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II. — DES ORGANES PÉRIPHÉRIQUES DE LA CIRCULATION

A. Dispositions mécaniques de ces organes.

Nous avons vu que du ventricule partait une artère qui allait se ramifiant de plus en plus. Au point de vue mécanique ou hydrostatique on peut faire abstraction de la forme ramifiée de l’arbre artériel (fig. 50, A), c’est-à-dire que juxtaposant tous les troncs artériels (B), on peut faire abstraction de toutes les cloisons résultant de l’accolement des vaisseaux (C). Or, comme il est prouvé (tout au moins pour les branches périphériques des artères) que quand un tronc vasculaire se divise, la somme des lumières des deux branches est toujours plus forte que la lumière du tronc primitif, en sorte que la capacité du système augmente à mesure qu’on s’éloigne du tronc aortique, en faisant l’opération schématique précédente, on obtientra en somme une figure conique pour le système artériel (fig. 56, C). Ce cône sera évasé en pavillon, et cet évasement sera assez considérable vers les extrémités artérielles (base du cône), car l’élargissement du lit dans lequel circule le sang est très rapide à mesure qu’on approche des capillaires (fig. 57). küss et dcval, Physiologie. 14

Les mêmes principes étant appliqués au système veineux, celui-ci pourra être figuré théoriquement par un cône opposé par sa base au cône aortique; la base commune représentera le système capillaire : ce sera un très court cylindre compris entre deux cônes (fig. 57) L

Fig. 56. — Schéma d’un cône vasculaire * **.

Fig. 57. — Schéma de l’évasement du cône artériel et du cône veineux, avec interposition des capillaires**.

Pour ce qui est de leurs rapports avec le cœur, nous savons déjà qu’au sommet du cône artériel se trouve un réservoir musculeux, le ventricule gauche; au sommet du cône veineux un réservoir analogue, l’oreillette droite. Cet ensemble constitue le système de la circulation générale, la grande circulation. A côté de ce double cône représen-

1. Berrycr-Fontaine (thèse de Paris, 1835) a fait observer que dans la comparaison du calibre d’une artère et du calibre total de ses branches de division, les physiologistes, comparant entre eux les diamètres et non les carrés des diamètres, avaient été induits en erreur et avaient à tort posé comme règle générale que la somme des lumières des deux branches est supérieure à la lumière du tronc primitif: aussi pour Berryer-Fontaine le système artériel restewaiL sensiblement cylindrique dans toute son étendue. Cette remarque est juste pour 1 aorte et les grosses artères des membres; mais vers leurs divisions terminales les artères et artérioles représentent, selon le schéma classique, un cône dont le sommet est vers le cœur et la base vers les capillaires : les cônes schématiques que nous figurons ici sont sans doute trop courts; leur sommet devrait se prolonger en cylindre comme le représenteraient plus exactement des figures 51 et 52 (p. 227 cl. 229).

* Construction d’un côno vasculaire, d'un cône artériel par exemple ; A. artère se birfurquant successivement; — en It on suppose les branches de bifurcation rapprochées et juxtaposées: il en résulte une seule cavité cloisonnée; en C, parla suppression de ces cloisons, on voit que l’ensemble du tronc primitif cl de scs branches de division constitue un cône.

** V, Ventricule ; — O, oreillette ; — a, cône artériel ; — v, côno veineux ; — c,c, capillaires.

ARTÈRES : PRESSION DU SANG

tant la circulation générale, s’en place un autre représentant la circulation pulmonaire; comme pour le premier système, les deux extrémités du double cône aboutissent chacune à un réservoir musculeux : le ventricule droit d’une part, et l’oreillette gauche de l’autre.

En donnant à ces deux systèmes de cônes la forme courbe, de façon à pouvoir ramener leurs différents sommets au même point central, au cœur, tel qu’il est en réalité disposé, on pourra représenter graphiquement l’ensemble du système circulatoire sous la figure de deux cercles incomplets, se touchant par les deux extrémités où chacun d'eux est ouvert, de façon à former par leur opposition une sorte de 8 de chiffre (fig. 58).

La figure 58 montre nettement que les quatre réservoirs musculeux, dont l’ensemble constitue le cœur, sont disposés de manière que le double cône pulmonaire soit en communication avec le double cône de la circulation générale. A cet effet, dans le ventricule gauche, commencement du système de la circulation générale, s’ouvre l'oreillette gauche, aboutissant du système veineux pulmonaire : tel est le cœur gauche. D’autre part, dans le ventricule droit, point de départ du cône artériel pulmonaire, s’ouvre l’oreillette droite, aboutissant du système veineux général : tel est le cœur droit.

