BN8 DE L'AUDITION — EQUILIBRE
voie centripète des impressions d'équilibre vera le cervelet, qui est l'organe centra] de l'équilibration et <le la coordination des mouvements.
Cette interprétation du rôle des canaux semi-circulaires comme organes • lu sens de l'espace devient encore plus probable si l'on se pose les deux questions suivantes:
L° Existe-t-iJ des sensations particulières qui nous donnent conscience de la situation, de l'état de mouvement ou de repos de notre corps dans l'espace? Pour répondre affirmativement à cette question, il n'y a qu'a se souvenir que couché, dans une obscurité complète, loin de tout bruit, de toute sensation des organes des sens spéciaux, nous sentons fort nettement si, par exemple, nous sommes placés horizontalement, ou bien si notre tête est plus ('levée que nos pieds, si elle est inclinée d'un côté, ou en avant, etc.
2° Existe-t-il pareillement des sensations subjectives pour l'ordre de sensations que nous désignons sous le nom de sens de l'espace? Elles existent manifestement dans ce qu'on appelle le vertige de Purkinje* quand une personne a tourné pendant quelques instants sur son axe longitudinal, au moment où elle s'arrête, il lui semble voir les objets environnants se déplacer en sens inverse du mouvement qu'elle vient d'accomplir; si elle ferme les yeux, il lui semble continuer de tourner dans le même sens que celui où elle avait tourné dans l'instant précédent. Il y a donc des parties excitées d'une manière particulière par le déplacement du corps, parties dans lesquelles, après cessation de ce déplacement, subsiste pendant quelques instants l'excitation, c'est-à-dire la sensation de déplacement. A ce moment, la marche est mal assurée, parce que l'équilibre est mis en défaut par suite de cette sensation subjective d'un déplacement qui n'a pas réellement lieu.
De même, quand on attache un animal (lapin) sur une planche et lui fait subir un rapide mouvement de rotation, l'animal détaché aussitôt après présente une marche incertaine, parce qu'il a des sensations subjectives persistantes de rotation. Sans doute, l'état des impressions visuelles n'est pas étranger à ces sensations subjectives ; mais comme le vertige de Purkinje se produit également quand on tourne très vite avec les yeux fermés, il faut en conclure que l'impression a lieu encore dans un autre organe des sens.
Or, comme les lésions des canaux semi- circulaires amènent chez l'animal des troubles d'équilibre semblables à ceux du vertige de Purkinje, il paraît rationnel d'admettre que ce sont ces canaux semi- circulaires qui sont le siège des excitations dans le vertige de Purkinje, comme ils sont le siège d'une excitation traumatique lors de leur lésion. Quand un canal semi-circulaire est blessé, l'animal éprouve une sensation subjective de rotation, qui, pour rétablir l'équilibre, l'amène à tourner ou culbuter en sens inverse.
Cette interprétation du phénomène expérimental est corroborée par l'étude des faits pathologiques connus sous le nom de maladie de Ménière ; les sujets atteints de cette affection éprouvent du vertige, c'est-à-dire une sensation subjective de déplacement ; ils souffrent en même temps de bourdonnements d'oreilles; or, a l'autopsie on a toujours trouvé des lésions ues canaux semi-circulaires.
M. Du val, Physiol. 37
Or, il se trouve que ces canaux sont au nombre de trois et disposés précisément de manière à répondre chacun à l'une des trois coordonnées de l'espace. Cette disposition, qui a frappé les physiologistes, les avait amenés à penser que ces canaux, faisant partie de l'oreille interne, serviraient à juger de la direction des sons. Il est prouvé aujourd'hui que nous iueeons de la direction, de l'origine, pour ainsi dire du relief des sons, par le fait des sensations bi-auriculaires combinées, comme nous jugeons du relief des objets (vue stéréosoopique) par la vision bi-oculaire. Si avec leur triple direction, ces canaux ne donnent pas l'orientation des sens, ils ne peuvent servir qu'à l'orientation d'équilibre de la station et du mouvement l.
Telle est aussi la conclusion à laquelle est arrivée plus récemment le professeur Yves Delage (Acad. des Sciences, 26 octobre et 2 novembre 1886). Pour lui. ces canaux contribuent à nous renseigner sur l'orientation de la tête et du corps, car leur fonction essentielle [est de nous donner la notion des mouvements de rotation accomplis par notre tête, soit seule, soit avec le corps, et de provoquer par voie réflexe les mouvements des veux compensateurs de ceux de la tète et les contractions musculaires correctrices nécessaires pour assurer notre équilibre. En effet, les attitudes anormales de la tête donnent lieu, pendant les mouvements de rotation, a des illusions constantes sous l'influence desquelles nous portons sur ces mouvements les mêmes jugements que si l'axe de rotation avait tourné autour du même axe que la tête, en sens inverse et d'un angle égal. — Les otocystes des mollusques, organes formés d'une vésicule membraneuse dont les parois sont riches en terminaisons nerveuses et dont la cavité est remplie d'un liquide tenant en suspension des particules solides, ces otoevstes ont des fonctions analogues à celles des ampoules des canaux demi-circulaires. Un poulpe qui nage encore régulièrement alors même qu'on l'a aveuglé, ne peut plus, quand on respecte les yeux, mais détruit les otoevstes, conserver son orientation normale : il tourne tantôt autour de son axe longitudinal, tantôt dans son plan de symétrie. 11 y a donc lieu d'assimiler les otocystes des invertébrés et les canaux semi-circulaires des vertébrés.