PESANTEUR OU GRAVITATION
Indépendamment de ces agens, il y en a un autre, qui est la pesanteur ou la gravitation, en vertu de laquelle les corps se portent les uns vers les autres. C’est la pesanteur qui fait qu’un corps suspendu dans l’air, et qu’on rend ensuite à la liberté, se précipite à la surface de la terre.
Cette propriété paraît d’abord ne dépendre que d’une action particulière de la terre sur les corps, parce qu’en effet par 1 expérience que nous avons de ce phénomène, nous ne
voyons point les corps aller se chercher réciproquement, ni tomber ainsi les uns vers les autres; nous les voyons tous tomber à la surface cle la terre. Néanmoins, cette cause ne se borne pas uniquement à faire tomber un corps sur la surface cle la terre ; elle détermine tous les corps à se porter les uns vers les autres. Si nous concevions, à une distance un peu grande au-dessus de nos têtes, deux corps tombant librement, ces corps se rapprocheraient insensiblement, et, arrivés à la surface de la terre, ils auraient pu se toucher. Cette action réciproque des corps est remarquable ; on peut la démontrer par des expériences qui sont très délicates et qui ne sont pas susceptibles d’être faites dans ces amphithéâtres. Mais le fait est constant, et nous devons en conclure que la pesanteur est aussi un agent qui est général dans la nature, qui étend son action, non- seulement sur les corps qui sont à la surface de la terre, mais encore sur ceux qui sont répandus dans l’espace. C’est elle qui règle le cours des astres, et par suite celui des saisons. Le principal effet de la pesanteur est le mouvement; elle met les corps en mouvement suivant des lois déterminées; ces lois sont du ressort de la géométrie. La physique ne considère ce mouvement que pour rendre palpable l’existence de la loi que la géométrie a d’abord découverte. Ce sera même l’objet d’une des séances prochaines.
Si nous considérions les diverses forces qui agissent dans la nature, nous mettrions au rang de ces forces ce qu’on peut appeler l’organisation.
Et, en effet, l’organisation peut être considérée comme une force, puisqu’elle produit des effets qui ne pourraient être produits par aucun autre agent; telles sont les sécrétions, etc. L’organisation produit des effets surprenans, tant dans l’économie animale que dans l’économie végétale.
Les agens que la nature emploie et qui semblent l’animer (de ces agens j’excepte l’organisation), ne sont point matériels, nous ne pouvons constater en eux les propriétés que possède la matière; ils se dérobent à nos sens. Ce n’est réellement qu’au moment où on a trouvé des moyens de les fixer qu’on a pu alors bien constater leur existence, et découvrir une foule de propriétés qui se sont développées depuis quelques années, pour ainsi dire, miraculeusement. C’est ce qui est arrivé pour toute la partie de la physique qu’on appelle électricité.
Indépendamment de ces différens agens, nous aurons encore quelques objets particuliers à examiner; ce seront les
caractères ou propriétés générales de la matière; les propriétés des corps sous chacun des trois états, solide, liquide ou fluide élastique ; la mesure de la quantité de matière contenue dans les corps, qu’on appelle la détermination des densités; les propriétés de Pair, les phénomènes météorologiques. Mais la plupart de ces objets sont eux-mêmes des conséquences de l’action des agens que nous venons de signaler. Nous avons donc eu raison de dire, au commencement de cette leçon, que le principal objet de la physique était réellement l’étude des agens de la nature; et vous devez sentir, par cette définition très simple, qui vous peut donner une idée suffisante de l’objet de la physique , que nous avons un champ très vaste à parcourir, et en même temps de la plus haute importance.
Dans l’étude de la physique, on observe ce qu’on appelle des laits particuliers, mais qui ne sont point isolés, qui ne sont point indépendans les uns des autres, qui sont au contraire liés entre eux par des lois que le physicien met tous ses soins à découvrir; c’est même là ce qui mesure le véritable progrès de la science. Ce n’est pas un fait nouveau, s’il a un analogue, qui peut avoir quelque intérêt. Un fait qui ne se range pas dans une série de faits connus, est un fait qui mérite une attention particulière. Si l’imagination devait retenir tous les faits particuliers, elle ne pourrait y suffire , et la science n’existerait pas ; mais lorsque ces faits peuvent être liés par des lois générales et par des théories, lorsqu’un grand nombre de ces faits peut être représenté par un seul , on peut les retenir plus facilement , on peut généraliser ses idées, on peut comparer un fait général à un autre fait général, et les découvertes peuvent se succéder. Ce n’est que lorsque les lois peuvent être introduites dans les sciences qu’elles prennent un véritable caractère de sciences.
C’est pour parvenir à découvrir les lois qui peuvent lier les phénomènes entre eux, qu’il est important de s’aider de l’instrument si puissant du calcul, au moyen duquel on peut saisir plus facilement les relations entre les corps. J’en préviens ici ceux qui veulent faire des progrès dans la physique, il est indispensable pour eux d’avoir les premières notions des mathématiques, pour pouvoir suivre facilement les phénomènes physiques. Souvent ce sont des rapports, des expressions très simples, mais enfin il faut absolument les connaître.
Je ferai également remarquer dans l’intérêt du cours, et vous sentez que je ne puis y rester indifférent; je ferai rc-
marquer à ceux qui ne sont pas familiarisés avec la manière d’acquérir des connaissances, qu’il est indispensable de recueillir quelques notes, et ensuite, avec ces notes, de faire une rédaction. Quel est le but de cette rédaction ? On a compris, parce que nous espérons nons rendre clair : quand on a compris, on ne sait pas pour cela. On ne sait bien que lorsqu’on s’est approprié la chose. Vous ayez entendu les idées du professeur, ce ne sont pas les vôtres; il faut penser d’après vous-mêmes.
D’après ces observations que je viens de faire dans notre intérêt commun, nous allons nous occuper de l’objet principal de ce cours et entrer en matière.