Connaissant le mécanisme du cœur, nous pouvons, avec ce simple schéma des organes périphériques, nous rendre un compte exact de la circulation et apprécier les deux conditions essentielles du sang en mouvement, c’est-à-dire sa

*A, Grande circulation. - V'.VcnlricuIegauche; — a, aorte et son cône artériel-

cc, capillaires généraux du corps; — v, veines allant former les veines caves (cône veineux); — O, oreillette droite ;

B, PETITE circulation. V. Ventricule droit;-,', artère pulmonaire et ses divisions (cône artériel de la peine circulation); — c', c', capillaires pulmonaires- — a , veines pulmonaires (cône veineux de la petite circulation); - O', oreillette gauche; - toute la partie ombrée de la figure représente la partie du système vas culaire remplie par du sang veineux, du sang noir. ^ "

Fig. 58. — Schéma de la grande et de la petite circulation*.

2ii sang et circulation.

pression et sa vitesse dans les divers points de l’appareil circulatoire.

Pressions. Le ventricule lance à chaque contraction 175 à 180 gr. de sang dans le système du cône artériel, ce qui a pour effet d’y maintenir une pression qui s’élève à 1/4 ou 1/5 d’atmosphère (environ 130 mm. de mercure). Au contraire l’oreillette, placée au sommet du cône veineux, a pour effet, par son relâchement, de diminuer la pression, de la rendre nulle à l’extrémité de ce cône, puisque nous avons déjà comparé son action a celle d une saignée. Il en résulte donc une diminution graduelle de pression dans l’intérieur de l’appareil hydrostatique formé par les deux cônes, diminution de pression quifait circulerle sang depuis le ventricule gauche jusque dans 1 oreillette droite, en d’autres termes, le défaut d’équilibre fait naître un courant du côté de la pression la plus faible.

La pression du sang dans un point quelconque de l’appareil circulatoire est donc en raison de la distance (mesurée sur le trajet vasculaire) à laquelle ce point est placé du sommet ventriculaire et du sommet auriculaire du double cône circulatoire : au niveau du sommet ventiiculaire, c està-dire dans l’aorte, la pression est à son maximum (1/4 ou 25/100 d’atmosphère; soit 130 mm. de mercure); au sommet auriculaire, c’est-à-dire dans les veines caves, elle peut être regardée comme à peu près égale à 0 (ou 1/100 d’atmosphère). - Dans les capillaires, placés à une distance moyenne de ces deux extrémités, elle sera donc de 12/100 (soit 60 mm. de mercure). — Dans un point quelconque des artères elle sera représentée par un nombre intermédiaire entre 25/100 et 12/100, selon la position du point considéré; de même dans un point du cône veiueux, par un nombre semblablement intermédiaire entre 12, 100 et 1 100 Aussi quand on ouvre un point quelconque du système artériel , et surtout près de son origine, on a un jet de sang' qui s’élève très haut (jusqu à 2 mètres), tandis que d’une ouverture faite sur les veines, le sang sort en bavant, à moins qu’on ne change artificiellement les conditions i e pression, comme par exemple en plaçant une ligatuic sui

ARTÈRES : PRESSION DU SANG. 245

les veines (comme lorsqu on comprime les veines pour pratiquer la saignée du bras).

Ces différences dans la pression latérale qu’exerce lesang contre les parois le long desquelles il passe, peuvent encore mieux s’apprécier en faisant communiquer différents points du système circulatoire avec des appareils manométriques, qui pour ce cas spécial prennent le nom hémodynamomètres. Le premier hémodvnam omètre, em ployé par Haies, consistait en un long tube, que ce physiologiste introduisait dans un vaisseau et où le sang s’élevait à une hauteur proportionnelle à sa pression (en général à 2m,50). — Aujourd’hui cet appareil a été perfectionné et on se sert d’un manomètre à mercure dans lequel, pour éviter la coagulation du sang, on sépare ce liquide du mercure par une couche d eau alcaline (solution

Fig. 59.

Hémodynamomètre (ou cardiomètre)*.

de carbonate de soude) capable de retarder la solidification de la fibrine (fig. 59).

