‹ Cours de physiologieChapitre 14 sur 260 · PHYSIOLOGIE CELLULAIRE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE CELLULAIRE

On éclaircissait ainsi la question des mécanismes fonctionnels, et, par exemple, pour ce qui est des fonctions de la respiration, on déterminait le rôle de la glotte, de la trachée, du poumon; mais tous ces appareils mécaniques ne sont que pour amener l'air au contact du sang, et le sang lui-même n'est que pour amener l'oxygène au contact des tissus. Que le mécanisme respiratoire soit accompli par un poumon, des branchies ou des trachées, ce qui semble indiquer la différence la plus absolue dans le mode de 1 piration, l'acte intime d'utilisation de l'oxygène par les éléments des tissus est cependant toujours le même. Au-dessous des variétés les plus infinies de mécanismes préparatoires, nous trouvons toujours les mêmes phénomènes élémentaires. Les mécanismes sont l'objet de la physiologie spéciale, presque exclusivement cultivée au commencement de ce siècle; les phénomènes élémentaires, c'est-à-dire se passant dans les éléments anatomiques des tissus, sont l'objet de la physiologie générale : avoir créé cette physiologie générale sera à tout jamais le titre le plus glorieux de Cl. Bernard.

Mais qu'il s'agisse du domaine de la physiologie générale ou de celui de la physiologie spéciale, c'est toujours, nous le répétons, à des phénomènes de nature physico-chimique ou même purement mécanique que nous avons affaire.

C'est ainsi que, d'une part, l'appareil delà circulation nous présente des phénomènes qui relèvent des lois les plus simples de la mécanique ; que l'oeil est un véritable appareil physique de dioptrique; que la transformation de l'amidon en sucre, dans le tube digestif, est un fait essentiellementchimique. Ce que les phénomènes vitaux présentent de particulier, ce ne sont ni les résultats qu'ils produisent, ni les forces qu'ils mettent en jeu, mais la manière dont ils combinent ces forces : il n'y a pas de phénomènes vitaux proprement dits, il y a des procédés vitaux.

B. Physiologie cellulaire. — Ces phénomènes se localisent, avee leurs caractères de procédés spéciaux, dans les éléments anatomiques, et se trouvent au plus haut degré dans les globules ou cellules, ou dans des formes dérivées des cellules et en ayant conservé les propriétés (fibres musculaires, par exemple). Les cellules présentent un aspect essentiellement changeant : d'une existence éphémère, elles subissent des métamorphoses incessantes de forme et de composition, depuis un moment qu'on peut appeler leur naissance, jusqu'à celui qui constitue leur mort : en un mot, elles ont des âges, elles présentent une évolution. L'évolution est

précisément ce qu'offrent de plus particulier les êtres, comme les éléments organisés.

Ces métamorphoses sont, avons-nous dit, « des changements de forme et de composition » . Les changements de composition ne suffisent pas pour caractériser la vie, car tout corps organique au contact de l'air absorbe de l'oxygène et dégage de l'acide carbonique, jusqu'à ce qu'il soit complètement brûlé, putréfié. Le globule, au contraire, loin de se détruire par cet échange, se transforme, se multiplie : telle est la vie.

C'est donc par l'étude de la cellule en général que nous devons commencer, et c'est autour d'elle que tout doit se grouper, puisqu'elle est l'élément essentiellement vivant.

C. La cellule; propriétés de la cellule. — Les cellules, éléments essentiellement vivants, sont tout d'abord caractérisées par leurs dimensions microscopiques . De là l'importance du microscope dans les études de physiologie générale. En effet, le diamètre des cellules est assez petit pour que les histologistes aient cru devoir adopter comme unité de mensuration le millième de millimètre (désigné généralement par la lettre a). Un seul, Y ovule, atteint chez les mammifères jusqu'à 2/10 de millimètre, de façon à être déjà visible à l'œil nu, et présente chez les autres animaux des dimensions très considérables (jaune de l'œuf d'oiseau).

