EFFETS DE LA FOUDRE
ta foudre se fil plusieurs passages et, sans aucune exception, elle déchaussa toutes les parties scellées en projetant des éclats dans tous les sens.
La foudre tomba, en 1764, sur le clocher de Saint-Brindes, à Londres. C'est une flèche en pierres reliées par des crampons; les dernières assises sont massives et traversées par une tige de fer de 6'» qui en forme l'axe et qui se termine par une croix.* Cest sur cette tige que la foudre arriva d*abord. Elle la suivit jusqu'à sa base sans laisser aucune trace ni sur le métal, ni sur aucun point de la maçonnerie environnante; mais dès qu'un métal continu lui manqua, les dégâts commencèrent. La grosse pierre qui soutenait l'extrémité inférieure de la barre offrait des. éclats et des fentes dirigées dans tous les sens; une très-large ouverture s'était formée du dedans en dehors de la flèche, et la descente se continua par bonds, de crampon en crcimpon. Sans se borner à ceux qui étaient à Textérieur, la foudre se porta sur tous les morceaux de fer placés dans rinlérieur de la maçonnerie pour unir les pierres entre elles. A lous les scellemenis, les pierres furent fendues, pulvérisées, Luicées au loin; partout ailleurs (jue ces points de suture, les dégâts élaienl nuls ou sans gravité, comme si la foudre ne parvenait à s'échapper |)ar les bouts des pièces métalliques qu'elle avait envahies qu'à laide d'un violent elTort qui détruisait tout aux environs.
Ce n'est pas à des phénomènes de rupture que se bornent les elTets de la foudre sur les corps peu conducteurs. Quand elle les frappe en des points qui ne sont pas dans le voisinage de métaux, elle laisse sur leur surface des traces fondues. C'est ce qui permet d'expliquer certains fails observés depuis longtemps. De Saussure dans les Alpes, Ramond au Pic du Midi, de llumboldt en Amérique, ont trouvé sur les rochers élevés des places vitrifiées où se voyaient des globules fondus ; ils ont tous unanimement attribué ces apparences à l'action du tonnerre. C'est encore à la même origine que l'on rapporte la formation des fulgurites : ce sont des tubes vitrifiés qui s'enfoncent verticalement dans le sol; ils ont été découverts en 171 1, en Silésie, par Hermann, et on les a retrouvés dans presque toutes les localités où le sol est couvert d'une couche
3i8 Electricité statique.
de sable au-dessous de laquelle il v a de Teau. On suppose que le tcHioerre tombani sur ces sables y fiiU un trou» et qu'il échauffe les parois du canal qu'il creuse jusqu'au point de les vitrifier et d'agglutiner contre elles» en les soudant» les portioDs de sable qui sont autour. Cette esplicaiion n*a été pendaol longtemps qu'une simple conjecture» mais plusieurs faits sooi venus la cunfîrmer; je n'en citerai qu'un» dans lequel b nature a été prise sur le fait.
Le 17 juillet i8^'3, le tonnerre tomba sur un bouleau près du village de Rauschen le long de la mer Baltique). Les habitants étant accourus virent» auprès de Tarbre» deux Ut>us étroits et profonds; Tun d'eux» malgré la pluie» leur parut» au tact» à une température élevée. Le professeur Uagen» de Kœnigsberg» fit creuser avec soin autour de ces trous; l'un d'eux, celui qui fut trouvé chaud» n'offrit rien de particulier; le second» jusqu'à une profondeur d'un tiers de mètre, ne présenta non plus rien de remarquable» mais un peu plus bas commençjait un tube vitrifié. La fragilité de ce tube ne permit de le retirer que par petits fragments de o'*,o4 à o*»o5 de longueur. L'enduit vitré intérieur était très luisant» couleur gris de perle, et parsemé de points noirs dans toute son étendue.
