DU CALORIQUE
Il y a des applications assez curieuses et assez nombreuses de l’émission ou de la réception du calorique par la surface des corps : je me bornerai à en citer quelques-unes. S’il s’agit, par exemple, de conserver à un corps sa chaleur pendant le plus long-temps possible, sachant que les surfaces noircies se refroidissent plus vite que les surfaces métalliques, il faudra donner au corps une surface métallique. Ainsi , une cafetière en argent, ou même en étain qui aurait été bien poli, remplie d’eau bouillante, se refroidit beaucoup moins vite que le même vase recouvert d’une légère couche de noir.
Ainsi, lorsqu’on veut développer beaucoup de chaleur dans un appartement au moyen d’un poêle, au lieu de faire les tuyaux et le corps du poêle en cuivre qu’on tâche de tenir bien brillant et bien propre, il faut, au contraire, le noircir ou au moins le couvrir d’une couleur dont le pouvoir émissif serait plus considérable que le pouvoir émissif des surfaces métalliques polies. Si vous mettez la main à une petite distance du tuyau formé par du métai poli , vous ne sentez pas de chaleur, et cependant au contact vous trouvez une chaleur excessive.
Réciproquement si vous voulez échauffer un corps parfaitement poli, en le présentant à une source de chaleur, ce corps va être beaucoup plus long-temps à s’échauffer que si vous présentiez ce même corps, mais noirci, à la source de chaleur.
Cette propriété des surfaces métalliques d’émettre peu et de réfléchir beaucoup les rayons qui viennent les frapper, s’aperçoit très aisément. Si l’on met la main à une petite distance d’une surface métallique, on a une impression de chaleur, comme si ce corps était chaud. D’où cela vient-il? C’est
une condition de l'organisation que nous perdions continuellement de la chaleur ; nous sommes mal à notre aise si nous sommes dans un air tellement chaud qu’il nous empêche de perdre de notre chaleur. Si la main dont la chaleur moyenne est d’environ 5o degrés est dans un espace libre, tout le calorique qu’elle envoie va se fixer sur les corps environnans, mais si on lui présente une surface métallique, cette surface renvoie à la main la plus grande partie du calorique qu’elle en avait reçu. Par conséquent, la main se refroidit dans un temps donné beaucoup moins vite que si elle était dans un espace parfaitement libre, donc elle doit sentir de la chaleur, et c'est effectivement ce qui arrive.
Si d’après cela, on se renfermait dans un tonneau qui serait tapissé de feuilles d’or ou d’argent ou simplement d’étain, on éprouverait une chaleur insupportable, parce que tout le calorique partant du corps lui étant renvoyé, il n’éprouyerait plus de déperdition. Dans les pays froids, on pourrait construire des appartemens ainsi tapissés de surfaces métalliques. Ces appartemens seraient très chauds, quoique les murs paraîtraient très froids si on était immédiatement en contact avec eux; parce que, ainsi que nous le verrons plus tard, les métaux sont de bons conducteurs du calorique et qu’ils enlèvent beaucoup de chaleur aux corps qui les touchent.