SENS DE L OLFACTION
L'olfaction est un sens qui donne lieu à certaines perceptions connues sous le nom d'odeurs; mais ici, encorejmoinsjquejpour le
FiG. 13S. — Paroi externe des fosses nasales avec les 3 cornets et les 3iméats*.
1 Math. Duval, 8"" Mémoire sur l'origine réelle des nerfs crâniens (Journal de VAnat. et de la Pfiysio!., n" de septembre 1880).
* a. Xerf olfactif ; b, bulbe olfactif, sur la lame criblée de l'éthmoTde : au-dessous, on voit la disposition plexiforme des rameaux olfactifs sur le cornet supérieur et moyen; — c. nerf de la cinquième paire avec le ganglion de Gasser ; — o. ses rameaux palatins (maxillaire supérieur) et le\irs Clets pit\iit{iirgs. D'apr#s Soëmmeriiig. Jconei qrganorum olfactui-
goût, il n'est possible de définir exactement ce que c'est qu'un corps odorant , et quelle est la nature des impressions qu'il provoque. Les odeurs ne peuvent pas même être classées, et à part les noms arbitraires et individuels cVodeurs agréables ou désagréables, nous n'avons pour les désigner que les noms des corps auxquels elles sont propres.
Volfaction a pour siège les fosses nasales (fig. 139), mais il n'y a qu'une faible partie de ces cavités (leurs régions supérieures)
qui serve à cette fonction ; le reste est utilisé soit à produire la résonnance de la voix (surtout les cavités annexes ; sinus maxillaires, frontaux, etc.), soit à préparer l'air <le la respiration, en le portant au degré de chaleur et d'humidité nécessaires à l'intégrité de la muqueuse respiratoire, comme nous l'avons vu en étudiant cette surface (p. 356). Ces régions sont formées de cornets enroulés sur eux-mêmes et circonscrivant des méats plus ou moins étroits (fig. 139), le tout tapissé par une muqueuse très molle, très vasculaire, très épaisse, qu'elle contient, et recouverte par
FiG, 139. Coupe transversale schématique des fosses nasales *.
vu les riches plexus veineux un épithélium cylindrique à cils vibratiles, comme on le trouve, du reste, dans tout le tube conducteur de l'arbre aérien, dont cette parties des fosses na?ales est le commencement. Dans cette muqueuse (membrane de Schneider) se trouvent de nombreuses glandes qui contribuent à maintenir humide la surface que le passage de l'air tend sans cesse à dessécher.
Volfaction elle-même semble destinée à veiller sur la pureté de l'air de la respiration : la plupart des substances qui pourraient le corrompre étant odorantes, sont naturellement soumises au contrôle de ce sens.
L'olfaction ne siège que dans la partie supérieure des fosses nasales, dans les zones où se distribue le jierf olfactif, nerf de la sensibilité spéciale, tandis que les parties inférieures ne reçoivent que des rameaux du nerf trijumeau, c'est-à-dire des nerfs de sensi-
♦ 1. Cornet inférieur; — 2, cornet moyen; — 3. cornet supérieur.
A Épaisseur de la muqueuse pt des parties raillcj (très vasculaires) qui la doublent : — B squelette (os ou cartilages) (Dallon) .
DU SKNS DK I/OI.FACTIOX 5J5
bilité générale (V. nerfs crâniens^ p. 40 et 45). Au niveau de cette région, dite région olfactive ou région jaune (elle présente cette couleur chez les animaux), la muqueuse change de nature ; en ces points (partie supérieure de la cloison en dedans, les deux cornets supérieurs en dehors), cette membrane est beaucoup moins vasculaire, moins riche en glandes, et enfin elle ne possède plus do. cils vibratils. mais un simple épithélium cylindrique ; son élément caractéristique est représenté par les rameaux terminaux des nerfs olfactifs, rameaux si fins et si nombreux, que leur présence suffirait pour faire reconnaître à un histologiste exercé un lambeau isolé de cette muqueuse olfactive. Ces rameaux nerveux paraissent venir se terminer vers la surface en se mettant en connexion avec l'extrémité profonde, effilée des cellules cylindriques épithéliales ; tout au moins, autour des cellules épithéliales de cette région se trouvent, d'après les recherches de Schultze, des organes spéciaux (cellules olfactives de Schultze), éléments fusiformes, allongés, présentant à leur partie moyenne un renflement arrondi avec noyau, et se prolongeant en fibrille à chacune de leurs extrémités. Le prolongement externe, plus épais, passe entre les cellules épithéliales, jusqu'à la surface libre ; le prolongement interne paraît se continuer avec les fibres du nerf olfactif. Nous aurions donc ici un cas bien constaté des rapports des nerfs avec les épithéliums, et l'explication de l'importance de ceux-ci dans tous les organes des sens.
