‹ Cours de physiologieChapitre 148 sur 260 · MUSCLES DU LARYNX · texte numérisé non relu

MUSCLES DU LARYNX

comme tous Les muscles courbes placés autour d'un orifice : mais nous verrons bientôt que La contraction de ce muscle a encore à jouer un rôle bien autrement important.

Nous n'avons pas parlé d'un muscle extérieur du larynx, du crico -thyroïdien : ce muscle n'a sur la glotte qu'une action relativement moins importante; il fait basculer le cartilage thyroïde

en avant, en le tirant de son côté, et, par suite, il peut allonger la glotte en allongeant les parties fibreuses qui vont de la face interne du thyroïde à l'apophyse antérieure de l'aryténoïde; aussi a-t-il été considéré par un grand nombre d'auteurs comme tenseur des cordes vocales; mais l'expérience directe a montré que le rôle de ce muscle est à peu près nul dans la phonation ; les modifications qu'il imprime à la glotte semblent être en rapport plutôt avec la déglutition qu'avec la phonation ; et, en effet, il est innervé par le même nerf que le constricteur du pharynx (nerf laryngé supérieur^ branche externe).

Mécanisme de la phonation. — L'expérimentation sur les animaux, les observations accidentelles sur l'homme, les essais de phonation artificielle sur des larynx détachés, tout démontre que c'est au niveau de la glotte que se forme le son de la voix. Quand ce son se produit, nous savons que la glotte se rétrécit : aussi a-t-on cru tout d'abord que l'appareil vocal éteit comparable, comme mécanisme intime, à un sifflet, c'est-à-dire que la cause du son était la vibration de l'air lui-même passant par un orifice étroit, et produisant un son d'autant plus aigu que l'orifice est de dimensions plus petites.

11 est démontré aujourd'hui que, dans cet appareil, ce n'est pas seulement l'air qui vibre, mais encore et d'abord les bords de la glotte, de sorte que le larynx doit être comparé non à un sifflet, mais à un tuyau à anche membraneuse. Du reste, nous trouvons dans l'organisme un appareil analogue, qui peut également fonctionner comme une anche, ce sont les lèvres (orifice buccal), qui vibrent elles-mêmes, par exemple, quand on joue du cor ; inutile d'insister sur l'analogie anatomique entre l'orifice buccal et l'orifice glottique *.

Mais si les bords de la glotte vibrent, ils doivent pour cela être tendus. On a donc supposé que les cordes vocales sous-jacentes cà la muqueuse devaient être tendues par la contraction de certains

1 « Rien n'autorise à comparer les replis thyro-aryténoïdiens intérieurs soit à des cordes, soit à des rubans. 11 est beaucoup plus exact de les appeler tout simplement les replis inférieurs, ou, si l'on cherche un nom anatomique plus approprié à leur configuration et l'onction, lèvres vocales. » (L. Mandl. Trotté pratique des maladies du larynx et du pharynx, Paris, i872.)

muscles. Millier, ayant fait passer un rapide courant d'air par un larynx dans lequel il avait figuré la contraction des muscles crico- thyroïdiens par la traction d'un certain poids fixé en avant du thyroïde, obtint, en effet, un son par la vibration des cordes vocales tendues, grâce au mouvement de bascule du cartilage thyroïde.

Mais rien ne prouve que les choses se passent ainsi dans la phonation ; si les lèvres de la glotte étaient ainsi tendues, la glotte serait nécessairement allongées ; or, l'inspection directe prouve que la glotte ne s'allonge que très peu pendant la phonation. De plus, cette tension par bascule du thyroïde étant opérée par le crico-thyroïdien, ce muscle aurait le rôle capital de la phonation. Or, la section du nerf qui s'y rend (branche externe du larynx supérieur), sa paralysie modifie à peine la voix, tandis que la section du laryngé inférieur abolit immédiatement la phonation, et cependant ce nerf ne donne qu'aux muscles intérieurs du larynx et nullement au crico-thyroïdien.

Il n'en est pas moins évident que les lèvres de la glotte doivent être tendues pour vibrer, mais il reste encore à chercher, parmi les tissus qui composent ces lèvres, quel est celui qui est susceptible de tension et quel peut être l'agent de cette tension.