FOUDIE ftLOBUIAIBB. — Quand on possède une théorie d'un phénomène, on est conduit trop fréquemment à vouloir y faire rentrer tous les faits particuliers qu'on observe et à passer sous silence les circonstances qui paraissent la contredire. C'est ce qui est arrivé pour réleclricilé atmosphérique. Nous n'avons guère eu jusqu'à présent d'autre préoccupation que de montrer l'identité probable de la foudre avec l'étincelle, ei nous l'avons conlirmée par de nombreux exemples. Nous devons maintenant chercher avec la plus scrupuleuse attention si, à côté des faits précédents, il y en a quelques autres qui puissent signaler une différence entre les deux ordres ée phénomènes que nous comparons, et c'est ce que l'on a cru trouver dans des exemples que l'on avait négligés» les croyant |H'u probables, jusqu'au moment, où Arago appela l'attention sur les circonstances qu'ils accusent.
Tout le monde a entendu raconter que la foudre arrive
FOUeiC GLOlCLilAfL Si^
ifiielqiiefots sotis la forme 4'une boxât de feu, marcbanl avec assez de lenteur pour qu*on en puisse reconnaître la forme et •*itrrélani quelquefois pendant plusieurs secoMles dans un même lieu ^¥8^ d'éclater paur produire tous ies dégâts dai lOfuienre : c'est ee que I'oa noneiRie la foudre giobuiaire. Les iiéeite suivants paraistsenl confirmer ce Cait.
i. En 1716, à'Co4iesso4i, près die Brest« sur les décombres d'une église enliérefiiefit détnuiie par la foudre, on 5*accordwt à attribuer la catasiropilie à iroîs globes de feu de 3^ pieds 4e dianMire cbacun* qai« s'étani réunis, avaient pris leur ^érection vers TéglÂse d un cours très rapide.
IL En JBiars 17^20, pendant Torage le plus violent, un globe de feu tomba à terre près dé Horn. Après avoir rebondi, ce fllobe alla frapper le dôme de la tour et y mît ie feu.
UL Le 3 juillet 1725, uu orage ayant fondu stu* le territoire d^Ajttbo, dans le Noribamptonshire, le tonnerre tua im berger et cinq moutons. Au pli4S fort de la bourrasque, le révérend Jos. Wasse vit un globe de feu gros comme la lune et entendit le sifflement c|u'il produisait dans Tatmosphère en passant audessus de son jardin. Une autre personne, située en plein champ, aperçut pendant le même orage un globe de feu gros comme la tète d'un bonme qui éclata en -quatre morceaux près de réglise.
IV. Un coup de foudre endommagea fortement une maison de Darking (Surreyj, le 16 juillet 17^0. Tous les témoins de l'événement déclarèrent qu'ils avaient vu dans l'air de grosses boutes de feu autour de la maison foudroyée. £n arrivant à terre ou sur les toits, ces boules se partagèrent en un nonii)re prodigieux de parties qui se dispersèrent dans toutes les directions possibles.
V. A la suite d'un violent orage observé près de Wakefield, le 1^ mars 1774» lorsqu'il ne restait plus dans tout le ciel que deux nuages peu élevés au-dessus de Thorizon, Nlcholson voyait à chaque instant des météores semblables à des étoiles fliantes descendre du nuage supérieur au nuage in^ieur.
Depuis l'époque où Arago signalait dans sa Notice ces singuliers phénomènes* on s'est occupé de les mieux observer, et voici quelqties exemples récents qu'il est impossible de ré-
de Tair cl qui, élanl terminées en pointe, la laissent échapper sous forme d'auréole ou d'aigrette vers le nuage superposé qu'elles ramènent à létat naturel. Il est clair, d'après cette théorie si simple, que l'effet permanent d'un paratonnerre est de diminuer J'intensité des manifestations électriques des nuages; c'est aussi ce que toutes les statistiques viennent prouver, et il n'est pas moins évident que, si une étincelle se forme entre l'édifice et la nuée, c'est sur le paratonnerre qui est le plus chargé d'électricité contraire qu'elle viendra aboutir. L'efficacité d'un paratonnerre est démontrée dans chaque lieu par la comparaison que l'on fait entre les nombres de coups de tonnerre qui ont frappé l'édifice avant et après l'établissement de la tige métallique, comparaison qui est dans tout les cas en faveur de la dernière période. On a agité la question de savoir jusqu'à quelle dislance autour du paratonnerre s'étend la vertu préservatrice : on n'a sur ce point que des données vagues. Généralement on admet qu'elle se prolonge jusqu'à un rayon double de la hauteur.
