fondamental, le grand Traité de Y Anatomie générale, quoique postérieur de bien peu d’années, est en progrès notable sur le Traité de la vie et de la mort. Dans la construction même de sa théorie métaphysique des forces vitales, Bichat a certainement introduit, le premier, sous le titre de propriétés de tissu , une
considération capitale, évidemment destinée, par son extension graduelle, à absorber inévitablement toutes les conceptions ontologiques, et à préparer ainsi l’entière positivité des principales notions élémentaires de la physiologie. Car, l’opération philosophique se réduit ici essentiellement à substituer aux anciennes idées de forces de simples idées de propriétés , en consacrant ce ternie à la seule acception positive de désigner les actes les plus généraux dans lesquels puissent être décomposés les divers phénomènes biologiques. Or, la création de Bichal sur les propriétés de tissu remplissait cette condition fondamentale envers uue classe d’effets très étendue quoique partielle. C’est ainsi que la théorie de Bichal, en même temps qu’elle amendait très heureusement la doctrine métaphysique de Stahl et de Barthez, préparait d’ailleurs les voies directes de son entière réformation , en présentant le germe immédiat et même l’exemple caractéristique de conceptions purement positives. Tel est l’état précis dans lequel se trouve encore aujourd’hui la philosophie physiologique chez la plupart des esprits qui s’y livrent. La lutte générale entre la tendance métaphysique et la tendance physico-chimique, entre l’école de Stahl et celle de Boerrhave, en est essentiellement demeurée au point où la
grande impulsion de Bichat l’avait amenée.
Il est cependant sensible que le progrès ultérieur de la science ne saurait être, sans de graves dangers, indéfiniment abandonné aux oscillations désordonnées qui résultent du simple antagonisme spontané de ces deux mouvemens contraires, dont chacun, à sa manière, présente un caractère radicalemeut vicieux , puisque, s’ils ne se contenaient point mutuellement , le premier déterminerait directement une véritable rétrogradation vers l’état
théologique, et le second une sorte de dissolution
anarchique de toute doctrine physiologique proprement dite; à peu près comme les deux grandes tendances politiques, l’une rétrograde, l’autre révolutionnaire , qui so disputent si déplorablement aujourd’hui la suprême direction sociale, et avec lesquelles en effet nos deux tendances physiologiques ont une affinité incontestable, quoique méconnue du vulgaire des observateurs. Qu’une telle pondération ait été, et soit même encore, provisoirement indispensable à la conservation et au développement de la science, aucun bon esprit ne peut en douter. Mais les prétendus éclectiques qui conçoivent cet état transitoire comme un ordre définitif, méconnaissent certainement, d’une étrange manière, et les vrais besoins fondamentaux de l’esprit humain et la marche générale de
son développement historique, ainsi que le témoigne clairement la situation actuelle des parties les plus avancées de la philosophie naturelle, dont chacune jadis a aussi passé par une phase analogue. La science physiologique n’aura donc atteint sa véritable maturité, son progrès ne deviendra direct et rationnel, que lorsque l’universelle prépondérance de conceptions élémentaires purement positives, appropriées à la nature effec* tive des phénomènes biologiques, aura enfin irrévocablement relégué, dans le simple domaine de l’histoire, ce déplorable conflit entre deux; impulsions à peu près également nuisibles , qnoiqu’à des titres très différens. Or, tous les symptômes essentiels d’une issue philosophique aussi désirable me paraissent réalisés aujourd’hui ; les deux ééoles se sont mutuellement assez discréditées pour s’annuller réciproquement; et, en mêtoe temps, le développement naturel de la science a fourni , ce me semble, tous les moyens indispensables pour commencer directement à procéder à son institution définitive. Telle est, à mes yeux, la tâche caractéristique de la génération scientifique actuelle, qui n’a essentiellement besoin que de s’en rendre plus digne par une éducation mien* dirigée, dont j’ai suffisamment déterminé, dans les leçons précédentes , et surtout dans
la quarantième, le véritable esprit général (i).