Or, si nous passons en revue les trois tissus qui, de la superficie à la profondeur, composent l'épaisseur des lèvres de la glotte, c'est-à-dire la muqueuse, le ligament élastique (corde vocale) et le muscle (fig. 134), et si nous cherchons quel est celui de ces trois éléments qui peut constituer le corps vibrant, il est évident que nous ne nous arrêterons pas à la muqueuse ; elle forme un revêment protecteur, mais non un appareil susceptible d'être tendu et de vibrer. La corde vocale, malgré son nom de ligament, ne nous paraît pas, contrairement à l'opinion généralement reçue, présenter les conditions nécessaires pour constituer une corde vibrante. Ce ligament est composé de tissu élastique, c'est-à-dire de fibres non rectilignes, mais enchevêtrées en tous sens, de telle sorte que, quelque traction qu'on lui applique, on ne lui donne jamais qu'un degré de tension insignifiant. Du reste, à l'état physiologique, cette tension, accompagnée du rétrécissement de la glotte, ne pourrait être opérée que par le muscle crico-thyroïdien, et nous avons vu que ce muscle n'a qu'un rôle insignifiant dans la phonation. Reste donc le tissu musculaire , le muscle thyro-arythénoïdien. Or, le tissu musculaire est très susceptible de tension. Quoi de plus tendu, de plus énergiquement élastique, de plus vibratile qu'un muscle à l'état de contraction ? Il est donc probable que c'est le muscle thyro-aryténoïdien qui, au point de vue physiologique, doit

COKDKS VOCALES

constituer la vraie corde vocale, le véritable et seul élément vibratile parmi los tissus qui composent les lèvres de la glotte. Pour vibrer, cette corde vocale est tendue, mais elle n'est point tendue par l'effet de puissances étrangères; elle se tend par elle- "ymême ; en un mot, le muscle se contracte l. La glotte forme donc, en définitive, une /tanche vibrante, non par tension, mais par contraction. C'est là, comme source de son, un appareil unique dans son genre, un appareil qu'on ne peut artificiellement imiter, puisqu'on ne peut faire du muscle ; les lèvres (muscle orbiculaire de l'orifice buccal) fonctionnent d'une manière analogue dans les cas cités précédemment 2.

Reste alors à se demander à quoi sert la corde vocale élastique. Nous comprendrons facilement son rôle si nous nous figurons ce qui serait advenu si l'appareil phonateur ne s'était composé que d'un muscle recouvert seulement d'une muqueuse ; à chaque contraction du premier, la seconde se serait irrégulièrement plissée et aurait altéré le son, comme cela se produit dès que la moindre particule étrangère, mucus ou autre, se trouve arrêtée sur la glotte. Il fallait donc là un appareil élastique qui rendît le muscle et la muqueuse indépendants l'un de l'autre, en s'interposant entre les deux. C'est précisément là le rôle de la corde

1 « C'est la contraction du thyro-arylénoïdien interne qui fait que le repli intérieur (lèvres de la glotte), mou et lâche pendant la respiration, se transtonne pendant rémission de la voix en véritable anche, dont la rigidité est proportionnelle à la tonalité. On pourrait donc dire que ce muscle est le muscle d'accommodation de la voix. » (L. Mandl, 1872.)

2 V. la remarque p. 475.

Fig. 134. — Coupe verticale du larynx *.

* Cette figure montre bien que les lèvres de la glotte so:it formées essentiellement par du li^su musculaire; — i, cartilage thyroïde; — 2, cartilage cricoïde ; — 3, premier anneau de la trachée ; — 4, èpiglotte; — â, son bourrelet médian; — G, cordes vocales supérieures; — 7, cordes vocales inférieures; — S, ventricules de Morgani ; — 9, muscle lhyro-aryténoïdien(la vraie corde vocale au point de vue physiologique';; — 10, muscle crico-arytènoidien latéral ^Beauuis et Bouchard, Anatomie descriptive).

vocale, et ce que nous avons dit de sa structure démontre assez qu'elle est admirablement conformée pour remplir ce but l.

Les différents degrés de rétrécissement de la glotte influent aussi sur la production des sons et modifient leur hauteur ; plus la glotte est resserrée, plus le son est aigu, et quand le son arrive à son maximum d'acuité, la glotte ne peut plus se resserrer sans s'oblitérer complètement dans la voix ordinaire ; mais il parait y avoir une disposition particulière pour ce qu'on appelle voix de tête (voir page 480). Il résulte de la disposition anatomique des parties, que les cordes vocales (anatomiques)se relâchent à mesure quela glotte se ferme. Si donc, ces cordes étaientla partie vibrante, les sons devraient être plus graves à mesure que se produit ce rapprochement des lèvres de la glotte ; il est vrai que l'étroitesse de l'ouverture augmente l'intensité du courant d'air et pourrait ainsi contribuera l'acuité du son ; mais les choses sont bien plus faciles à comprendre si c'est le muscle qui vibre; comme c'est lui qui, en se contractant, contribue à l'oblitération de la glotte et même qui achève cette fermeture, plus il se contracte, plus il est tendu ; plus il est, par conséquent apte à vibrer.

