‹ Cours de physiologie générale et comparée [electronic resource] (volume 2)Chapitre 29 sur 58 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

COUKS DK PHVSIOLÜGIK.

Messieurs ,

Après les considérations générales cpie Je vous ai présentées sur les modifications que les maladies apportent au système osseux, je suis tout naturellement conduit à traiter de celles qu’il offre dans la série animale.

Différences dans la série. Ces différences sont ici d’autant plus importantes à connaître, quelles doivent prêter un nouvel appui aux idées que nous avons émises jusqu’à présent sur le tissu osseux. On peut établir, en thèse générale, que plus l’animal est élevé dans la .série, et plus les diverses parties constitutives du tissu osseux sont distinctes et tranchées. N’oubliez pas toutefois que nous ne traitons ici que du tissu osseux proprement dit, et que nous négligeons les différences que peuvent présenter les ostéides et les concrétions dont nous avons précédemment constaté l’existence. Il est très-rare , si ce n’est dans l’état pathologique, qu’il se développe un véritable tissu osseux dans le tissu cellulaire qui entre dans la composition de nos organes i mais souvent il s’y dépose d’abondantes concrétions de matière calcaire. Ainsi , j’ai eu récemment encore l’occasion c^e vérifier ce fait pour les prétendus os qui exis-

(5) COMPOSITION IN'J’IMK DKS ANIMAUX- 23 I

lent dans l’oreille des poissons; ils ne contiennent aucune trace de phosphate de chaux , mais seulement du carbonate de chaux en grande abondance , et se décomposant absolument de la meme manière qu’une coquille d’un animal inférieur. C’était donc un fait qu’il importait de bien reconnaître, car il en résulte que nous ne rencontrons plus de véritable tissu osseux que dans la couche musculaire sous-dermoïque , où il constitue le squelette , et dans le tissu fibreux , qui forme ce que nous avons appelé des tendons et des ligamens, enfin dans le derme lui-même, et dans les enveloppes des pbanères. Dans toutes les parties où il est suseeptible de se développer , il est bien distinct des autres tissus orga^ niques ; mais , à mesure que vous descendez dans l’échelle, il devient de moins en moins distinct, ce qui ne vous étonnera pas, si vous vous rappelez que l’animal est alors réduit à une simple gelée contractile, et que, s’il a une partie solide qui lui permette d’opposer une faible résistance à l’action des chocs extérieurs , cette partie ne peut se rencontrer dans la couche musculaire, qui est ici peu distincte^ mais seulement dans le tissu cellulaire, l’élément fondamental de l’organisme. Les parties solides que l’on observe chez les animaux inférieurs peuvent être considérées comme un tissu osseux , mais non pas comme composant un

u32 COUKS de physiologie. (4)

squelette, ainsi que l’ont dit les aviteurs qui n’ont pas tenu compte des distinctions importantes que je viens d’établir.

Si maintenant nous cherchons les différences que présente le tissu osseux dans les animaux supérieurs^ nous verrons que les ostéozoaires sont ceux où il est le plus distinct et le plus développé. En effet , on rencontre dans ces animaux le système osseux locomoteur, les ostéides, celui delà peau et l’enveloppe osseuse des phanères, en un mot, les quatre genres principaux de tissus osseux que nous avons reconnus.

Pendant long-temps les anatomistes ont considéré les os proprement dits d’une manière exclusive, et enleur attribuant une importance, telle que c’était sur eux qu’étaient basées toutes nos distributions anatomiques. Il semblait, à les entendre, que ces organes étaient les régulateurs suprêmes de tout l’organisme , tandis qu’il est de fait que , bien que le tissu osseux ait pour office de perfectionner l’appareil locomoteur et de protéger le système nerveux , comme il n’est en grande partie composé que de matière inerte, il est d’une importance bien moindre que le système nerveux et que la fibre contractile. Aussi, plus nous avançons , et plus nous voyons abandonner l’ancienne méthode anatomique. Il n’est qu’un cas oii l’appareil osseux doit nécessairement dominer les

autres, c’est lorsqu on l’envisage dans ses rapports avecla thérapeutique chirurgicale. Maislapatholo- «de i^énérale et la médecine interne, qui ne tien-

lient qu’un faible compte des procédés chirurgicaux, placent avec raison le système osseux après tous les autres. Et, de fait, les systèmes vraiment imporlans pour les pathologistes comme pour les physiologistes , sont les systèmes nerveux, musculaire, vasculaire, et celui des enveloppes qui nous mettent en rapport avec le monde extérieur, et nous révèlent son existence.