Le vrai caractère philosophique de la physiologie positive consistant , comme je l’ai établi , à instituer partout une exacte et constante harmonie entre le point de vue statique et le point de vue dynamique, entre les idées d’organisation et les idées de vie, entre la notion de l’agent et celle
( i ) Si, par la complication supérieure des phénomènes, la formation de la physiologie devait être nécessairement poste'rienre h celle des antres branches fondamentales de 1a philosophie naturelle, selon les principes établis dans ce Traité, on a droit d'espérer an moins, qne, par une sorte rfe compensation de ce retard inévitable, le développement ultérieur de cette science pourra suivre une marche plus rationnelle er plus rapide , en profitant de l’expérience philosophique que présentent les sciences antécédentes, pour ne point s’arrêter & certaines phases transitoires qui n’étaient pas absolument indispensables, et qui tenaient seulement à la nouveauté de la situation de l’esprit humain quand il passait, dans ses premiers clans scientifiques, de l’état métaphysique à l'état vraiment positif. C’est ainsi que, relativement & la physique surtout , nous avons reconnu , entre ces deux états, nna transition intermédiaire, encore pendan te de nos jours à plusieurs égards, et caractérisée par le règne desfinidesetdeséthers fantastiques, substitués aux enfilés comme celles-ci jadis aux dieux et aux génies. La physiologie pent certainement éviter aujourd'hui, par une heureuse direction philosophique, devenue désormais possible, de subir nnc semblable préparation, qui , dans ce cas, serait presque sans excuses. Comme les biologistes sont, par la nature de leurs études, les plus disposés, parmi les savans actuels, è prendre convenablement en considération la marche générale de l'esprit liatnain, il faut espérer qu'ils sauront épargner à leur science cette halte inutile et honteuse. Mais leur éducation ordinaire est encore tellement vicieuse, qu'on pent, à cet égard, conserver quelques doutes très légitimes, en les voyant, dans la physique actuelle , porter précisément leur priucipale attention snr ces chimères quasi-métaphysiques. .1.
de l’acte, il en résulte évidemment, dans le sujet
fondamental qui nous occupe, la stricte obligation de réduire toutes les couceplions abstraites de propriétés physiologiques à la seule considération de phénomènes élémentaires et généraux , dont cha- ' cun rappelle nécessairement à notre intelligence l’inséparable pensée d’un siège plus ou moins circonscrit mais toujours déterminé. On peut dire, en un mot, sous une forme pins précise, que la réduction des diverses fonctions aux propriétés correspondantes doit toujours être envisagée comme la simple suite de la décomposition habituelle de la vie générale elle-même dans les différentes' fonctions, en écartant toute vaine prétention à rechercher les causes des phénomènes, et ne se proposant que la découverte de leurs lois. Sans cette indispensable condition fondamentale , les idées de propriétés reprendraient nécessairement, en physiologie, leur ancienne nature d’entités purement métaphysiques. Conformément aux indications précédentes, la conception vraiment originale, et trop peu appréciée, de Bichat sur les propriétés de tissu , contient, en effet, le premier germe direct de celte rénovation capitale. Mais ce grand travail ne peut réellement servir qu’à bien caractériser la véritable nature de cette opération philosophique, et ne contient nullement d’ail—
leurs la solution, même ébauchée, du problème. Outre la confusion secondaire entre les propriétés de tissu et de simples propriétés physiques , comme à l’égard de la contractilité par défaut d’extension de Bicliat, qui, évidemment, n’est autre chose que l’élasticité, la conception générale se trouve directement faussée , dans son principe même, par l’irrationnelle distinction entre les propriétés de tissu et les propriétés vitales. Car, une propriété quelconque ne saurait être admise, en physiologie, sans que, de toute nécessité., elle soit à la fois vitale et de tissu; vitale, en tant que»particulière à l’état de vie,, et de tissu en tant que toujours manifestée par un tissu déterminé. Telle est l’origine logique du caractère essentiellement métaphysique que Bicliat a conservé, tout en l’améliorant, à ses diverses propriétés vitales.
