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DISTILLATION

Nous allons laisser le phénomène de l’évaporation pour dire deux mots de la distillation . On a pour objet, dans la distillation, de séparer une substance d’avec une autre. Ainsi, vous avez de l’eau impure, de l’eau de puits, de l’eau salee, et vous désirez séparer les matières étrangères que renferme cette eau, c’est ce que vous faites par le procédé connu sous

le nom de distillation. . ,

Le cas le plus simple qu’on puisse supposer est hcelui ou

l’eau serait mêlée avec des matières qui sont absolument fixes

au degré auquel l’eau entre en ébullition. L’eau de mer contient 96 parties d’eau pure et 4 parties de sel marin et de se! terreux; ces sels sont fixes bien au-dessus de la température de ioo°. Par conséquent, en faisant bouillir l’eau, ce qui n’aura lieu, à cause du sel, qu’à 109° environ, l’eau seule se vaporisera, s’en ira dans l’atmosphère, et les matières étrangères resteront. Cette distillation n’offre aucune espèce de difficulté, et on la pratique sur mer, pour se procurer de l’eau dans les voyages de long cours. Avec un poids donné de charbon , on obtient cinq ou six fois le même poids d’eau.

Si nous pouvions ramener tous les cas qui peuvent se rencontrer à celui-ci , la distillation ne présenterait aucune espèce de difficulté; mais il y a quelques circonstances dans lesquelles il est impossible d’avoir recours à ce moyen. Si, par exemple , on veut distiller un mélange d’eau et d’alcool , la simple distillation, telle que nous venons de la décrire, ne donnera jamais un partage absolu de l’eau et de l’alcool. Pourquoi cela? Vous allez en sentir tout de suite la raison. L’eau bouillant à 1 oo°, l’alcool qui est mêlé avec elle va bouillir pour son propre compte et donner de la vapeur. Supposons même , ce qui sera plus exact, que l’on n’élève la température qu’au degré nécessaire pour faire bouillir un mélange déterminé d’eau et d’alcool; ce sera* par exemple , 85°, parce que vous savez que l’alcool bout plutôt que l’eau. Puisque l’eau produit de la vapeur dans le vide et dans l’air à toutes les températures, il en résultera qu’à 85° vous aurez de la vapeur d’alcool, et en même temps de la vapeur d’eau. Il faut se faire cette idée du phénomène de l’évaporation : la vapeur d’un corps volatil peut être considérée comme un souffle capable d’entraîner une autre vapeur , en lui permettant de se soutenir à sa température propre. D’après cela vous devez concevoir que si vous avez deux corps qui ne diffèrent pas beaucoup en volatilité, vous ne pourrez jamais les séparer complètement par la distillation immédiate. Dans un cas pareil , il faut tâcher de rendre l’un des deux corps absolument fixe, et alors la distillation se fera parfaitement.

Dans l’exemple que nous citions de l’eau et de l’alcool, l’eau a une très grande affinité pour beaucoup de corps pour lesquels l’alcool en a une très faible. Ainsi l’eau a une très forte affinité pour la chaux vive, et, en se combinant avec elle, elle produit une telle élévation de température qu’il en est quelquefois résulté desincendies, et que de la poudre jetée sur un mélange d’eau et de chaux s’enflamme aussitôt. L’alcool, au contraire, n’a aucune affinité pour la chaux. Or, le

résultat de toute affinité , surtout lorsqu’il y a une grande élévation de température, est une fixation des corps. Ainsi l’eau reste fixe à 4oo°, parce qu’il se produit 4o®° dans la combinaison avec la chaux.

Si donc vous mettez un mélange d’eau et d’alcool avec de la chaux, l’eau se combinera avec la chaux, l’alcool qui ne peut se combiner, et qui bouillira par l’élévation de température produite par le mélange, se séparera de l’eau, et vous obtiendrez ainsi de l’alcool pur. Cette expérience, qui est très simple, demande quelques précautions.

Certains liquides, comme les essences, demandent une température de 1 55° pour se réduire en vapeur; quoique ces corps paraissent très volatils, puisque les essences sont odorantes, et que nous ne pouvons avoir la perception de l’odeur que parce que le corps se réduit en vapeur, et vient affecter les houppes nerveuses du nez. Mais cela veut dire simplement, qu’à une certaine température, les essences peuvent produire de la vapeur, car elles sont bien moins volatiles que l’eau.

Si nous portons un corps dans le vide, il va donner de la vapeur; si nous le chauffons à ioo°, il produit une vapeur plus dense ; si nous faisons passer un courant d’air à ioo°, la distillation devient plus rapide. Nous avons un moyen très simple d’obtenir un courant qui aurait l’avantage de ne pas oxigéner l’essence : c’est d’avoir un courant de vapeur. Je suppose que nous mettions de l’eau dans le fond d’une cornue, fig. 4* et par dessus cette eau de l’essence, et que nous fassions bouillir le mélange ; que va-t-il arriver? La vapeur d’eau qui se dégage du fond du vase traverse l’essence, et en emporte la vapeur dans le récipient où elle doit se condenser.

Il faudra ici faire l’application du mélange des gaz avec les vapeurs. La vapeur d’eau est comme le vide pour la vapeur d’essence ; par conséquent, la vapeur d’essence va se former avec la tension qui lui est propre, et en telle quantité, que la force élastique de l’essence, plus la force élastique de la vapeur, fasse équilibre au poids de l’atmosphère. Par conséquent, dans le moment où la vapeur traverse l’essence, il se fait un mélange des deux vapeurs qui vient dans le récipient. Dans ce cas, quand il n’y a pas d’action chimique dans les deux corps, connaissant la force élastique de la vapeur de l’essence , et la température à laquelle l’ébullition a lieu , on peut calculer exactement quel est le volume d’essence et d’eau qu’on doit avoir. On peut parvenir à un résultat qui ne s’éloignera nullement de celui que donne la théorie. Il faut seu-

îement avoir l’attention d’employer une couche d’essence assez épaisse pour que la vapeur d’eau ait le temps de s’en saturer.

Quand il s’agit de distiller un mélange d’eau et d’alcool , le phénomène devient plus compliqué, en raison de l’affinité particulière qui a lieu entre les deux liquides. L’eau et l’alcool ont, en effet, une telle affinité, qu’en les mêlant il se produit de la chaleur. Quand ces deux corps sont exposés à une température convenable, les vapeurs restent comme si elles n’avaient pas d’action l’une sur l’autre , mais le liquide lui-même , qui est en contact avec la vapeur, modifie la quantité de l’eau ou de l’alcooî qui peut rester à l’état de fluide élastique. C’est ainsi qu’on trouve que, si la vapeur d’alcool et la vapeur d’eau étaient deux corps tout-à-fait indifférens de même que leurs liquides, on ne pourrait alors parvenir par la distillation qu’à avoir un mélange qui contiendrait à peu près les 88 à go centièmes d’alcool absolu ; ce serait le maximum de l’esprit de vin qu’on pourrait obtenir. Mais on va plus loin, et on peut obtenir par la distillation poussée au dernier terme, * en prenant les produits distillés pour les distiller de nouveau, jusqu’à ce qu’on ait un produit qu’on ne puisse pas dépasser, on peut obtenir, dis-je, un liquide qui contient les g4 centièmes -f- d’alcool. Ainsi, en raison de l’affinité qui a lieu entre les liquides, on obtient, par des distillations réitérées, un esprit plus fort et plus riche en alcool que si les deux liquides étaient absolument sans action l’un sur l’autre. Il serait trop long d’entrer dans une foule de petits détails relatifs à ce phénomène.

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