Ainsi les cordes élastiques, dites vocales, n'ont dans la phonation qu'un rôle accessoire, celui de servir d'intermédiaire entre la muqueuse et le muscle ; elles n'empêchent pas plus celui-ci de vibrer que les parties molles qui entourent l'orbiculaire des lèvres n'empêchent ce muscle de vibrer quand on joue du cor, par exemple.

Les vibrations du muscle thyro-aryténoïdien sont encore rendues plus faciles par la présence des ventricules du larynx, qui ont à remplir le double but, de donner plus de liberté à ce muscle (fig. 134), et déjouer le rôle de caisse de renforcement.

Parties annexées à l'appareil de la phonation. — Le son produit par la glotte est renforcé par les vibrations de la partie du canal aérien qui précède et suit le larynx. Aussi ces parties présentent-elles des mouvements spéciaux pendant la production des sons. Ainsi, pendant l'émission des sons aigus, le larynx monte, et pour cela, nous contractons les muscles sus-laryngés et renversons la tête ; pendant les sons graves, le larynx descend et le menton

1 V. Heale, Handbuch der systematischen Anatomie des Menschen, 1871,

t. II, p. 259. « Les fibres musculaires avancent tellement vers les cordes vocales et sont tellement unies au tissu élastique, qu'il est impossible de penser que les fibres élastiques vibrent isolément et que les fibres musculaires se retirent du repli muqueux... L'utilité du tissu élastique consiste en ce qu'il peut se raccourcir sans former des plis et sans onduler, comme certains ligaments de la colonne vertébrale. »

VOl\ ET PAROLE 479

s'abaisse. Ces mouvements sont bien connus, et lorsqu'on examine an malade au laryngoscope, on lui fait parfois émettre des notes aiguës, parce qu'alors l'ascension du larynx vient le présenter plus facilement à l'exploration. On a voulu rendre raison de ces phénomènes en les comparant a ceux que nous produisons dans Les instruments à vent. Dans le premier cas, on allongerait le portevent (partie M>us-glottique) et raccourcirait le porte voix (partie sus-glottique), et vice versa dans le second cas. Mais cette explication est rendue nulle par ce seul fait que les mêmes phénomènes B€ constatent quand nous produisons le son en inspirant; alors, quoique la valeur physique des appareils soit renversée (portevoix devenu porte- vent et vice versa), le larynx s'élève toujours pour les sons aigus et s'abaisse pour les sons graves.

Le fait de l'élévation du larynx s'explique beaucoup mieux en considérant que les parois de la trachée agissent comme appareil de résonance, et que, par suite, il leur faut, pour renforcer tel ou tel son, un état de tension particulier ; car la même paroi élastique ne vibre pas indifféremment avec tous les sons ; il faut pour cela que sa tension soit modifiée. Plus le son est aigu, plus les parois consonantes doivent être tendues ; ainsi la contraction des muscles sus-laryngiens tend à la fois les parois du porte-voix et du portevent !.

Il faut rattacher à ces appareils de consonance tout l'ensemble de l'appareil nasal, fosses nasales, sinus frontaux, ethmoïdaux, maxillaires. Ces cavités, vu leurs parois formées de lamelles élastiques assez minces, sont très aptes à entrer en vibration. Aussi l'altération de ces appareils modifie-t-elle considérablement le timbre de la voix. Les cartilages du nez eux-mêmes font partie de ces appareils de résonance, et chacun sait qu'en empêchant leurs vibrations on altère d'une façon particulière le timbre de la voix.

La trachée, les bronches, le poumon et la cage thoracique vibrent aussi pour renforcer les sons laryngiens. Aussi la voix se modifie-t-elle dans les affections trachéales, bronchiques et pulmonaires.

L' articulation du langage, qui est très différente du simple cri ou son laryngien, résulte presque tout entière du jeu de ces parties consonantes et principalement des modifications dans les ouvertures des lèvres et de l'arrière-gorge.

