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l3o PHILOSOPHIE POSITIVE.
L’action dissolvante de l’eau a été le sujet d’une longue suite de laborieuses recherches , d’une difficulté très inférieure , et qui , naturellement , ne sauraient présenter aujourd’hui d’importantes lacunes. Néanmoins , il faut remarquer , à ce sujet , avec plus de soin qu’on n’a coutume de le faire, la belle expérience de Vauquelin, dans laquelle cet illustre et scrupuleux chimiste a montré que l’eau, saturée d’un sel , restait susceptible de se charger d’un autre , et acquerrait même ainsi la singulière propriété de dissoudre une nouvelle quantité du premier. Celte expérience, qui a été, pour ainsi dire, dédaignée, me semble capitale en ce genre, et me parait devoir devenir la base d’une suite de recherches fort intéressantes sur les lois, si capricieuses en apparence, de la solubilité, dont l’étude est encore essentiellement empirique.
Les chimistes ont été long-temps à concevoir, en principe , que l’eau , outre son influence dissolvante, pût agir, d’une manière vraiment chimique, autrement que par ses élémens. Cette combinaison, si éminemment neutre , semblait devoir être, en elle-même, pleinement inoflensive, et ne paraissait pouvoir altérer les autres substances que par sa décomposition. Le judicieux Proust a pensé que cette parfaite neutralité devait, par sa nature, faire présumer, au contraire, l’existence, pour
l’eau, de certaines affections chimiques, indépendantes de sa composition. Telle est la considération très rationnelle qui a conduit ce chimiste à créer l’étude, désormais si importante, des hydrates proprement dits, env isagés comme une sorte de sel» nouveaux, où l’eau joue, pour ainsi dire, à l’égard des alcalis, le rôle d’une espèce d’acide hydrique. L’examen de ces combinaisons, souvent très énergiques, et de toutes les autres, plus ou moins prononcées, que l’eau peut former, avec des substances quelconques, sans se décomposer, constitue la troisième et dernière partie essentielle de l’étude fondamentale de l’eau, envisagée rationnellement ici comme un préliminaire indispensable au système général des études chimiques.
Après m’être efforcé , dans cette leçon , de caractériser suffisamment, quoique par une discussion sommaire, le but et l’esprit des conceptions fondamentales qui me paraissent indispensables pour investir enfin irrévocablement la science chimique de la rationnalité positive qui convient à sa nature, je dois maintenant passer à l’examen philosophique plus spécial des deux doctrines générales qui, dans la chimie actuelle, présentent l’aspect le plus systématique, et, en
premier lieu, apprécier philosophiquement, dam la leçon suivante, l’importante doctrine des proportions définies.