Si, après leurs dimensions exiguës, nous passons en revue les caractères des cellules, en commençant par leurs propriétés physiques et chimiques pour terminer par celles qui se rapportent à leur évolution, nous trouvons successivement à noter :

Forme de la cellule. — Toutes les cellules ont primitivement la forme d'une petite masse sphèrique, constituée par une substance albumineuse, d'aspect plus ou moins granuleux, et dite pr otoplasma 1. C'est ainsi qu'elles se présentent à l'état jeune (protoblastes de Kœlliker, gymnocytodes de Hœckel) ; on dit alors que ces éléments, qui méritent bien plus le nom de globules que celui de cellules, sont formés par une simple masse de protoplasma homogène. Mais ils peuvent ensuite, par diverses causes, changer à l'infini déforme et d'aspect. Ainsi leur substance homogène peut se diviser de façon que vers la superficie se groupent des parties solides, tandis qu'une matière plus liquide restera vers le centre ; le protoplasma s'est sécrété une enveloppe, et l'on a de la sorte un corpuscule formé d'une membrane limitante et d'un

1 De TrpwTo;, premier, xlô.G\i.ot. (de TÙaacrto, je forme); le protoplasma est la matière vivante par excellence.

LA CELLULE. — LE PROTOPL.VS.Ma 7

contenu. Alors ce globule prend la forme qui lui a mérité généralement le nom de cellule i. La cellule ainsi constituée domine presque uniquement dans le régne végétal (fig. i). A Y état de cellule l'élément vital se compose d'une enveloppe amorphe (cellulose

chez les taux), d'un contenu granuleux et transparent

Cprotoplasma et diverses substances élaborées par lui), au milieu duquel on trouve une vésicule nommée noyau (nucléus), laquelle renferme elle -même une autre vésicule nommée nucléole.

Fig. 1. — Cellules végétales (pomme de terre) *.

Les cellules k l'état de simple masse de protoplasma sont celles qui présentent la vie la plus active, et un grand nombre d'animaux inférieurs (monères) sont réduits à une sphère de protoplasma. Aussi plusieurs auteurs font-ils aujourd'hui de l'étude des propriétés du protoplasma la base de la physiologie générale, et en effet, étudier les propriétés des cellules vivantes, c'est étudier les propriétés du protoplasma.

Outre ce groupement de la masse primitivement homogène, les formes extérieures de la cellule peuvent se modifier à l'infini : par exemple, par les progrès de la nutrition, la cellule grossit; alors, pressée par ses voisins et les pressant lui-même, elle prend des formes plus ou moins géométriques (fig. 1). Ailleurs, dans les centres nerveux, par exemple, les rapports que les cellules nerveuses doivent affecter avec les fibres nerveuses obligent les premières à s'éloigner de la forme typique pour prendre des prolongements en étoile. C'est ainsi, et par bien d'autres causes à voir par la suite, que nous trouvons, dans les cellules achevées et modifiées, les formes polyédriques, lamellaires, cylindro-coniques, fusiformes, étoilées.

1 Le nom de cellule a été employé en ayant égard surtout à la cavité circonscrite par l'enveloppe du globule, et à une époque où l'on ne tenait guère compte du protoplasma contenu dans cette cavité. Or c'est ce protoplasma qui est la partie essentiellement vivante. C'est pourquoi le nom de globule devrait être préféré à celui de cellule; mais l'usage contraire a prévalu.

• o, Cellules à parois épaisses, régulièrement polygonales; — b et c, cellules isolées, avec enveloppe, contenu finement granuleux, noyau et nucléole; — rf, par l'action de certains réactifs (eau), on a produit une rétraction et un aspec étoile dans le contenu cellulaire ou protoplasma. (Virchow, Pathologie cellulaire.)

PHYSIOLOGIE GENERAI E

Propriétés du protoplasma. — La propriété la plus caractéristique du protoplasma est d'être doué de mouvements particuliers : si le protoplasma forme une cellule sans enveloppe, on le voit, à l'état vivant, émettre des prolongements (pseudopodes) qu'il peut ensuite rétracter, mais dans l'un desquels peut aussi se porter graduellement toute sa masse, de sorte que la cellule se déplace. On fait facilement l'observation de ces phénomènes sur les amibes (amœbaj. animaux inférieurs dont chacun est réduit à un simple globule de protoplasma, et c'est pourquoi on a donné aux phénomènes sus-indiqués les noms de prolongements amiboïdes, mouvements amiboïdes : les globules blancs du sang de tous les animaux présentent les mêmes phénomènes, et, actuellement, un

Page 1