Sans parler du nombre des pièces osseuses qui constituent le squelette , de leur mode d’articulation, de leur disposition, détails qui appartiennent à l’anatomie topographique , le tissu osseux offre des différences remarquables^ selon qu’on l’étudie dans l’une ou l’autre des classes d’animaux vertébrés. Sous ce rapport, les oiseaux occupent le premier rang. Ce sont eux qui ont le tissu osseux le plus vital, le plus actif, ce qui est en rapport avec l’activité de leur circulation et de leur nutrition. Après eux viennent les mammifères , et ensuite les reptiles. Chez ces animaux, les matières calcaires sont combinées avec de véritables cartilages , et la preuve , c’est que si vous agissez sur les os qui leur appartiennent avec des acides, ils ne se gonflent point, lorsqu’ensuite on les soumet à l’action de l’eau bouillante, et qu’ils conservent

Ja loinie osseuse, qu’iJs ne perdent qu’autant qu’on exerce sur eux une pression. Chez les poisson.s et les amphihiens, le contraire a lieu. Cette première distinction générale est très-importante; car il est probable qu’elle est l’analogue des différences que présente le tissu osseux chez le fœtus, avant que de l’état muqueux il soit passé à l’état cartilagineux. Il est également probable que si les chimistes se livraient, à cet égard, à des analyses comparatives , ils observeraient les différences que nous venons de signaler. Ce qui tend à le prouver , c’est que si vous laissez dessécher des os de poisson ainsi traités par les acides , ils prennent si bien l’apparence d’un véritable os, que vous seriez portés à croire que l’acide n’a point agi sur eux. Voici maintenant une autre différence qui n’est pas moins remarquable que la précédente.

Plus vous vous élevez dans l’échelle, et plus vous voyez la matière inorganique prédominer sur la matière vivante. Ainsi les oiseaux sont ceux chez lesquels elle se présente à son summum de développement. Viennent ensuite les mammifères , puis les reptiles', les amphibiens et enfin les pois- , sons. Quant à la matière organique, elle prédomine véritablement chez les groupes inférieurs.

On peut ramener à trois sortes les différences que présente le tissu osseux du squelett dans le

(7) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. a35'

type dont nous parlons. En effet , ces différences dépendent , i® de la nature de la substance organique , qui est ou gélatineuse ou muqueuse ; 2^ ou de la proportion des substances organiques et inorganiques ; 3® ou bien de la proportion des deux sels terreux qui constituent cette dernière.

Dans la classe des mamniijeres , la partie organique des os est de la gélatine , et la matière inorganique se compose, soit de carbonate, soit de phosphate de chaux, en quantité variable, selon les parties, et selon les animaux; le tissu osseux est ici d’autant plus solide et résistant, que l’animal auquel il appartient est plus vigoureux , et qu’il est appelé à vivre dans un climat plus chaud. Ce sont les carnassiers et les ruminans qui présentent le tissu éburné le plus compacte ; les os du lion , par exemple, sont d’une densité telle que, si l’on en croit quelques auteurs , on peut en faire jaillir des étincelles, en les frappant avec un corps dur. Les os qui , ainsi que le bois du cerf, croissent à peu près à la manière des végétaux, présentent ceci de remarquable , qu’ils sont entièrement composés d’une matière spongieuse très-fine et très - tendre , à tel point que si vous sciez le jeune bois d’un cerf, vous pouvez déterminer une hémorrhagie mortelle. Cette partie est une véritable exostose normale de l’os frontal , qui se développe dans des limites de variation dé-

u3G coulis DE PHYSIOLOGIE. (8)

terminées par lespèce, le sexe, lage; son étude nous révèje admirablement les conditions d’existence des ps dans le jeune sujet , el peut réfléchir par là de vives lumières sur la pathologie*

