PESANTEUR DE L’AIR
Nous savons déjà que l’air est un corps, bien qu’il semble opposertrès peu de résistance au mouvement. D’abord nous pouvons peser l’air au moyen de la balance, et nous trouverons que son poids est 770 plus petit que celui de l'eau, sous le même volume, bien entendu. Ainsi un litre d’eau pesant 1000 grammes, un litre d’air pèserait à peu près i,«r- 5o : ce qui est une quantité appréciable, et qu’on est parvenu à
déterminer avec une grande précision. Si Ton avait des doutes sur te poids de l’air, on n’aurait qu’à se rappeler les principaux phénomènes que présente le mouvement de ce fluide. D’abord on peut remarquer qu’un corps léger tombe lentement dans l’air, ce qui ne peut venir que d’une résistance matérielle que celui-ci oppose. Si on veut faire mouvoir un corps présentant une grande surface , on éprouve une grande résistance. On sait qu’un moulin à vent se meut aussi par le mouvement de l’air; or il est évident qu’une masse aussi considérable qu’un moulin ne peut être mue sans une cause matérielle, et l’on peut juger par les effets de la grandeur de la cause. Nous voyons l’air en mouvement former quelquefois des vents impétueux ; il peut alors renverser des édifices et déraciner des arbres. En un mot, tout nous prouve que l’air est un corps ; nous ne nous arrêterons donc pas à le démontrer, d’autant plus que cela résulte de ce que nous avons déjà vu.
Ainsi nous établissons en principe que réellement l’air est un corps. Il s’agit maintenant de savoir quelle est la quantité de cet air que nous avons au-dessus de nos têtes.
L’air, avons-nous déjà dit, jouit comme les liquides, d’une mobilité parfaite dans les molécules, et même il en jouit à un plus haut degré que les liquides. En considérant cette propriété , tout ce que nous avons dit des liquides s’applique également à l’air. Ainsi un corps plongé dans l’air y perd une portion de son poids égal au poids du volume d’air qu’il déplace. L’écoulement de l’air se fait de la même manière que celui des liquides; les pressions qu’il exerce ont lieu suivant les mêmes règles que les pressions exercées par les liquides ; dans l’écoulement de l’air, le phénomène de la contraction de la veine a lieu comme dans les liquides, et d’une quantité à peu près semblable; c’est-à-dire que la quantité d’air qui s’écoule n’est que les deux tiers de celle qui devrait s’écouler d’après la théorie.
Ce qui distingue l’air des liquides, c’est que ses molécules, au lieu de s’attirer, sont au contraire dans un état continuel de répulsion. C’est là , en effet , le grand caractère des fluides élastiques. Cette propriété n’empêche pas que ces molécules ne soient soumises à l’action de la pesanteur, et que l’air ne soit un corps pesant. Pendant long-temps cette pesanteur a été méconnue, et la découverte du baromètre est une des plus belles et des plus utiles découvertes que l’on ait faites en physique. Car jusqu’à l’invention du baromètre par Toricelli, on n’avait (pie des notions extrêmement va-
gués sur les phénomènes naturels, et on avait recours pour leur explication, a des causes qu’on désignait par le nom de causes occultes. Depuis la découverte du baromètre, on consulta beaucoup plus l’expérience, et c’est de cette époque , de l’année 1640, que date, pour ainsi dire, l’origine de la nouvelle physique. Dès l’instant où l’on eut découvert que 1 air était un corps, les expériences se multiplièrent de toutes parts, et l’on parvint à des résultats très importans.