ADDITION A LA DISTILLATION
Je ne reviendrai pas aujourd’hui sur les divers objets que nous avons examinés dans la dernière séance. Je me bornerai à compléter un point sur lequel je n’ai point assez insisté, c’est celui relatif à la distillation des substances peu volatiles. Vous vous rappelez que nous avons établi que lorsqu’on voulait distiller deux corps qui sont mêlés ensemble, c’est-à-dire les séparer l’un de l’autre, il était indispensable que l’un des deux corps fût très fixe relativement à l’autre, ou qu’il y eût une grande différence de volatilité. Lorsqu’il y a une différence de volatilité peu considérable, comme entre l’eau et l’alcool, il est impossible de les séparer immédiatement par la distillation, parce que la vapeur d’alcool pouvant être considérée comme un vide pour la vapeur d*eau qui s’y loge, les deux vapeurs sont entraînées ensemble. Dans ce cas, on peut parvenir par des artifices convenables jusqu’à centièmes à peu près du résultat, supposant qu’on voulût obtenir le corps parfaitement pur.
En distillant ensemble deux corps dont l’un estplus volatil, la vapeur de celui qui est plus volatil se dégagera la première et entraînera avec elle la vapeur de l’autre. Cette circonstance est d’un grand intérêt dans quelques circonstances particulières. Ainsi nous avons vu que l’on pouvait, étant donné un mélange d’essence de térébenthine et d’eau, opérer parfaitement la distillation à ioo°, quoique l’essence ne bouille qu’à 1 55°; parce qu’alors la vapeur d’eau qui bout à ioo° reçoit la vapeur d’essence, qui peut se former à cette température et la porte avecelle dans le récipient. L’essence ne bouillirait qu’à 2oo°, on pourrait de même opérer la distillation, seulement elle serait plus lente. En général la distillation par le moyen
de l’eau sera d’autant plus rapide, que le corps qu’il s’agit de distiller sera plus volatil.
Vous allez sentir l’avantage de ce procédé. Supposons un corps qui se détruise par l’action de la chaleur au point de son ébullition, ce qui arrive pour beaucoup d’essences qui sont en général des substances très fugaces. Si on voulait distiller ces substances seules, on serait obligé de les porter au point de leur ébullition , et dans ce cas on courrait le risque de les altérer. Les distillateurs ont alors recours au moyen dont je viens de parler.
Ce n’est pas là la seule application. Il y a une foule de circonstances dans lesquelles la distillation s’opère uniquement à la faveur d’un gaz qui se produit ou que l’on fait passer artificiellement sur le corps qu’on veut distiller. Il y a beaucoup de corps qui se décomposent tout près du point de leur ébullition, c’est-à-dire près du point où leur vapeur peut soutenir seule la pression atmosphérique. L’acide oxalique, l’indigo et diverses substances végétales, sont dans ce cas. Si on fait passer un courant de gaz ou de vapeur àioo° sur ces corps, ce courant entraîne la vapeur du corps long-temps avant qu’ils soient en ébullition, et par conséquent il n’y a pas de décomposition.
Il y a des corps qui se volatilisent seulement à la vapeur des gaz produits par le corps qui est en distillation. Ainsi en distillant l’acide oxalique, il y a une portion qui se décompose ; cette portion est un gazqui entraîne l’autre portion qui n’est pas décomposée.
En général , lorsqu’une substance se décompose au point de son ébullition ou quelque temps avant, il y a un avantage réel à en opérer la distillation ou dans le vide , ou au moyen d’un gaz étranger, sans action sur la substance qu’on veut distiller, ou d’une vapeur; la vapeur d’eau, par exemple, qu’on fait arriver à la température la plus élevée qu’il soit possible.