En s’efforçant d’accorder, autant que possible, les différens degrés généraux de l’anal vse physiologique ave£ ceux de l’analyse anatomique, 011 peut poser, à ce sujet, comme principe philosophique, que l’idée de propriété , qui indique le dernier terme de l’une, doit nécessairement correspondre à l’idée de tissu, terme extrême de l’autre; tandis que l’idée de jonction correspond, au contraire, à celle d 'organe : de telle sorte que les notions successives de fonction et de propriété prètome in. 42
sentent entre elles une gradation intellectuelle
parfaitement semblable à celle qui existe entre les notions d’organe et de tissu , avec la seule différence fondamentale de l’acte à l’agent. D’après cette relation générale, qui me semble constituer, en plûlosophie biologique, une règle incontestable et importante, on peut, je crois, établir déjà , d’une manière rigoureuse, une première division principale entre les diverses propriétés physiologiques. Nous avons reconnu, en effet, dans la quaranteunième leçxm, que les différons élémens anatomiques doivent être d’abord distingués en un tissu fondamental et générateur (le tissu cellulaire), et divers tissus secondaires et spéciaux qui résultent de l’intime combinaison anatomique de certaines substances caractéristiques avec cette trame primordiale et commune. Les propriétés physiologiques doivent donc aussi être nécessairement divisées en deux groupes essentiels, comprenant l’un les propriétés générales qui appartiennent à tous les tissus et qui constituent la vie propre du tissu cellulaire fondamental, et l’autre les propriétés spéciales qui caractérisent physiologiquement ses modifications les plus tranchées, c’est-àdire, le tissu musculaire et le tissu nerveux.
Cette première division, ainsi indiquée par l’anatomie , me semble d’autant plus rationnelle
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qu’elle concourt spontanément, d’une manière vraiment frappante, avec la grande distinction physiologique, si bien établie par Bichat, entre la vie organique ou plutôt végétative , et la vie animale proprement dite; puisque le premier ordre de propriétés doit nécessairement constituer, par sa nature, le fond essentiel de la vie générale commune à tous les êtres organisés et à laquelle se réduit l’existence végétale ; tandis que le second se rapporte exclusivement, au contraire, à la vie spéciale des êtres animés. Une telle correspondance est éminemment propre à faciliter l’application de cette règle élémentaire , aussi bien qu’à rendre le principe plus irrécusable.
Si nous considérons maintenant à quel point est déjà parvenue, chez les esprits les plus avancés, la construction effective de cette théorie physiologique fondamentale , nous reconnaîtrons que l’opération peut être envisagée comme sulfisaminent accomplie à l’égard des propriétés spéciales, relatives aux deux grands tissus secondaires essentiellement animaux : en sorte que, suivant la marche naturelle de notre intelligence, le cas le plus tranché est aussi le mieux apprécié. Tous les phénomènes généraux de la vie animale sont aujourd’hui assez unanimement rattachés à l’irritabilité et à la sensibilité, considérées chacune
comme l’attribut caractéristique d’un tissu nettement défini, au moins dans les degrés supérieurs de l’échelle zoologique. Mais il règne encore une extrême confusion et une profonde divergence â l’égard des propriétés vraiment générales, qui correspondent à la vie universelle ou végétative. Néanmoins , l’exacte analyse fondamentale de cette première classe de propriétés est évidemment encore plus indispensable que celle de l’autre à la constitution rationnelle et définitive de la physiologie positive, non-seulement à cause de leur généralité supérieure, mais surtout aussi parce que, la vie végétative étant la base nécessaire de la vie animale, le vague et l’obscurité qui subsistent encore sur les notions élémentaires de la première doivent inévitablement empêcher toute conception complète et satisfaisante de la seconde. La science est donc certainement aujourd’hui, sous ce rapport capital, dans un état purement provisoire; puisque cette grande opération philosophique a été jusqu’ici conduite suivant un ordre entièrement inverse de celui qu’exige sa nature.