Voix et parole. — Au niveau de la glotte ne peut se produire

1 Y. E. Nicaise, Physiologie de la trachée et des bronches, 1889. — Physiologie de la voix ; dilatation delà trachée chez les chanteurs (Revue de chirurgie, août, 1891).

qu'un son inarticulé, le son giottique, qui ne présente à considérer que des différences & intensité , de hauteur, et même de timbre ; mais ce son giottique, par le renforcement de certain» de ses éléments au niveau des cavités buccale et nasale, et par son mélange avec des bruits produits au niveau de ces mêmes cavités, acquiert des caractères particuliers qui en font la voix et la parole proprement dites (V. Organes des sens, Audition, pour l'explication des mots intensité, hauteur, timbre, bruits, etc.)

L'intensité du son giottique dépend de la force avec laquelle le courant d'air de l'expiration vient frapper les lèvres de la glotte disposées pour émettre un son déterminé; cette intensité dépend donc essentiellement du développement et de l'élasticité du poumon, de l'ampleur de la cage thoracique, de la force des muscles expirateurs.

Les lèvres vocales produisent un son d'autant plus élevé qu'elles sont plus tendues et plus courtes (plus contractées en un mot). Aussi la voix humaine forme- 1- elle des gammes en allant des sons graves aux sons aigus; elle forme même deux séries de gammes, dont l'une plus basse, est généralement désignée sous le nom de registre de poitrine (voix de poitrine), et l'autre plus aiguë, plus élevé, sous celui de registre de tète (voix de tête). Ces expressions n'ont aucune valeur au point de vue physiologique, car dans les deux cas la voix se forme toujours au niveau de la glotte ; ce qui a motivé et ce qui justifie jusqu'à un certain point ces expressions, ce sont les sensations que l'on éprouve pendant l'émission de la voix dite de tête ou de poitrine, et les vibrations concomitantes plus accentuées dans les parois thoraciques dans un cas, dans les cavités sus-laryngiennes dans l'autre cas. D'après Mandl, la modification giottique essentielle qui produit l'émission des sons dans l'un ou l'autre registre, c'est que dans la voix de poitrine l'orifice giottique est ouvert et vibre dans toute son étendue, tandis que dans la voix de tête et de fausset, l'orifice giottique est ouvert et vibrant seulement dans sa portion interligamenteuse, toute la portion intercartilagineuse étant fermée, en même temps que les cordes vocales supérieures s'abaissent, s'appliquent sur les inférieures, et en recouvrent une partie considérable de manière à diminuer l'étendue de la partie vibrante (comme font les rasettes employées dans les tuyaux à anche i).

Dans ces conditions, la voix humaine peut varier en général dans une étendue de deux octaves, et selon que cette étendue de deux

1 Voy. aussi Cli. Bataille, Nouvelles recherches sur la phonation, Paris, 1861.

GAMMES ET TIMBRE DE LA VOIX j^g»

octaves est comprise dans des régions plus ou moins liantes de l'échelle des sens musicaux, on a classé les voix humaines, en allant des plus basses aux pi us élevées, en voix de basse (du fa au ré9 ), de baryton (du la au fa3 ), en voix de ténor (de Yut% au la3 ). de contralto (du mit à Vut ), de mezzo -soprano (du so/2 au m?"4 ), de soprano (du */•> au sol ) ; ces deux dernières voix sont des voix defemme. Les limites extrêmes de la voix humaine sont du /«/, (162 vibrations) à l' ut 5 (2069 vibrations). Ces différences individuelles sont dues principalement à des diilérences de longueur des. lèvres de la glotte : la longueur de ces lèvres, représentée par 25 chez l'homme, l'est par 20 chez la femme, par 15 chez les castrats, qui possèdent une voix très aiguë.

La voix de l'enfant est très aiguë, et, en effet, les dimensions de la glotte sont chez lui moitié moindres que chez l'adulte. Lors de la puherté se produit la mue de la voix, et, à la suite du développement relativement subit du larynx, la voix s'abaisse d'une octave chez les garçons, de deux tons seulement chez les filles. Dans la vieillesse, par suite de l'ossification des cartilages, de l'atrophie desfibres musculaires (?), le diapason normal baisse encore, en même temps qu'il diminue d'intensité: les ténors deviennent barytons (L. Mandl).