L'olfaction s'exerce uniquement sur des co/'^6' ^acew.r suspendus dans Tair, ou des molécules solides insaisissables que l'air emporte : aussi les corps volatils sont-ils pour la plupart odorants. On peut remarquer que la présence de la vapeur d'eau aide à l'olfaction ; les fleurs sont plus odorantes par un temps humide que par un temps sec. Mais, d'autre part, une trop grande quantité de vapeur d'eau, ou l'eau en substance introduite dans les fosses nasales, arrête l'olfaction et la suspend même pour quelque temps, jusqu'à ce que les choses soient revenues à leur état normal (olfaction peu développée par les temps de brouillard).
Les conditions dans lesquelles les vapeurs ou particules odorantes doivent être mises en contact avec la surface olfactive pour que la sensation se produise, sont assez particulières et fort précises. 11 faut qu'elles y soient amenées par un courant cVair, et elles n'agissent que tant que cet air est eu mouvement ; ainsi quand on place un morceau de camphre dans le nez, et qu'on y laisse l'air immobile, il ne se produit aucune sensation ; il ne s'en produit pas plus si on remplit les fosses nasales d'un liquide volatil très odorant. Aussi pour sentir parfaitement, pour flairer, aspirons-nous l'air par petites inspirations successives. C'est qu'en effet, il faut eu second
lieu que le courant d' air soii lent et faible. Mais, chose plus particulière, ce courant d'air doit être un courant d'air d'inspiration: il doit se produire d'avant en arrière, sans doute parce qu'alors il se brise contre l'éperon que forme la partie antérieure du cornet inférieur, et monte ainsi facilement en partie vers la région olfactive. L'air expiré par l'arrière-cavité des fosses nasales, quelle que puisse être sa richesse en particules odorantes, ne produit presque aucune impression en traversant les fosses nasales : il en est de même si, par un moyen artificiel quelconque (injection, insufflation), on projette un courant d'air odorant sur la muqueuse olfactive, soit par l'orifice des narines, soit pai" un trajet creusé à travers le frontal et les sinus frontaux. Les gourmets connaissent bien ces particularités, et pour apprécier le fumet d'un vin introduit dans la cavité buccale, ils n'expirent pas dans les fosses nasales par leurs orifices postérieurs, mais ils expirent doucement eu avant et en haut par l'orifice buccal, et aspirent doucement et par petites saccades l'air mis en contact avec leurs narines.
Nous avons vu que le siège de l'odorat, correspondant exactement à la distribution du nerf nerf olfactif, nous autorise à considérer ce nerf comme présidant à cette sensation spéciale. Magendie avait cru pouvoir placer le siège de l'odorat dans le trijumeau, parce qu'ayant coupé à un chien le nerf de la première paire (olfactif), puis ayant approché du nez de l'animal de l'ammoniaque, il le vit reculer en secouant la tête ; mais ici, comme pour la langue, c'était prendre un phénomène de sensibilité générale pour une manifestation de sensibilité spéciale : l'ammoniaque, par ses vapeurs caustiques, agissait non sur l'olfaction, mais sur la sensibilité de la muqueuse de Schneider eu général, laquelle est, en effet. innervée par le trijumeau.
Cependant quelques observations cliniques ont jeté quelques doutes sur les fonctions du nerf dit olfactif comme organe de l'odorat : la plus curieuse est celle d'une femme à l'autopsie de laquelle Claude Bernard trouva le bulbe et le tronc olfactif complètement absents, la partie correspondante de l'éthmoïde imperforée : cependant, après avoir pris les plus minutieuses informations sur le passé de ce sujet, il fut reconnu que l'olfaction s'était exercée parfaitement pendant la vie, et que la personne ne présentait rien d'anormal sous ce rapport. Les faits de ce genre sont encore inexplicables : mais quelques expériences tendent à confirmer le rôle de sensibilité spéciale attribuée au nerf olfactif; Schifi", ayant pris cinq jeunes chiens, pratiqua sur quatre d'entre eux la section intracrânienne de la première paire; le cinquième ne subit qu'une section en arrière des racines du nerf olfactif; ce dernier conserva l'odorat, tandis que les quatre premiers en furent complètement priyés.