De tous les biologistes actuels, M. de Blaiuville me paraît être , sans aucun doute , celui qui a le mieux compris, à cet égard, les vrais besoins essentiels de la physiologie positive; en même temps
qu’il a plus profondément senti qu’aucun autre le véritable esprit philosophique d’une telle théorie, comme l’indique le mémorable cours de physiologie comparée auquel j’ai fait si fréquemment allusion dans ce volume. Néanmoins, outre que cet illustre biologiste ne me semble pas avoir lui- > même assez nettement établi, tout en s’y conformant, la division primitive que je viens de signaler, son analyse fondamentale des propriétés générales, quoique incomparablement supérieure à toutes les tentatives précédentes, n’est peut-être point suffisante pour servir désormais de base effective' au développement rationnel de la science vitale. Celte analyse consiste à reconnaître, dans la vie végétative commune à tous les êtres organisés, trois propriétés essentielles, l’hygrométricité, la capillarité et la rétractilité (1), attributs caractéristiques du tissu primordial. Or, en exceptant cette dernière propriété, qui remplit évidemment toutes les conditions convenables , et qui ne peut plus être le sujet d’aucun dissentiment capital, il
(i) Celle dénomination, qni correspond il la fois & la contractilité de tissu et h la contractilité organique insensible de Bichat, a été' très heureusement introduite pour éviter l’équivoque si profondément inhérente aujourd'hui nu mot de contractilité , depuis l’emploi irrationnel et abusif qu’on a fait d’un terme aussi clair par lui-même.
Elle est exclusivement destinée , chez M. de Blainvillc, & désigner la tendance directe et constante de tous les tissus, et surtout du tissu générateur, h se resserrer spontanément et graduellcmeutsous l’influence
est peut-être incertain qu’une telle analyse corresponde suffisamment à la nature de l’opération proposée. Les propriétés purement physiques ou chimiques des tissus vivans doivent être, sans doute, nettement séparées des propriétés vraiment organiques, sauf à les étudier préalablement avec beaucoup de soin , et d’une manière plus satisfaisante qu’on ne l’a fait encore. Il semble donc que les deux premières propriétés générales admises par M. de Blainville, 11’ont pas assez profondément le véritable caractère physiologique, quoique leur réalité et leur importance soient d’ailleurs incontestables. Ces deux propriétés ne sont peut-être point aussi assez distinctes l’une de l’autre, puisque la faculté hygrométrique des tissus paraît fréquemment tenir à une simple action capillaire. Enfin, on peut surtout craindre que l’ensemble de ces trois propriétés ne suffise pas à représenter exactement tous les phénomènes organiques dont elles sont regardées comme caractérisant les actes les plus élémentaires. Une dis-
d’un stimulant quelconque, comme l’action d’un alcali, la ch aleur, etc, tandis que lu nom d’ irritabilité, qui représeo te en même temps la contractilité organique sensible et, la contractilité animale de llicliat, indique , depuis üaller, la faculté de contraction rapide , sensible, et intermittente que peut seule développer, dans le tissu musculaire, l’action nerveuse , mowcntanémcul remplacée quelquefois par l’électrisation galvanique.
cussion ultérieure, convenablement fondée sur
l’usage effectif d’une telle théorie dans les diverses spéculations biologiques, pourra seule, à cet égard, dissiper tous les doutes, et déterminer, s’il y a lieu, l’assentimeiit universel des physiologistes rationnels. 11 suffisait, suivant l’esprit de ee traité, de constater clairement ici l’incertitude et l’obs* curité qui subsistent encore habituellement sur les notions rudimentaires de la physiologie positive , dont la constitution systématique manque ainsi essentiellement- d’un premier principe indispensable. Tel est le motif évident de l’importance que j’ai dû attacher à caractériser avec soin cette situation provisoire et précaire de la doctrine physiologique.
Une telle imperfection fondamentale dans les rudimens généraux des conceptions physiologiques, lait assez présumer comhien doit être encore amérée l’étude directe, à la fois positive et rationnelle , de la vie végétative ou organique ellemême, base nécessaire des phénomènes plus spéciaux et plus élevés qui constituent l’animalité. Non-seulement la coordination des divers phénomènes essentiels , et par suite leur explication, restent aujourd’hui à peine ébauchées; mais leur simple analyse préliminaire demeure même jusqu’ici fort incomplète et très peu satisfaisante. On
ne peut maintenant regarder comme suffisamment arreté, et exclusivement chez les biologistes les plus avancés, que le plan général d’une semblable étude , résultant d’une première appréciation philosophique de l’ensemble des phénomènes vitaux. Je ne connais, à ce sujet, rien d’aussi rationnel que le beau travail de M. de Blainville dans la conception de son cours de physiologie ( i), qui me paraît remplir déjà, sauf divers perfectionnemens secondaires , toutes les grandes conditions d’un programme convenablement systématique, destiné à diriger, avec une pleine efficacité, la suite des recherches ultérieures qu’exige désormais la construction directe de la saine doctrine bionomique, en considérant tous les divers essais antérieurs comme n’ayant pu fournir que de simples matériaux, susceptibles, le plus souvent, d’une indispensable révision.