Le timbre de la voix a une première source dans les lèvres delà glotte elle-même. On sait qu'Helmholtz a démontré que le timbre (V. Organes des sens, Audition) est dû à ce que les sons, qui nousparaissent simples, sont en réalité composés d'un son fondamental et de plusieurs sons accessoires nommés harmoniques (Sauveur). La combinaison variable de ces harmoniques, selon les divers instruments, en constitue le timbre particulier. Les lèvres vocales peuvent, comme les hanches membraneuses, présenter, outre la vibration fondamentale d'un son, des vibrations partielles qui donnent naissance à des harmoniques divers de ce son ; de là les timbres divers du son glottique. Mais ce qui accentue surtout le timbre de la voix, c'est le mode selon lequel quelques-uns de ces sons harmoniques sont renforcés au niveau des cavités et lames vibrantes sus-g-lottiques (pharynx, bouche, fosses nasales, etc.), de manière à prédominer et à imprimer leurs caractères particuliers à la voix : (V. plus haut, p. 479).

Cette étude des sons harmoniques, comme sources du timbre de la voix, a permis à Willis, Wheatstone, Donders, du Bois Reymond, et surtout a

1 Helmholtz, Théorie physiologique de la musique, irai, franc, par Guéroult, Paris, 1868.

M. Duval, rhvsiol. 31

Helmholtz1 , de pénétrer le mécanisme par lequel se produisent les voyelles. Les voyelles sont essentiellement des sons produits par le passage de l'air dans les cavités pharyngienne et buccale, qui se disposent d'une manière particulière, et par suite résonnent différemment pour la production de chaque voyelle. Quand on prononce une voyelle à voix basse, la glotte n'y prend aucune part, et le son de la voyelle se produit uniquement par 1". passage de l'air dans les cavités sus-glottiques disposées en ce moment pour l'émission de la voyelle en question: lorsqu'on prononce cette voyelle a haute voix, les cavités sus-glottiques disposées comme précédemment ont pour effet de renforcer, dans le son glottique, les harmoniques qui correspondent précisément au son de la voyelle que l'on veut émettre. En d'autres termes, les cavités buccale et pharyngienne se comportent comme des résonnateurs, qui peuvent être diversement accordés 2.

Nous ne pouvons nous étendre davantage sur cette analyse, qui est du ressort de la physique pure; ajoutons seulement que l'on a pu parfaitement déterminer la forme que prennent ces cavités pour l'émission de telle ou telle voyelle, et que, lorsque ces cavités sont ainsi disposées, si Ton fait passer lèvent d'une soufflerie devant la bouche, on entend alors, même en retenant sa respiration, se produire des sons qui ressemblent parfaitement aux voyelles que l'on prononcerait a voix basse. D'une manière générale, on peut dire que le « diamètre longitudinal de la cavité pharyngo- buccale est raccourci et son diamètre transversal agrandi successivement pour les voyelles «, e, i; pour les voyelles o et u, au contraire, le diamètre longitudinal s'allonge et le diamètre transversal diminue. Les mouvements des diverses parties de la cavité se conforment à cette disposition générale. Les lèvres exécutent un mouvement horizontal de plus en plus prononcé en arrière pour les trois premières voyelles, tandis que pour les deux dernières le mouvement en avant sera déplus en plus marqué. Pour Yo etl'w, il y a retrait de la langue, tandis que pour l'e et Yi, la langue est plus ou moins jetée en avant. Les mouvements des joues, du voile du palais, delà luette et des piliers s'accordent à réaliser la disposition générale, etc. » (Mandl, op. cit.)

Les consonnes, qui sont, après les voyelles, le second élément de la voix articulée, ne sont pas des sons comme les voyelles ; ce sont des bruits, c'est-à-dire des vibrations irrégulières et trop confusément mélangées pour être perçues séparément (V. Audition) ; ce sont des bruits qui ne peuvent se faire entendre distinctement par eux-mêmes, mais qui se différencient par la manière dont ils laissent commencer ou finir l'émission d'une voyelle. Les consonnes ne peuvent donc pas être prononcées sans l'association d'une voyelle. De là leur nom (cuni sonare). Au moment de l'émission d'une voyelle, les cavités buccale et pharyngienne se disposent de manière a présenter à l'air, qui va produire la voyelle, certains obstacles qu'il ébranle, d'où le bruit plus ou moins éclatant des consonnes.

Selon que cet obstacle siège au niveau des lèvres, de la langue ou du

i Laugel, La Voix, l'Oreille et la Musique, d'après les travaux de Helmholtz. In Revue des Deux Mondes, mai 1807.

2 Mandl, Hygiène de la voir parlée ou chantée, Paris, 1870.

Page 1