EXCRETION DE L'URINE - VESSIE
dire marcher dans les tubes urinifères, et c'est cette espèce de vis a tergo qui amène Le liquide jusqu'au sommet despapilles rènalrs, d'où il suinte par an grand nombre de petites fossettes (lacunes papillaires) dans les calices el Le bassinet; c'est toujours cette môme force (vis n tergo) qui lui fait parcourir le trajet des uretères jusqu'à la vessie, car il n'est pas prouvé que d'ordinaire la contraction des parois musculaires de ces canaux entre en jeu [mur faire progresser l'urine par ondées; en effet, dans les cas Kstrophie de la vessie, les uretères venant s'ouvrir au-devant de la partie inférieure de l'abdomen pour ainsi dire à ciel ouvert, on voit l'urine suinter goutte à goutte par ses orifices, au fur et à mesure de sa production, et nullement s'écouler par jets saccadés comme ceux que produirait une contraction. Cependant il est probable que la contraction des uretères doit jouer un rôle important dans certaines circonstances. Les uretères s'ouvrent dans la vessie en traversant très obliquement les parois de ce réservoir; il en résulte que, lorsque la vessie est très distendue, la pression exercée sur ces orifices est très considérable, et la résistance à l'arrivée d'une nouvelle quantité de liquide doit être grande. C'est dans ces cas que la contractilité des uretères doit être mise à contribution, afin d'y faire progresser l'urine par une espèce de mouvement péristaltique qui lui donne assez de force pour vaincre la résistance qu'elle trouve à son passage à travers les parois vésicales.
Vessie. — La vessie est un réservoir résultant de la dilatation de la partie inférieure de Youraque ou pédicule allantoïdien du fœtus (p. 630): cette cavité est tapissée d'une pi t hélium et formée de couches 'musculaires plus ou moins régulières.
V épithélium vésical est pavimenteux et stratifié, mais ses éléments cellulaires superficiels sont remarquables par l'irrégularité et la bizarrerie de leurs formes (fig. 183) : on trouve Là toutes les formes si variables dont l'assemblage avait été regardé autrefois comme caractéristique des tumeurs malignes, du cancer en un mot. Au point de vue physiologique, cet épithélium est remarquable par son imperméabilité; il s'oppose absolument aux passages : ainsi on a pu maintenir longtemps dans une vessie parfaitement saine une solution de belladone sans constater d'empoisonnement par l'atropine : de même avec des solutions opiacées. Mais, si l'épithélium est altéré, il y a aussitôt absorption, et, par exemple, de l'eau alcoolisée, injectée dans une vessie atteinte de catarrhe, a donné lieu rapidement aux accidents de l'ivresse. Cet épithélium conserve encore sa vitalité et, par suite, son imperméabilité quelques heures après la mort; si on injecte, par une sonde, du ferro-cyanure dans
APPAREIL URINAIKE
la vessie d'un animal, qu'on le mette à mort, qu'on découvre la vessie, et qu'on dépose un sel ferrique sur la face externe de ce réservoir, on ne verra pas se former de bleu de Prusse, preuve que les deux sels sont séparés par une barrière infranchissable, l'épithélium1. Mais si, avec un fil de fer introduit dans la vessie par le canal de l'urètre, on gratte on détruit un peu la surface épithé-
liale, aussitôt on voit se former une tache bleue en ce point. Cette opposition au passage résulte donc uniquement de la présence de l'épithélium, et il ne suffit pas, pour expliquer la non-absorption, d'invoquer l'absence d'origines lymphatiques dans la muqueuse vésicale, d'autant plus que nous avons vu que dans les s» phénomènes d'absorption les vaisseaux sanguins sont pour le moins aussi importants que les lymphatiques2.
Fig. 183. — Épithélium de la vessie
i Les recherches de MM. Cazeneuve etLivon viennent entièrement confirmer les résultats, aujourd'hui classiques, publiés par Kiïss et Susini. Dans ces nouvelles études, les expérimentateurs ont surtout cherché si l'urée traverse l'épithélium vésical, et ils ont à cet effet étudié la dialyse sur des vessies pleines d'urine, extirpées à des chiens et plongées aussitôt dans l'eau distillée. Dans plus de vingt expériences ils ont reconnu que la dialyse ne commençait quequatre heures après la mort de l'animal ; le raclage de la muqueuse avec le becmousse d'une sonde amène la dialyse de l'urée à travers une vessie qui vient d'être extraite, ce qui permet bien d'affirmer que l'imperméabilité vésicale est due à la fonction physiologique propre de l'épithélium. L'élévation ou l'abaissement de la température ferait perdre à l'épithélium ses propriétés. Chez l'animal en pleine digestion, cette fonction épithéliale est très accusée ; maisdans l'état d'inanition, la fonction de l'épithélium est peu persistante après la mort. Enfin, certaines lésions des reins ou de la moelle épinière porteraient atteinte aux propriétés physiologiques de l'épithélium. (Nouvel/es Recherches sur la 'physiologie de l'épithélium vésical. Note de Cazeneuve et Livon ; Compt. rendus Acad. des sciences, 16 sept. 1^78.)