Quoique la discussion formelle de ce plan fût ici déplacée, je dois néanmoins y signaler un très heureux perfectionnement dans la division la plus
(i) Pour suppléer, autant que possible, h l’entière publication , si
dcsiiablc à tant île titres, du système physiologique de M. de Blainville, tous les esprits philosophiques, pourvu que la considération positive d’un tel sujet leur soit déjà suffisamment familière, pourront aujourd’hui fort utilement consulter le tableau synoptique éminemment remarquable que ce grand biologiste en a compose, et qui indique, d’une manière très lumineuse, les vrais caractères d’uac coordination pleinement rationnelle de l’ensemble (les phénomènes vitaux.
générale des phénomènes physiologiques. 11 consiste à distinguer soigneusement d’avec les fonctions proprement dites, toujours réduites désormais à l’action d’un organe ou , tout au plus, d’un appareil bien déterminé, les phénomènes plus composés et très difiërens, qu’on leur avait vaguement assimilés jusqu’alors * et qui résultent, d’une manière plus ou moins nécessaire, de l’ensemble des diverses fonctions essentielles, comme, par exemple, la production de la chaleur vitale , dont Chaussier était allé jusqu’à faire, non-seulement une fonction , mais même une vraie propriété directe, sous le nom métaphysique de caloricité. Sans cette indispensable division , il est évidemment impossible de se former aucune notion claire et rigoureuse de ce que les biologistes doivent entendre, en général, par un e fonction. Mais, ainsi conçue , l’analyse physiologique présentera toujours , dans la succession nécessaire de ses divers degrés principaux , une marche rationnellement conforme à celle qui caractérise l’analyse anatomique, suivant la loi ci-dessus indiquée. L’idée fondamentale de propriété correspondra désormais à la notion élémentaire de tissu, l’idée de Jonction à celle d 'organe, et la notion définitive de résultat à la considération finale de l’ensemble de Y organisme : la gradation étant es-
sentiellement analogue dans les deux ordres de conceptions, et la comparaison d’un ordre à l’autre rappelant sans cesse à notre esprit l’indispensable relation de l’acte à l’agent, qui constitue, par sa nature, le fond général de toute la philosophie biologique. .
Les fonctions proprement dites qui appartiennent à la vie végétative, envisagée dans l’ensemble total de la hiérarchie biologique , se réduisent , par leur nature, à deux vraiment fondamentales, dont l’antagonisme continu correspond à la définition même de la vie : i° Y absorption intérieure des matériaux nutritifs puisés dans le système ambiant , d’où résulte inévitablement , d’après leur assimilation graduelle, la nutrition finale; 2° Y exhalation à l’extérieur des molécules , dèslors étrangères, qui se désassimilent nécessairement à mesure que cette nutrition s’accomplit. Aucune autre notion primordiale ne saurait entrer dans la conception générale et abstraite de la vie organique, quand on en écarte, avec une rigueur vraiment scientifique, toute idée relative à la vie animale, dont l’influence ne peut d’ailleurs consister, à cet égard, qu’à perfectionner cette double opération élémentaire, à mesure que ses diiféren6 actes se spécialisent davantage par la complication croissante de l’organisme. D’un au-
ire côté, on ne peut supprimer, par la pensée , aucun des trois élémens essentiels qui viennent d’être indiqués, sans détruire aussitôt la vraie notion générale de ce grand mouvement vital , chez les êtres même les plus simples, soit qu’il s’agisse de l’une ou de l’autre des deux fonctions caractéristiques. Dans aucun organisme en effet, les matières assimilables ne peuvent être directement incorporées ni au lieu même où s’est opérée leur absorption, ni sous leur forme primitive : leur assimilation réelle exige toujours un certain déplacement, et une préparation quelconque qui s’accomplit pendant ce trajet, il en est de même, en sens inverse, pour l’exhalation , qui suppose constamment que les particules, devenues étrangères à une portion quelconque de l’organisme, ont été finalement exhalées en un autre point, après avoir éprouvé, dans ce transport nécessaire, d’indispensables modiGcations. Sous ce point de vue fondamental, comme sous tant d’autres, on a, ce me semble, fort exagéré la véritable distinction entre l’organisme animal et l’organisme végétal, surtout lorsqu’on a voulu ériger la digestion en un caractère essentiel de l’animalité. Car, en se formant de la digestion la notion la plus générale, qui doit s’étendre à toute préparation des alimens indispensable à leur assimilation eflèctive, il est
