‹ Cours de physiologie comparéeChapitre 10 sur 54 · SOCIABILITÉ. — DOMESTICITÉ DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

SOCIABILITÉ. — DOMESTICITÉ DES ANIMAUX

troupes très nombreuses. Il en est de même du mouflon, le type du mouton ; de même encore du taureau sauvage. Tous ces animaux ont l'instinct de la sociabilité, instinct que l'homme a su faire servir à son profit.

La mission primitive de l'homme a été la domination du globe : pour y arriver, il lui a fallu d'abord disputer l'empire aux élémens, à la nature inorganique ; puis il a fait la guerre aux êtres animés. Le point le plus important, pour lui, a été de se créer un parti parmi les animaux. Il s'est associé le chien, et il l'a si bien gagné, que le chien est devenu l'ami, l'auxiliaire de l'homme, qu'il a pris le parti de l'homme contre les autres chiens. Après cette conquête, l'homme a fait celle du cheval. Avec ces deux auxiliaires, il lui a été facile de se rendre maître de tous les autres animaux.

On me fera cette objection : Nohs avons rendu domestique le chat, animal qui, de sa nature, n'est pas sociable.

Je réponds : Il faut faire une distinction entre les animaux apprivoisés et les animaux domestiques. Un animal apprivoisé est un individzt assoupli, adouci. On peut apprivoiser l'ours, dont l'espèce, comme on sait, n'est pas du tout sociable, et, jusqu'à un certain point, le loup, la panthère. Pline nous parle de chars traînés par des panthères , dans les pompes triomphales. Nous avons vu, à Paris, les dompteurs de bêtes féroces. L'apprivoisement dont ces animaux sont susceptibles est tout individuel.

Le chat n'est pas notre domestique : il n'est qu'apprivoisé. Il se sert de nous, de notre maison, de la proie qu'elle cache. Il est l'ami de l'habitation, non de l'habitant. Nous ne pouvons établir aucune analogie entre le chat, qui, dans la fréquentation de l'homme, recherche uniquement son avantage, et le cheval qui partage les travaux de l'homme, ou le chien qui partage jusqu'à ses douleurs.

Septième leçon.

Sommaire. — Sociabilité des animaux domestiques. — Lois de la fécondité.

Nous connaissons le principe, la cause interne de la domesticité des animaux : c'est la sociabilité. Sans le principe inné de la sociabilité, toutes les causes externes , lesquelles ne sont jamais que des causes provocatrices, le climat, la nourriture, les soins de l'homme, agiraient en pure perte.

Suivons celte loi dans nos oiseaux domestiques.

La poule, le dindon, le paon sont domestiques ; ces trois espèces sont aussi primitivement sociables. Nous ne connaissons pas la souche de la poule; mais à Java, mais dans l'Indousian, où elle est à l'état sauvage, on la trouve vivant en société. On voit, aujourd'hui encore, le dindon vivant à l'état sauvage et en troupe dans la Virginie, d'où on l'a apporté en Europe, au xvi°" siècle. C'est la conquête de l'Inde par Alexandre qui nous a valu la conquête du paon : le paon sauvage forme des troupeaux. La pintade, oiseau de basse-cour, qui nous vient d'Afrique, l'oie, le canard, le pigeon domestique, sont également des espèces qui, dans l'état de nature, vivent en société. Le faisan est à demi-sociable, il n'est aussi qu'à demi-domestique.

Revenons aux mammifères. Nous avons rendu le lapin domestique, et non pas le lièvre. Pourquoi ? C'est que le lapin est sociable ; il a des instincts que le lièvre n'a pas : il se creuse des terriers, il vit en famille, dans une sorte de société patriarcale où un chef domine. Ce chef est toujours aux aguets ; s'il voit quelque danger, il avertit la famille. Le lièvre est un animal qui vit solitaire.

Les Espagnols n'ont trouvé , dans le Nouveau-Monde , que deux animaux domestiques, deux ruminants : l'alpaca et le lama. Ce fait seul suffit pour nous montrer que la civilisation était bien peu avancée en Amérique. La mission de l'homme est, comme je l'ai dit, de conquérir le globe, et son plus puissant moyen de conquête c'est la sujétion des ani-

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