‹ Cours de physiologie générale et comparée [electronic resource] (volume 2)Chapitre 44 sur 58 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

coulis DE PHYSIOLOGIE,

Messieurs ,

Nous devons maintenant nous oceuper d’un seeond genre de tissu sarceux , bien distinct des deux espèces précédentes , selon moi , et que je nomme endérien , parce qu’il appartient^ non plus comme celles-ci , aux couches superficielles de l’organisme, mais à sa partie profonde , à cette partie que M. Laurent a désignée par la dénomination générale à’endère.

2° Du tissu sarceux endérien.

Ce tissu est plus connu sous le nom de tissu musculaire du cœur , parce qu’on a généralement regardé cet organe comme le seul où il existât. Sans m’arrêter à approfondir jusqu’à quel point cette •opinion est exacte, je vous dirai, pour le moment, que je crois que le tissu sarceux endérien peut fort bien être admis aillenrs encore que dans le cœnr; vous savez déjà qu’il est des animaux chez (jui la masse entière du corps jouit d’une conti’actilité fort grande , quoiqu’il n’y paraisse pas de fibres musculaires ; or , je pense que l’on doit regarder comme chose ti'ès -vraisemblable l’analo-

gie , (lirai-je l’identité , du tissu qui les compose, et de celui du cœur, bien que, dans un cas , ce soit un fluide nutritif, et dans l’autre, les excitans extérieurs qui mettent en jeu la force de contraction.

Vous n’avez pas oublié. Messieurs, l’erreur commise par Bicbat , lorsque , placé au point de vue tout spécial de l’anatomie humaine, il a réuni le tissu sarceux du cœur, à celui cjui meut la membrane muqueuse, sous la dénomination collective de sy stème musculaire de la vie organique; je vous ai déjà fait remarquer le vice d’un pai’eil rapprochement pour quiconque envisage l’organisation animale à tous ses degrés. L’examen rapide que nous allons faire de cette troisième variété de l’élément sarceux, vous démontrera, je l’espère , qu’elle mérite , en physiologie générale, une place à part.

Chez les animaux où le tissu sarceux endérien peut être bien distingué, on ne le trouve que dans des endroits limités, et peut-être uniquement autour de tous les canaux que parcourent les fluides circulans; c’est lui qui leur donne l’impulsion. Dans les classes supérieures , on ne le rencontre même (ju’au point de jonction des troncs du système veineux et du système artériel , où il constitue le cœur; on dit que les grosses veines, au voisinage de cet organe, sont aussi renforcées de quelques

rouus DE PHYSIOLOGIE.

fibres sarceuses ; c’est un fait contesté , mais qui se conçoit parfaitement. Nous aurons, plus tard, occasion de reconnaître que l’élément qui nous occupe peut fort bien être admis dans les vaisseaux des animaux qui n’ont pas de cœur. On a dit qu’il existait dans l’iris, je ne le pense pas; en tout cas , ce serait la modification dont il s’agit maintenant qu’on retrouverait dans les vaisseaux de cette membrane (i).

Mais comme nous ne connaissons la fibre musculaire endérienne que d’après l’étude de celle qui compose le cœur, tout ce que nous allons dire à son égard se rapportera plus particulièrement à l’élément constituant de cet organe.

Caractères anatomiques. Le tissu musculaire du cœur est tout à la fois moins solide et moins celluleux que celui des couches tégumentaires ; il y a moins de tissu celluleux et plus de matière contractile. Mais il est aussi , et en raison même de ce caractère, bien plus difficile de séparer ce tissu en faisceaux et en libres; et c’est une chose que l’on conçoit pai-faitement , quand on songe qu’ici le mouvement a lieu à la fois dans tous les sens ,

tandis que dans les systèmes hypodermien et sous-

(i) Je rejette complètement l’existence de la fibre sarceiise dans l’iris, comme agent immédiat des mouvemens de cette partie ; mais je n’en conteste pas la possibilité dans ses vaisseaux , comme imprimant un mouvement plus rapide au sang qui les parcourt. '