clair qu’une telle préparation existe nécessaire nient dans les végétaux aussi bien que chez les animaux, quoiqu’elle y soit, sans doute, moins profonde et moins variée, par suite de la simplification simultanée des alimens et de l’organisme. Une remarque analogue peut également s’appliquer au mouvement des fluides, soit récrémentitiels, soit excrémentitiels. Sans doute, chez les animaux seuls, et même uniquement à un certain degré d’élévation dans l’échelle zoologique, ce mouvement fondamental donne lieu à une véritable circulation , qui suppose toujours un organe central d’impulsion , nécessairement emprunté à la vie animale proprement dite. Mais il serait néanmoins évidemment impossible de concevoir le moindre organismesanslemouveinentconlinuel d’un fluide général tenant en suspension ou en dissolution les matières absorbées ouïes matières désagrégées poulies transporter, par endosmose et exosmose au moins, au lieu de leur incorporation ou de leur exhalation définitive : celte perpétuelle oscillation, qui ne suppose nullement un ordre spécial de vaisseaux , et qui peut directement s’opérer à travers la trame celluleuse primordiale, est également indispensable aux végétaux et aux animaux; tout comme la préparation correspondante des matériaux ou des résidus , dont elle est nécessai-
renient toujours accompagnée. Tels demeurent donc les trois élémens généraux de chacune des deux grandes fonctions végétatives, réduites même à ce qu’elles ont de strictement commun à l’ensemble de la hiérarchie organique.
Une telle analyse montre clairement que les actes essentiels dont se compose la vie végétative sont, par leur nature, de simples phénomènes physico-chimiques, comme je l’ai indiqué dans la quarantième leçon : physiques , quant au mouvement des molécules assimilables ou exhalables; chimiques , en ce qui concerne les modifications successives de ces diverses substances. Sous le premier aspect, ils dépendent des propriétés hygrométrique, capillaire, et rétractile du tissu fondamental ; sous le second , beaucoup plus obscur jusqu’ici, ils. se rapportent à l’action moléculaire que comporte sa composition caractéristique. C’est dans un tel esprit qu’il faut concevoir l’explication des phénomènes purement organiques, et que leur analyse positive doit être instituée; tandis qu’une tout autre manière de voir doit présider à l’étude des phénomènes essentiellement animaux, comme la leçon suivante l’indiquera spécialement.
L’etude fondamentale de la vie générale, ainsi caractérisée, ne peut pas même être aujourd’hui
regardée comme organisée d’une manière convenablement rationnelle. Car, d’après la leçon précédente, nous avons reconnu que la biotaxie, bien plus avancée que la physiologie proprement dite , ne voit désormais, dans l’organisme végétal, que le dernier degré d’une hiérarchie nécessairement unique, dont les divers rangs principaux diffèrent ordinairement davantage les uns des autres qu’aucun d’eux de ce terme extrême. 11 est indispensable qu’une semblable conception dirige habituellement aussi les spéculations physiologiques relatives aux fonctions organiques ou végétatives, uniformément analysées pour l’ensemble des êtres vivans, ce qui, on peut l’affirmer, n’a jamais été tenté jusqu’ici. Tant que cette grande condition philosophique demeure inaccomplie, les études restent nécessairement incomplètes, avec quelque sagesse qu’elles soient d’ailleurs entreprises, et ne peuvent nullement établir aucun point essentiel . d’une doctrine physiologique vraiment définitive. On conçoit , en effet, que l’organisme végétal présentant, dans toute leur simplicité, les fonctions dont il s’agit de découvrir les lois fondamentales , dégagées des diverses influences plus ou moins accessoires qui les compliquent toujours, à un degré quelconque, chez les animaux, ce cas doit être, par sa nature, le plus directement propre à nous
