Cours de physique
Bien qu’il soit difficile , au commencement de l’étude d’une science, d’en bien comprendre le but et toute l’étendue, nous essaierons cependant, ayant d’entrer en matière, d’arrêter votre pensée surles principaux objets dontnous devrons vous entretenir.
A l’époque peu éloignée où la physique n’avait point fait les acquisitions, aussi importantes qu’inattendues, qui en ont changé la face, elle embrassait l’astronomie et la mécanique; aujourd’hui, l’enseignement de ces deux sciences doit être exclu de la physique. Ainsi dépouillée, mais riche d’un fonds immense, la physique offre encore à l’esprit un aliment inépuisable.
En se renfermant dans le monde physique, l’homme attentif y reconnaît de la matière inerte et des forces qui l’agitent, et auxquelles elle obéit. Ces forces ouagens, susceptibles d’augmentation ou de diminution, susceptibles de produire des effets infiniment variés, sont la partie la plus importante de l’étude de la physique. Mais, pour mieux vous faire sentir le
but de cette science, sans nous arrêter à des définitions qu’une trop grande généralité rendrait obscures, il nous suffira de considérer les divers points de vue sous lesquels on peut étudier les corps. Etudier les corps, c’est chercher à reconnaître tout ce qu’ils présentent à l’observation, soit en les prenant isolément, soit dans leurs rapports avec ies autres corps. Les corps que l’on étudie isolément ne peuvent présenter à l’observateur que les propriétés que l’on peut découvrir dans ces corps sans les altérer ou les détruire : telles sont, par exemple, la forme, la couleur, etc. Cette manière d’étudier les corps appartientà la science connue sous le nom d’histoire naturelle» En effet, cette science a pour objet d’observer exactement ces diverses propriétés, et de s’en servir ensuite comme d’autant de caractères propres à distinguer les corps des uns des autres. Donner le signalement des corps, c’est là le premier pas que l’on doit faire dans l’ étude des sciences naturelles; car, pour connaître un corps, il faut le définir, et par conséquent avoir observé les propriétés par lesquelles il peut être défini. Si l’on nous présente un morceau de soufre, par exemple, nous remarquons qu’il est jaune, fragile, etc. C’est au moyen de la réunion de ces diverses propriétés qui font u,n véritable signalement, que nous distinguons le soufre de tous les autres corps.
Après avoir ainsi étudié les corps, on peut les mettre en rapport les uns avec les autres, et alors naissent des phénomènes extrêmement variés qui sont du ressort de la chimie. Dans cette action mutuelle des corps, ils doivent être mis dans des circonstances particulières, ils doivent être réduits en particules extrêmement ténues; car autrement, si on les présente les uns aux autres, à l’état solide, ils ne feront que se juxta-poser, adhérer quelquefois, mais ils ne manifesteront pas d’action. Si, au contraire, ils ont été réduits à l’état de molécules très ténues, ils peuvent agir les uns sur les autres et produire de nouveaux composés.
Le but du chimiste ne se borne pas à opérer ce simple contact des corps; il se propose de parvenir à la connaissance intime de la matière particulière qui entre dans tels ou tels corps. Peut-être la matière n’est-elle qu’une dans son essence intime; mais pour nous, nous devons prendre cette matière telle qu’elle se présente à nous; et jusqu’à présent l’observation a montré que la matière n’était pas une ; qu’elle jouissait de propriétés particulières qui devaient, par conséquent, faire distinguer celte matière en autant d’espèces qu’on avait trouvé de différences bien caractérisées. C’est ainsi que le
plomb, pour nous, est tout-à-fait différent du cuivre, le cuivre de l’étain, l’étain du soufre; et ainsi de suite : de manière que nous avons la matière en général qui se subdivise ensuite en matières particulières qui constituent ce qu’on appelle des élémens. Le chimiste se propose de reconnaître quels sont les élémens divers qui entrent dans la composition d’un corps; car les corps ne sont point formés d’une matière simple et unique, mais de plusieurs matières. Réciproquement, quand le chimiste est parvenu à isoler ces matières particulières et à les avoir dans un état de pureté parfaite, il peut les mettre en Contact les unes avec les autres, et produire une foule de composés nouveaux qui ne se rencontrent pas dans la nature; ce qui ne tient pas à l’impuissance de la nature, mais uniquement à ce que le chimiste peut réunir dans son laboratoire ou dans les grands laboratoires des arts, des circonstances qui ne se présentent pas immédiatement dans la nature.
Ainsi, il existe deux degrés bien distincts dans l’étude des sciences naturelles. Le premier pas à faire dans cette étude, est de reconnaître les propriétés particulières des corps, leurs propriétés extérieures, celles qu’on appelle des propriétés physiques, celles enfin que l’on peut observer sans altérer ces corps, et qui forment autant de caractères précieux au moyen desquels on peut définir ces corps.
Lorsqu’on est parvenu ainsi à connaître les corps, lorsqu’on leur a donné des noms, on met ces corps en contact les uns avec les autres, et c’est alors que naissent des phénomènes variés; des corps sont détruits, d’autres corps sont formés.