* V. J.-J.-G. Susini, De V imperméabilité de V épithélium vésical, thèse de- Strasbourg, 1867, n° 30. — Dans l'urètre, au contraire, l'épithélium. beaucoup moins résistant, et de nature différente (cellules cylindriques et pavimenteuses), permet parfaitement l'absorption. (Y. Alling, thèse de Paris, 1871.)
* a, Cellule volumineuse déchiquetée sur ses bords : des cellules plus petites en forme de coin et de fuseau sont attachées à ce bord ; — b, cellules analogues; la plu» volumineuse a deux noyaux;— c, cellule plus volumineuse encore, irrégulièrement quadrilatère, avec quatre noyaux;— d, cellule avec deux noyaux et des fossette* (échancrures) vues de face, répondant aux dépressions du bord. (Virchow, Pathologie cellulaire et Archiv. fur fathologitche Anatomie, Band III, Tal>l. I, fig. S).
BXCRE1 [ON DE L'URINE VK8SIE
Les muscles des parois vésicales sont lisses, et, par Buite, à
contractions |. «ntcs el paresseuses; mais ils s.-nt aussi très élasti ques, aussi la vessie est elle très dilatable, el l'urine peut-elle s'y accumuler en quantité considérable. Quand cette distension du réservoir esl poussée à l'extrême, elle devient une eau.-.' d'irritation pour la libre m useulaire, qui alors se contracte, et la vessû tend à expulser son contenu. C'est cette réaction de la vessie contre son contenu qui amène le besoin d' uriner ' .
Une question importante et d'ordinaire mal définie est celle de savoircomment l'urine, à l'état de repos delà vessie, est retenue dans ce réservoir et ne s'en échappe pas par l'orifice du col. On dit d'ordinaire que le col de la vessie est ternie par la contraction d'un splnncter vésical qui l'entoure; mais ces faisceaux musculaires sont très peu prononcés, et nous savons de plus qu'un muscle ne peut être continuellement contracté. Le col de la vessie est fermé parce que c'est là sa forme naturelle, c'est l'état normal de son sphincter, comme de tous les anneaux musculaires semblables: ils oblitèrent à l'état de repos, et en vertu de leur seule élasticité, l'orifice qu'ils circonscrivent. Mais pour peu qu'une cause quelconque tende à violenter ce sphincter, il devient impuissant à interdire le passage, et l'urine se fait jour à travers lui. La femme ne possède guère que cet appareil de contention, et aussi le moindre effort, un éclat de rire, font facilement sourdre quelques gouttes d'urine. Mais il faut noter un grand nombre de dispositions particulières et puissantes, surtout chez l'homme, qui font que réellement il n'existe pas d'orifice à la vessie à l'état de repos.
D'abord l'axe de la vessie (fig. 184) est loin d'être vertical, il est bien plutôt horizontal (cet organe étant couché sur la symphyse pubienne, elle-même presque horizontale) ; le conduit excréteur, le canal de l'urètre
i II résulte des recherches de F. Guy on (Leçons cliniques sur les maladies des voies urinaires, 1885; et Comptes rendus Acad. des sciences, 14 mars, 18>7), que, dans la vessie normale, la sensation au contact est nulle pour les liquides non irritants, obtuse pour les solides. Le besoin d'uriner ne dépend pas de la mise en action d'une sensibilité, en quelque sorte élective, ayant un centre spécial dans un point déterminé de la muqueuse du col ou du corps • cette sensation a son siège dans la totalité de l'organe, et ne se produit que sous l'influence de la tension des parois de la vessie. En étudiant la résistance du piston d'une seringue, en lisant sur un manomètre le degré de pression du liquide injecté, on constate l'établissement et l'augmentation progressive de la tension avant que le sujet témoigne le besoin d'uriner; la contraction suit immédiatement la mise en tension et le besoin d'uriner succède à la contraction. (Voir ci-après l'explication du besoin cuisant d'uriner.) — A l'état pathologique, la sensibilité de la vessie résulte d'une part de l'exaltation de sa sensibilité normale à la tension, et d'autre part, comme nouvel élément, de l'acuité plus ou moins vive de la sensibilité au contact. A ce dernier égard la réaction sensible est partout la même sur tous les points de la surface interne de la vessie, et même, s'il \ a nue différence, elle est eu laveur du corps de la vessie.
est d'abord dirigé verticalement en bas, puis se redresse pour marcher directement en avant; il en résulte pour ce conduit une grande tendance a être comprimé quand la vessie vient à se remplir énormément.
Vient ensuite la présence de la prostate (Pp, fig. 184). organe dur, composé de tissu fibreux, de glandes et d'éléments musculaires : cette prostate est traversée par l'orifice du canal de l'urètre, qu'elle entoure de façon à l'oblitérer complètement et à mettre ses parois opposées en contact. C'est là la principale cause de la rétention de l'urine dans la vessie à l'état de repos chez l'homme. Que la prostate s'hypertrophie, elle constituera alors une barrière de plus en plus efficace, trop efficace même, et c'est ainsi qu'elle devient, chez les vieillards, la cause du plus grand nombre des retentirais pathologiques, c'est-à-dire des rétentions que ne peuvent vaincre les efforts expulsifs de la vessie.