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muqueux il se fait dans une direction déterminée. Bien que dans le dernier siècle Senac et Woll'f , et de nos joui-s M. Amussat aient étudié avec une attention toute particulière la structure intime du cœur, et qu’ils aient cherclié à démêler et à décrire la forme , la direction et les rapports de ses faisceaux et de ses fibres , ils n’ont pu , je vous l’assure^ nous donner à cet égard que des choses très-générales; car, en répétant leurs analyses avec l’aide d’instrumens grossissans , on se convainc bientôt que les fibres de l’organe en question sont bien plus nombreuses et que leurs rapports sont bien autrement compliqués que ne l’ont dit les observateurs précités. Prenez un des faisceaux musculaires du cœur, qui, pour le dire en passant^ ressemblent assez bien à des virgules ; examinez-le, en armant vos yeux d’une forte loupe ou d’un microscope faible , et vous pourrez aisément vous assurer de l’exactitude de ce que je vous dis. Vous reconnaîtrez vous-même l’impossibilité de porter l’analyse anatomique à son dernier terme.

Caractères physiques. Le tissu sarceuxdu cœur est généralement d’un rouge foncé; il est moins résistant, plus mou, et cependant plus compact que celui des deux autres genres , ce qui dépend , comme je vous l’ai fait remarquer tout à l’heure , de ce que sa trame celluleuse est moins développée.

3Go COURS DE PHYSIOLOGIE. (0)

Caractères organoleptiques. Les personnes qui ont mangé la chair du cœur , lui trouvent un ' autre goût qua celle des autres parties musculaires. La digestion de cette chair paraît être aussi 'facile que celle de ces dernières; il ne serait pas impossible néanmoins que sa compacité rendît ce travail un peu plus diflicile à son égard.

Caractères chimiques. Les chimistes ne nous ont encore rien donné sur la composition particulière de l’élément sarceux dont il s’agit. Il sera nécessaire , quand ils s’en occuperont , qu’ils privent, avant tout, ce tissu delà quantité considérable de sang qui l’imprègne constamment, et qui se loge eu partie dans des lacunes internes dont j’ignore encore l’utilité. Il est permis de croire, sans qu’on puisse l’affirmer , que le tissu contractile endérien est principalement composé de fibrine.

Caractères vitaux. La fibre sarceuse du cœur est douée d’une force de contraction bien supérieure à celle du système hypotbécien lui-même : sans recourir aux évaluations mathématiques qu’on nous a données de cette force , vous pourrez en prendre une idée en comparant les contractions du cœur à celles de tout autre muscle placé simultanément sous vos yeux. La propriété dont nous parlons, n’est mise en jeu ni par l’influence de la

volonté (i), ni par la seule action sliinulanle du sang, car elle persiste encore pendant quelque temps après qu’on a enlevé cet organe , et quand il est soustrait de la sorte à ces deux genres de stimulation ; dans ce cas , qu’on ait soin de le placer dans des circonstances favorables, et entre autres , dans une atmosphère qui ne soit pas trop sèche , vous verrez les contractions se continuer encore pendant un temps plus ou moins long.

Excepté dans les circonstances assez rares où il est enflammé, le cœur paraît complètement insensible ; on peut le piquer, l’irriter de toute manière, sans que l’animal en paraisse éprouver de la douleur.

Nous verrons par la suite que l’opium exerce sur cet organe , comme sur tous ceux , non-seulement des animaux , mais même des végétaux , une action remarquable , qui consiste principalement dans le ralentissement des mouvemens nutritifs ; et nous aurons, comme vous le prévoyez bien, à tirer de ces faits des conséquences bien importantes pour la médecine.

Différences selon les parties. Nous avons déjà

(i) On cite cependant l’exemple d’un sujet qui pouvait ralentir et acce'lérer , à son gre , les mouvemens de son cœur. Mais ce fait , fut-il bien ave'ré, ne prouverait rien pour les cas ordinaires, et n’établirait que la possibilité d’une influence cérébrale sur ces mouvemens.