Les détails de la construction de ces appareils ont été ^églé^ par des instructions rédigées à plusieurs reprises par les corps savants {*). Sans entrer à ce sujet dans aucun détail technique, nous dirons que la tige terminale doit être amincie en pointe, et, pour éviter l'oxydation qui se ferait à la longue si la pointe était en fer, on la fait en platine ou en cuivre. A la base de la tige on fixe le conducteur, qui est le plus souvent une barre de fer de o^jO^o de côté, que l'on fait régner d'une manière continue sur le faîte des édifices, en la soutenant de distance en distance par des tiges d'appui et en la faisant soîgneusemeni communiquer avec toutes les pièces métalliques des édifices. Enfin elle arrive au sol, oii elle plonge. Pour qu'un paratonnerre soit efficace, il doit être en communication parfaite avec la terre, et il faut pour cela qu'il se rende dans des puits profonds, qu'il s'y ramifie en plusieurs branches, qu'il soit toujours entouré d'eau et de corps conducteurs, comme la
(*) Instruction sur les paratonnerres, Annales de Chimie et de Phjsi^wf, 3* série» t. XXVl. — Supplément d'instruction, Annales de Chimie et de Pkf sique^ 3* série, t. XLIII.
PARATONNEHUE. 3ai
sation de chaleur. Ce globe s'approcha de ses pieds, comme un jeune chai qui vient jouer et se frotter aux jambes, suivant l'habitude de ces animaux : mais l'ouvrier écarta les pieds et par plusieurs mouvements de précaution, mais tous exécutés, suivant lui, très-doucement, il évita le contact du météore. Celui-ci paraît être resté plusieurs secondes autour des pieds de l'ouvrier assis qui l'examinait attentivement penché en avant et au dessus. Après avoir essayé quelques excursions dans divers sens, sans cependant quitter le milieu de la chambre, le globe de feu se leva verticalement à la hauteur de la tête de l'ouvrier qui, pour éviter d'être touché au visage et en même temps pour suivre des yeux le météore, se redressa en ^e renversant sur sa chaise. Arrivé à la hauteur d'environ I" au-dessus du pavé, le globe de feu s'allongea un peu et se dirigea obliquement vers un trou percé dans la cheminée environ à i" au-dessus de la tablette de cette cheminée.
» Ce trou avait servi à faire passer le tuyau d'un poêle qui pendant Thiver avait servi à l'ouvrier; mais, suivant l'expression de ce dernier, le tonnerre ne pouvait le voir, car il était fermé par du papier (|ui avait été collé dessus. Le globe de feu alla droit à ce trou, décolla le papier sans l'endommager et remonta dans la cheminée; alors, suivant le dire du témoin, après avoir pris le temps de remonter dans la cheminée du train dont il allait^ c'est-à-dire assez lentement, le tonnerre, arrivé au haut de la cheminée, qui était au moins à 20*" du sol de la cour, produisit une explosion épouvantable qui détruisit une partie du faite de la cheminée et en projeta les débris dans la cour.... »
FAIATOIHERBSS. — Malgré les quelques faits que nous venons de citer, mais que nous ne pouvons ni expliquer ni réaliser, nous sommes autorisés à maintenir que la cause qui produit le tonnerre est la même que celle qui produit les décharges électriques ordinaires. Dès lors, pour éviter la foudre, il faut fournir aux nuages de rélectricilé contraire à celle dont ils sont chargés, et Franklin y a réussi en armant les édifices de tiges métalliques en communication avec le sol, tiges qui prennent à leur sommet une élecirisation contraire à celle
J, et B., Électricité statii{ue. — I. 3« fasc. 21
32i ÉLECTRICITÉ STATIQUE.
est en relation avec les conduites de Teau et du gaz de la ville et avec les tuyaux d'égouts : celte triple communication assure un écoulement facile à rélectricité, sans être Torigine d*aucun danger pour les personnes ; de plus, une disposition ingénieuse, fondée sur l'emploi des courants dérivés, permet de reconnaître à chaque instant, à Taide d'un appareil accessoire trèssimple, si chacun des trois systèmes de communication se maintient en bon état.
Le système de M. Melsens paraît offrir d'excellentes garanties; il ne peut tarder à être substitué en beaucoup d'endroits à la disposition classique des paratonnerres employés en France.