Cet instrument se compose d’un flacon en verre e'pais et solide. En T se trouve un tube avec une ouverture ; l’autre extrémité du tube sort du flacon et se courbe haut, de manière a recevoir en n' un tube on verre (T) gradué - le fond du II . con et le commencement du tube gradué sont remplis de mercure. '

J " S"r,,jnciu;c >e flaco" fermé par un bouchon contenant un tube (t)

qui se continue avec un tube on métal c, destiné à entrer dans le vaisseau d lï quel on veut mesurer la pression. vaisseau dans le-

ü-iand l'instrument est enaction, toute la portion supérieure de l’appareil Xct est

SANG ET CIRCULATION

C’est ainsi qu’on a trouve pour les grosses artères une pression de 1/4 d’atmosphère (130 million, de mercure dans la carotide du chien) ; pour les artères plus éloignées du cœur, comme l’humérale, 1/6 (110 à 120 millim. de mercure dans la brachiale de l’homme) et ainsi de suite. Dans les veines on trouve au contraire des pressions très faibles, comme le font prévoir nos considérations schématiques. On n’a pu mesurer directement la pression dans les capillaires ; nous savons par le raisonnement qu elle doit être de 12/100 d’atmosphère. Cependant le sang ne sort pas par jet dans les hémorragies capillaires : c est qu ici la marche du sang est très retardée par les frottements considérables que celiquide éprouve contre les parois de ces petits tubes; en effet, si on examine au microscope la circulation dans les capillaires, on voit que toute la partie périphérique du liquide en mouvement adhère à la paroi et se meut très peu ( couche inerte ), et que la colonne centrale seule se meut, entraînant avec elle les éléments globulaires du sang, et surtout les globules rouges.

Ces notions si simples sur la distribution FIG. 60. -Vaisseau des pressions dans le système circulatoire capillaire de la ont été cependant assez diificiles a acquemembrane naia- rjr p0iseuiHe pensa tout d’abord que la

“Tue?'"”0 s,'°" pression était la même dans tout l’appareil circulatoire, quelle que fût la distance du

i * î pf i»on mesure ainsi la. tension du sang1.

ec'0 d»n. C»,d. partie de, a 1-

des globules rouges U.i.

rant sanguin où sc meuvent plus lentement les globule blancs. (Grossis, mètres.)

ARTÈRES : PRESSION DU SANG

ventricule au point considéré; cette erreur, que le raisonnement pouvait déjà faire relever, a été expérimentalement renversée par Marey, qui a montré que dans le système vasculaire , du cœur vers les capillaires, les pressions se distribuent comme dans le liquide d’un tube qui d’un côté est librement ouvert et de l’autre communique avec le fond d’un vase rempli de liquide à une certaine pression. Poiseuille avait encore pensé à priori que la pression générale devait varier chez les animaux de volumes différents, et être en rapport avec leur taille. Mais Claude Bernard a montré qu’il n’en est point ainsi, et que par exemple l’appareil qui suffit pour mesurer la pression moyenne ou la pression minimum chez un lapin , est parfaitement suffisant pour mesurer ces mêmes pressions par exemple chez un cheval. Mais , grâce à l’usage du cardiomètre, il a montré en même temps que dans la pression du système artériel il faut distinguer deux choses : 1° ce que nous venons d’appeler la pression générale, la pression minimum; — 2° les oscillations que subit cette pression à chaque nouvelle ondée que lance le ventricule. C’est dans l’appréciation de ce nouvel élément, de ces maxima rythmiques , que l’idée de Poiseuille se trouve jusqu’à un certain point confirmée: cette pression varie d’un animal à un autre en raison d’une foule de conditions, parmi lesquelles il faut tenir grand compte de la taille (Cl. Bernard) i.

Vitesses. La vitesse et la pression du sang en 'un point donné ne sont nullementen raison directe l’une de l’autre: nous avons déjà vu qu’en arrêtant la marche du sang dans une veine on y augmente la pression. Si la pression en un point donné dépend de la distance à laquelle ce point est situé des deux extrémités du double cône circulatoire, la vitesse au contraire dépend de la largeur, de la forme de la portion des cônes circulatoires à laquelle appartient ce point. En d’autres termes, et cela est facile à concevoir, le mouvement du sang est d’autant plus rapide quela portion du canal considérée présente une moindrclumière:il estbien évident

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