VU qu’on n’a étudié jusqu’ici le tissu sarccux endérien que sur le cœur^ et qu’il nous est à peu près impossible d’affirmer son existence dans d’autres parties du corps; il suit de là que nous ne saurions déterminer si ses caractères varient ou non dans les divers endroits où il semble se trouver. OnT ’a comparé seulement dans les différentes portions du cœur^ et l’on a trouvé , ce qui est trèsréel^ qu’il offre des modifications assez dignes d’ètre remarquées , selon qu’on l’étudie dans les ventricules^ ou dans les oreilletes. Celui qui entre dans la composition de celles-ci est toujours plus lâche, plus fibreux, peut-être plus pâle, que celui des ventricules. Chez les poissons, où le cœur est uniloculaire, c’est-à-dire composé d’un seul ventricule et d’une seule oreillette , placés sur le trajet des vaisseaux centripètes, l’aorte, dépourvue par là de cet organe d’impulsion , se trouve eu échange renforcée à son origine de quelques faisceaux musculaires , qu’on peut considérer comme représentant la seconde moitié du cœur des animaux supérieurs. Ceci tendrait du moins à prouver que le tissu sarceux peut exister aussi dans les canaux artériels eux - mêmes. Mais serait-il vrai , comme l’ont avancé quelques anatomistes, que la partie élastique de ces vaisseaux fût formée de tissu sarceux? Je puis vous assurer que ce n’est que du tissu jaune élastique ,

(g) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 3G5 et qucj cliez tous les animaux supérieurs que j’ai disséqués, je n’ai pu découvrir ]à , quelque attention que j’y aie apportée , la moindre trace de cet élément contractile que présente l’aorte des poissons. M. Clievreul a constaté le même fait par l’analyse chimique; il a trouvé à la couche élastique des vaisseaux la même composition qu’au tissu fibreux jaune qui constitue les ligamens intervertébraux. Ainsi, je regarde comme certain que les artères , sauf à l’origine de leur système chez les poissons , ne présentent pas de tissu sarceux. Quant aux veines, il n’en est peut-être pas tout-à-fait de même , sans que j’ose néanmoins l’assurer positivement. Vous n’ignorez pas que Haller, dont l’autorité est bien puissante dans la science , admettait l’existence de la fibre sarceuse dans les parois des grosses veines; c’est une chose qu’on peut facilement concevoir , et qui ne me paraîtrai t pas surprenante^ bien que je n’aie pu découvrir le tissu dont il est question sur les veines caves d’un éléphant que j’ai disséqué; il est vrai que je ne les ai pas examinées dans leur étatde parfaite fraîcheur.

Les différences que présente vraisemblablement l’élément sarceux endérien , suivant les âges , les sexes , les tempéramens , les races , et quelques circonstances hygiéniques, n’ont pas été étudiées jusqu’à présent, et si l’on en a oh-

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serve quelques-unes , elles n ont pas été rapportées à leur eause , et n’ont pas été coordonnées sous les titres que nous venons d’énumérer. Ceci nous prouve encore combien tous les matériaux que possède la science réclament une systématisation pour ne pas demeurer oisifs et inutiles.

Les différences pathologiques ne sont pas toutà-fait aussi ignorées que les précédentes, et vous connaissez, je n’en doute pas, les nombreuses modifications que présente le tissu du cœur dans les maladies , sous le rapport de son volume, de sa densité, de sa fragilité, etc. L’hypertropbie de cet organe est une de ses maladies les plus communes , et , comme on l’a fort bien démontré de nos jours, elle reconnaît pour cause , dans un grand nombre de cas , un obstacle au cours du sang dans les gros vaisseaux qui partent du cœur , obstacle qui nécessite , de la part de celui-ci , de plus grands efforts , et amène , par cela même , un surcroît de nutrition. Son atrophie n’est pas non plus très-rare ; le tissu sarceux est alors non-seulement en moindre quantité , mais encore plus flasque , plus mou que dans l’état de santé. La graisse s’accumule souvent en grande quantité sur le cœur , et quelquefois elle en comprime le tissu , qui alors s’atrophie , et semble disparaître pour lui faire place : on a répété à ce sujet ce qu’on avait dit