Le séjour semble avoir une influence manifeste sur la disposition du tissu osseux; en effet , les os longs des espèces terrestres , ou subaëriennes, ont un tissu éburné très-dense, considérable, avec une cavité médullaire bien localisée , tandis que, dans les espèces aquatiques, c’estle contraire, tousles os étant presque également composés de tissu spongieux, comme cela se voit surtout dans les cétacés.

La nourriture aurait aussi une certaine influence sur la composition chimique du système osseux des mammifères ; en effet , en comparant les os du lion et ceux du mouton , on a trouvé que les premiers contiennent proportionnellement beaucoup plus de carbonate de chaux. Ainsi , un os de lion ayant été trouvé composé sur

1,000 parties de

Charbon ’ 1,000

Phosphate de chaux 95o,5oi

Çai-boiiate de chaux 26,309

Les os de rnputon ont donné :

Charbon, résultat de l’incinération

de la matière animale o,5

Phosphate de chaux 800

Carbonate de*^ chaux igS

(<j) COMPOSITION INTIME UES ANIMAUX. î'.Sy

Je ne vois pas que l’on ait remarqué de différences dans le tissu osseux des mammifères, selon qu’il appartient à des degrés d’organisation différens.

Si l’on considère les os des mammifères dans leur nombre et dans leur disposition, on aperçoit bien encore d’autres modifications assez notables; mais je dois les passer sous silence, parce qu’elles sont du domaine de l’anatomie topographique.

La conformation générale du tissu osseux des oiseaux présente un caractère particulier ; c’est que les os des animaux de cette classe sont trèsminces , très-légers , comparativement à ceux des mammifères, et que le développement delà cavité des cellules intérieures se trouve en communication avec le système aerien , qui pénètre les os de l’oiseau. Ceci s’observe surtout au fémur et à l’humérus : les os du bassin eux-mêmes communiquent avec le fémur. On voit dans ce dernier os le sac pulmonaire se prolonger et se continuer dans son intérieur. Et c’est de la même manière que l’humérus communique avec la clavicule et le sternum, dans l’intérieur duquel on trouve aussi une cellule pulmonaire. Il résulte de là que le tissu osseux des oiseaux se trouve dans les conditions les plus favorables pour aider leurs puissances muscidaires, qui jouissent d’une activité très-remarquable * Il ne peut y avoir de cavité médullaire dans les os dont nous venons de

a38 COURS DE PHYSIOLOGIE. (lo)

parler , tandis que, dans les autres parties du tissu osseux de ce groupe d’animaux , nous trouvons des cellules remplies de graisse , comme déjà nous en avions rencontré dans les autres vertébrés.

Il paraît aussi que le séjour n’est pas sans influence sur la disposition du tissu osseux de ces animaux, comme nous venons de le faire observer déjà à l’égard des mammifères. Ainsi, les os d’un oiseau tout-à -fait aquatique diffè rent notablement de ceux d’un aigle et d’un pélican , et même de ceux des oiseaux, qui , comme les gallinacées, sont appelés à vivre à la surface de la terre, et cette différence consiste dans la prédominance du tissu compacte sur le tissu spongieux et médullaire. On a également prétendu que la nourriture apportait de notables modifications dans la composition chimique du tissu osseux de ces animaux , suivant l’espèce de 'nourriture animale ou végétale; ainsi, dans un oiseau qui se nourritde substances végétales, comme le poulet , on a trouvé dans la composition des os :

Charbon, résultat de l’incinération. 2,968

Phosphate de chaux 885, 5g5

Cai'honate de chaux io3,8i3

Mais comme nous manquons complètement, à cet égard ^ d’expériences comparatives, sans nier la différence indiquée , il nous est impossible de la déterminer.