dévoiler nettement la partie vraiment primordiale de ce sujet difficile. Mais , d’une autre part , la considération immédiate et isolée de ce cas extrême et exceptionnel, ne peut guère apporter une véritable lumière dans la théorie générale d’un tel ordre de phénomènes, qui n’auraient point été d’abord graduellement analysés suivant la série des cas intermédiaires tendant de plus en plus vers cette limite finale. Il serait évidemment encore plus impossible sous le point de vue physiologique que sous le simple aspect anatomique, de passer ainsi brusquement de l’organisme humain , qui, de toute nécessité, constitue toujours le point de départ des diverses spéculations biolo- * giques, à l’organisme végétal qui en caractérise le dernier terme, ou réciproquement. Si donc l’étude hiérarchique des divers degrés intermédiaires est aujourd’hui généralement reconnue comme indispensable pour établir une liaison réelle entre les deux cas statiques extrêmes, comment pourraiton espérer de s’en dispenser à l’égard des études , bien plus difficiles, relatives aux considérations dynamiques? Tel est , sans doute, le principal motif de la stérilité vraiment remarquable des éludes directes, d’ailleurs utiles et souvent sagement conduites dans les détails, entreprises- jusqu’ici sur la vie des végétaux, et qui n’ont encore
contrilmé réellement à éclaircir aucun point capital de physiologie générale ; ce qui doit sembler, du reste, d’autant plus Facile à expliquer, que, par une suite naturelle de cet irrationnel isolement du cas végétal , les chimistes et les physiciens se sont presque toujours emparés spontanément de recherches qui devaient nécessairement appartenir aux seuls biologistes. Il est même incontestable que des éludes ainsi instituées ne peuvent être que très médiocrement utiles au sujet trop exclusif qu’on y a voulu considérer, comme l’expérience l’a , ce me semble, clairement vérifié ici. Car, la comparaison rationnelle des divers cas biologiques, suivant leur véritable ordre hiérarchique, est nécessairement aussi instructive et aussi indispensable en sens inverse qu’en sens direct, en vertu de la solidarité fondamentale de ces diverses parties d’une doctrine véritablement unique par sa nature (1). Ainsi, la méthode com-
(1) A celte eriliqne generale, malheureusement trop fondée, de l'esprit irrationnel qui dirige encore essentiellement les études de physiologie végétale , je suis heureux de pouvoir opposer déjà une notable exception , qui me parait hautement caractériser l'ensemble des travaux de M. Turpin. Ce judicieux biologiste est, en effet, le seul aujourd'hui, du moins en France, qui ait conçu et étudié l'organisme végétal comme offrant l’exuéme modification delà vie fondamentale des organismes ani maux. Les zoologistes se refusan t j usqu’ici h prolonger leurs théories jusqu’il la considération de ce cas final , M. Turpin s’est efforcé d’exécuter , autant que possible , l'opération inverse, et les
paralive, qui, d’après la quarantième leçon , conslilue la principale ressource caractéristique de toute la philosophie biologique, n’a pas eucore été convenablement introduite dans l’étude générale de la vie organique, quoiqu’elle y soit à la fois encore plus indispensable et susceptible d’une application plus complète qu’à l’égard même de la vie animale. Les plus hautes intelligences ne sont donc pas jusqu’ici habituellement parvenues , en physiologie, à cet état de pleine maturité, où notre esprit développe librement , dans toute leur étendue, l’ensemble de ses divers moyens essentiels. Dans le système physiologique de M. de Blainville lui-même, malgré sa rationnalité supérieure, la comparaison biologique n’a pas été poussée jusqu’à son véritable terme scientifique, par l’introduction régulière de l’économie végétale, envisagée comme l’extrême simplification de la vie générale.
D'après une telle institution de la physiologie
succès incontestables qu'il a obtenus suffiraient h vérifier combien cette marche rationnelle deviendrait désormais immédiatement utile aux progrès essentiels de la philosophie botanique, qui, depuis Linné et les Jussieu , semble presque stationnaire. On doit donc regretter que M. Turpin n’ait point encore exposé, d’une manière directe et méthodique, l’ensemble de sa doctrine phylologiqne , dont la propagation exercerait sans donte une très heureuse influence sur la,direction habituelle des travaux de ce genre , et pourrait même efficacement réagir suc le perfectionnement général de la philosophie biologique.