(il) COMPOSITION INTIME DES ANIMAUX. 365

pour les muscles de la vie animale , que la chair musculaire se changeait alors en graisse; mais cette transformation n’est ve'ritahlement qu’apparente^ et la fibre sarceusc se trouve seulement atrophiée et comme perdue dans l’élément -adipeux, qui a pris un surcroît de développement. Du reste , tout ce que les pathologistes ont pris pour des transformations de tissu doit être considéré comme des états morbides, dans lesquels le tissu propre d’un organe a été envahi , soit par une matière normale , soit par une matière pathologique émanée du sang ; cette remarque s’applique aussi à toutes les prétendues dégénérescences du coeur , dont on a cité des exemples : quant à l’ossification, c’est dans les parties fibreuses, et non dans les parties charnues de ce dernier, qu’elle a lieu.

Les inflammations du tissu sarceux endérien sont assez rares ; ce qui dépend de ce que ce tissu renferme bien peu d’élément cellulaire, comme je vous l’ai fait remarquer plus haut. Il suit également de là que sa suppuration est plus difficile que celle des tissus plus celluleux cependant cette tçrminaison s’observe très-bien dans les cas de plaies du cœur.

Différences dans la série. Tout ce que nous pouvons dire sur les modifications que présente le tissu sarceux endérien dans la série animale.

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se re'duit à Lien peu de chose. Chez les animaux supérieurs, on remai'cjue que ce tissu est plus fibreux , plus résistant dans les espèces de mammifères et à’oiseaux qui se distinguent par leur hardiesse et leur vigueur , tandis qu’il est plus homogène, plus pulpeux, plus mou chez les espèces timides et faibles de ces deux classes , ainsi que chez les reptiles et chez les amphibiens. Je vous ai fait remarquer, en outre, la présence de fibres contractiles à l’origine du système artériel des poissons.

Si nous descendons aux animaux articulés extérieurement, nous voyons, par exemple, que dans ce qu’on peut nommer le cœur chez les écrevisses, c’est-à-dire dans l’espèce de poche contractile qui se trouve sur le trajet du vaisseau dorsal , il n’y a pas moyen de distinguer des fibres musculaires; on n’aperçoit là , avec toute l’attention possible, qu’une membrane semblable par son aspect aux membranes muqueuses, ou, pour m’exprimer plus rigoureusement , à la couche transparente et granuleuse qui constitue le réseau de Malpighi. Chez les insectes, surtout quand ils sont examinés à l’état de larve , par exemple , chez la larve du hanneton ou du ver-à-soie , le vaisseau dorsal présente une série d’étranglemens, et par cela même des renüemens dans l’intervalle de ceux-ci : cette disposition , résultat de la coui-

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pression exercée sur ce vaisseau par les faisceaux transverses des muscles hypotliéciens , a fait penser à plusieurs anatomistes que les insectes avaient une série de cœurs ^ opinion tout-à-fait sans fondement, et qui n’eût pas été émise, si l’on se fût rendu compte de ce qu’on entend par le mot cœur. Quoi qu’il en soit, le vaisseau dont il s’agit se contracte d’une manière évidente dans toute son étendue ; ce qui semble indiquer que l’élément sarceux, concentré jusqu’ici dans un point à peu près unique du système vasculaire , se dissémine dans une grande partie de ce système. La dissémination est encore plus étendue chez les sangsues et les néréides. Dans les premières , au lieu d’un vaisseau dorsal , il y a deux vaisseaux latéraux, communiquant ensemble par de nombreuses anastomoses , et qui se contractent tous deux ; bien plus , le vaisseau abdominal , qu’on peut regarder comme veineux, se contracte également. On ne distingue plus, il est vrai, à ce degré de 1 organisation , les caractères qui nous font reconnaître chez les animaux supérieurs le tissu sarceux endérien ; mais comment expliquer les mouvemens de systole et de dyastole des vaisseaux dont il s’agit, sans y admettre l’existence de cet élément ?

Chez les malacozoaires céphalopodes , on remarque, à l’endroit où le tronc du système vasculaire

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