Le tissu osseux des reptiles offre à peu près la

(il) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 23()

même composition que celui des oiseaux. On n’y rencontre point de cavité médullaire, mais un tissu tout -à -fait analogue à celui des animaux aquatiques. Cependant, je n’ose pas affirmer qu’il en soit de meme pour les crocodiles; car il serait possible que chez eux , le tissu osseux se rapprochât davantage de celui des animaux supérieurs , et qu’on y rencontrât une cavité médullaire , à la place des cellules que présentent les tortues.

Chez \esamphibiens , la partie organique du tissu osseux n’est plus gélatineuse, mais muqueuse: elle est, relativement à la partie inorganique, bien plus considérable que dans les trois classes précédentes ; et dans cette moindre quantité de sels calcaires , la proportion du phosphate de chaux étant de 962,222, celle du charbon de 1,666, le carbonate de chaux s’y présente dans la proportion de 2,444 sur mille. Du reste , les expériences n’ont pas été, jusqu’à présent, assez multipliées, pour qu’on puisse affirmer que la nourriture ait une influence bien manifeste sur la proportion des deux sels qui composent la partie inorganique des os de ces animaux. Quoi qu’il en soit, les os des amphibiens sont peu cassans, et offrent toutes les propriétés de ceux des jeunes animaux des autres classes; ils n’ont point de cavité médullaire, mais seulement des cellules intérieures.

24o cours de physiologie. (12)

Les os despo/ssons ont, jusqu’à un certain point, les mêmes caractères que ceux du groupe précédent mais exagérés. Ainsi la substance organique est également de nature muqueuse, et jouit de la propriétédese gonfler, soit qu’onlaplonge dans l’eau, soit qu’on la traite par les acides; elle est comparativement encore plus abondante que dans les ampbibiens. Quant à la proportion des deux sels inorganiques, elle est à peu près la même. Les os présentent aussi des différenees, selon qu’on les examine dans les poissons osseux , ou dans les poissons cartilagineux, différences qui tendraient à faire croire que le carbonate de chaux est , chez les premiers, plus considérable que dans les animaux supérieurs qui se nourrissent de substances végétales. Ainsi , d’après l’auteur dont nous avons cité plus haut les recherches, les os du turbot {pleuronectes maximus') sont composés de

Phosphate de chaux 918,947

Carbonate de chaux 52,63i

Charbon animal 0,626

M. Chevreul , qui a également analysé les os des poissons avec tout le soin convenable , est arrivé à un résultat assez singulier. C’est que le système osseux qui entre dans l’organisation de la peau de certains d’entr’eux , offre les mêmes caractères que la sclérotique osseuse des poissons dits osseux.

(i3) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. ^-4 1

Ayant analysé le squelette d’un poisson osseux ,

il a trouvé :

Matière grasse (oléine) i9,5o

IMatière azotée cartilagineuse. . . . 3G,5o

Sous-carbonate de soude , |

Sulfate de soude , ‘ ' o,8o

Chlorure de sodium , )

Sous-carbonate de chaux 5,5o

Phosphate de chaux Sy^oo

Phosphate de magnésie 0,70

Peroxide de fer (des traces).

Nous devons également à M. Ghevreulune analyse du cartilage du squale, où il a trouvé les mêmes substances , mais dans des proportions un peu différentes , c’est-à-dire que le carbonate et le phosphate de chaux y sont moins considérables que dans les poissons osseux, tandis que c’est le contraire pour la matière cartilagineuse. Le point essentiel est qu’il résulte des analyses de ce chimiste, que les squelettes des poissons osseux et cartilagineux sont absolument de même nature , et qu’ils ne diffèrent l’un de l’autre que par la quantité de phosphate et de carbonate de chaux qui s’y introduit.

Une autre différence non moins importante se remarque dans le tissu osseux des poissons car-

Page 1