Persistance des sensations laminenses. — Les sensations
produites par les images qui se forment sur la rétine durent toujours plus longtemps que les images elles-mêmes. Si, par exemple, on fait passer rapidement devant les yeux un charbon incandescent, on voit un trait de feu; par conséquent, la sensation produite par le charbon
à l'uQe des extrémités de sa course persiste encore quand il est arrivé à Tautre extrémité. C'est grâce à cette propriété qu'un disque coloré des couleurs du spectre parait blanc quand il tourne rapidement : les sensations produites par les secteurs colorés qui se succèdent en un même point se superposent malgré le défaut de simultanéité des images et produisent le même effet que la sensation provenant des actions simultanées des rayons qui composent la lumière blanche.
Le phénakisticope^ dont l'invention est due à Plateau, est un instrument de physique récréative fondé sur le même principe : il se compose essentiellement de deux disques solidaires et parallèles tournant autour d'un même axe; l'un d'eux porte près de sa circonférence un certain nombre d'ouvertures au travers desquelles on regarde un nombre égal de dessins représentant les positions successives d'un même objet en mouvement; tout se passe donc comme si, cet objet étant en mouvement continu, on l'apercevait d'une manière intermittente; mais les impressions, en se succédant très rapidement, donnent lieu à une sensation non interrompue qui relie entre eux les divers aspects du dessin, et l'objet que ce dernier représente parait être en mouvement continu.
185. Sensation des eoniears. — Les objets qui nous environnent doivent les couleurs que nous leur attribuons à cette circonstance qu'ils réfléchissent dans des proportions inégales les diverses radiations simples qui constituent le rayonnement du soleil. On peut se proposer de déterminer la sensation colorée produite par la superposition de rayons simples de couleur et d'intensité données, ou, inversement, de rechercher les rayons simples capables de produire une sensation déterminée.
Pour résoudre le premier problème, on fait tourner rapidement un disque dont les secteurs reproduisent, avec leur importance relative, les couleurs qu'il s'agit de composer.
Voici quelques faits d'expérience relatifs à la solution du second problème :
1° La sensation d'une couleur simple peut être produite, d'une infinité de manières, par la superposition de deuj: autres couleurs simples convenablement choisies et en proportion convenable ; par exemple, la sensation du jaune peut être produite par la superposition du vert et de l'orangé.
Il en résulte que la sensation d'une couleur simple peut être produite, d'une infinité de manières, par la superposition d'une infinité de couleurs simples convenablement choisies et en proportion convenable.
2° La sensation du blanc peut être produite, d'une infinité de
manières, par la superposition de deux couleurs simples : par exemple, le rouge et le vert, l'orangé et le bleu, le jaune et l'indigo, le jaune verdâtre et le violet.
Si l'on considère deux couleurs donnant du blanc par leur superposition, deux autres couleurs prises dans le spectre entre les deux premières produisent une teinte intermédiaire, d autant plus rapprochée de l'une des couleurs composantes que la proportion de cette couleur est plus grande. Si les deux couleurs sont prises en dehors de l'intervalle des couleurs complémentaires, elles fournissent par leur combinaison une couleur extérieure aussi à cet intervalle, ou bien du rouge pourpre.
3** Toute sensation colorée peut être produite par le mélange, en proportions convenables, de trois couleurs simples qu'on appelle couleurs fondamentales et qui sont, d'après Thomas Young, le rouge^ le uer^, et le violet.
D'après cela, Thomas Young suppose que les éléments nerveux, qui reçoivent, dans l'œil, les impressions lumineuses, sont de trois sortes, respectivement impressionnables par ces trois couleurs. Cette hypothèse permet de rendre compte aisément d'un certain nombre de faits, et, en particulier, de l'infirmité connue sous le nom de daltonisme ; chez ceux qui en sont atteints, les sensations colorées semblent pouvoir être rapportées à deux sensations fondamentales seulement, le vert et le violet; le rouge fait absolument défaut.
186. Images con»écatives. — Supposons qu'on regarde fixement pendant quelque temps un objet coloré et vivement éclairé, puis qu'on porte ses regards sur une surface blanche ; l'image de l'objet persistera, et apparaîtra sur le fond blanc, mais colorée de la couleur complémentaire de celle qu'elle avait d'abord; qu'on regarde, par exemple, un carré de papier vert posé sur une feuille de papier blanc, et qu'on l'enlève brusquement : on verra à la place* un carré rouge.
Ces phénomènes peuvent s'expliquer par une fatigue des organes terminaux de la rétine qui, vivement excités par une couleur déterminée, ont perdu pour quelque temps leur sensibilité pour cette même couleur; fatigués pour le vert, par exemple, ils seront impressionnés surtout par la composante rouge de la lumière blanche.
Quand l'image qu'on a d'abord fixée est blanche, l'image consécutive passe par une série de couleurs successives dont la dernière est toujours rouge. Pour expliquer ce fait il suffit d'admettre que la fatigue persiste inégalement pour les diverses couleurs, et plus longtemps pour le vert que pour le rouge.
187. Phénomènes de contraste. — On appelle ainsi des altérations apparentes de couleur qui se produisent, soit quand diverses impres-
sionç colorées se succèdent en un même point de la rétine, soit quand ces impressions se produisent au même moment en des points voisins. Dans le premier cas, le contraste, dit successif ^ semble appartenir au même ordre de phénomènes que les images consécutives . Dans le second cas, on l'appelle contraste simultané : il semble produit par des causes plus difficiles à analyser, et dépendre de relations complexes entre nos jugements et nos impressions. Comme exemple de ce second cas, citons le phénomène des ombres colorées : par exemple, Tombre portée par la lumière d'une bougie sur une feuille de papier blanc exposée au jour paraît bleue.